De mauvaise foi, Macron et la presse aveuglément anti-Trump accusent aujourd'hui Trump d'agressivité
La question est fallacieuse. Macron n'a pas été frontal, mais confus et ambigu.
En promouvant l'idée d'une armée européenne, Emmanuel Macron a évoqué les alliés américains dans une phrase qui a été, selon l'Elysée, mal comprise. "Donald Trump a commis [sic] une série de tweets corrosifs [sic] contre Emmanuel Macron. Dans l’un d'eux, il s’attaque [sic] à l’idée d’une armée européenne. "Emmanuel Macron suggère de construire sa propre grosse [cet adjectif ajouté est un 'fake'] armée pour protéger l’Europe des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Mais c’était l’Allemagne dans la première et la deuxième guerre mondiale. - Qu’est-ce que ça a donné pour la France? Ils commençaient à apprendre l’allemand à Paris avant que les Etats-Unis n’arrivent. Payez pour l’Otan ou pas!", lit-on dans Libération, citant Trump approximativement.
Or, Macron a-t-il oui ou non déclaré qu’il faut se défendre des Etats-Unis. L’ambassadeur de la France aux Etats-Unis a ainsi tweeté: "Pour l’amour de la vérité, le président Macron n’a pas dit que l’Europe avait besoin d’une armée "contre les Etats-Unis". Cela vient d’un article de presse erroné," conteste Libération.
Ce quotidien s'appuie sur l'affirmation de l'ambassadeur de France aux Etats-Unis, nommé par le président Hollande (l'un des rares ambassadeurs ouvertement gays que les Etats-Unis ont accueillis et le premier ambassadeur français aux Etats-Unis qui le soit), puis conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle de 2017 et, à ce titre, l'un des trente proches les plus influents du candidat, selon 'Les décodeurs' du Monde. Un témoignage nécessairement objectif : une base solide ! ...
Le débat date déjà d'il y a quelques jours. Le 10 novembre, Gérard Araud demandait au Wall Street Journal pro-Democrats de revenir sur une "citation "prêtée à Macron, commentant "M. Macron est allé encore plus loin en incluant les Etats-Unis parmi les puissances étrangères qu’il considère être une menace potentielle pour le continent." Nous devons nous protéger vis-à-vis de la Russie, de la Chine, et même des Etats-Unis", a déclaré M. Macron à la radio française".
Cette citation avait d’ailleurs déclenché une première réaction du président américain, qui a tweeté le 09 novembre: "Le président français Macron vient de suggérer que l’Europe construise sa propre armée afin de se protéger des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. C’est très insultant, mais peut-être que l’Europe devrait d’abord payer sa part de l’Otan, que les Etats-Unis subventionnent grandement".
La citation polémique vient d’un entretien du président de la République, sur Europe 1, par Nikos Aliagas, le 6 novembre dernier. Alors que Macron dénonce la montée des nationalismes en Europe [une "lèpre"], il aborde le sujet de la sécurité européenne. Voici ses propos [tronqués : notez le souffle sur la bande sonore, lorsqu'il n'est plus fait mention ni de la Chine, ni des USA, seulement de la Russie] sur le sujet en intégralité [FAUX] (à partir de 4’38):
«Quand je regarde le monde où nous vivons, l’Europe est de plus en plus fracturée. Quand je regarde le monde où nous vivons, vous avez des puissances autoritaires qui réémergent et qui se réarment aux confins de l’Europe. Nous sommes basculés par les tentatives d’intrusion dans le cyberespace et l’intervention d’ailleurs dans notre vie démocratique de plusieurs… Nous nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique. [Et voici l'illustration de la menace américaine, selon Macron ] Quand je vois le président Trump annoncer il y a quelques semaines le fait qu’ils sortent d’un grand traité de désarmement, qui avait été pris je le rappelle, après la crise des euromissiles, au milieu des années 80, qui avaient frappé l’Europe, qui en est la victime principale? L’Europe et sa sécurité».
"Confusion", selon l'entourage de Macron, président abscons
Cette phrase a donc bel et bien été prononcée. Mais, l'ambassadeur de France aux Etats-Unis prétend qu'elle concernait les menaces de cyberattaques. Mais, à ce moment là, Macron ne parle pas à proprement parler d'une armée européenne, ni spécifiquement des USA, mis plutôt de la Russie. Le monde entier est-il une menace pour Macron ?
La semaine dernière, l'Elysée expliquait qu’il n’a "jamais dit qu’il fallait créer une armée européenne contre les Etats-Unis". Mais "face aux Etats-Unis", nos alliés de plusieurs guerres et conflits militaires.
La source élyséenne anonyme nuançait toutefois son affirmation : "Je comprends que l’enchaînement des sujets dans l’interview puisse créer de la confusion", et commentait la deuxième partie de la phrase de Macron: Dans la mesure où le retrait des Etats-Unis de ce traité "concerne la sécurité de l’Europe, il faut que l’Europe puisse être associée au dialogue sur ce sujet" pointe l’Elysée. Est-ce bien clair ?
Un peu plus tard dans la même interview à Europe 1 (à partir de 11'), Emmanuel Macron s’exprime d’ailleurs un peu plus clairement sur ce sujet. "Moi je crois dans un projet d’une Europe souveraine, d’une Europe puissante. On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante. Moi, je veux construire un vrai dialogue de sécurité avec la Russie, qui est un pays que je respecte, qui est européen. Mais on doit avoir une Europe qui se défend, davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis, et de manière plus souveraine".
N'est-ce pas de la défiance ? Sur le moment, c’est d’ailleurs cette citation qui a été sélectionnée en France pour illustrer la volonté de Macron de créer une armée européenne.
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Un entretien enregistré (lundi soir) qui ne laisse pas la place à la maladresse |
En résumé, Macron a bien amalgamé la menace exercée par la Russie, la Chine ou les Etats-Unis et il n'a pas seulement évoqué les cyberattaques, comme le prétend l'Elysée, mais les "euro-missiles" de l'OTAN (SS-20 américains situés en Europe de l'Est, ainsi que les 108 Pershing II et les 304 missiles de croisière alors installés) braqués sur l'URSS.
Et selon l’Elysée, si le président a également fait mention des Etats-Unis dans la deuxième partie de la phrase. Il s'agissait de souligner la nécessité pour l'Europe - suspicieuse et défiante - voulue par Macron de mieux se protéger et d’être souveraine, alors qu'à l'OTAN, les Etats-Unis de Trump se désengagent du traité nucléaire sur les armes de portée intermédiaire.
Macron a-t-il des intentions bellicistes contrecarrées ?
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