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mercredi 27 avril 2016

Une montée de la précarisation accompagne la baisse du chômage

"La reprise de l’emploi s’accompagne d’une poursuite de la précarisation"

Bruno Ducoudré accueille les bons chiffres de Pôle Emploi avec prudence.
Si cet économiste de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) croit en une amélioration de la situation en 2016, il pointe toutefois une hausse des emplois précaires. Spécialiste des questions de chômage, Bruno Ducoudré revient sur les derniers chiffres publiés, ce mardi, par le ministère du Travail, annonçant une baisse du nombre de demandeurs d’emploi pour le mois de mars.
Pôle Emploi a enregistré 60.000 demandeurs d’emploi de catégorie A (c’est-à-dire sans aucune activité) en moins, pour le mois dernier. Dès lors, peut-on parler d’une baisse du chômage?

Il est trop tôt pour dire qu’il y a une baisse. Il faut être vigilant avec ces chiffres mensuels. Si l’on se penche sur l’année, on est encore sur une hausse du nombre de demandeurs d’emploi de l’ordre de 0,5 %. On peut donc plutôt parler d’une stabilisation. On est désormais sur un plateau. Cela commence à être positif. Du moins, la situation continue de se dégrader, mais à un rythme très lent. Après, il est difficile de dire si cela annonce une réelle amélioration. A l’OFCE, nous notons toutefois une accélération des créations d’emploi avec l’accroissement de la croissance depuis 2015. Nous prévoyons donc une amélioration des chiffres du chômage, poussée par la montée en charge du plan de formation annoncé par le gouvernement en début d’année.

Ce plan de 500.000 formations à destination des demandeurs d’emploi, annoncé en janvier 2016, a-t-il joué sur les chiffres de mars?
Je ne crois pas que la baisse du mois dernier soit due à cela. La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a passé le mois de mars à faire la tournée des régions pour lancer ce plan. Mais il faut du temps pour que l’offre de formation se mette en place. Il n’y a pas encore d’effet. S’il y en avait eu, il y aurait eu un glissement des demandeurs d’emploi vers la catégorie D, qui regroupe notamment les chômeurs en formation. Or cette dernière est plutôt stable. Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité a certes baissé de 1,7 %, mais celui des chômeurs en catégorie B, exerçant une activité réduite courte (78 heures ou moins dans le mois) a, lui, augmenté de 2 %. Même chose pour les personnes en catégorie C, c’est-à-dire en activité réduite longue (plus de 78 heures dans le mois), dont le nombre a grimpé de 3,2 %. On voit en effet un transfert de la catégorie A aux catégories B et C. Mais le mois passé, on avait assisté à un transfert inverse… Encore une fois, il faut être prudent, ces chiffres sont volatils. Reste qu’il y a bien une augmentation des chômeurs en catégories B et C sur plusieurs trimestres. L’accélération des créations d’emploi passe d’abord par des petits boulots, de l’intérim, des contrats précaires. On peut donc dire que la reprise de l’emploi s’accompagne d’une poursuite de la précarisation, car les entreprises manquent encore de visibilité. Elles sont encore dans l’incertitude, les carnets de commandes ne sont pas toujours bien garnis.

La loi travail, portée par Myriam El Khomri, va-t-elle changer la donne ?
Il faudra voir ce qu’il y aura dedans au final… Mais, pour l’heure, je ne crois pas que la mesure proposée, qui consiste à faciliter les licenciements économiques, puisse créer de l’emploi. Au contraire, cela risque d’augmenter l’intensité des cycles, puisque les employeurs pourront alors plus facilement se séparer de leurs salariés en cas de difficultés. En cas de crise, la destruction d’emploi sera donc plus forte. Sans oublier le contrecoup d’une telle mesure : une hausse du chômage entraîne une baisse de la consommation, ce qui fragilise d’autant plus la situation économique.

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