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mercredi 22 février 2012

Sondons les boîtes de sondages

Qu'ils se trompent ou nous mentent, ils sont toujours là !

Le rapport des politiques aux sondages: je t'aime moi non plus

Les dirigeants politiques gouvernent-ils à l'oreille ?
Nos responsables ont mis les bruits de la rue sur écoute et passent régulièrement commande d'une étude d'opinion, d'un sondage ou d'une enquête auprès d'une entreprise de sondage.

Les lobbies - syndicats et associations, partis politiques, réseaux citoyens, et collectifs - les ont adoptés: ils s'en servent tous. Les media ne s'en plaignent pas: ils y trouvent matière à vente et manipulation.

Plusieurs ouvrages ont été consacré au sujet dont celui de Nicolas Jallot "Manipulation de l’opinion : ce sont les sondages qui le disent..." (Stock - 7 mars 2007) -Extrait : "La France est championne du monde des sondages et nos dirigeants dépensent chaque jour des sommes colossales pour connaître notre " opinion ". L’Élysée, Matignon, la place Beauvau, les candidats des grands partis... tous ont leur Monsieur Sondages.

Mais à quoi servent toutes ces enquêtes et comment sont-elles utilisées ? Quelles relations entretiennent sondeurs, media et politiques ? Que se passe-t-il dans les " cuisines " des instituts ? Si la formulation des questions aux sondés étaient dénuées d'arrières pensées, les données d'un sondage seraient un outil relativement fiable, mais elles sont rarement utilisées sans intentions préalables. En effet, le processus complexe d'exploitation n'est rien d'autre qu'une manipulation à la fois commerciale et politicienne. Et c'est malgré tout devenu un phénomène qui régente nos vies puisque, outre les politiques, il n'y a pas un media qui ne passe commande lui même d'une étude ou d'un sondage.

Mais qui sont les sondeurs et leurs clients?

Une intéressante étude de l'ENS (Ecole Normale Supérieure) nous fournit des pistes. En France, les sondages politiques constituent une vitrine de luxe pour les grands "instituts", une appellation usurpée qui ne s'applique qu'aux organisations religieuses, savantes ou artistiques. Nous sommes en fait abusés par des entreprises commerciales dont les confortables profits n'empêchent pas les syndicats de dormir. Parmi leurs diverses activités, la première consiste pour elles à se construire une notoriété. Produire aussi des recettes, tout en dégageant un montant faible de chiffre d’affaire. Ces instituts se consacrent en effet d’abord aux études marketing et commerciales. Ainsi, le groupe Taylor Nelson Sofres, côté à la Bourse de Londres et présent dans une vingtaine de pays, est spécialisé dans les tests auprès de consommateurs (en particulier dans l’industrie automobile, la santé et les télécoms) et dans la mesure de l’audience télévisuelle.
A côté de ces grands groupes existent une grande quantité de petites entreprises de moins de six salariés (un peu moins d’un millier en France), souvent éphémères, qui sous-traitent leurs services auprès des grands groupes (dont leurs employés sont souvent issus) ou s’orientent souvent vers le marketing ou le conseil.

La croissance dans ce secteur, explosive depuis trois décennies (le chiffre d’affaire total passe de 70 MF en 1970, à 548 MF en 1984, chiffre réalisé en 1994 par les trois plus grands groupes) a semblé se stabiliser et même reculer au milieu des années 90 (baisse annuelle de 1 % du chiffre d’affaire total). Le développement apparent ne serait plus dû qu’à la prolifération de petits instituts par scissions successives. (voir
liste et CA 2007 des Instituts )

Les grands instituts appartiennent à des groupes financiers et industriels

Ainsi le groupe SOFRES, qui possède Louis-Harris France, est détenu à 51 % par Fimalac (Financière Marc Ladreit de Lacharrière), BVA par Pébereau, et l’IFOP appartient à 52 % à Laurence Parisot. Une interaction problématique apparaît donc entre les instituts et les media que possèdent aussi ces groupes financiers, susceptibles d’orienter le débat autour de leurs intérêts. Hormis les scrutins, aucun élément extérieur à ces groupes ne vient perturber la scène des échanges publics fondés souvent sur l’analyse de sondages, donnée brute « scientifique » dont s’alimentent nombre d’analystes, d’éditorialistes, et de reporters [...]
Source Collectif des salariés du Sondage

IPSOS et CSA font exception: ils sont majoritairement la propriété de leurs fondateurs: Roland Cayrol, co-fondateur (groupe Bolloré), pour ce dernier (dont Stéphane Rozès) et, pour le premier Didier Truchot et Jean-Marc Lech
.

Quant à ViaVoice, créé en 2008, il appartient à François Miquet-Marty (président, ex-maître de conférences à l'IEP de Paris, qui note "Nicolas Sarkozy a besoin de soutien pour pallier son manque de crédibilité"), Arnaud Zegierman (directeur associé, quadra venu du département Opinion de l'IFOP en passant par 'Nulle Part Ailleurs'). Mais sa formation initiale et sa prédilection pour les médias l'orientent naturellement vers les études chez Anacom, puis au ) et Maïder Chango-Beffa (directrice de ...clientèle, diplômée de l'IEP de Paris et titulaire d'une maîtrise de Droit à l’Université Paris II).

La société mobilise une foule de consultants. Ainsi a-telle fait appel à Libération pour la politique. Ses partenaires sur les projets des Français sont BPCE (Caisses d'Epargne et Banques Populaires), Les Échos, France Info. En économie française, Viavoice est assisté de ACFCI et Les Échos, tandis que, pour sonder les cadres, l'entreprise est en partenariat avec HEC, Le Figaro et ...les gauchistes de France Inter !


Un peu sur une méthode si peu scientifique


Méthodologie

Un sondage selon la méthode des quota n’est pas basé sur la théorie statistique et ne permet pas de calculer la probabilité d’une certaine marge d’erreur. Cette méthode postule une corrélation entre certains caractères de la population: souvent le sexe, l’âge, la profession et la région. La proportion de ces variables dans la population donne des quota qu’on applique à l’échantillon. On suppose que l’opinion de la population est corrélée à ces variables dites de contrôle.

Un sondage selon la méthode des quota peut donner de meilleurs résultats
que ceux d’un sondage aléatoire. Entre 1970 et 1979 la moyenne des erreurs lors des élections anglaises a été de 3 points de pourcentage pour la méthode des quota contre 6.3 points pour les sondages aléatoires.

En statistiques, le calcul d'erreur suppose un échantillonnage au hasard. Or, les sondages se font en général en considérant un panel dit représentatif. Ceci rend non pas nul, mais plus complexe le calcul d'erreur. Dans le cas des sondages politiques, Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA Opinion, estime qu'ils accusent une erreur de 2 ou 3 %, voire peuvent même dépasser 6%, comme par exemple, les sondages relatifs à des élections primaires en France en raison de la méthodologie et du faible nombre ou d'échantillons d'individus sondés.

Les sondages politiques sont révélateurs de ces limites.
Ainsi, des résultats de plusieurs instituts portant sur un même domaine et sur la même période sont publiés, ce qui permet de les comparer, voire de mettre en évidence certaines divergences ou contradictions sur une même question. À titre d'exemple, les résultats comparés des sondages des différents organismes à la même période pour l'élection présidentielle française de 2007 sont significatifs : Mme Royal a caracolé en tête des sondages en 2006 et il a fallu attendre la veille des scrutins pour que les entreprises modèrent leur enthousiasme.
Si on considère un intervalle de confiance de 95 %, il faut multiplier les écarts types par 2,8 (3,2 pour les indécis), soit une erreur entre 3,5 et 4,5 points.

L'insuffisance des échantillons

La représentativité des échantillons sur lesquels s'appuient bon nombre de sondages publiés dans les media est l'objet de vives discussions, singulièrement dans les cas où les chiffres sont très serrés. Ces dernières années, il est apparu qu'environ 50% de la population ne peut pas être sondée (autant que les foyers fiscaux non imposables !), car soit elle a seulement un téléphone portable (surtout pour les jeunes), soit parce qu'elle n'est pas présente chez elle aux heures où les sondeurs appellent. Aujourd'hui s'opère d'ailleurs un certain retour à la base du sondage de la part de certains instituts qui privilégient la qualité de l'échantillonnage sur les calculs statistiques qui amplifient les marges d'erreur plus ou moins provoquées. Ainsi, des études média peuvent comprendre 75 000 entretiens (pour la radio). D'autres, peuvent travailler sur des échantillons composés de 50 000 entretiens téléphoniques avec des questionnaires qui croisent des données media avec des données de consommation et de fréquentation. En effet, l'insuffisance d'individus d'un échantillon ne peut garantir la véracité des résultats proposés par le sondage. L'idéal, comme y insiste E. Jeanne ([14, janvier 2008), serait de sonder le maximum de personnes pour apporter la meilleure qualité et donc de réduire les marges d'erreur, mais les impératifs de profit entrent en ligne de compte de toute entreprise commerciale. Le déficit de crédibilité des sondeurs sucite enfin un fort désintéressement des cohortes de sondés qui ne facilitent pas la tâche des sociétés soupçonnées d'idées préconcues).

Les questions sur la méthode des quotas


Aujourd'hui, chaque vote national donne naissance à un grand nombre de sondages et de commentaires assurés par les analystes eux-mêmes auto-proclamés 'politologues'. Ces commentaires portent fréquemment -et gravement- sur des fluctuations d'un ou deux pour cent, non maîtrisés qui alimentent la subjectivité d''instituts', lesquels se disent par ailleurs scientifiques. Comme aucun sondage, quelle que soit la technique utilisée, ne peut donner des résultats exacts, le citoyen est en droit de se demander quelle confiance il peut accorder à de telles fluctuations et aux commentaires qu'elles alimentent. Au final,
la méthode des quotas n'est pas rigoureuse. Comment les résultats proposés à la vente, à la diffusion et à la manipulation de l'opinion le seraient-ils ?


Les corrections des résultats bruts des enquêtes


Les statisticiens, notamment en matière de sondages politiques, opèrent un grand nombre de corrections des données obtenues. Par exemple, les données CVS (corrigées des variations saisonnières) tentent de corriger les effets dus à la saisonnalité du phénomène mesuré. Si certains sont particulièrement évidents - une forte baisse de l'activité économique en août n'est pas le signe d'un effondrement économique, quoi qu'en disent les opposants - d'autres, en revanche, sont davantage sujets à caution. En matière de sondages électoraux par exemple, on corrigera certains décalages entre déclaration et réalité des votes passés effectifs. On observe par exemple un décalage entre les déclarations d'intention de vote Front National et les votes réels (plus nombreux), car les votants n'osent pas déclarer leur préférence politique du fait de l'importante diabolisation par les media de masse du parti concerné ou de l'exécutif.

Les statisticiens tentent de mesurer cet écart et le reportent pour les mesures suivantes, afin de donner un chiffre, selon eux, plus représentatif de la réalité telle qu'ils la perçoivent. C'est ce que l'on nomme le "redressement des résultats bruts". Une pratique que dénoncent les détracteurs des manipulations sondagières, d'autant plus qu'aucune société ne publie les pourcentages réellement exprimés ou leur multiplicateur, de peur de tendre le bâton pour se faire battre. Outre le fait que de très nombreuses corrections s'appliquent lourdement à certains chiffres plutôt qu'à d'autres, certains les considèrent comme totalement dénaturés.

La formulation de la question peut influencer les réponses


Une étude menée sur trois sondages effectués au moment du bombardement de la Libye par l'armée américaine en 1986 a ainsi révélé des décalages considérables de réponse en fonction de l'intitulé de la question. Certaines étaient particulièrement abstraites citant "l'action américaine contre Kadhafi " et conduisaient à l'expression d'impression non raisonnées, alors qu'en revanche un magazine pointait l'armée américaine, les bombardements et nommait les villes touchées. Avec la première formulation, l'événement recueillait 60% d'assentiments, la formulation intermédiaire 50%, la formulation la plus terrible 40 %. Ce décalage ne pose pas de problème si l'on garde à l'esprit que les sondages mesurent une réponse à une question, et non pas la réalité d'une opinion dans la population. Aux yeux de leurs détracteurs, la confusion, voire le détournement, apparaît pourtant particulièrement fréquent et très volontiers entretenu, d'une part du fait du commanditaire déçu dans son attente et qui peuvent même choisir de ne pas les publier, et du fait des exégèses, d'autre part.

Il s'avère, dans la réalité du terrain, que plus une question est longue, comprend beaucoup de mots, plusieurs phrases, moins elle est comprise, et donc plus le résultat est sujet à caution, alors que quasiment tous les sondés comprennent facilement des questions courtes. Mais que dire en passant des questions des référendums, courtes, mais chargées de sens et d'implications ?

Autre point intéressant : les questions interro-négatives, qui embrouillent à souhait le sondé. Ces deux cas permettent de faire augmenter le taux de 'NSP' (ne se prononcent pas) sur une question. "N'êtes-vous pas opposé à l'interdiction de l'autorisation de l'ouverture des grandes surfaces le dimanche ?"...


L'interprétation et la construction de l'objet

Les réponses doivent trouver leur place dans une grille préétablie et les sondages reposent donc souvent sur une concentration de l'information, voire son interprétation réductrice (et partisane), les sondeurs sont amenés à interpréter une parole en fonction de la grille.

Formuler des questions fermées équivaut pour certains à orienter les sondés sur des réponses prépensées
à des questions que d'autres se posent. "Etes- vous contre la misère?" est une question qui ne se pose pas mais qui, selon Stéphane Hessel, appelle une réponse (musclée !)

On constate également qu'il existe un biais vers le "oui"
Les sondés qui n'ont pas réfléchi ou n'ont pas trop d'avis sur une question mais souhaitent se prononcer auront plus tendance à répondre 'oui' en temps de prospérité, mais 'non' sous l'effet d'une crise économique et financière.


Le statut social du sondage

Les sociologues s'interrogent sur le rôle des sondages dans le fonctionnement de la société et le fait de se poser des questions trahit un malaise. Abondamment utilisés par les media, les sondages constituent un miroir, peut-être déformant, pour la société qui au travers de questions simples et de chiffres ronds se forge une certaine représentation d'elle-même, naturelle ou fabriquée. On peut en déduire qu'une large part des réactions constituent une réponse irréfléchie répondant à une stimulation instantanée, plutôt que le reflet d'une opinion préexistante, fruit des convictions et de la réflexion des individus sur un sujet particulier. Le sondage mesure donc pour une partie non négligeable de l'échantillon son propre effet sur les sondés.

Il est peu de sondages qui ne portent la marque du PS

Considérant que la définition de la problématique, tant par le choix des sujets abordés que par la formulation des questions, appartient au sondeur, et l'opinion étant façonnée par les entreprises de sondages et leurs commanditaires de la presse, la construction du débat échappe à la société civile (associations, intellectuels et individus) qui possède une opinion formée sur un sujet et aux élus locaux pour échoir à des groupes de pression, multinationales ou organes de presse, dont les journalistes jouissent de leur indépendance rédactionnelle (!), comme au journal Le Monde, marqué à gauche, entre les six mains de socialistes nantis, celles de Pierre Bergé (entrepreneur multi-milliardaire, propriétaire du magazine Têtu et protecteur financier proclamé de sEGOl'haine Royal), de Matthieu Pigasse (homme d'affaires, propriétaire et président du magazine Les Inrockuptibles) et de Xavier Niel (fondateur de Free), ou telle que Radio France (noyautées par le SNJ).

Edouard de Rothschild est certes actionnaire principal du quotidien de gauche Libération (avec des participations de La Repubblica, de La Libre Belgique et de... Pierre Bergé) depuis 2006, mais nul ne peut ignorer le part-pris du journal. Depuis, Laurent Mouchard, dit Joffrin, qui y fit campagne en faveur de ...Désirdavenir Royal, s'en est allé reporter son soutien sur François Hollande pour 2012 au Nouvel Observateur.
La personnification de l'opinion publique
Le sondage, en suivant le modèle du référendum a permis de construire une notion d'opinion publique qui demeure une construction idéologique attribuant une et une seule opinion à une société perçue comme un phénomène simple et unifié. Elle n'est pourtant pas unique et uniforme, elle est constituée de structures, de groupes aux compétences et aux connaissances variées. La capacité de construire une opinion, de connaître un sujet n'est pas uniformément répartie dans la population. Le sondage donne pourtant une forme prédéfinie à la question et place toutes les opinions sur un pied d'égalité. Le sondage et la notion d'opinion publique qu'il permet d'établir constituent au final un outil de pouvoir qui permet de couper court au débat.

Le principe de la démocratie représentative n'est pas de faire trancher une question par les votants mais de leur faire trancher dans un débat mené par des représentants, des experts, des militants représentant les positions majoritaires mais aussi minoritaires. Des "citoyens vigilants" sont apparus dans les débats télévisés, mais s'ils encore ne sont que des cautions médiatiques à la représentation populaire, celle-ci a néanmoins amorcé sa translation des hémicycles parlementaires aux studios de radio-télévision.

En donnant forme à une problématique par le mécanisme de la construction de l'objet préalablement décrit, le sondage permet de faire l'économie du débat à grand spectacle, grâce à cette notion artificielle d'opinion publique qui apparaît nécessairement légitime parce qu'elle imite le modèle du référendum.

En bref, les sciences humaines sont divisées sur la notion d'opinion publique, depuis leurs origines. Il est donc illusoire de croire qu'il existe une opinion publique simple et établie, ce que pourtant prétendent faire les instituts de sondage.
Pierre Bourdieu a pointé ce danger dans un article de 1973 intitulé 'L'opinion publique n'existe pas'. À sa suite, Patrick Champagne aborde la question, notamment dans son ouvrage de 1990 : 'Faire l'opinion'. Selon ces auteurs, l'"opinion publique" telle qu'issue d'un sondage d'opinion n'est, le plus souvent, qu'un "artefact résultant de l'addition mécanique de réponses qui se présentent comme formellement identiques". Ils mettent en exergue l'absence de réflexion, dans le chef des "instituts" de sondages (appellation parfois galvaudée) sur la définition de l'opinion publique, malgré le conditionnement idéologique qui peut en découler. Loïc Blondiaux exprime cela en parlant "d'OPA sur la notion d'opinion publique".

L'honnêteté des réponses

La critique des sondages montre que les réponses apportées par les sondés ne présentent aucune garantie de véracité. L'importance apportée au sondage paraît donc démesurée en comparaison de la fiabilité des réponses.
Plusieurs phénomènes peuvent concourir à la production de réponses absurdes
Les sondés n'ont pas d'idées formées sur les questions qu'on leur pose et ils répondent au hasard, simplement pour le privilège d'être sondé.
Le questionnaire est rébarbatif et ennuie les sondés qui répondent au plus vite pour abréger l'exercice.
Les sondés répondent en fonction des idées qui circulent dans leur entourage proche, suivant l'avis d'un leader d'opinion plutôt que leur propre expérience. Le phénomène déborde de la stricte question de l'opinion puisqu'il n'est pas rare qu'un sondé rapporte le comportement de quelqu'un de sa famille, alors qu'il est seul interrogé.
Les sondés anticipent le résultat du sondage et répondent en fonction des résultats qu'ils aimeraient voir publiés.
Les sondés n'assument pas face au sondeur la réalité de leur opinion ou de leur pratique et préfèrent déclarer quelque chose de plus consensuel.
Le recueil de l'information par les sociétés de sondage (qui se parent abusivement du titre d'institut) est sujet à caution. Ainsi, lorsque le sondé répond "je ne sais pas", il est alors sollicité avec insistance, car l'enquêteur a pour consigne de "relancer" le cobaye par une phrase type (d'après vous/vous avez bien une petite idée/etc...).
Tout pourcentage obtenu résulte donc d'une addition où toutes les réponses ont la même valeur, qu'elles soient directes et données initialement ou qu'elles soient obtenues au forceps. Cet amalgame accroît la marge d'erreur.

La volatilité des réponses

En France, il existe un délai précédant une élection pendant lequel les sondages ne peuvent pas être publiés afin d'éviter que la publication du sondage ne vienne perturber le choix, en conscience, du candidat à élire. Ce délai fixé à une semaine par la loi de 1977 a été réduit à un jour (le samedi précédant le scrutin) en 2002. L'exemple des sondages électoraux -vérifiables- montre que les déclarations sont susceptibles de connaître de fortes évolutions. Ces indicateurs d'une réalité sociale mettent en lumière la fragilité de chiffres souvent présentés comme fiables du seul fait de la gravité empesée des sondeurs. Contrairement aux autres sondages aux méthodes plus éprouvées, ils se passent quasiment exclusivement au téléphone fixe. Or certains sondés se sont désabonnés pour ne garder que le téléphone portable, d'autres ne sont guère joignables ou sur liste rouge ce qui induit un biais supplémentaire.

Fiabilité du résultat

En France, la critique la plus sévère est consécutives à l'incapacité des sondeurs compassés à prévoir le résultat du 1er tour de l'élection présidentielle de 2002. Toutes les enquêtes d'opinion, y compris celles menées la semaine précédant le scrutin, prévoyaient sans ambiguïté un second tour
opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac. Une configuration plus rêvée que réaliste. Et c'est, au bout de leurs mauvais comptes, Jean-Marie Le Pen (FN) qui a devancé le socialiste Lionel Jospin au second tour.

L'argument généralement avancé après coup par les sondeurs est que les sondages sont une "photographie" de l'opinion, à un instant 'I' et non pas un outil de prédiction. Or, seulement 4 jours séparent le sondage de l'élection elle-même et aucun événement notable n'est venu interférer avec l'opinion des électeurs. Mieux, Lionel Jospin aurait été prévenu de la montée de Jean-Marie Le Pen, mais n'en aurait eu cure et aurait dédaigné de modifier sa stratégie.
L'hégémonie du PS est à double tranchant.

2 commentaires :

  1. Vous citez le Monde comme exemple de Journal classé à Gauche et pourtant propriété de "millionnaires de gauche", mais pour être objectif,pour la droite, vous auriez dû aussi citer le Figaro, propriété de Serge Dassault, et dont le moindre commentaire sur M.Sarkosy, son gouvernement et l'UMP tourne à l'hagiographie.

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  2. Idée préconcue, colportage de racontard:
    si vous le lisiez, vous retrouveriez du Bayrou, soutenu également par Marianne.

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