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mardi 28 juillet 2015

Les Grecs votent non à l'Europe, mais la Grèce reste dans la zone euro

La Grèce peut-elle se maintenir dans la zone euro ? 

Après la victoire du non au référendum, la logique veut que le pays quitte la zone euro. 
Mises au point de J-C Juncker, président de la Commission européenne, avec F. Hollande , en arrière-plan
et Alexis Tsipras, premier ministre grec, en premier plan

Or, rien n’a été anticipé
et les leaders européens ne semblent pas prêts à prendre cette responsabilité
.

Rappel des faits

Varoufakis, ministre voyou

Le "non" au référendum sur le plan d'aide proposé par les créanciers l'a emporté avec 61,31%,  face au "oui" crédité de 38,69%. Angela Merkel et François Hollande ont aussitôt annoncé une réunion à l'Elysée pour "évaluer les conséquences" du scrutin en Grèce, tandis que le Premier ministre, Alexis Tsipras, jugea  de son côté que ce référendum ne constituait plus "un mandat de rupture avec l'Europe, mais un mandat qui renforce notre position de négociation afin de chercher une solution viable".

Personne 
n'avait rien préparé pour un éventuel sauvetage de la Grèce en cas de "non". Au lendemain du référendum, le naufrage annoncé du pays est une affaire de quelques mois en 2015. La mission de sauvetage du pays paraît impossible aux créanciers  européens comparés à des terroristes par Yanis Varoufakis, le très mesuré ministre des Finances rejeté par l'ensemble des membres de l'eurogroupe.

Alors que les Grecs se rendaient aux urnes,
certains dirigeants européens affirmaient que les négociations reprendraient, que
 la réponse soit oui ou non. "Quel que soit le vote en Grèce, nous devons dès demain [lundi] reprendre des discussions politiques", avait ainsi interféré le ministre français Emmanuel Macron, aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, poussant ainsi à un vote de rejet qui serait sans conséquences. "Si le non l'emporte, ce serait une erreur historique d'écraser le peuple grec", avait insisté l'ex-banquier et actuel ministre de l'Economie de Hollande, appelant à "ne pas faire le traité de Versailles de la zone euro" car, on le sait, les références du jeune homme sont saisissantes, historiques, littéraires, à la différence des salariées "illettrées" des abattoirs Gad, empruntant aux slogans publicitaires. Le patron de Bercy a ainsi nivellé le débat par le bas : "Le message important était en effet de montrer la cohérence de l'action économique et de la politique économique de l'État et du gouvernement parce que ce qu'on fait à l'intérieur se voit à l'extérieur et on ne peut pas avoir deux politiques."

Cette formule, "ce qu'on fait à l'intérieur se voit à l'extérieur" n'est rien d'autre qu'est que le recyclage du célèbre slogan des yaourts Bio de Danone, ou Activia comme on les appelle aujourd'hui.
La dette publique et le chômage n'ont aucun effet sur le transit intestinal des enfants de la génération Hollande, aka Monsieur P'tite Blague, car son collègue du gouvernement, Matthias Fekl, nouveau secrétaire d'État au Commerce extérieur en remplacement du phobique administratif, Thomas Thévenoud, avait donné le ton sur le sujet au sémillant ministre de l'Economie. Après que le président de la commission des Affaires économiques François Brottes a annoncé que Matthias Fekl ne sera auditionné que jeudi 18 septembre, le secrétaire d'État a lancé : "Demain, j'enlève le bas," autre référence à une célèbre publicité des années... 80 pour l'afficheur 'Avenir'. Bref, pendant que les Français peinent à trouver un emploi et à joindre les deux bouts, la 'Croisière s'amuse' à la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale...


Même message de Matteo Renzi à la Grèce: "Le jour d'après, on devra se remettre à parler. La première à le savoir est précisément Angela Merkel", a déclaré au quotidien Il Messagero le chef du gouvernement italien, un publicitaire et membre du Parti démocrate (PD), comme certains en France sont "Les Républicains'. La chancelière allemande, elle, n'a fait aucun commentaire prématuré, préférant attendre le résultat du référendum. En revanche, le chef du gouvernement conservateur espagnol a quelque peu détoné dans ce concert socialiste de voix conciliantes, se démarquant de Podemos, mouvement d'extrême gauche arrivé à la tête de Madrid et Barcelone: "L’euro n’est pas et ne peut pas être un club à la carte; il y a des normes et des règles destinées à assurer sa survie", a affirmé Mariano Rajoy.


L'Europe cherche en Grèce un interlocuteur fiable

Reprendre les discussions? Mais avec qui ? 
Euclide Tsakalotos, successeur de Varoufakis 
depuis le 6 juillet 2015, derrière A. Tsipras

Pendant le scrutin, l'universitaire Kostas Vergopoulos évoqua une rumeur courant à Athènes, selon laquelle Alexis Tsipras appellerait à un gouvernement d'union nationale en cas de victoire du 'non'. Un changement incontournable aussi dans l'hypothèse du oui: Yanis Varoufakis avait menacé de démissionner si le oui l'emportait, mais au moment de se rendre aux urnes dans la précipitation aucun électeur ne connaissait les intentions d'Alexis Tsipras, qui avait déjà perdu toute crédibilité aux yeux de ses partenaires. Serait-il parti avec son ministre révolutionnaire, aurait-il convoquer des élections anticipées ou tenté de constituer un gouvernement de coalition avec la gauche modérée? Quel aurait été son mandat de négociation ? Le 'non' ne répond à aucune des questions posées, mais l'éjection de Varoufakis déverrouille la situation.
Ce mandat, le chef du premier gouvernement de gauche radicale au pouvoir le devra au soutien des deux grands partis qui ont gouverné alternativement le pays depuis 40 ans, la Nouvelle Démocratie (droite, comme qui dirait 'Les Républicains'...) et le Pasok (socialiste), auxquels s'ajoute celui de la formation de gauche modérée Potami et du parti de droite souverainiste ANEL, membre de la coalition gouvernementale: la quadrature du cercle ! Une humiliation pour Syriza et Mélenchon en France....


Dans la panade et pourtant sans égards, le Premier ministre grec a pris ses partenaires par surprise. 
Il a organisé un référendum sans prévenir ses alliés Renzi et Hollande, en appelant à voter non, en présentant aux électeurs un texte qui n’était pas clair, car ni finalisé ni consolidé, et en faisant l'impasse sur les autres volets de l’accord en discussion:  les électeurs étaient appelés à voter sans rien savoir d'une inflexion sur les réformes demandées, d'une ouverture sur la dette et les besoins de financement ou d'un plan de relance de 35 milliards d’euros prévoyant une activation des fonds structurels.

Tsipras comptait faire fi de l’aval de l’Eurogroupe le 27 juin, faisant entériner le paquet dans la foulée par les parlements nationaux concernés et permettant une prolongation du plan d’aide au-delà de la date butoir du 30 juin. Mais ce beau scénario s’est effondré avec l’annonce du référendum. "Il faudra revoir les conditionnalités à la lumière de la situation nouvelle créée par le référendum", expliqua une source européenne. Voeu pieux !

Un départ de Tsipras, suivant une victoire du oui, n’aurait pas rendu les choses beaucoup plus prévisibles : on serait alors entré dans un tunnel sans fond, car au mieux les Grecs auraient revoté pour des législatives, mais pas avant le 9 août. Or, l’échéancier des créanciers d’Athènes était figé. Comment pouvait-il en être autrement, sachant qu'Athènes doit 2 milliards d'euros de bons du Trésor, près de 500 millions au FMI et plus de 3 milliards à la BCE. Sachant aussi que les Grecs ont fait défaut (étaient insolvables) pour 1,7 milliards fin juin ! "Il est clair qu’il faudra un gouvernement stable et la pire des solutions serait une rapide démission du gouvernement grec", craignait un diplomate français, dans l'attente des résultats. Garder Tsipras, faute de mieux !

Sur quoi pouvaient porter les négociations en cas de reprise ?
Malgré l'optimisme béat affiché par Hollande devant les caméras, "c’est toujours entre adversaires qu’on fait la paix. Si les Français et les Allemands ont réussi à faire la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1950, cinq ans après l’Armistice, on devrait bien arriver à faire signer à un accord entre les Grecs et l’Allemagne", estima Yves Bertoncini, directeur de l’Institut Jacques Delors. Il y aura des marges pour un accord dont tous les éléments sont déjà sur la table. Il faudra juste bouger quelques curseurs. Même si, entre temps, le Grecs auront bien tiré sur la corde". Tout et son contraire...

La Commission devait tout d’abord envisager une  nouvelle demande d'aide par la Grèce. Elle devait surtout vérifier qu'elle réponde aux critères d’éligibilité prévus par le traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES). Tout ce processus prend du temps, d'une part pour confirmer l’éligibilité et recevoir l’aval de certains parlements nationaux – dont le Bundestag allemand, ce qui sera fait pour éviter le pire –, et d'autre part pour négocier un protocole d’accord. Rien n'était alors fixé non plus sur le montant précis de prêts qu'il faudrait accorder à Athènes pour faire face à ses besoins.

Quel sera le montant du 3e "don" européen à la Grèce 


Dans ses calculs établis courant mai, le FMI estimait que la Grèce aurait besoin de 50 milliards d'euros de plus entre octobre 2015 et fin 2018, ce qui impliquait au moins 36 milliards d'aide provenant de l'Europe. Une somme tenant compte de l'incapacité à atteindre les objectifs d'assainissement budgétaire depuis plusieurs mois (13 milliards) auxquels s'ajoutent 9 milliards dus au fait que les objectifs de privatisation non plus n'ont pas été tenus. Si on y ajoute l'aggravation de la récession, la remontée des taux d'intérêt ou encore les besoins de refinancement des banques, on atteint facilement 50 milliards.
Après une longue nuit de négociation début juillet, la zone euro accordera à la Grèce le bénéfice d’un troisième plan d’aide financier, dont les conditions de l’accord seront jugées dures, voire “humiliantes”, selon les observateurs qui ne sont pas les payeurs
. La chancelière allemande Angela Merkel estimait que l’accord serait d’une valeur de 86 milliards à 87 milliards d’euros sur trois ans. "De nombreux membres de Syriza, le [propre] parti de Tsipras, ont dénoncé [de l'intérieur] l’accord comme une capitulation humiliante imposée [à la Grèce], notamment par l’Allemagne", rapporte le site d’actualités européennes ment le type de conditions que le peuple grec vient de rejeter par référendum Politico.eu à Bruxelles.
L’un des points clés de l’accord est au final la création d’un fonds basé à Athènes (une concession européenne qui ne confirme pas la critique d'humiliation) regroupant des actifs grecs à hauteur de 50 milliards d’euros pour garantir les privatisations exigées par l’Eurogroupe. Et, pour commencer, l’Union européenne accorde une aide d’urgence de 7 milliards d’euros à Athènes, en attendant le déblocage des fonds du plan de sauvetage. "Je suis heureux de vous annoncer que l'Union Européenne et l’ECOFIN ont trouvé un accord pour le financement à partir de maintenant jusqu'à mi-août", a déclaré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, le 16 juillet.

Le 3e plan d'aide sera de 83 millions d'euros, inférieur au montant envisagé par A. Merkel ! Trop généreuse, la chancelière allemande? 
Reste la question de l'échelonnement de la dette.


Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, assure à qui veut l'entendre que des calculs ont été établis avant le référendum 

Tsipras et Juncker

La note finale sera plus lourde, surtout qu'il faudra y rajouter les arriérés de paiement accumulés auprès du FMI et du FESF (Fonds européen de stabilité financière) qui n'ont pas été payés par Athènes. Autant dire qu'avant de se retrouver à la table des négociations, les dirigeants européens devront affiner leurs calculs…


D'autant que le FMI a lancé le 3 juillet un pavé dans la mare. Dans son rapport préliminaire, il estime que pour ramener la dette grecque sur une trajectoire plus soutenable, "de nouvelles concessions seront nécessaires". Le FMI envisageait un allègement de la dette de 30 % conjugué à un allongement de sa maturité de 20 ans, mais pas sûr que cela agrée l'Allemagne et les pays du nord. "C'est une femme intelligente, découvre un conseiller de... François Hollande. Elle prend les problèmes les uns après les autres." Mais rien n'ayant été préparé, il reste un paquet de problèmes à régler dans les quatre semaines à venir.

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