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lundi 18 avril 2016

Nuit Debout envisage une grève générale en France

Nuit debout prépare la grève générale: du débat au passage à l'acte
La proposition a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements

Rouge et noir, couleurs
de Nuit Debout
 
Le travail au corps produit ses effets. Si le mot était régulièrement lancé et scandé depuis le début de Nuit debout, le 31 mars, c'est qu'il fallait instiller les esprits. Et il a trouvé un réel écho samedi soir place de la République à Paris, lorsque l’économiste Frédéric Lordon, démiurge du mouvement, est venu marteler tous les éléments de langage que chacun devait reprendre et s'approprier, avec l'illusion d'être à la source d'idées neuves.

L'économiste a verbalisé la nécessité de faire la "grève générale".
Derrière cette formule, des références à des victoires sociétales obtenues il y a des décennies. Et l’espoir de faire revivre cet esprit pour renverser "la loi [El Khomri], mais aussi [le] 'monde El Khomri' ", celui de Valls et Hollande.Mais Horn n'exclut pas la probabilité que Nuit debout engendre une grève générale.
Ce n’est "pas forcément négatif": "Chaque mouvement a besoin d’une inspiration, d’une utopie mobilisatrice. C’est un défi à la société d’aujourd’hui et au gouvernement [car il est clair que les grèves générales sont] à l’origine des plus grandes avancées sociétales," explique ce militant de la théologie de la libération, venue d'Amérique latine.

"Personne n’a vu venir Mai 68. Les choses se sont passées assez vite et de
manière spontanée", rappelle-t-il. Et c’est bien ce qui plaît à Corentin, 28 ans, vendeur qui passe quelques heures, de temps à autre, place de la République, squat des noctambules de la Nuit debout sur la voie publique parisienne. "Ces rassemblements sont naturels", pense-t-il. Surtout, il n’y a pas de pression, contrairement aux manifestations habituelles où "tout ce qui compte, c’est l’impact sur la presse et le nombre de participants".

Le mouvement manque encore de maturité et de radicalité

Le rapport à la presse est en effet sujet de controverse: faut-il s'en servir pour atteindre davantage de montre et acquérir de la notoriété ou faut-il la contourner et préserver l'anonymat des meneurs qui, en se tenant dans l'ombre, échappent aux pressions du pouvoir et conservent leur main mise sur les habitués du squat, auberge espagnole d' "Indignés" accrocs à leur piqûre de rappel, au risque de leur perte d'autonomie intellectuelle.
Ce baba cool prétend aussi qu'une grève générale ferait même perdre de son "intérêt" au mouvement, qui permet à tout le monde de venir sans être "obligé de faire grève. Faire grève, c’est être dans la lutte, le tout ou rien, alors qu’on est surtout là pour discuter, se rencontrer". Et puis, même si ce mot est assez central, "surtout de la part des organisateurs, le mouvement n’est pas encore assez mûr pour aboutir à une grève générale", se rassure Corentin.

Créer des liens avec les syndicats

Mardi, capuche sur les yeux, une vingtaine de personnes participait (parapluie au poing !) à la commission "grève générale", sorte de cellule communiste en charge de la préparation des esprits à l’action. Elle se réunit quotidiennement, assurance d'une bonne imprégnation, avec pour objectif de construire des passerelles entre les mondes antipodiques du travail et de Nuit debout, en fédérant les grévistes et en poussant les Corentin à se mobiliser, pour "secouer une situation sclérosée". Le tout avec force tracts, interventions de salariés militants et actions ciblées, le tout dans la plus grande opacité financière.

Le soutien aux cheminots qui se battent également pour leurs conditions de travail est clairement affiché. La CGT peine en effet à maintenir sa position dominante et la Nuit Debout lui offre une opportunité intéressante de se refaire. Le discours des citoyens de la place de la République se cherche  entre "convergence des luttes" et appel à la grève générale, et les agitateurs tentent des percées mêlant "convergence des luttes" et appel à la grève générale, tout en marquant sa distance avec les syndicats.

Les altermondialistes ont ainsi réquisitionné l'économiste grec Yanis Varoufakis, ancien ministre communiste de l'Economie. Bien que ce démissionnaire ait été mêlé, comme conseiller économique, au fiasco de Giórgos Papandréou dont le mandat fut marqué par la plus importante crise économique grecque d'après-guerre, Julien Bayou (EELV) l'a montré à la foule de la place de la République où il a prononcé quelques mots. "Je vous apporte la solidarité d'Athènes" qui bénéficie déjà de la solidarité européenne et du FMI...

Les agitateurs de l'ombre y perdent patience. Pour l’animateur de la commission, si la situation n’avance pas, c’est entre autres en raison des " dissensions syndicales". C’est pourquoi le mouvement répète, depuis le début, qu’il ne se réclame d’aucun parti, d’aucun syndicat.

Et de fait, le débatteur citoyen se mord la queue au centre de l’action, dans l'attente d'une force extérieure mobilisatrice, comme cela a pu être le cas lors de la Révolution française. D’où les multiples références à 1789, partout affichées et taguées place de la République, ou aux grands événements de l’histoire — "Que revive la Commune", "Je lutte donc je suis", "Révoltez-vous", etc. — ou encore suggérées dans les débats, comme le retour des cahiers de doléances.

Une continuité révolutionnaire
Loin d’effrayer, cette position est l’un des ciments du mouvement. "La France a une tradition révolutionnaire, et cette référence est vue très positivement dans les milieux militants. Ce qui ne serait pas forcément le cas dans d’autres pays européens", souligne Gerd-Rainer Horn. C’est justement cet héritage qui peut faire la différence, pense pour sa part Gérard, 59 ans. Vacataire dans un musée parisien, il participe à Nuit debout sur son "temps libre"... 
Pour lui, comme pour les nombreux intermittents présents comme animateurs et techniciens audiovisuels du fait également de leur "temps libre", c’est le seul moyen d’obtenir de "grands changements". Voire des bouleversements... Et de citer les congés payés, obtenus après la grève générale du printemps 1936 -congés qui ne faisaient d’ailleurs pas parti des revendications de départ, note Horn. C’est là tout l’intérêt d’une telle mobilisation, selon Gérard, qui reconnaît toutefois que pour l’instant Nuit debout représente une petite minorité de citoyens. "La grève générale permettrait de faire comprendre au reste du pays ce que l’on veut", avance-t-il. Mais encore faut-il être d’accord...

Sans leader apparent ni porte-parole, chaque participant parlant en son nom, Nuit debout a du mal à faire émerger des idées directrices, si ce n’est une envie de changer la société en profondeur, voire radicalement. "Mais pour mettre quoi à la place ?", s’interroge Gérard. C’est la question que devra trancher le mouvement s’il veut durer et conduire à la Commune 2016.

1 commentaire :

  1. Debout Tasseuravril 18, 2016

    Excellente présentation d'un mouvement de sournois qui vont devoir se dévoiler pour avancer.

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