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samedi 6 décembre 2014

Seine-Saint-Denis: Vallaud-Belkacem sifflée par des élèves et des enseignants de ZEP

La ministre de l'Éducation manque de crédibilité auprès des élèves et des enseignants

La ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, n'a pu ignorer l'opposition à sa réforme de la carte des zones prioritaires


Il aura fallu une opération de propagande ministérielle pour que des élèves et des enseignants d'établissements de ZEP puisse se faire entendre de l'ancienne porte-parole du gouvernement, spécialiste présumée de la communication en milieu protégé

Les ZEP (Zone d'Education Prioritaire) qu'on appelle désormais  Réseau d'Education Prioritaire (REP) avaient mauvaise presse, mais la manne ministérielle en avait fait des établissements recherchés. Dans le 93, cinq collèges sont menacés de sortie de ce dispositif: le collège Gérard Philippe (Aulnay-sous-Bois), Paul Eluard (Montreuil), Honoré de Balzac (Neuilly sur Marne), Gustave Courbet (Romainville), et René Descartes (Tremblay-en-France). Ces établissements, qui se seraient "embourgeoisés", ne répondent plus aux critères de classification ZEP : le pourcentage d'habitants en zone urbaine sensible (ZUS), de population défavorisée, taux d'élèves boursiers, et de redoublants ("élèves en retard", selon le jargon du ministère) à l'arrivée en 6ème.

Une cinquantaine de mécontents, venus de Seine-Saint-Denis ont sifflé la ministre, brandissant des pancartes "Touche pas à ma ZEP", dans la coupole d'entrée du Palais de la découverte, où elle venait expliquer sa stratégie -la énième- pour rendre les mathématiques plus ...ludiques.

Des élèves et enseignants de quatre des cinq collèges visés, trois d'Aulnay-sous-Bois (Victor Hugo, Gérard Philipe et Christine de Pisan) et du collège Paul Eluard de Montreuil ont participé à l'opération.

"Pourquoi est-ce qu'on ne garderait pas nos maigres moyens qui nous permettent de fonctionner à peu près correctement ?" (Un enseignant de Montreuil)

"Pourquoi est-ce qu'on ne garderait pas nos maigres moyens qui nous permettent de fonctionner à peu près correctement ?", l'a interpellée un des enseignants du collège Paul Eluard à Montreuil.

La ministre fuit ses responsabilités

"
Je laisse évidemment de la marge de manœuvre aux recteurs pour s'adapter à la réalité locale, mais ce qu'il faut que vous compreniez, précise-t-elle, condescendante, c'est que, si on fait cette réforme de l'éducation prioritaire, c'est pour actualiser une carte", avec des établissements qui rentrent et d'autres qui sortent, a expliqué la ministre.
"Nous on soutient tout à fait qu'il y ait des établissements qui rentrent, par contre on trouve complètement injuste et révoltant le fait que des établissements , y compris en Seine-Saint-Denis (département) touché par les difficultés sociales et scolaires, (...) sortent de l'éducation prioritaire." (un enseignant de Montreuil, partisan des avantages acquis) 

La Seine-Saint-Denis "est l'un des départements les mieux servis" dans le cadre de cette réforme, a fait valoir Najat Vallaud-Belkacem. "Ceux qui en sortent, vous ne perdez pas vos avantages du jour au lendemain, on les maintient pendant trois ans", jusqu'en 2017... La patate chaude sera pour les successeurs, avec le commentaire malveillant assorti les mettant alors en cause.


"On s'est retrouvé obligé de faire des actions comme ça, un peu coup de poing, pour montrer qu'on existait", s'est justifiée devant la presse Amandine Cormier, enseignante de mathématiques au collège Paul Eluard, où il n'y a pas cours depuis deux semaines du fait d'une grève de professeurs et d'un blocage par des parents d'une fédération dominante, la FCPE, proche du Front de gauche, pourquoi ne pas le dire. 
"On nous explique que parce qu'on a bien fait notre travail, on va nous enlever les moyens qui nous ont permis de le faire". (Amandine Cormier, enseignante en mathématiques)
Selon le ministère, des manifestants ont été reçus en catastrophe par des conseillers sur place, et tous ceux qui avaient demandé à être reçus localement l'avaient été.

Une révision de la carte de l'éducation prioritaire est en cours au ministère, diligentée par la rue de Grenelle et selon des choix effectués sur ordre par chaque académie suivant un indicateur social. Dans plusieurs académies ces choix sont contestés par des parents et des enseignants qui bloquent des établissements.
La nouvelle carte de l'éducation prioritaire sera arrêtée par le ministère mi-décembre, en même temps que sera annoncée une nouvelle répartition des moyens budgétaires à tous les établissements, avec prise en compte du profil sociologique des élèves et non plus des seuls effectifs.

Une gestion comptable

L'antenne CGT Educ-action du 93, dénonce un "effet de seuil injuste".
"Le ministère a opéré un classement, mais entre le 30ème et 31ème collège, qui perd son statut, il n'y a pas de différence sociologique majeure". Et le syndicat de donner l'exemple du "collège Gustave Courbet, à Romainville qui a un taux de CSP défavorisé de 47,9%".

Une "sanction" qui vient aussi parfois récompenser une réussite:
ainsi, le collège Gérard Philippe, à Aulnay-sous-Bois, qui a obtenu un taux de 94% de réussite au brevet l'an dernier. "Merci bien", commente un membre du personnel du collège, où certains professeurs font grève. Ces derniers s'inquiètent de la baisse de moyens que va entrainer une telle reclassification. "Si on nous enlève les moyens que nous avions grâce à ce classement, on va couler!", témoigne une enseignante dans Le Parisien. 
Mais ce sont surtout les parents qui sont à la manoeuvre et organisent le blocage des établissements, inquiets de voir réduits les moyens alloués à leur progéniture. En effet, le statut de ZEP offre de nombreux avantages matériels. Des moyens qui permettent d'engager davantage de personnel, notamment des surveillants, mais aussi de lancer des "projets de classe" censés donner aux élèves le "goût de la connaissance" par des activités sportives ou culturelles.

Fin de la "prime ZEP" et des classes à 25 élèves
Mais la perte du statut ZEP a aussi des conséquences pour les enseignants, qui perdront leur bonus de mutation pour travailler en zone prioritaire. Cette "prime ZEP", actuellement de 80 euros sera doublée en 2015 pour les enseignants des REP + (établissements très prioritaires), et revalorisée pour ceux des REP (établissements prioritaires). Quant aux enseignants des établissements sortants de l'Éducation prioritaire, ils verront leur régime indemnitaire spécifique maintenu pendant 3 ans, par une clause de sauvegarde. Certains professeurs voient dans ce geste du gouvernement "un moyen d'acheter la paix sociale", sans prendre en compte la question cruciale des effectifs dans les classes, nerf de la guerre dans l'éducation prioritaire. La classification ZEP met en effet en place un verrou de limitation des effectifs, qui ne peuvent dépasser 25 élèves par classe.

En janvier dernier, Vincent Peillon avait détaillé son plan d'action pour l'éducation prioritaire. "5 à 10% des établissements aujourd'hui classés en éducation prioritaire seront amenés à sortir du dispositif", avait annoncé le ministre de l'Education nationale, tout en promettant une augmentation de moyens de 100 millions d'euros .

On comptait alors 1099 collèges en ZEP en 2014 (contre 503 en 1982, année de leur création). La nouvelle carte d'Education prioritaire qui se dessine comptera 1082 réseaux d'Education prioritaire à la rentrée 2015, a annoncé Najat Vallaud Belkacem.

Nul doute que les huées adressées à NVB  plongent dans l'embarras Bruno Le Roux, chef de file des députés-godillots socialistes, et Claude Bartolone, ex-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis: se ranger aux côtés de leurs électeurs ou soutenir la ministre ? Leurs courageuses prises de position tardent à venir...

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