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jeudi 3 janvier 2019

Européennes 2019 : Alain Juppé joue sa propre carte contre 'Les Républicains'

Entre Alain Juppé et Les Républicains, le divorce est consommé

Le maire de Bordeaux a décidé de faire cavalier seul en marge du parti gaulliste, signe de son désaccord avec la ligne majoritaire


Juppé n'a jamais accepté sa défaite à la primaire
Il a été battu une première fois par un autre ancien premier ministre, ne rassemblant que 33,5% des voix contre François Fillon, avec 66,5 % des suffrages au second tour de la primaire à droite pour la présidentielle 2017. A l'issue du premier des débats télévisés, il faisait pourtant la course en tête dans des sondages partisans. Eliminé de l'investiture du parti Les Républicains, il décida "de se retirer de la vie politique nationale, pour l'instant". Il avait pourtant été de nombreuses fois ministre dès le gouvernement de Jacques Chirac en 1986, a été à la tête du RPR puis de l'UMP, a siégé député pendant plus de 12 ans...

En 2004, une condamnation à de l'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris l'a forcé à s'éloigner temporairement de la vie politique. Il s'expatria.
Il se fit battre une seconde fois lors du congrès des Républicains de décembre 2017 : son candidat, Maël de Calan, son ancien porte-parole et conseiller départemental du Finistère, ne rassembla que 9,25% des voix contre 74,64% à Laurent Wauquiez, envers qui il voue depuis une haine tenace, bien que sa légitimité soit clairement établie

Après 42 ans de hauts et de bas au parti gaulliste, le septuagénaire de 73 ans n'a pas renouvelé sa carte. Il a été officiellement rayé de la liste des adhérents au 1er janvier.
 
2019, année de rupture pour Alain Juppé. RPR, UMP, Les Républicains, le maire de Bordeaux a connu le parti gaulliste sous toutes ses appellations et orientations. Il a tout traversé mais il a un passé de diviseur. 
En mai 68, Alain Juppé affirme avoir manifesté une fois dans les rues de Paris, de s’être intéressé aux mouvements marxistes et d'avoir même voté pour Alain Krivine, candidat de la Ligue communiste (LC, fusion de la Jeunesse communiste révolutionnaire et du Parti communiste internationaliste), au premier tour de l'élection présidentielle de 1969, contre le président de la République, ancien premier ministre de Charles de Gaulle, Georges Pompidou manquait de "punch".
En 1992, avec Edouard Balladur ou Jacques Toubon, qui conseillaient à Jacques Chirac de soutenir le "oui" au référendum sur la ratification du traité de Maastricht, Juppé poussa le président  à se mettre en porte-à-faux avec une majorité de membres de son propre parti qui, derrière Charles Pasqua et Philippe Séguin, faisaient activement campagne pour le "non".

En 1993-1995, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Edouard Balladur lors de la 'deuxième cohabitation", Juppé fut notamment mêlé, avec le président socialiste François Mitterrand, à une très trouble affaire de génocide lors d'une opération militaire au Rwanda, dont ils se fit l'avocat.
En 1995, nommé premier ministre par le nouveau président, Jacques Chirac, l'affaire de son appartement et de celui de son fils Laurent rend Juppé impopulaire dès le mois de son entrée en fonction.
La hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) est décidée tandis qu'une contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) est créée, mais les analystes politiques accuse le pouvoir de n'avoir pas expliqué les réformes nécessaires lors de la campagne présidentielle, ce qui est également reproché aujourd'hui à son ami Macron.
 doit également faire face à une résurgence des mouvements de l'immigration illégale. Pour la première fois, des centaines de sans-papiers occupent divers lieux en France, dont l'église Saint-Ambroise ou à l'église Saint-Bernard à Paris, pour arracher leur régularisation.
Outre
une foule de privatisations (Péchiney ou Usinor-Arcelor, les AGF ou CMA, etc), la récession de 1996 lui est largement imputée en conséquence du choc fiscal provoqué par sa hausse de l'ISF.
En 1997, sur les conseils de Juppé notamment, Jacques Chirac risque une dissolution de l'Assemblée nationale le 21 avril: cette décision se solde par la victoire de l’opposition de gauche aux élections législatives et l'arrivée du socialiste Jospin à Matignon.
La direction du parti n'a pas commenté cette désunion purement administrative. En effet, Alain Juppé, comme il l'a reconnu lui-même, n'a pas réglé ses cotisations au titre des années 2017 et 2018. Or les règles internes du parti sont claires : tout adhérent qui ne s'est pas acquitté de son dû pendant deux années consécutives prend la porte. « Je n'ai pas senti qu'il allait verser une larme », rapporte d'ailleurs un proche de l'ancien ministre des Affaires étrangères qui l'a croisé mercredi matin.

Les Européennes en ligne de mire ? 

Cette rupture met en lumière la profonde incapacité d'Alain Juppé à accepter un vote démocratique et à soutenir la nouvelle ligne majoritaire du parti, incarnée par son patron Laurent Wauquiez. Le cacique avait déjà pris récemment ses distances avec LR en expliquant notamment qu'il ne se reconnaissait plus dans le discours du parti sur l'Europe.

Alain Juppé rêve désormais d'un avenir à l'échelle du Vieux Continent
Ainsi aurait-il accepté en décembre de co-écrire un livre de défense de l'Europe. Des proches le voient en queue d'une liste 'La République en marche' (LREM) en pensant qu'il pourrait la pousser. "Mais je ne le vois pas aller dans cette direction. Cela cautionnerait tous les noms de la liste dont certains ne le bottent pas", tempère un proche du maire bordelais dans le quotidien francilien. 

Bataille des européennes ou non, la seule certitude est qu'Alain Juppé mènera ses futurs combats sans Les Républicains. L'incertitude est de savoir s'il va se trouver encore longtemps des Juppéistes pour suivre un perdant.
Elu eurodéputé aux élections européennes de 1989, Alain Juppé ne resta au Parlement européen que quelques mois, démissionnant dès octobre de la même année.
 

vendredi 10 juillet 2015

Grèce: Tsipras trahit 61% de Grecs en cèdant aux créanciers

Le parlement grec et Syriza peuvent-ils entériner les renoncements de Tsipra?

L'idéologie recule devant  la nécessité

Tsipras a perdu sa hargne et son sourire
Le gouvernement grec s'est exécuté en dévoilant à Bruxelles jeudi soir ses propositions aux créanciers pour sortir le pays de la crise. Une phase d'analyse et de réflexion s'ouvre désormais avant qu'un éventuel accord puisse être éventuellement considéré comme définitif.  Ces propositions visant à conclure un accord avec les créanciers doivent être évaluées par les pays de la zone euro avant un sommet européen extraordinaire crucial dimanche sur le sort de la Grèce dans l'Union européenne.

Alexis Tsipras a cédé à la pression. 
Le texte des propositions de 13 pages, intitulé "Actions prioritaires et engagements", se rapproche des dernières propositions des créanciers du 26 juin, que le gouvernement avait initialement rejetées en annonçant alors la tenue d'un référendum et un appel au "non". 
Tsipras a visiblement cherché à coller au plus près des attentes des créanciers de la Grèce. L'UE, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont désormais ses nouvelles propositions en main, en échange d'une nouvelle aide financière sur trois ans, demandée la veille au Mécanisme européen de stabilité (MES).

Hausse de la TVA

Pomme de discorde entre Athènes et ses créanciers, le taux de la TVA, qui jusqu'ici était à 13%, est fixé à 23%, incluant aussi la restauration, comme le souhaitaient les créanciers.
Pour les produits de base, l'électricité et les hôtels, la TVA reste à 13% et pour les médicaments, livres et places de théâtre à 6%.

Suppression des avantages fiscaux des îles

Le gouvernement propose la suppression des avantages fiscaux pour les îles (soit la réduction de 30% de la TVA appliquée depuis plusieurs années), à commencer par les îles les plus riches et touristiques.
Cette suppression va commencer en octobre et sera faite graduellement pour s'achever d'ici la fin 2016.

Hausse d'autres taxes

La hausse de la taxe sur les sociétés va passer de 26% à 28%, comme le souhaitaient les créanciers, et non pas à 29% comme l'avait initialement proposé Athènes. Les taxes sur les produits de luxe seront également augmentées.

Réforme des retraites

L'âge du départ à la retraite passe de 57 à 67 ans ou 62 ans, avec 40 années de travail, et sera relevé graduellement d'ici à 2022.

Réduction des dépenses militaires

Le plafond des dépenses militaires sera réduit de 100 millions d'euros en 2015 et de 200 millions en 2016 contre une réduction de 400 millions proposée par les créanciers.

Déréglementation de certaines professions

Des réformes pour la déréglementation de certaines professions (ingénieurs, notaires) et du secteur du tourisme sont également prévues.

Lutte contre l'évasion fiscale

Le gouvernement propose une série de mesures pour lutter contre l'évasion fiscale et la réorganisation du système de collectes des impôts. A la condition de réformes structurelles, telle que la création d'un cadastre.

Réforme de l'administration

Des gestionnaires seront embauchés d'ici 2015 pour évaluer les fonctionnaires et une série de mesures est prévue pour moderniser le secteur public.

Privatisations

Le gouvernement accepte de vendre la part restant de l'Etat au capital social des télécommunications grecques OTE, dont le principal actionnaire est Deutsche Telekom.
L'appel d'offres sera aussi lancé pour la privatisation des ports du Pirée et de Thessalonique d'ici octobre.

Objectifs budgétaires

Initialement Athènes s'était aligné sur les propositions des créanciers pour réaliser un excédent primaire budgétaire (hors service de la dette) de 1% en 2015, 2% en 2016 et 3% en 2017 mais, jeudi soir, le gouvernement a indiqué que ces objectifs devaient être examinés de nouveau, car la situation économique s'est aggravée ces derniers jours, surtout après l'imposition du contrôle des capitaux et la fermeture des banques.

Dette publique

Les propositions grecques prévoient également "la réglementation de la dette publique", à 180% du PIB actuellement, selon une source gouvernementale qui n'a pas donné plus de précision sur ce sujet épineux dont la majorité des pays de la zone euro ne veulent pas entendre parler, surtout l'Allemagne et les pays du nord.

Un "paquet croissance"

"Un paquet de 35 milliards d'euros" consacré à la croissance est déjà prévu par la Commission européenne, selon une source gouvernementale grecque.


Un vote du Parlement suspendu à la décision de l'opposition de droite
L'Obs parle de "quasi-reddition de Tsipras", ami de Mélenchon. "Après la glorieuse et dangereuse bataille du référendum, Athènes, triomphante, semble déposer les armes."

Rien ne garantit que le plan grec, qui doit encore faire l'objet de négociations finales avant la fin du week-end, puisse réunir une majorité au Parlement. Déjà, selon Proto Thema, cité par La Tribune, le ministre de l'Energie, Panagiotis Lafanzanis, représentant de l'aile gauche de Syriza, et  Panos Kammenos, le chef des Grecs Indépendants, ont refusé de signer le projet de loi.
La fronde peut l'emporter, surtout si les créanciers ne prennent pas dans l'accord final d'engagements fermes et substantiels sur la réduction de la dette, qui pourraient séduire même les plus durs des députés de la majorité au pouvoir. A moins que les élus de droite ne choisissent de sauver la Grèce de Syriza.
Une fois de plus, balancé entre ses créanciers vexés et sa majorité rétive, Alexis Tsipras apparaît comme un funambule sur une corde raide et devra faire la preuve de ses talents de négociateur pour ne pas chuter.