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mardi 28 juillet 2015

Les Grecs votent non à l'Europe, mais la Grèce reste dans la zone euro

La Grèce peut-elle se maintenir dans la zone euro ? 

Après la victoire du non au référendum, la logique veut que le pays quitte la zone euro. 
Mises au point de J-C Juncker, président de la Commission européenne, avec F. Hollande , en arrière-plan
et Alexis Tsipras, premier ministre grec, en premier plan

Or, rien n’a été anticipé
et les leaders européens ne semblent pas prêts à prendre cette responsabilité
.

Rappel des faits

Varoufakis, ministre voyou

Le "non" au référendum sur le plan d'aide proposé par les créanciers l'a emporté avec 61,31%,  face au "oui" crédité de 38,69%. Angela Merkel et François Hollande ont aussitôt annoncé une réunion à l'Elysée pour "évaluer les conséquences" du scrutin en Grèce, tandis que le Premier ministre, Alexis Tsipras, jugea  de son côté que ce référendum ne constituait plus "un mandat de rupture avec l'Europe, mais un mandat qui renforce notre position de négociation afin de chercher une solution viable".

Personne 
n'avait rien préparé pour un éventuel sauvetage de la Grèce en cas de "non". Au lendemain du référendum, le naufrage annoncé du pays est une affaire de quelques mois en 2015. La mission de sauvetage du pays paraît impossible aux créanciers  européens comparés à des terroristes par Yanis Varoufakis, le très mesuré ministre des Finances rejeté par l'ensemble des membres de l'eurogroupe.

Alors que les Grecs se rendaient aux urnes,
certains dirigeants européens affirmaient que les négociations reprendraient, que
 la réponse soit oui ou non. "Quel que soit le vote en Grèce, nous devons dès demain [lundi] reprendre des discussions politiques", avait ainsi interféré le ministre français Emmanuel Macron, aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, poussant ainsi à un vote de rejet qui serait sans conséquences. "Si le non l'emporte, ce serait une erreur historique d'écraser le peuple grec", avait insisté l'ex-banquier et actuel ministre de l'Economie de Hollande, appelant à "ne pas faire le traité de Versailles de la zone euro" car, on le sait, les références du jeune homme sont saisissantes, historiques, littéraires, à la différence des salariées "illettrées" des abattoirs Gad, empruntant aux slogans publicitaires. Le patron de Bercy a ainsi nivellé le débat par le bas : "Le message important était en effet de montrer la cohérence de l'action économique et de la politique économique de l'État et du gouvernement parce que ce qu'on fait à l'intérieur se voit à l'extérieur et on ne peut pas avoir deux politiques."

Cette formule, "ce qu'on fait à l'intérieur se voit à l'extérieur" n'est rien d'autre qu'est que le recyclage du célèbre slogan des yaourts Bio de Danone, ou Activia comme on les appelle aujourd'hui.
La dette publique et le chômage n'ont aucun effet sur le transit intestinal des enfants de la génération Hollande, aka Monsieur P'tite Blague, car son collègue du gouvernement, Matthias Fekl, nouveau secrétaire d'État au Commerce extérieur en remplacement du phobique administratif, Thomas Thévenoud, avait donné le ton sur le sujet au sémillant ministre de l'Economie. Après que le président de la commission des Affaires économiques François Brottes a annoncé que Matthias Fekl ne sera auditionné que jeudi 18 septembre, le secrétaire d'État a lancé : "Demain, j'enlève le bas," autre référence à une célèbre publicité des années... 80 pour l'afficheur 'Avenir'. Bref, pendant que les Français peinent à trouver un emploi et à joindre les deux bouts, la 'Croisière s'amuse' à la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale...


Même message de Matteo Renzi à la Grèce: "Le jour d'après, on devra se remettre à parler. La première à le savoir est précisément Angela Merkel", a déclaré au quotidien Il Messagero le chef du gouvernement italien, un publicitaire et membre du Parti démocrate (PD), comme certains en France sont "Les Républicains'. La chancelière allemande, elle, n'a fait aucun commentaire prématuré, préférant attendre le résultat du référendum. En revanche, le chef du gouvernement conservateur espagnol a quelque peu détoné dans ce concert socialiste de voix conciliantes, se démarquant de Podemos, mouvement d'extrême gauche arrivé à la tête de Madrid et Barcelone: "L’euro n’est pas et ne peut pas être un club à la carte; il y a des normes et des règles destinées à assurer sa survie", a affirmé Mariano Rajoy.


L'Europe cherche en Grèce un interlocuteur fiable

Reprendre les discussions? Mais avec qui ? 
Euclide Tsakalotos, successeur de Varoufakis 
depuis le 6 juillet 2015, derrière A. Tsipras

Pendant le scrutin, l'universitaire Kostas Vergopoulos évoqua une rumeur courant à Athènes, selon laquelle Alexis Tsipras appellerait à un gouvernement d'union nationale en cas de victoire du 'non'. Un changement incontournable aussi dans l'hypothèse du oui: Yanis Varoufakis avait menacé de démissionner si le oui l'emportait, mais au moment de se rendre aux urnes dans la précipitation aucun électeur ne connaissait les intentions d'Alexis Tsipras, qui avait déjà perdu toute crédibilité aux yeux de ses partenaires. Serait-il parti avec son ministre révolutionnaire, aurait-il convoquer des élections anticipées ou tenté de constituer un gouvernement de coalition avec la gauche modérée? Quel aurait été son mandat de négociation ? Le 'non' ne répond à aucune des questions posées, mais l'éjection de Varoufakis déverrouille la situation.
Ce mandat, le chef du premier gouvernement de gauche radicale au pouvoir le devra au soutien des deux grands partis qui ont gouverné alternativement le pays depuis 40 ans, la Nouvelle Démocratie (droite, comme qui dirait 'Les Républicains'...) et le Pasok (socialiste), auxquels s'ajoute celui de la formation de gauche modérée Potami et du parti de droite souverainiste ANEL, membre de la coalition gouvernementale: la quadrature du cercle ! Une humiliation pour Syriza et Mélenchon en France....


Dans la panade et pourtant sans égards, le Premier ministre grec a pris ses partenaires par surprise. 
Il a organisé un référendum sans prévenir ses alliés Renzi et Hollande, en appelant à voter non, en présentant aux électeurs un texte qui n’était pas clair, car ni finalisé ni consolidé, et en faisant l'impasse sur les autres volets de l’accord en discussion:  les électeurs étaient appelés à voter sans rien savoir d'une inflexion sur les réformes demandées, d'une ouverture sur la dette et les besoins de financement ou d'un plan de relance de 35 milliards d’euros prévoyant une activation des fonds structurels.

Tsipras comptait faire fi de l’aval de l’Eurogroupe le 27 juin, faisant entériner le paquet dans la foulée par les parlements nationaux concernés et permettant une prolongation du plan d’aide au-delà de la date butoir du 30 juin. Mais ce beau scénario s’est effondré avec l’annonce du référendum. "Il faudra revoir les conditionnalités à la lumière de la situation nouvelle créée par le référendum", expliqua une source européenne. Voeu pieux !

Un départ de Tsipras, suivant une victoire du oui, n’aurait pas rendu les choses beaucoup plus prévisibles : on serait alors entré dans un tunnel sans fond, car au mieux les Grecs auraient revoté pour des législatives, mais pas avant le 9 août. Or, l’échéancier des créanciers d’Athènes était figé. Comment pouvait-il en être autrement, sachant qu'Athènes doit 2 milliards d'euros de bons du Trésor, près de 500 millions au FMI et plus de 3 milliards à la BCE. Sachant aussi que les Grecs ont fait défaut (étaient insolvables) pour 1,7 milliards fin juin ! "Il est clair qu’il faudra un gouvernement stable et la pire des solutions serait une rapide démission du gouvernement grec", craignait un diplomate français, dans l'attente des résultats. Garder Tsipras, faute de mieux !

Sur quoi pouvaient porter les négociations en cas de reprise ?
Malgré l'optimisme béat affiché par Hollande devant les caméras, "c’est toujours entre adversaires qu’on fait la paix. Si les Français et les Allemands ont réussi à faire la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1950, cinq ans après l’Armistice, on devrait bien arriver à faire signer à un accord entre les Grecs et l’Allemagne", estima Yves Bertoncini, directeur de l’Institut Jacques Delors. Il y aura des marges pour un accord dont tous les éléments sont déjà sur la table. Il faudra juste bouger quelques curseurs. Même si, entre temps, le Grecs auront bien tiré sur la corde". Tout et son contraire...

La Commission devait tout d’abord envisager une  nouvelle demande d'aide par la Grèce. Elle devait surtout vérifier qu'elle réponde aux critères d’éligibilité prévus par le traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES). Tout ce processus prend du temps, d'une part pour confirmer l’éligibilité et recevoir l’aval de certains parlements nationaux – dont le Bundestag allemand, ce qui sera fait pour éviter le pire –, et d'autre part pour négocier un protocole d’accord. Rien n'était alors fixé non plus sur le montant précis de prêts qu'il faudrait accorder à Athènes pour faire face à ses besoins.

Quel sera le montant du 3e "don" européen à la Grèce 


Dans ses calculs établis courant mai, le FMI estimait que la Grèce aurait besoin de 50 milliards d'euros de plus entre octobre 2015 et fin 2018, ce qui impliquait au moins 36 milliards d'aide provenant de l'Europe. Une somme tenant compte de l'incapacité à atteindre les objectifs d'assainissement budgétaire depuis plusieurs mois (13 milliards) auxquels s'ajoutent 9 milliards dus au fait que les objectifs de privatisation non plus n'ont pas été tenus. Si on y ajoute l'aggravation de la récession, la remontée des taux d'intérêt ou encore les besoins de refinancement des banques, on atteint facilement 50 milliards.
Après une longue nuit de négociation début juillet, la zone euro accordera à la Grèce le bénéfice d’un troisième plan d’aide financier, dont les conditions de l’accord seront jugées dures, voire “humiliantes”, selon les observateurs qui ne sont pas les payeurs
. La chancelière allemande Angela Merkel estimait que l’accord serait d’une valeur de 86 milliards à 87 milliards d’euros sur trois ans. "De nombreux membres de Syriza, le [propre] parti de Tsipras, ont dénoncé [de l'intérieur] l’accord comme une capitulation humiliante imposée [à la Grèce], notamment par l’Allemagne", rapporte le site d’actualités européennes ment le type de conditions que le peuple grec vient de rejeter par référendum Politico.eu à Bruxelles.
L’un des points clés de l’accord est au final la création d’un fonds basé à Athènes (une concession européenne qui ne confirme pas la critique d'humiliation) regroupant des actifs grecs à hauteur de 50 milliards d’euros pour garantir les privatisations exigées par l’Eurogroupe. Et, pour commencer, l’Union européenne accorde une aide d’urgence de 7 milliards d’euros à Athènes, en attendant le déblocage des fonds du plan de sauvetage. "Je suis heureux de vous annoncer que l'Union Européenne et l’ECOFIN ont trouvé un accord pour le financement à partir de maintenant jusqu'à mi-août", a déclaré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, le 16 juillet.

Le 3e plan d'aide sera de 83 millions d'euros, inférieur au montant envisagé par A. Merkel ! Trop généreuse, la chancelière allemande? 
Reste la question de l'échelonnement de la dette.


Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, assure à qui veut l'entendre que des calculs ont été établis avant le référendum 

Tsipras et Juncker

La note finale sera plus lourde, surtout qu'il faudra y rajouter les arriérés de paiement accumulés auprès du FMI et du FESF (Fonds européen de stabilité financière) qui n'ont pas été payés par Athènes. Autant dire qu'avant de se retrouver à la table des négociations, les dirigeants européens devront affiner leurs calculs…


D'autant que le FMI a lancé le 3 juillet un pavé dans la mare. Dans son rapport préliminaire, il estime que pour ramener la dette grecque sur une trajectoire plus soutenable, "de nouvelles concessions seront nécessaires". Le FMI envisageait un allègement de la dette de 30 % conjugué à un allongement de sa maturité de 20 ans, mais pas sûr que cela agrée l'Allemagne et les pays du nord. "C'est une femme intelligente, découvre un conseiller de... François Hollande. Elle prend les problèmes les uns après les autres." Mais rien n'ayant été préparé, il reste un paquet de problèmes à régler dans les quatre semaines à venir.

vendredi 10 juillet 2015

Grèce: Tsipras trahit 61% de Grecs en cèdant aux créanciers

Le parlement grec et Syriza peuvent-ils entériner les renoncements de Tsipra?

L'idéologie recule devant  la nécessité

Tsipras a perdu sa hargne et son sourire
Le gouvernement grec s'est exécuté en dévoilant à Bruxelles jeudi soir ses propositions aux créanciers pour sortir le pays de la crise. Une phase d'analyse et de réflexion s'ouvre désormais avant qu'un éventuel accord puisse être éventuellement considéré comme définitif.  Ces propositions visant à conclure un accord avec les créanciers doivent être évaluées par les pays de la zone euro avant un sommet européen extraordinaire crucial dimanche sur le sort de la Grèce dans l'Union européenne.

Alexis Tsipras a cédé à la pression. 
Le texte des propositions de 13 pages, intitulé "Actions prioritaires et engagements", se rapproche des dernières propositions des créanciers du 26 juin, que le gouvernement avait initialement rejetées en annonçant alors la tenue d'un référendum et un appel au "non". 
Tsipras a visiblement cherché à coller au plus près des attentes des créanciers de la Grèce. L'UE, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont désormais ses nouvelles propositions en main, en échange d'une nouvelle aide financière sur trois ans, demandée la veille au Mécanisme européen de stabilité (MES).

Hausse de la TVA

Pomme de discorde entre Athènes et ses créanciers, le taux de la TVA, qui jusqu'ici était à 13%, est fixé à 23%, incluant aussi la restauration, comme le souhaitaient les créanciers.
Pour les produits de base, l'électricité et les hôtels, la TVA reste à 13% et pour les médicaments, livres et places de théâtre à 6%.

Suppression des avantages fiscaux des îles

Le gouvernement propose la suppression des avantages fiscaux pour les îles (soit la réduction de 30% de la TVA appliquée depuis plusieurs années), à commencer par les îles les plus riches et touristiques.
Cette suppression va commencer en octobre et sera faite graduellement pour s'achever d'ici la fin 2016.

Hausse d'autres taxes

La hausse de la taxe sur les sociétés va passer de 26% à 28%, comme le souhaitaient les créanciers, et non pas à 29% comme l'avait initialement proposé Athènes. Les taxes sur les produits de luxe seront également augmentées.

Réforme des retraites

L'âge du départ à la retraite passe de 57 à 67 ans ou 62 ans, avec 40 années de travail, et sera relevé graduellement d'ici à 2022.

Réduction des dépenses militaires

Le plafond des dépenses militaires sera réduit de 100 millions d'euros en 2015 et de 200 millions en 2016 contre une réduction de 400 millions proposée par les créanciers.

Déréglementation de certaines professions

Des réformes pour la déréglementation de certaines professions (ingénieurs, notaires) et du secteur du tourisme sont également prévues.

Lutte contre l'évasion fiscale

Le gouvernement propose une série de mesures pour lutter contre l'évasion fiscale et la réorganisation du système de collectes des impôts. A la condition de réformes structurelles, telle que la création d'un cadastre.

Réforme de l'administration

Des gestionnaires seront embauchés d'ici 2015 pour évaluer les fonctionnaires et une série de mesures est prévue pour moderniser le secteur public.

Privatisations

Le gouvernement accepte de vendre la part restant de l'Etat au capital social des télécommunications grecques OTE, dont le principal actionnaire est Deutsche Telekom.
L'appel d'offres sera aussi lancé pour la privatisation des ports du Pirée et de Thessalonique d'ici octobre.

Objectifs budgétaires

Initialement Athènes s'était aligné sur les propositions des créanciers pour réaliser un excédent primaire budgétaire (hors service de la dette) de 1% en 2015, 2% en 2016 et 3% en 2017 mais, jeudi soir, le gouvernement a indiqué que ces objectifs devaient être examinés de nouveau, car la situation économique s'est aggravée ces derniers jours, surtout après l'imposition du contrôle des capitaux et la fermeture des banques.

Dette publique

Les propositions grecques prévoient également "la réglementation de la dette publique", à 180% du PIB actuellement, selon une source gouvernementale qui n'a pas donné plus de précision sur ce sujet épineux dont la majorité des pays de la zone euro ne veulent pas entendre parler, surtout l'Allemagne et les pays du nord.

Un "paquet croissance"

"Un paquet de 35 milliards d'euros" consacré à la croissance est déjà prévu par la Commission européenne, selon une source gouvernementale grecque.


Un vote du Parlement suspendu à la décision de l'opposition de droite
L'Obs parle de "quasi-reddition de Tsipras", ami de Mélenchon. "Après la glorieuse et dangereuse bataille du référendum, Athènes, triomphante, semble déposer les armes."

Rien ne garantit que le plan grec, qui doit encore faire l'objet de négociations finales avant la fin du week-end, puisse réunir une majorité au Parlement. Déjà, selon Proto Thema, cité par La Tribune, le ministre de l'Energie, Panagiotis Lafanzanis, représentant de l'aile gauche de Syriza, et  Panos Kammenos, le chef des Grecs Indépendants, ont refusé de signer le projet de loi.
La fronde peut l'emporter, surtout si les créanciers ne prennent pas dans l'accord final d'engagements fermes et substantiels sur la réduction de la dette, qui pourraient séduire même les plus durs des députés de la majorité au pouvoir. A moins que les élus de droite ne choisissent de sauver la Grèce de Syriza.
Une fois de plus, balancé entre ses créanciers vexés et sa majorité rétive, Alexis Tsipras apparaît comme un funambule sur une corde raide et devra faire la preuve de ses talents de négociateur pour ne pas chuter.

vendredi 29 mars 2013

Italie: le socialiste Bersani échoue avant d'avoir commencé

Le socialiste Pier Luigi Bersani a avoué son impuissance à former un gouvernement

Le phare de la gauche italienne ne parvient pas à rassembler une majorité de gouvernement

Bersani aussi déçoit.
Jeudi soir, après avoir rencontré le président italien Giorgio Napolitano, le chef de la gauche italienne Pier Luigi Bersani a annoncé devant la presse qu'il jete l'éponge : "Les discussions n'ont pas abouti". Après les législatives des 24 et 25 février, le chef du Parti démocrate n'a pas réussi à faire l'union et former un gouvernement. "J'ai décrit (au Président) les difficultés dérivant d'entraves et de conditions inacceptables" rencontrées lors des pourparlers avec les autres formations, a-t-il accusé.

Le socialiste n'est pas fédérateur

La gauche italienne s'est échouée sur l'écueil des institutions: le mode de scrutin transalpin est accusé de rendre le pays ingouvernable en raison d'un système modifié à la fin de l'année 2005 pour rétablir un scrutin proportionnel de listes bloquées, avec une prime de majorité à la Chambre des députés où 340 sièges sont garantis à la coalition qui arrive en tête, tandis que la proportionnelle est en revanche considérablement renforcée au Sénat.
La gauche italienne emmenée par Bersani dispose de la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au sénat. Un vote de confiance au Parlement était peu vraisemblable au vu des positions exprimées par chacune des trois forces politiques antagonistes.pour être investi. Or, un gouvernement doit obtenir un vote de confiance tant à la Chambre qu'au Sénat.

Le centre droit de Silvio Berlusconi avait avancé l'idée d'une "grande coalition" avec le centre gauche, proposition rejetée par Bersani. 
Le Mouvement cinq Etoiles (M5S) de l'ex-comique Beppe Grillo, qui cristallise le vote protestataire, a de son côté catégoriquement refusé de s'allier au centre gauche, poussant un peu plus le pays vers de nouvelles élections. C'est désormais le président italien qui reprend le dossier en mains. Il lancera dès vendredi "ses propres consultations", a indiqué un porte-parole.

Le coup de grâce a été asséné le 27 mars lorsque
le leader du Mouvement Cinq Etoiles, Beppe Grillo, a adressé une fin de non recevoir à Bersani
Un peu plus tôt, le leader de centre-gauche était rentré bredouille de ses négociations avec le centre-droit de Silvio Berlusconi arrivé deuxième. Le Pdl de Silvio Berlusconi avait bien offert à Pier Luigi Bersani de former une grande coalition, mais à des conditions que le centre-gauche ne pouvait accepter. "Seul un fou peut souhaiter former un gouvernement en ce moment", aurait déclaré le leader de centre gauche la mine dépitée, selon le Financial Times. Il y a quinze jours, il avait avoué son incapacité à gouverner, signant un premier échec dans son projet de gouvernement minoritaire.

Berlusconi propose encore à la gauche un gouvernement de coalition


"Au nom de l'intérêt du pays", le leader de la droite italienne,
Silvio Berlusconi, a de nouveau proposé ce vendredi de soutenir un gouvernement de coalition avec la gauche qui lui bat froid.

"
Que le PD avance une candidature. Celle du secrétaire du PD Pier Luigi Bersani nous convient, tout comme d'autres candidatures, a précisé Berlusconi. En ce qui concerne le programme, nous sommes prêts à rencontrer les autres forces politiques et à examiner en détail les mesures pour affronter la situation très difficile du pays. Nous pensons qu'il peut y avoir un accord. Notre position est très claire : nous ne pensons pas qu'il existe une autre solution", a-t-il souligné.

Berlusconi a par ailleurs nié tout marchandage en cours sur le nom du successeur du président de la République Giorgio Napolitano, dont le mandat s'achève le 15 mai. Le titulaire de ce poste crucial dans le système institutionnel italien -- surtout en phase d'instabilité politique -- doit être élu par le parlement à partir du 15 avril.
"Nous estimons dans la logique des choses que si un gouvernement de coalition se fait ensemble, alors c'est ensemble qu'il faut discuter de celui qui peut être le meilleur président de la République", a-t-il toutefois estimé.

L'impasse politique italienne réveille le spectre d'une menace sur sa dette

La situation politique de l'Italie n'offre aucune perspective d'amélioration avant le mois de juin. Les marchés commencent à montrer quelques signes d'impatience en faisant remonter le spread italien sur les titres souverains à dix ans de la péninsule.

Le spread s'élargit
Le spread (différence entre les taux italiens et allemands) sur le dix ans est à nouveau sur la pente ascendante et a déjà gagné près de 25 points de base en deux jours à 346 points de base jeudi en milieu de journée, ce qui est un rythme assez rapide. Le niveau de spread de jeudi est supérieur de près de 100 points de base de plus que le plus bas du 25 janvier dernier. Le blocage politique efface ainsi les 5 mois de baisse du spread italien qui ont suivi la mise en place de l'OMT, le dispositif de rachat de dette de la BCE censé dissuader les marchés d'attaquer les titres souverains. Il semble que les marchés commencent à perdre le calme relatif dont ils avaient fait preuve jusqu'ici depuis le scrutin des 24 et 25 février derniers.

Si les taux italiens atteignent des niveaux très élevés, à l'image de la situation de juillet dernier ou de novembre 2011 (où le spread avait dépassé les 500 points de base), l'Italie n'aurait alors d'autre choix que de demander l'assistance du mécanisme de secours européen (MES) et d'en accepter les conditions contraignantes. Ce préalable est en effet nécessaire au rachat illimité de titres italiens par la BCE dans le cadre du programme OMT. L'Italie, comme la BCE, qui n'aimerait guère mettre en pratique l'OMT, ont donc tout intérêt à ce qu'une solution soit trouvée à la crise politique le plus rapidement possible.

vendredi 19 octobre 2012

La presse allemande applaudit à la victoire de Merkel sur Hollande

Union bancaire: la presse de François Hollande parle de compromis
La presse socialiste tente de lui sauver la face

L'Express : "Paris et Berlin trouvent un compromis sur l'union bancaire". "La France et l'Allemagne ont toutes deux lâché du lest. Les mécanismes de supervision bancaire en zone Euro seront mis en oeuvre dans le courant de l'année 2013 [et non pas en 2014], et cette supervision s'appliquera aux 6000 banques de la zone euro, pas seulement aux plus importantes." 
Le compromis porte sur un sujet qui empoisonnait les relations entre Paris et Berlin depuis des semaines et permet de mettre en oeuvre dès 2013 -et non pas à la Saint-Glin-glin, comme le souhaitait la "gauche molle" - la supervision des banques de la zone euro, étape-clé dans leur stratégie de sortie de crise.

Libération : "Banques : alliance de raison entre France et Allemagne"
"Le système de supervision sera mis en place progressivement, comme le voulait Berlin, et étendu à toutes les banques de l'UE, comme le demandait Paris." "Pour la supervision bancaire, "l’objectif est d’avoir un accord sur le cadre législatif d’ici le 1er janvier 2013. Le travail pour la mise en oeuvre opérationnelle aura lieu dans le courant de l’année 2013", selon les conclusions du conseil européen. Lors du sommet de juin, qui avait débouché sur des avancées pour tenter de sortir de la crise de l’euro, les Européens s'étaient mis d’accord pour "examiner" les propositions de la Commission sur ce sujet d’ici fin 2012."

Derrière cet affrontement sur une date, les enjeux sont lourds : alors que les dettes bancaires sont trois fois supérieures aux dettes souveraines, la supervision bancaire est une première étape vers l' " union bancaire " européenne, avec des mécanismes de solidarité communs, ce qui explique la réticence allemande et l'impatience de Hollande qui se sait demandeur en sursis de solidarité bancaire européenne. De surcroît, le président socialiste ne souhaite pas que l'Europe mette le nez dans son projet de loi de finances 2013 (PLF).

Match nul ?

Die Welt, de Hambourg, est moins catégorique avec son titre  clair: "1 à 1 dans le duel entre Hollande et Merkel ". "A la fin, les deux peuvent se déclarer vainqueur " explique le quotidien, qui insiste cependant : " Hollande a lâché du lest au milieu du chemin. " 

Le Berliner Zeitung et le Frankfurter Rundschau (qui ont la même rédaction nationale) constatent eux aussi que la soirée a contenté tout le monde et titre : " deux chefs d'Etat, deux histoires de vainqueurs. " 

L'hebdomadaire Die Zeit, sur son site Internet, se montre déçu et parle d'un " petit pas vers l'union bancaire. "


Fermeté de la chancelière face aux velléités de François Hollande



Les Echos : "L'union bancaire provoque des étincelles entre Paris et Berlin"
"Jeudi, les dirigeants français et allemands ont laissé éclater au grand jour leur différend."

"Ce n'est pas un sommet sur l'union budgétaire, mais sur l'union bancaire ", avait lancé François Hollande, vers 13 heures en réaction aux propos de la chancelière, le matin même devant le Bundestag. Face à son parlement, la chancelière avait balayé l'idée de mettre en place rapidement l'union bancaire. Elle avait, en revanche, repris l'idée défendue par son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, à savoir la nécessité de confier au commissaire européen aux Affaires économiques un droit de veto sur les budgets nationaux des Etats membres."


Outre-Rhin, la presse insiste sur le succès enregistré par Angela Merkel face à François Hollande.

"Merkel extorque à Hollande un compromis "
, se félicite ainsi Der Spiegel qui parle d'une " négociation à succès " pour la chancelière. " 

Angela Merkel est demeurée ferme et a imposé son calendrier "
, ajoute la correspondante bruxelloise de l'hebdomadaire. 
Malgré le recul de Berlin sur le périmètre de l'union bancaire, Der Spiegel estime que la stratégie de la chancelière est gagnante. " Le calcul de Merkel, c'est que l'aide bancaire du MES ne sera lancé qu'après les élections fédérales ", conclut l'hebdomadaire.

" Victoire aux points "

Même ton du côté du HandelsblattProche du The Wall Street Journal de Rupert Murdoch, un eurosceptique convaincu, le quotidien économique titre : " Merkel impose un départ tardif de l'union bancaire. " 

La Süddeutsche Zeitung, libéral de gauche, affirme que " Merkel freine Hollande sur l'union bancaire. " Là aussi, le quotidien munichois insiste sur le succès allemand : l'union bancaire ne débutera pas le 1er janvier 2013 comme le voulait Paris. 

La très influente et populaire Bild Zeitung constate enfin
la " victoire aux points " d'Angela Merkel.

Et l'union budgétaire ?

Wolfgang Schäuble a mis en avant une union budgétaire forte. 
L'Allemagne se refuse en effet actuellement d'être la vache à lait des pays méditerranéens de l'Union européenne.
Le ministre allemand des Finances était donc franchement sorti du bois mardi en proposant une vraie union budgétaire pour l'Europe avec un commissaire capable de refuser des budgets nationaux et un parlement européen doté d'un vrai droit de décision sur les finances de chaque Etat membre.


Van Rompuy appelle à une solidarité "limitée"

Le président de l'UE a présenté vendredi 12 octobre un rapport sur le renforcement de l'union économique et monétaire. il préconise que la zone euro se dote d’un budget propre et "mutualise certains outils de financement".Aujourd’hui, les 27 Etats reversent 1% de leur PIB à l’Union européenne, qui est ainsi doté d’un budget annuel de 130 milliards d’euros. Ces fonds servent à financer notamment la Politique agricole commune et quelques projets d’infrastructures paneuropéens. Ce n’est pas suffisant selon Herman Von Rompuy.

Herman Van Rompuy ne veut pas d’un budget de la zone euro dont le but serait le même que le Mécanisme européen de stabilité, le pare-feu de la zone euro qui vient d'entrer en vigueur. Ce ne doit pas être comme le MES "un instrument de gestion des crises", explique le président de l’UE, mais un outil à même de "faciliter les réformes structurelles qui améliorent la compétitivité et le potentiel de croissance".

Alors, dans une phase transitoire, le président de l’Union européenne propose la possibilité pour les Etats de la zone euro de passer des contrats individuels avec les institutions européennes. Chaque membre rendrait compte à la structure avec laquelle il a un accord de ses efforts pour soutenir la croissance et l'emploi, et obtiendrait en échange des "incitations financières limitées, ciblées, temporaires et flexibles".