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mardi 26 mai 2015

La réforme du collège est vouée à l'échec, selon Kersaudy, "pseudo-intellectuel"

La réforme du collège de Peillon-Vallaud-Belkacem est portée par des idéologues 

L'auteur de cette chronique pour Le Point est de ces "pseudo-intellectuels" 
décriés par la locataire du ministère de l'Education nationale -et de l'Enseignement supérieur. François Kersaudy est diplômé de l'Institut d'études politiques et docteur-ès-lettres. Il a enseigné l'histoire contemporaine à Oxford, puis a été professeur de langues anglaises et anglo-saxonnes à l'université de Paris I Panthéon Sorbonne. Il parle neuf langues et est l'auteur de nombreux ouvrages écrits en français et en anglais.
VOIR et ENTENDRE la ministre de l'Enseignement supérieur porteuse de la réforme du collège voulue par Vincent Peillon:

Une lecture jubilatoire 

"Si c’était de la boxe ou du catch, sans doute Najat Vallaud-Belkacem aurait-elle été déclarée vainqueur aux points à l’issue de son débat du 21 mai avec Bruno Le Maire : sourire, assurance, dogmatisme, langue de bois, art du slogan, de l’esquive, de la contre-attaque, de la suggestion, de l’interruption, de l’insinuation, de la répétition et de la dissimulation – bref, une parfaite maîtrise des techniques éprouvées du Diamat, le matérialisme dialectique cher à Engels et à Trotsky. Comme en outre, de l’aveu même de François Hollande, "le fait qu’elle porte ce nom, c’est aussi un message", il serait difficile de trouver meilleure porte-parole pour abriter la politique scolaire du gouvernement derrière l’écran de fumée opaque des rhétoriques marxistes, féministes et antiracistes réunies…

Timeo Socialos...*

On peut naturellement admirer la prestation, sans pour autant accepter le discours. Car en vérité, cette vivante icône de la diversité moralisatrice porte une parole qui n’est pas vraiment la sienne. A droite comme à gauche, les vieux routiers de l’éducation l’ont laissé entendre avec plus ou moins d’embarras : Jean-Pierre Chevènement lui a conseillé en langage codé de ne pas se mettre "dans la main de la superstructure du ministère de l’Éducation nationale"; Jean-Pierre Le Goff s’est fait un peu plus précis, en fustigeant "les petits idéologues incultes et moralistes qui gravitent autour de Najat Vallaud-Belkacem, et profitent de l’école pour installer un meilleur des mondes à leur mesure". Jacques Julliard – insoupçonnable puisque de gauche - nous met davantage sur la voie : "Les ministres passent et les grands manitous de la pédagogie sont toujours les mêmes Rue de Grenelle. Les vrais conservateurs sont les pédagogistes qui ont impulsé ces politiques depuis trente ans, avec pour conséquence une école française en perte de vitesse."
Et peut-on savoir où se regroupent exactement ces pédagogistes déjantés ? Au CSP, Conseil supérieur des programmes, dont le sénateur UMP du Doubs, Jacques Grosperrin, vient justement de démissionner en dénonçant son "fonctionnement dogmatique, pour ne pas dire idéologique". Encore ce Conseil orienté fait-il figure de modérateur lorsqu’il corrige à l’occasion les rapports de dizaines de "groupes d’experts", au recrutement obscur et à l’idéologie radicale. La seule représentante de la droite restée au CSP, Annie Genevard, juge ces experts autoproclamés "de qualité inégale, imprégnés parfois d’idéologies très discutables", et pointe quelques-unes de leurs recommandations : "Recourir dès la maternelle aux langues de l’immigration" et "favoriser la parité dans le choix des auteurs de littérature"- des lubies familières, auxquelles s’ajoutent l’obsession de l’islam, de la repentance et de l’égalitarisme décérébré.

Déjà vu

En fait, pour qui a de la mémoire, ces productions d’"experts" rappellent étrangement, tant par leur prose jargonnante que par leur anticapitalisme, leur dogmatisme, leur communautarisme et leur antiracisme à sens unique, celles du navrant "rapport sur l’intégration" commandé par Jean-Marc Ayrault en 2013… Toutefois, le plus déplorable est encore qu’elles soient prises au sérieux par le Conseil supérieur des programmes, et avalisées par des ministres qui n’ont pas toujours le temps de les lire - et encore moins de réfléchir à leurs implications. "Et voilà un demi-siècle que ça dure !" aurait pu dire le général de Gaulle, qui avait déjà fustigé dans ses 'Mémoires d’espoir' les organisations qui "ne cessent de se diviser selon toutes les catégories du marxisme et de l’anarchie, et ne s’accordent que pour souhaiter faire de l’instruction publique le grand levier destructeur de l’actuelle société". Depuis lors, ces anarcho-marxistes se sont mâtinés d’islamo-intégrisme et retranchés solidement au cœur d’un ministère essentiel pour l’avenir de la jeunesse française. Certains ministres, comme Claude Allègre ou Luc Ferry, ont tenté de s’y opposer dans l’intérêt du pays; d’autres, comme François Bayrou ou Jack Lang, ont préféré s’incliner dans l’espoir de durer…

L’actuelle ministre appartient manifestement à la seconde catégorie. Pour l’heure, elle est fermement soutenue par François Hollande, soucieux de poursuivre toutes les chimères pouvant contribuer à sa réélection, et par Manuel Valls, aspirant à lui succéder en surnageant tant bien que mal au milieu d’un marigot d’alligators repeints en vert pastèque, gris muraille, khmer rose ou rouge prolétaire. Pour ces socialistes d’élite, l’éducation n’a qu’un intérêt purement politique : lorsqu’on est au pouvoir, elle sert surtout à feindre la mise en oeuvre de grandes réformes sociéto-pédago-gaucho-démago-anarcho-égalitaro-ludiques, propres à calmer les frustrations de la gauche maboule en vue des prochaines élections ; lorsqu’on est dans l’opposition, elle sert plutôt à déstabiliser le gouvernement en place, comme l’expliquait clairement mais maladroitement le 14 mars 2004 Jack Lang à Julien Dray, à proximité d’un micro indiscret : " Dans les lycées, il faudrait foutre un peu la merde !" (sic)

Tempête dans un verre d’eau

Est-ce chose [la merde] faite dans les collèges ? Derrière un barrage compact d’éléments de langage ministériel convenus – "réussite pour tous", "offrir le meilleur à tous les collégiens", "maîtriser le bagage commun", "autonomie", "autres moments d’apprentissage", "résorber les inégalités", "excellence pour chacun", etc., les enragés du pédagogisme s’étaient déclarés résolus à "arracher l’enfant au déterminisme familial, social et intellectuel", et même à "dépouiller l’enfant de toutes ses attaches prérépublicaines", afin d’opérer "une transsubstantiation dans l’école et par l’école", car, à en croire le récent ministre de l’Éducation Vincent Peillon, "la Révolution française n’est pas terminée". Bref, il s’agissait bien de faire de l’instruction publique le grand levier destructeur et niveleur de l’actuelle société, afin de créer "l’homme nouveau" - ce qui paraissait un brin prétentieux, puisque même les soviétiques, avec tout leur appareil totalitaire, s’en étaient révélés incapables…

Mais quelle que soit l’ardeur des fanatiques, force est d’admettre que la révolution dans l’enseignement n’est pas à l’ordre du jour – surtout à deux ans des élections présidentielles, auxquelles le très peu fanatique mais très machiavélique président Hollande subordonne tout le reste. Pas question donc du Grand Soir sous les préaux : la troisième ministre de l’Éducation nationale du quinquennat est seulement priée d’occuper le terrain médiatique, en donnant quelques gages aux enseignants, aux parents, aux frondeurs, aux pédagos, aux écolos, aux homos, aux intellectuels de gauche, aux musulmans, aux communistes, au NPA et aux syndicats.

Dès lors, les initiatives propres à indisposer l’une ou l’autre de ces composantes de l’électorat - remplacement des notes par des couleurs, divagations sur le genre, suppression des bourses au mérite, options fantaisistes, intervenants sulfureux, escamotage du grec et du latin, christianisme médiéval relégué en option –, tout cela a été discrètement abandonné ou le sera très prochainement.

Au bout du compte, il ne reste que l’interdisciplinarité (qui existe déjà), le soutien scolaire (qui existe également), le latin et le grec malmenés mais conservés, l’autonomie à 20 % (qui est purement cosmétique [mais extrêmement déstructurante et inégalitaire] ), la suppression des classes bilangues (qui est une ânerie égalitariste [et anti-européenne] ) et l’introduction d’une seconde langue vivante dès la 5e (qui est illusoire, ainsi que nous le verrons). Ajoutez à cela beaucoup de bons sentiments, de relativisme culturel, de moralisme, de féminisme, de jeunisme, d’écologie et d’anti-élitisme furtif, des exigences encore revues à la baisse, du numérique à foison, un peu de bourdieuserie à la marge et du ludique à tous les étages – bref, rien de bouleversant, d’autant que cette réforme, comme toutes les précédentes, dépend largement pour son application du bon vouloir d’enseignants assez peu considérés, et sera effacée comme toutes les autres au prochain changement de majorité électorale…

Retour aux sources
Au-delà de cette tempête dans un verre d’eau – naturellement attisée par les politiciens de tous bords -, il reste le problème fondamental de l’échec scolaire: le navire de l’Éducation nationale perd un cinquième de ses passagers à chaque traversée, et les responsables se contentent depuis des décennies de repeindre l’escalier du Titanic. 
Quelles sont donc les principales composantes de cet échec ? La première commence avant le collège, puisque le Conseil économique et social estimait en 2011 que 40 % des écoliers sortaient de CM2 sans savoir lire ni écrire correctement [conséquence du rapprochement familial, de l'immigration clandestine et de l'aide sociale aux plus démunis, s'ils ne vivent pas au fond du Cantal depuis plusieurs générations]. C’est donc une profonde réforme du primaire qui s’imposerait logiquement, avec un enseignement puissamment renforcé en français et une validation des savoirs fondamentaux – lire, écrire, compter – avant l’entrée en sixième.

Hélas ! Pour la gauche doctrinaire, ce serait là "procéder à un tri social dès le plus jeune âge", "organiser la reproduction sociale" et "favoriser les enfants de riches". Ce serait peut-être même admettre que certaines écoles concentrent 90 à 100 % d’enfants dont la langue maternelle n’est pas le français, et qu’il en arrive sans cesse davantage – un constat "nauséabond", "stigmatisant", et qui rappellerait "une période sombre de notre histoire".

Bref, le scandale n’est pas d’envoyer en 6e des enfants qui ne maîtrisent pas les fondamentaux et ne pourront donc pas suivre au collège, mais plutôt de distinguer ceux qui savent de ceux qui ne savent pas… L’idée que cela permettrait de mieux aider les seconds avant qu’il ne soit trop tard ne passe décidément pas, car le logiciel pédago est resté bloqué à ce postulat intangible : contrôle = fichage ; fichage = Vichy ; Vichy = fascisme - une ineptie payée très cher par plusieurs générations de jeunes Français.

Faiblesse et dispersion

La seconde faille, c’est le manque d’autonomie des établissements. Une véritable réforme aboutirait à donner au principal l’autorité nécessaire pour recruter son équipe éducative, définir un projet pédagogique dans le cadre du programme national, dédoubler les classes si nécessaire, représenter l’institution auprès des parents et des élèves, évaluer les résultats et en rendre compte; ce n’est sans doute pas pour demain. [Ce n'est surtout pas souhaitable: les chefs d'établissement ne sont pas des pédagogues -souvent reconvertis car incapables d'enseigner- mais des gestionnaires politisés - c'est le syndicat dominant qui les faits rois- soumis à un parti, un conseil régional (ou départemental ou à une mairie): potentiels petits chefs tentés par le caporalisme

La troisième composante de l’échec, c’est la dispersion : depuis des décennies, tous les prétextes sont invoqués pour réduire le temps d’étude des fondamentaux – français, mathématiques, histoire-géographie, sciences, anglais -, avec les résultats que l’on connaît. Les bricolages de la réforme actuelle ne feront que renforcer cette tendance, avec des usines à gaz chronophages, des options pléthoriques et une seconde langue vivante dès la 5e. Pour ne prendre que cette dernière, il semble évident qu’à moyens constants, le temps d’enseignement de la seconde langue devra être pris sur celui de la première, qui est de trois heures par semaine dans le meilleur des cas [quand ce n'est pas sur la seconde prétendument encouragée: son horaire actuel serait réduit les années suivantes pour dégager des heures-professeurs en 5e, quand la langue française n'est toujours pas maîtrisée]. En admettant même que l’on puisse dégager deux heures hebdomadaires pour la seconde langue et trouver les enseignants adéquats, l’élève sera initié à cette langue pendant 70 heures réparties sur trente-cinq semaines (à condition qu’il n’y ait pas de grèves ni d’absences du professeur ou de l’élève). Qu’apprendra-t-il avec ce saupoudrage ? Cela correspond en gros à dix jours d’un stage linguistique intensif - qui serait sans doute même plus efficace ! [mais réservé aux riches ou aux familles modestes qui n'attendent pas après l'Education nationale pour faire des sacrifices et  assurer un avenir meilleur à leurs enfants]  

Le niveau des étudiants d’université ayant étudié l’anglais pendant dix à douze ans devrait pousser à la modestie… et à la remise en question : une langue vivante que l’on ne pratique pas au minimum vingt minutes tous les jours pendant dix mois consécutifs sera au mieux inutile et au pire nuisible…

Déficit d’autorité

La quatrième faille, c’est l’impuissance de nos autorités à proposer aux jeunes rebutés par les études théoriques prolongées une alternative honorable, sous la forme d’un cursus d’apprentissage digne de ce nom [revalorisation notamment de l'apprentissage et des CAP et BEP adaptés à l'époque et aux besoins réels du marché de l'emploi]; elle se double d’une impuissance à lui interdire l’alternative rentable mais mortifère du trafic de stupéfiants. Au total, une double impuissance aux conséquences funestes pour le pays en général, et pour sa jeunesse en particulier. [Cette impuissance est la conséquence de l'idéologie égalitaire qui prétend imposer des études longues à tous, aptes ou non, motivés ou non: l'aptitude serait en effet soumise à l'appartenance à un milieu familial instruit, au nombre de livres reliés alignés dans la bibliothèque familiale...]  

La cinquième faiblesse, c’est la formation des enseignants. Depuis les années 90, nous avons vu défiler successivement les IUFM, la masterisation et les ESPE, sans que les futurs professeurs des écoles se sentent mieux préparés à ce qui les attend en classe [ils ont moins besoin de théorisation idéologique par des professeurs retirés des voitures depuis des années que de stages sur le terrain et en responsabilité encadrée]; d’autant que rien n’a vraiment changé à la pratique d’affecter les débutants aux établissements discrètement qualifiés de "difficiles" [malgré des incitations pécuniaires coûteuses].

VOIR et ENTENDRE dénoncer le recrutement d'instituteurs  par... Pôle emploi pour la Seine-Saint-Denis en 2014 et NVB botter en touche en accusant ses prédécesseurs: 

Mais c’est précisément avec ce doux euphémisme [établissements 'difficiles'] qu’apparaît la sixième faille de notre enseignement, qui est en fait la principale : lorsque l’élève ne veut pas apprendre, lorsqu’il n’a reçu aucune éducation familiale au respect des principes fondamentaux de la vie en société, lorsque deux ou trois "sauvageons" pourrissent une classe,
lorsque l’élève déjà fanatisé prétend interdire au professeur d’enseigner l’histoire de l’Islam ou celle de la Shoah, lorsque le "jeune en échec" [parce qu' "on ne lui a pas donné sa chance"] insulte sa maîtresse ou la frappe, lorsqu’il faut vingt minutes pour obtenir le silence avant de pouvoir enseigner quoi que ce soit [hormis les maths et la physique, disciplines hégémoniques honorées de cours particuliers en grande abondance], lorsque le bon élève est persécuté et doit être retiré d’urgence du collège, lorsque le voyou ne peut en être exclu que s’il est admis à exercer dans un établissement voisin ses néfastes talents [un droit de nuisance conféré par le chômage, la recomposition familiale ou la polygamie ou tout à la fois], lorsque les parents ou la bande du quartier viennent régler des comptes au collège, lorsque le baladeur, le smartphone, facebook ou twitter réduisent le maître au simple rôle de trouble-fête, lorsqu’il faut édifier un mur pour que les enfants ne voient pas les transactions des dealers qui s’effectuent au pied de leur école [ou les fellations à de "jeunes garçons" par des "fillettes" de 6e, contre rémunération], lorsque l’enseignant est accusé de racisme [ou de pédophilie] sans pouvoir se défendre ou fait l’objet de menaces de mort anonymes, enfin lorsque plus personne ne veut venir enseigner dans certains collèges [notamment du fait de l'incapacité de chefs d'établissement que les 24 ados d'une seule classe suffiraient à mettre en panique] en application du principe de précaution, que peut faire l’institution scolaire ?


Rien du tout - pas même le reconnaître ! Or, dans tous ces cas, qui sont de plus en plus fréquents, les enseignants n’ont pas le moindre recours, sinon de mettre leurs propres enfants dans des établissements privés s’ils en ont les moyensexactement comme les ministres socialistes qui leur font la morale. [en réponse à Nicolas Dupont-Aignan, le chef du parti 'Debout la France', la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, a nié qu'elle scolarise ses deux enfants, Louis et Nour, dans un établissement privé.]
Tant que les six failles précitées resteront béantes, aucune véritable réforme du collège ne pourra être entreprise avec quelque chance de succès, les ministres de l’Éducation éphémères se contenteront d’improviser des effets de communication, leurs programmes seront établis hors-sol par des idéologues fumeux, tandis que leur ministère et leur million d’enseignants continueront à être gérés en coulisse par des syndicalistes aussi extrémistes qu’inamovibles."
*“Timeo Danaos et Dona Ferentes” : "Je crains les Athéniens, même lorsqu’ils apportent des présents" (Virgile, l’Énéide).

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