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mercredi 13 avril 2016

Deux très mauvaises nouvelles du FMI aux pays occidentaux

Le FMI est plus pessimiste que jamais

La croissance économique mondiale est "trop faible, depuis trop longtemps."

Dévoilé mardi 12 avril, le nouveau diagnostic du Fonds monétaire international (FMI) est encore plus pessimiste que les précédents et manque aux convenances les plus politiquement correctes. Mme Lagarde s’est-elle affranchie de sa technostructure  ou bien le  départ de son économiste en chef produit-il ses premiers effets ? Dans ses diagnostics et ses recommandations, Olivier Blanchard s’arrangeait toujours pour reprocher aux gouvernements leur trop grande rigueur budgétaire et à ménager ainsi les opinions publiques et à conseiller les solutions keynésiennes. Le FMI n'évite plus désormais de mettre en cause dans ses prescriptions critiques la politique économique américaine et à  émettre des avis plus clairs sur la politique monétaire de la Réserve fédérale. Mme Lagarde a donc choisi de lâcher des informations que jusqu’à maintenant le Fond monétaire retenait.

Selon la dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale du FMI, le PIB mondial ne devrait s’accroître que de 3,1 à 3,2 % en 2016 et de 3,5 % en 2017, un niveau "décevant", souligne Maurice Obstfeld, l’économiste en chef du FMI, institution créée en 1944. La dernière prévision, faite en janvier, escomptait plutôt une croissance de 3,4 % de la richesse mondiale en 2016.
Dans un discours prononcé devant las acteurs de la finance mondiale réunis cette semaine à Washington, ce professeur à l'université de Berkeley n’a pas caché son inquiétude. "Nos prévisions sont de moins en moins optimistes", a souligné l'universitaire nommé au FMI en septembre 2015, et qui était auparavant conseiller économique du président américain, Barack Obama.

L’absence d’efficacité des remèdes conventionnels interpelle le FMI

Les risques encourus par l’économie mondiale sont notamment la chute du prix du pétrole, les conséquences de la guerre en Syrie, les menaces terroristes, ou encore la perspective du 'Brexit' (c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne).
Compte tenu des politiques monétaires "accommodantes" des banques centrales, l’argent n’a jamais été si bon marché, et pourtant,
la demande – qu’il s’agisse de la consommation ou de l’investissement - est en berne. S’ils ne veulent pas s’enliser dans cette situation que plusieurs économistes, parmi lesquels l’Américain Lawrence Summers, qualifient de "stagnation séculaire", – les Etats doivent réagir "immédiatement". "Il n’y a plus beaucoup de place pour l’erreur", a averti Maurice Obstfeld.

Dans ce
contexte incertain, le FMI se soucie plus particulièrement de l’avenir des pays émergents, frappés de plein fouet par l’effondrement du prix des matières premières. Tant qu’ils n’auront pas diversifié leur économie, un retour à la croissance semble peu probable. "En principe, les pertes enregistrées par les pays producteurs devraient se traduire par des gains équivalents pour les pays importateurs, mais le bilan s’avère négatif", soulignent les économistes du Fonds.
Entre janvier et avril, ils ont notamment abaissé de 0,9 point leurs perspectives pour le Nigeria, premier exportateur africain de pétrole, dont la croissance devrait se limiter à + 2,3 % en 2016. Le Brésil, plongé dans une grave crise politico-financière impliquant directement la présidente de la République, Dilma Rousseff, une économiste, et la Russie, frappée par les sanctions occidentales liées à l’Ukraine -au bord de la faillite- et soutenues par Laurent Fabius, devraient de leur côté s’enfoncer dans la récession cette année avec un PIB en recul respectivement de 3,8% et 1,8%, d’après ces nouvelles prévisions.

La Chine enregistre à l'inverse une croissance de 6,5%,  un peu plus positive que prévu et devenant la première économie du monde. Mais la transition de Pékin vers une économie davantage fondée sur la consommation pourrait être "moins douce" que prévu, au risque de créer de nouvelles turbulences financières, avertit le FMI. Il doit y avoir un rapport entre la richesse des uns et l'appauvrissement des autres. Honte à l'Union européenne, donc.
Première petite bombe, le PIB de la Chine serait arrivé en tête de tous les PIB de la planète (17% du PIB mondial), devant celui des Etats-Unis (16%), de l’Inde (7%°) et du Japon (4,3%). En 5e position, on trouve l’Allemagne (3,4%), puis le Brésil et la Russie. Du coup, le Royaume Uni (2,4%) est au huitième rang et la France est en 9e position avec 2,3%…

L'intention du FMI est de donner le modèle chinois en exemple.
L'objectif du FMI n’est pas de souligner la faiblesse des européens mais bien de valoriser la performance de la Chine à un moment où Pékin essaie de changer son modèle économique en orientant l'activité beaucoup plus sur le marché interne que sur la marche externe. Ses performances prouvent que la mutation apporte déjà quelques résultats. Si les Chinois profitent des PIB, les pays occidentaux qui ont massivement délocalisé en Asie pour obtenir de prix bas vont en pâtir. Et ils en pâtissent déjà.


La prédiction du FMI d'un quasi stagnation des économies avancées est tout aussi préoccupante
: ses estimations pour les Etats-Unis, comme la zone euro, sont encore plus faibles que prévues (−0.2 point), avec une croissance de 2,4 et 1,5 % respectivement. Selon ses calculs,
le Japon devrait par ailleurs tomber en récession l’année prochaine. Dans ces économies, "l’impact négatif de la démographie, la faible croissance de la productivité et les séquelles de la crise financière continuent d’entraver la reprise de l’activité", regrette le FMI.

Les préconisations d'urgence du FMI 

Le Fonds préconise des politiques classiques de grands travaux. "Pour un certain nombre de pays, il peut être opportun d’investir dans les infrastructures […] afin de
profiter de la baisse des taux réels d’emprunt", indique Maurice Obstfeld. Afin d’inciter les entreprises à investir, notamment dans la recherche, l’économiste encourage aussi les gouvernements à adopter des politiques fiscales plus "amicales". Le tout sans plomber les finances publiques

Préoccupé par le niveau élevé du chômage dans de nombreux pays, le Fonds consacre un chapitre entier de son rapport à la réforme du marché du travail.
Pour faciliter le travail des femmes par exemple, il plaide pour des réductions du coût des gardes d’enfant, des aménagements dans les congés parentaux et des allègements d’impôts sur le deuxième salaire au sein d’un couple.
Il insiste aussi sur la nécessité de mieux intégrer les jeunes en mettant l’accent sur la formation, la baisse des cotisations sociales et l’adoption d’un salaire minimum spécifique.
L’intégration des migrants fait l’objet de recommandations spécifiques comme l’autorisation de travailler pendant l’examen de la demande d’asile, la prise en charge d’une partie de leur salaire ou encore la reconnaissance des qualifications professionnelles

Le Fonds suggère en revanche de limiter la durée et le niveau des indemnités versées à ceux qui ont perdu leur
emploi et de faciliter l’ajustement du temps de travail et du salaire en fonction de l’activité. Il reconnaît cependant que les effets de telles réformes peuvent créer des tensions à court terme. "Des réformes dans les systèmes de protection de l’emploi peuvent déclencher des licenciements rapidement alors que les embauches peuvent prendre plus de temps à se concrétiser", indique le rapport.

Mais un tel exercice d’équilibrisme est loin d’être gagné à l’échelle mondiale,
le FMI demande aux Etats de plancher sur un "plan de secours" au cas où la croissance économique continuerait de ralentir. Pour "améliorer à la fois le fonctionnement du système monétaire international et la stabilité des marchés financiers, la coopération internationale est fondamentale", a-t-il insisté. "Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis la crise financière [de 2008] mais il reste beaucoup à faire". Un constat amer qui sonne d’abord comme un aveu d’inadaptation.

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