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mardi 30 octobre 2018

Griveaux, porte-parole "bobo des grandes villes"

Griveaux se grille sur la clope et le diesel

Sourire niais de l'arriviste parvenu au sommet du pouvoir
Entretien - En se moquant des Français qui roulent en diesel, Benjamin Griveaux fait preuve d'un mépris social malvenu au moment où la fracture territoriale ne cesse de s'aggraver, juge Eric Leser ancien journaliste au Monde et auteur d'Automobile, France d'en haut contre France d'en bas. 
   
Une déclaration controversée aura suffi à déconsidérer Griveaux dans l'opinion, embrasant du même coup les relations entre le  gouvernement et le chef de file du principal parti d'opposition.

Benjamin Griveaux s'en est pris à Laurent Wauquiez et à son ticket carburant. "C'est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel. Ca n'est pas la France du XXIe siècle que nous voulons", estime le porte-parole du gouvernement, selon un indiscret du Journal du Dimanche
 
Une sortie qui est teintée de mépris social, dénonce Eric Leser, ancien chef de service au pôle économie du Monde et auteur de 'Automobile, France d'en haut contre France d'en bas', aux éditions Eyrolles.

Dans son livre, le journaliste dénonce l'aggravation de la fracture territoriale portée par la hausse des taxes gouvernementale sur le diesel et incite le gouvernement à proposer des mesures de compensation pour les populations affectées.

Challenges - Dans le JDD, Benjamin Griveaux estime que la France du XXIe siècle n'est pas celle " des gars qui fument des clopes et roulent en diesel ". Que vous inspirent ces propos ?

Eric Leser - C'est vraiment absurde. On dirait la réaction typique d'un bobo des grandes villes (Griveaux). Dans ce genre de sujet, il vaut mieux se garder d'introduire une appréciation morale. Personne n'émet des particules fines avec plaisir. Et vous ne rencontrerez pas beaucoup de Français fiers de conduire un véhicule ultra-polluant. [D'autant qu'ils ne le sont pas tous également et autant qu'il est assuré dans un amalgame qui mêle moteurs diesel ancien et nouveau monde : qui veut noyer son chien l'accuse de la rage] Ce qui est catastrophique, c'est qu'en plus de taxer les possesseurs de voitures diesel, on ne peut pas s'empêcher de les ringardiser, de se moquer d'eux. Il y a une forme de mépris social dans ces propos.

La politique du gouvernement, c'est à peu près l'inverse de ce qu'il faudrait faire. On est train d'ajouter une fracture automobile à la fracture territoriale. En taxant fortement le diesel, on s'en prend à la partie de la population qui ne peut pas se passer de son véhicule. Il convient de rappeler quelques chiffres : si 66% des Parisiens se rendent sur leur lieu de travail en transports en commun, cette proportion tombe à 41% en Ile-de-France et... 7%  sur le reste du territoire. Les Français se déplacent majoritairement en voiture, et le diesel représente 60% du parc automobile français – une proportion qui grimpe dans les campagnes, les zones péri-urbaines ou les villes de moins de 100.000 habitants.

Que reprochez-vous à Emmanuel Macron et Edouard Philippe ?
Il y a une forme de cynisme du gouvernement. Pendant des années, on a incité à l'achat de véhicules diesel. Tous les ministres de l'Ecologie, de Dominique Voynet à Jean-Louis Borloo, ont encouragé les Français à prendre des voitures diesel, parce que consommant moins, elles produisaient moins de CO2. La question des particules fines n'entrait alors pas en compte. 
Pour toute une partie de la population française moins fortunée, ces véhicules, souvent achetés d'occasion, étaient le moyen de réaliser des économies sur les frais de carburant. Et aujourd'hui on opère un rattrapage fiscal sur le diesel sans aucune forme de compensation. C'est une violence.


On aurait pu attendre du gouvernement qu'il fasse baisser les taxes sur l'essence sans plomb ou qu'il aide progressivement à l'achat d'un véhicule écologique [seules les personnes non imposées ont droit à cette aide, mais ont-elles suffisamment de ressources pour acquérir un véhicule écologique ?], qu'il développe des solutions de transport en commun... Rien de tout ça. Le gouvernement s'est seulement ménagé une nouvelle rentrée fiscale sans se soucier du sort des Français affectés par la hausse des prix du diesel. Ils disent que la hausse des taxes sur le diesel va inciter à l'achat de véhicules électriques. Mais c'est prendre les gens pour des imbéciles. Les personnes qui roulent en diesel n'ont pas les moyens de s'offrir une voiture à 30.000 euros. 
C'est d'autant plus dangereux qu'en réduisant la mobilité des automobilistes, on risque d'enclaver certaines catégories de la population française pour lesquelles avoir un véhicule facilite l'accès à l'emploi, un logement, aux commerces locaux... Des choses très concrètes.

Cette colère peut-elle avoir une résonance politique ?

Pendant des décennies, les automobilistes ont subi sans rien dire. Ils ont été les vaches à lait des gouvernements successifs, de droite comme de gauche. C'est en train de changer. On a vu le début de levée de bouclier lors de la baisse de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h, puis au moment de la fermeture des voies sur berge par Anne Hidalgo à Paris. 
Il faut savoir que tous les mois, en France, une centaine de radars sont [est]  vandalisés [vandalisée]. C'est un chiffre sur lequel le gouvernement n'aime pas forcément communiquer. On sent la montée d'une révolte chez les automobilistes. Mais elle n'est pas forcément structurée politiquement.


On voit bien les tentatives de récupération. Le Rassemblement national (RN), dans la droite ligne de ce qu'a toujours fait le Front national, entend être le porte-voix des automobilistes. 
A droite aussi, Laurent Wauquiez essaie de se faire le réceptacle [le porte-parole, comme il se doit, de la part d'un responsable politique à l'écoute de la population, ce que la majorité perchée ne sait pas faire] de la colère des conducteurs de diesel. C'est oublier que la droite a autant taxé les automobilistes [du fait notamment des crises pétrolières ou de la guerre : en 2004, le prix du baril avait atteint son record depuis 1990, peu avant la guerre du Golfe, puis, en 2008, vint la crise économique internationale] que la gauche lorsqu'elle était au pouvoir. 
Ce qui est un peu plus surprenant, c'est de voir La France insoumise et les écologistes critiques face à la taxation du diesel. Ils demandent que les recettes fiscales générées aillent directement au financement de la transition écologique. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. [Elle va principalement au budget général...]

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