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samedi 18 avril 2020

Union nationale: Julien Bayou tente de se blanchir en accusant Mélenchon

Julien Bayou répond à Mélenchon "pour en finir avec la fable de l'union nationale"

Mélenchon a reproché à EELV de soutenir la mise en place d'un "gouvernement d'union nationale"

Madinin'Art | Page 52

Yannick Jadot a émis l'idée d'un "Grenelle du monde d'après". 
Dans le JDD du 5 avril, il a présenté l'idée de l'union de partis (à l'exception du Rassemblement national), syndicats et ONG, reprise par Europe Ecologie-Les Verts (EELV) quelques jours plus tard. 
Les pseudo-intellos, mais vrais bobos perchés, de l'écologie craignent en effet pour l'après-coronavirus un retour au "libéralisme béat" du monde d'avant.

Dans son blog, Jean-Luc Mélenchon a accusé Julien Bayou de vouloir "un gouvernement d'union nationale". 
Dans une lettre ouverte que nous publions, le secrétaire national d'EELV - ex-amateur d'agitprop, notamment dans le collectif Jeudi noir - lui répond longuement. S'il rejette le terme, l'écologiste affirme ne pas vouloir se poser "comme seule opposition valable aujourd'hui, en espérant profiter demain du discrédit" qui touche le gouvernement, mais "chercher à créer les conditions d'un basculement politique de grande ampleur". Julien Bayou s'interroge aussi sur la stratégie de La France insoumise et appelle ses militants à "rompre les rangs".

La lettre ouverte de Julien Bayou est d'une violence rare

"Cher Jean Luc,

Dans un billet de blog du 10 avril, tu m'accuses, il n'y a pas d'autres termes puisque tu campes en procureur, de vouloir construire 'un gouvernement d'union nationale'. Je laisse de côté le fait que si tu avais des doutes sur l'orientation politique qui est la mienne, nous aurions pu en discuter. C'est accessoire, mais éloquent sur ta volonté de nous disqualifier. Ton affirmation est d'une mauvaise foi qui confine au baroque. Je prends donc la plume pour, en te répondant, exposer ma pensée politique. Tu pourras la juger frustre. Elle sera claire.

Pour dire les choses brièvement : je ne défends pas l'idée d'un gouvernement d'union nationale. Ce n'est pas ma volonté, ni celle de la direction politique issue de notre dernier congrès, ni celle de nos mandant-es, celles et ceux qui dans notre mouvement ont le dernier mot [allusion perfide]. Voilà la vérité simple et drue. Toutes les fictions du monde n'y changeront rien, malgré tes talents de narrateur.

Un gouvernement d'union nationale, dont le macronisme serait le centre, aggraverait les problèmes du pays

Amazon.fr - Désobéissons pour sauver l'Europe - Bayou, Julien - Livres
Les écologistes que nous sommes ne défendent pas l'idée d'alliances bâties de bric et de broc et basées sur la supposée bonne foi des contractants. Les lois de la physique politiques sont immuables : la question du centre de gravité de toute alliance est la question fondamentale. Un gouvernement d'union nationale dont le macronisme serait le centre aggraverait les problèmes du pays, nous en avons la conviction profonde. Nous proposons non pas une coalition politique, mais un dialogue social de grande envergure sur l'avenir du pays. Un Grenelle du monde d'après. Ce n'est pas la même chose. Nous proposons de réunir dans une négociation large l'ensemble des acteurs politiques et sociaux du pays. Pourquoi en exclure le Rassemblement national? Parce que mon idée est que le Rassemblement National n'est pas un parti républicain.[16,14% des électeurs français - 7.679.493 - ne sont donc pas des Républicains...] Comme je ne pense pas un instant que toi qui militait pour son interdiction dans les années 90 tu souhaites les convier à discuter de l'avenir du pays, tu comprendras que je les exclue du champ des participants au Grenelle du monde d'après.

Quelle est notre démarche? Nous avons choisi, dans le moment de crise que nous traversons de ne pas ajouter à l'effarement qui a saisi notre pays, en déclenchant un bras de fer avec le pouvoir en place. Les sujets de désaccords ne manquent pas entre nous et le gouvernement actuel. Mais notre pari n'est pas de nous poser comme seule opposition valable aujourd'hui, en espérant profiter demain du discrédit qui touche un pouvoir dont la politique apparaît chaque jour davantage comme un accélérateur de nos maux.

Nous ne prétendons pas imposer seul-es ce changement. Nous croyons à la société mobilisée. A la délibération collective

Nous faisons au contraire le pari d'une sortie de crise collective pour enclencher le sursaut dont la France et notre planète ont besoin. Deux visions s'affrontent ici. Soit on pense que tout se réduit à la question des desiderata du locataire de l'Elysée, et dans ce cas, on ne prône qu'une seule chose, le remplacement de l'actuel président de la république par un autre Jupiter en 2022. Dans cette vision le changement d'homme est tout : il suffit de remporter la présidentielle pour que les planètes s'alignent et que le monde change. Soit on pense que le changement de modèle dont nous avons besoin ne pourra provenir que d'un effort collectif pour sortir notre système de l'orthodoxie libérale dans laquelle il s'est engoncé au fur et à mesure des années, y compris sous des gouvernements qui se réclamaient de la gauche.

Notre proposition d'un Grenelle du monde d'après ne vaut absolument pas quitus pour le macronisme. Elle représente même l'inverse. Nous voulons contraindre l'actuel gouvernement à changer de cap pour se mettre au diapason de la demande sociale du pays et de l'urgence environnementale. Mais nous ne prétendons pas imposer seul-es ce changement. Nous croyons à la société mobilisée. A la délibération collective. Au jeu des acteurs sociaux. Au choc des intelligences. Voilà pourquoi nous demandons des discussions publiques, transparentes, ou chaque organisation, politique, syndicale, associative défendrait ses positions. Nous pensons, par exemple, que les propositions portées par la convention citoyenne sur le climat, pour parcellaires qu'elles soient, ne doivent pas rester lettres mortes. Elles représentent même une bonne base de discussion pour engager la transition écologique sans plus attendre. [Soit quitus donné à EELV]

Il en va de même des propositions portées par le pacte du pouvoir de vivre ou la coalition 'plus jamais ça' qui ont en commun de refuser la fracture entre les enjeux environnementaux et les questions sociales. La société fourmille d'initiatives. Il ne s'agit pas de remplacer un Jupiter par un autre, pas plus que de marcher sur les corps intermédiaires et syndicats en prétendant les récupérer, les organiser ou en prendre la tête : il faut se mettre à leur service pour construire ensemble le débouché dont le pays a besoin.

Nous ne voulons pas attendre la prochaine élection présidentielle pour que la politique menée change.


Je peux entendre que le mot 'Grenelle' soit galvaudé, discrédité par les trompe-l'œil environnementaux de Sarkozy ou plus récemment la piteuse tentative de ce gouvernement de gagner du temps au lieu d'agir face au fléau des violences faites aux femmes. Mais qui peut dire que les Accords de Grenelle de 1968 n'ont pas apporté aux travailleur-ses la satisfaction de revendications de longue date, quand bien même ces négociations expresses se sont tenues à l'initiative d'un gouvernement de droite? Si Matignon n'est pas le bon endroit pour accueillir ces discussions, pourquoi ne pas imaginer que le Conseil Economique Social et Environnemental puisse accueillir ces négociations s'il offre un terrain plus favorable, comme le suggère entre autres France nature environnement?

Les idées neuves doivent trouver leur place dans le moment que nous traversons. Cela ne se fera pas sans une mise en mouvement de l'ensemble de la société. Chacun sait par exemple que je me bats depuis longtemps pour un revenu universel. Je voudrais que dans la situation de fragilité sociale du pays révélé et exacerbée par la pandémie qui nous frappe, les uns et les autres soient mis au pied du mur et soient sommés de dire les yeux dans les yeux aux Françaises et aux Français pourquoi une telle mesure leur est refusée. Dans le cadre d'un Grenelle du monde d'après, je gage que ce serait possible, tout comme la mise en place d'une garantie sur les loyers ou la mise en place de conditionnalités sociales et environnementale aux aides aux entreprises.

Malgré tes quolibets, je persiste et je signe donc. Nous ne voulons pas attendre la prochaine élection présidentielle pour que la politique menée change. Nous ne faisons l'impasse sur aucune occasion de transformer la société. Nous voulons réorienter maintenant le cours des choses. Sans attendre une élection que tu as déjà perdue à deux reprises mais qui t'obsède au point d'obstruer ta lucidité.

Nous devons proposer un imaginaire [sic] post-crise qui ouvre d'autres solutions que le dogme de la croissance

Jeudi noir
Une bonne partie de ce qui va structurer l'état de la planète de l'Europe et de la France se joue dans les prochains mois. Nous devons proposer un imaginaire post-crise qui ouvre d'autres solutions que le dogme de la croissance, que la priorité donnée au court terme sur le long terme, que l'obsession pour la rentabilité. Investissements dans les services publics, dans la transition écologique, lutte contre la pauvreté et création de nouveaux droits, indépendance des médias… Nous devons proposer un sursaut.

Je pourrais conclure ici, mais je veux vider la querelle définitivement que tu engages, pour permettre demain un dialogue plus constructif.

A l'appui de ce qui te tient lieu de démonstration, concernant ma soi-disant adhésion à l'idée d'union nationale, tu cites la 'groko' [grande coalition, en Allemagne]. L'insinuation remplace ici toute forme de raisonnement : si d'aventure outre-Rhin, les écologistes soutiennent une grande coalition alors c'est que les Verts français y sont aussi favorables. Ce quasi-syllogisme est vieux comme l'injustice : si ce n'est toi, c'est donc ton frère… Si la germanophilie qu'on te connaît te conduit à penser que les verts allemands constituent un modèle, libre à toi. Mais nous savons pour notre part que l'organisation politique de l'Allemagne permet et favorise des configurations politiques qui ne correspondent ni à notre culture démocratique ni à nos inclinaisons. C'est un objet de discussion permanente avec nos partenaires verts allemands. Nous leur souhaitons le meilleur et serions ravis qu'ils arrivent au pouvoir en Allemagne dans le même temps où nous-mêmes le ferions en France. Mais notre solidarité n'exclut ni la vigilance ni la lucidité. Nous n'envisageons aucune combinaison de ce type.

Il faut aller chercher celles et ceux que nous n'avions pas encore convaincu mais qui aujourd'hui ont le cœur disponible et l'esprit disposé. 

Notre projet, et c'est, je le pressens, la raison pour laquelle tu nous poursuis de ta mauvaise foi, est plus ambitieux. Tu nous vois, à raison, comme des concurrents sérieux. Nous voulons construire l'écologie politique comme force motrice du changement qu'il nous faut conduire. Nous n'avons vocation à être les supplétifs de quiconque. Ni ceux du macronisme qui aggrave la crise qu'il faudrait endiguer, ni ceux du dégagisme que tu prônes.

Nulle arrogance ni volonté d'hégémonie de notre part, mais devoir d'entraînement : nous cherchons à créer les conditions d'un basculement politique de grande ampleur. Pour y parvenir, il faut et nous l'assumons, aller chercher celles et ceux que nous n'avions pas encore convaincu mais qui aujourd'hui ont le cœur disponible et l'esprit disposé. L'intelligence collective chemine à dos de catastrophe : la volonté d'échapper au désastre décille les yeux des plus récalcitrants. Nous assumons donc de nous dégager du clivage droite gauche défini par des siècles de lutte politique et sociale. Il demeure, mais ne peut être le clivage unique. De la même manière le clivage entre le peuple et la caste, qui recèle sa part de vérité inexorable, ne nous semble pas être susceptible de créer les conditions du sursaut car il n'indique aucune direction. Pour nous c'est la conscience écologique grandissante qui peut arracher des millions de personnes au confort de leurs certitudes anciennes, les amenant ainsi à choisir une alternative politique au système destructeur en place. En clair, l'écologie n'abolit aucun clivage. Elle appelle cependant à les redéfinir. 

Bayou et Génération précaire
Si je réponds longuement et publiquement à tes calomnies, et non dans le secret d'un sms, c'est parce que tu as choisi d'inoculer le poison du doute dans les esprits. Or, la période réclame de la clarté. Puisque tu prétends édifier sur mes supposées intentions le public qui te lit, qu'il me soit permis d'apprécier et qualifier en retour la stratégie que tu poursuis.

Plutôt que de gloser sur les tristes intentions dont tu nous affubles, peut-être pourrais-tu faire le bilan politique de la perspective que tu proposes?

Tu fais de la division permanente le moteur de ton renforcement politique. Ce faisant tu creuses à belle pioche le tombeau de l'alternative que tu dis appeler de tes vœux. Après l'élection présidentielle de 2017, au lieu de chercher à rassembler les forces qui pouvaient s'opposer au nouveau pouvoir, tu as préféré renforcer ton seul mouvement, avec les conséquences que chacun connaît. Plutôt que de gloser sur les tristes intentions dont tu nous affubles, peut-être pourrais-tu faire le bilan politique de la perspective que tu proposes? Pardon d'user d'une métaphore guerrière dont je ne suis guère familier, mais si personne ne peut mettre en doute la vaillance des troupes militantes de la France Insoumise, on peut s'interroger sur la stratégie du général.

Dans un monde confiné par le coronavirus, tu t'avances en majesté, tenant en tes mains un programme qui n'est pas le fruit du travail d'un seul, mais la somme du labeur de toutes celles et ceux qui ont fait don de leur contribution intellectuelle à l'avenir en commun. Tu dis 'voilà ma contribution', mais chacun comprend que c'est pour toi bien davantage. Rappeler à chaque occasion ton score de la dernière élection présidentielle ne fait pas sens. Beaucoup pensent, certes, que tu as ramené au vote humaniste et de transformation sociale des personnes qui, ne se sentant pas représentées, auraient pu s'abstenir, ou voter RN. Nous t'en faisons crédit. Mais on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Nous respectons les millions d'électrices et d'électeurs qui ont porté leurs suffrages sur ta candidature en 2017. Mais ces voix ne te confèrent aucun magistère moral, aucune sorte d'autorité naturelle, aucun passe-droit. Ni césar ni tribun ne nous seront d'aucune utilité pour le fardeau joyeux qui nous incombe. Nous devons reconstruire l'ordre du monde.

La crise que nous traversons révèle que nous avons besoin de collectif et d'humilité. Elle nous appelle à respecter l'humus et à nous méfier de l'hubris. Hier, dans un emportement évident, tu disais 'la République c'est moi'. Désormais, dans un entêtement solitaire, tu prétends incarner l'alternative à toi tout seul. Cette pente égotiste est mortifère.

Pour que les choses soient claires, je dis donc la chose suivante : 'insoumises et insoumis, rompez les rangs'.

Les prétendants à la magistrature suprême ont tendance à penser qu'ils doivent affirmer une identité politique distincte de celle de tous les autres candidats pour délimiter le champ de leur légitimité. Cette pensée relève du marketing. Pas de la construction d'un bloc politique et social porteur d'une alternative majoritaire. Pour qui veut réellement la victoire de nos idées, la question essentielle est celle de la construction lente mais déterminée d'une convergence démocratique inédite. Je gage qu'il n'y a pas d'autre chemin.

Pour que les choses soient claires, je dis donc la chose suivante : “insoumises et insoumis, rompez les rangs'. Cessez de répéter les arguments bilieux que nous devons subir ad nauseam. Finissez-en avec l'acharnement de meute en ligne qui vire au pilonnage des journalistes ou militant-es qui ont le malheur de vous déplaire. Votre révolte vaut mieux que ça. Ce que nous avons à accomplir ensemble est grand.
La "méthode Collomb", une politique anti-réfugiés qui ne dit pas ...
Les migrants accueillis à l'université Lyon II manifestent
devant le lieu d'expulsion 
N'attendons pas les consignes : affrontons les sujets qui fâchent, car il y en a. Et travaillons les points de convergence, car ils sont encore plus nombreux. Cultivons le commun davantage que le séparatisme de chapelle. Réfléchissons sans œillères. Discutons sans détours. Rassemblons sans relâche."


vendredi 1 septembre 2017

Contre la chute du nombre d'emplois aidés, un recours au Conseil d'Etat

Les écologistes radicaux s'opposent à la mise à mort  des emplois aidés par le gouvernement

Contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l'Etat macronien

Résultat de recherche d'images pour "emplois aidés ecoles"
Des écologistes conservateurs déposeront  un référé-suspension au Conseil d‘Etat vendredi. Ces radicaux sont le maire écologiste de Grande-Synthe (Nord), Damien Carême, le porte-parole d‘Europe Ecologie-Les Verts, 
Résultat de recherche d'images pour "julien Bayou jeudi noir"Julien Bayou (ci-contre à droite, au temps de 'Jeudi noir' ou 'Sauvons les riches', un proche d'Eva Joly et de Christiane Taubira), et Mounir Satouri, président du groupe écologiste au Conseil régional d’Ile-de-France.

Les élus locaux craignent notamment que la rentrée des classes soit perturbée par un manque de personnel, comme cela a été le cas à La Réunion où les élèves ont commencé les cours avec une semaine de retard.
Résultat de recherche d'images pour "emplois aidés hospitaliers""Le gouvernement est en droit de revoir le dispositif, mais il ne peut pas agir à la serpe, de façon aussi radicale", déplorent ces élus écologistes eux-mêmes radicaux par communiqué.

Les contrats aidés, subventionnés, sont jugés trop coûteux et inefficaces par le gouvernement
 
Or, censés aider à l‘insertion dans le monde professionnel, ils concernent notamment l‘Education nationale et le secteur hospitalier.

Résultat de recherche d'images pour "emplois aidés"Dans un premier temps, 280.000 contrats aidés avaient été budgétés dans la loi de finances pour cette année en cours, pour un montant de 2,4 milliards d‘euros. Le nouveau gouvernement a réduit ce total à 293.000 pour 2017.
Car l'Etat en avait financés 456.723 en 2016. Le gouvernement tente de se justifier en disant vouloir mieux les cibler. 
Or, face au mécontentement grandissant, Philippe a annoncé mercredi, qu‘il allait recevoir les représentants des collectivités territoriales...

jeudi 3 novembre 2016

Campement de migrants à Paris: l'extrême gauche instrumentalise les clandestins

Les agitateurs font manifester des centaines de militants en soutien aux migrants du nord-est de Paris

Mercredi 2, plusieurs centaines de personnes ont manifesté leur soutien aux clandestins



Ils squattent les trottoirs du nord-est de la capitale d'où ils doivent être chassés cette semaine, dans la foulée du démantèlement de la "Jungle" de Calais.
Scandant "So-, so-, solidarité", "Police, no!", illégaux, manifestants et représentants d'associations internationalistes ont réclamé le respect des "droits" des migrants. Ils ont défilé le long de l'avenue de Flandres en brandissant un tract signé "des demandeurs d'asile de Paris, quartier de Stalingrad"
Exploitant l'amalgame migrants en situation irrégulière et demandeurs d'asile éligibles au statut, ils exigeaient notamment "un logement pérenne", "la continuité de la procédure" de demande d'asile, ou encore "la non-expulsion des migrants".

"Nous vivons là; c'est très difficile; il fait très froid", dit Mahmoud, Afghan de 24 ans, répétant un texte appris qui laisse croire qu'il parle français couramment: "Nous demandons au gouvernement de donner des logements et de faire avancer les demandes d'asile" .
Le cortège, composé notamment d'Afghans, de Somaliens et de Soudanais,  communautés à couteaux tiréscomptait essentiellement des hommes.

"Il n'y a pas grand monde qui vient nous aider. La police enlève les tentes. Avant, j'étais deux ans à Calais; j'ai eu beaucoup d'incidents avec la police. Je pensais que la police en France était bien", récite Hussein, Somalien, depuis trois mois dans la capitale, et clairement manipulé par l'extrême gauche hostile aux forces de l'ordre.

Peu avant 21h00, les manifestants se dispersaient au signal, "dans le calme", selon la préfecture de police. 

Lundi, une nouvelle opération policière pour contrôler les migrants et nettoyer le site a eu lieu 

L'opération de police visait ce campement du quartier de Jaurès-Stalingrad, où quelque 2.000 personnes occupent l'espace public, selon les autorités.
"C'est un éternel recommencement: la police enlève tout, les migrants reviennent et se remettent au même endroit", dit Yasmine, une parisienne venue mercredi soir distribuer de la nourriture aux squatteurs. 

Déjà évacué à deux reprises en juillet et septembre, ce campement situé dans un quartier populaire s'est à chaque reformé et a grossi. Entretenant le flou dans un communiqué, la préfecture d'Ile-de-France et l'Agence régionale de santé (ARS) ont évoqué mercredi "plusieurs milliers de personnes" sur le campement, où "une cinquantaine de cas suspects de varicelle ont été signalés".
De tuberculose, il n'est pas officiellement question.

Selon plusieurs associations, le campement a notamment pris de l'ampleur en raison de flux venant de Calais où la "Jungle" a été démantelée la semaine dernière, mais que les clandestins ont fui à l'annonce des rafles et de déportation par cars en régions.

Samedi, le premier ministre Manuel Valls a promis la "mise à l'abri" des occupants du campement

Julien Bayou, à "Nuit debout",
téléphone rouge au poing
"Ces personnes vont bénéficier d'une mise à l'abri dans les jours qui viennent, organisée par les services de l'Etat" a confirmé mercredi la préfecture d'Ile-de-France.

"Il faut organiser l'accueil et répartir l'effort au niveau européen. Ce n'est pas en démantelant qu'on règle le problème, les rafles ne font qu'accentuer la misère", a estimé Julien Bayou, porte-parole d'Europe Écologie Les Verts, qui a participé à la manifestation mercredi.

Pour empêcher la reconstitution à répétition des campements, la maire de Paris a décidé d'ouvrir prochainement un "centre d'accueil humanitaire" doté de 400 lits au départ. Il s'agit de prendre en charge les migrants avant de les répartir dans des Centres d'accueil et d'orientation (CAO) en régions, similaires à ceux qui ont accueilli les migrants de Calais.

lundi 18 avril 2016

Nuit Debout envisage une grève générale en France

Nuit debout prépare la grève générale: du débat au passage à l'acte
La proposition a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements

Rouge et noir, couleurs
de Nuit Debout
 
Le travail au corps produit ses effets. Si le mot était régulièrement lancé et scandé depuis le début de Nuit debout, le 31 mars, c'est qu'il fallait instiller les esprits. Et il a trouvé un réel écho samedi soir place de la République à Paris, lorsque l’économiste Frédéric Lordon, démiurge du mouvement, est venu marteler tous les éléments de langage que chacun devait reprendre et s'approprier, avec l'illusion d'être à la source d'idées neuves.

L'économiste a verbalisé la nécessité de faire la "grève générale".
Derrière cette formule, des références à des victoires sociétales obtenues il y a des décennies. Et l’espoir de faire revivre cet esprit pour renverser "la loi [El Khomri], mais aussi [le] 'monde El Khomri' ", celui de Valls et Hollande.Mais Horn n'exclut pas la probabilité que Nuit debout engendre une grève générale.
Ce n’est "pas forcément négatif": "Chaque mouvement a besoin d’une inspiration, d’une utopie mobilisatrice. C’est un défi à la société d’aujourd’hui et au gouvernement [car il est clair que les grèves générales sont] à l’origine des plus grandes avancées sociétales," explique ce militant de la théologie de la libération, venue d'Amérique latine.

"Personne n’a vu venir Mai 68. Les choses se sont passées assez vite et de
manière spontanée", rappelle-t-il. Et c’est bien ce qui plaît à Corentin, 28 ans, vendeur qui passe quelques heures, de temps à autre, place de la République, squat des noctambules de la Nuit debout sur la voie publique parisienne. "Ces rassemblements sont naturels", pense-t-il. Surtout, il n’y a pas de pression, contrairement aux manifestations habituelles où "tout ce qui compte, c’est l’impact sur la presse et le nombre de participants".

Le mouvement manque encore de maturité et de radicalité

Le rapport à la presse est en effet sujet de controverse: faut-il s'en servir pour atteindre davantage de montre et acquérir de la notoriété ou faut-il la contourner et préserver l'anonymat des meneurs qui, en se tenant dans l'ombre, échappent aux pressions du pouvoir et conservent leur main mise sur les habitués du squat, auberge espagnole d' "Indignés" accrocs à leur piqûre de rappel, au risque de leur perte d'autonomie intellectuelle.
Ce baba cool prétend aussi qu'une grève générale ferait même perdre de son "intérêt" au mouvement, qui permet à tout le monde de venir sans être "obligé de faire grève. Faire grève, c’est être dans la lutte, le tout ou rien, alors qu’on est surtout là pour discuter, se rencontrer". Et puis, même si ce mot est assez central, "surtout de la part des organisateurs, le mouvement n’est pas encore assez mûr pour aboutir à une grève générale", se rassure Corentin.

Créer des liens avec les syndicats

Mardi, capuche sur les yeux, une vingtaine de personnes participait (parapluie au poing !) à la commission "grève générale", sorte de cellule communiste en charge de la préparation des esprits à l’action. Elle se réunit quotidiennement, assurance d'une bonne imprégnation, avec pour objectif de construire des passerelles entre les mondes antipodiques du travail et de Nuit debout, en fédérant les grévistes et en poussant les Corentin à se mobiliser, pour "secouer une situation sclérosée". Le tout avec force tracts, interventions de salariés militants et actions ciblées, le tout dans la plus grande opacité financière.

Le soutien aux cheminots qui se battent également pour leurs conditions de travail est clairement affiché. La CGT peine en effet à maintenir sa position dominante et la Nuit Debout lui offre une opportunité intéressante de se refaire. Le discours des citoyens de la place de la République se cherche  entre "convergence des luttes" et appel à la grève générale, et les agitateurs tentent des percées mêlant "convergence des luttes" et appel à la grève générale, tout en marquant sa distance avec les syndicats.

Les altermondialistes ont ainsi réquisitionné l'économiste grec Yanis Varoufakis, ancien ministre communiste de l'Economie. Bien que ce démissionnaire ait été mêlé, comme conseiller économique, au fiasco de Giórgos Papandréou dont le mandat fut marqué par la plus importante crise économique grecque d'après-guerre, Julien Bayou (EELV) l'a montré à la foule de la place de la République où il a prononcé quelques mots. "Je vous apporte la solidarité d'Athènes" qui bénéficie déjà de la solidarité européenne et du FMI...

Les agitateurs de l'ombre y perdent patience. Pour l’animateur de la commission, si la situation n’avance pas, c’est entre autres en raison des " dissensions syndicales". C’est pourquoi le mouvement répète, depuis le début, qu’il ne se réclame d’aucun parti, d’aucun syndicat.

Et de fait, le débatteur citoyen se mord la queue au centre de l’action, dans l'attente d'une force extérieure mobilisatrice, comme cela a pu être le cas lors de la Révolution française. D’où les multiples références à 1789, partout affichées et taguées place de la République, ou aux grands événements de l’histoire — "Que revive la Commune", "Je lutte donc je suis", "Révoltez-vous", etc. — ou encore suggérées dans les débats, comme le retour des cahiers de doléances.

Une continuité révolutionnaire
Loin d’effrayer, cette position est l’un des ciments du mouvement. "La France a une tradition révolutionnaire, et cette référence est vue très positivement dans les milieux militants. Ce qui ne serait pas forcément le cas dans d’autres pays européens", souligne Gerd-Rainer Horn. C’est justement cet héritage qui peut faire la différence, pense pour sa part Gérard, 59 ans. Vacataire dans un musée parisien, il participe à Nuit debout sur son "temps libre"... 
Pour lui, comme pour les nombreux intermittents présents comme animateurs et techniciens audiovisuels du fait également de leur "temps libre", c’est le seul moyen d’obtenir de "grands changements". Voire des bouleversements... Et de citer les congés payés, obtenus après la grève générale du printemps 1936 -congés qui ne faisaient d’ailleurs pas parti des revendications de départ, note Horn. C’est là tout l’intérêt d’une telle mobilisation, selon Gérard, qui reconnaît toutefois que pour l’instant Nuit debout représente une petite minorité de citoyens. "La grève générale permettrait de faire comprendre au reste du pays ce que l’on veut", avance-t-il. Mais encore faut-il être d’accord...

Sans leader apparent ni porte-parole, chaque participant parlant en son nom, Nuit debout a du mal à faire émerger des idées directrices, si ce n’est une envie de changer la société en profondeur, voire radicalement. "Mais pour mettre quoi à la place ?", s’interroge Gérard. C’est la question que devra trancher le mouvement s’il veut durer et conduire à la Commune 2016.

dimanche 17 avril 2016

La Nuit Debout est-elle foncièrement violente ?

Dans ce débat citoyen, "changement" signifie "subversion"

La violence est-elle étrangère au mouvement? s'interrogent des "indignés" de la Place de la République



Au fil des nuits et des débordements, les militants de la Nuit debout sentent monter l'urgent besoin de prendre position face à la violence qui les habite: est-elle étrangère aux débats du mouvement, l'expression d'une révolte "contre-productive" ou  nécessaire ? Le fait qu'ils en débattent pendant le week-end souligne les divisions sur le problème. Après quinze jours d'existence, cette question pourrait être une ligne de faille entre les intellos et les radicaux de ce mouvement lancé le 31 mars contre la loi Valls de réforme du code du travail voulue par Hollande et pour "penser un autre monde". Qu'en termes élégants se raisonne la révolution !
Place de la République, "coeur battant des luttes citoyennes" à Paris, l'assemblée générale des 2 à 3.000 activistes ardents, militants suiveurs et passants curieux tous les soirs s'interroge sur l'opportunité de gauchir la ligne officielle, de bobo à subversive.  

Les agitateurs d'idées échauffent les têtes folles
Distributeur à billets vandalisé
portant un autocollant "Nuit debout":
"Loi travail non merci"
le 16 avril 2016 place de la République
magasins, saccageant ici un magasin, là un chantier et brûlant palettes et poubelles. Seulement une trentaine de jeunes a ainsi été interpellée, accréditant l'idée de la complicité de la gauche au pouvoir avec l'extrême gauche dans la rue

Parmi les étudiants, employés, chômeurs et déçus en tout genre par les promesses électorales et la politique fluctuante et sinueuse de Hollande, une majorité de présents non représentatifs à ces états généraux modernes dit son opposition à la violence, mains levées, mais rêve de lendemains qui chantent.
A plusieurs reprises, des heurts ont éclaté avec la police et il convenait d'affirmer que les violences explosaient "en marge" des rassemblements et à la dislocation des défilés. Mais ces mouvements de foules sont émaillés de dégradations et de saccages organisés et ciblés, les anarchistes s'en prenant au mobilier urbain, les communistes à Pôle emploi et les antilibéraux réunis aux établissements bancaires

Pendant ce temps, notre actuel Louis-Philippe d'Orléans est au Moyen Orient. Il a déjà déclaré la guerre, non pas à la Grande-Bretagne et aux Provinces-Unie  ou à la Belgique et à l'Espagne, mais guerroie ici et là en Afrique, tandis que se développent une Convention montagnarde moderne et des insurrections régionales. 
Les 'Nuit Debout' vont-ils décider d'ériger les premiers tribunaux révolutionnaires ? Déjà, le citoyen philosophe Alain Finkielkraut, qui a voulu se faire un avis, s'est rendu sur place et s'est fait invectiver et insulter. En revanche, le révolutionnaire grec Yanis Varoufakis a pu prendre la parole, avec la bienveillante protection de certains maîtres des lieux, en la personne de Julien Bayou, élu de liste altermondialiste, dressé à son côté, menton haut et regard lointain.

"Cette violence est contre-productive. Il faut dire qu'on n'a rien à voir avec ça", lance Adrien (le candide) à la tribune, où chacun peut prendre la parole trois minutes, en respectant son tour. Les débats télévisés quotidiens ne sont pas aussi sévèrement cadrés.
"Je ne vois pas pourquoi on devrait prendre position. Oui, on est un mouvement pacifiste mais pourquoi est-ce qu'on devrait se justifier?", rétorque Julien.
D'autres, encore minoritaires, estiment que la violence "fait partie de la lutte" et qu'on ne doit pas "la condamner en soi". La violence, c'est uniquement "celle que nous imposent la société, le chômage, la rue", font valoir les plus radicaux, et dans une France sous état d'urgence, soulignent les plus politiques. Quand on veut faire bouger les lignes, on lance la presse et toute une journée, la "commission presse" a planché sur cette question et rédigé un projet de communiqué pour démarquer le mouvement "d'une minorité" d'activistes qui donnent une "image fausse". "Il est temps pour nous de faire cesser le matraquage médiatique, qui associe la Nuit debout aux dérapages, qui vise à décrédibiliser le mouvement. Il faut prendre position, pour pouvoir passer à autre chose", se blanchit un minoritaire de la commission. Laissons la porte ouverte à la violence: "Restons hétérogènes"
Le modérateur (autoproclamé ou désigné par une éminence grise en coulisse)des débats tente de soumettre le texte au vote. Immédiatement, plusieurs bras se lèvent, main droite fermée sur le poignet gauche: le signe d'une "opposition radicale".
C'est toute la difficulté de la démocratie directe qui fonctionne "horizontalement": cela sera un "frein à notre développement", "peut signer notre mort", affirment certains. D'autres y voient une richesse sans frontière. Des manifestants se sont rassemblés à proximité du Musée de l'Homme, où se déroulait l'émission avec François Hollande."L'essentiel, le 31 mars, c'était de leur faire peur. Ils nous veulent univoques, restons hétérogènes; ils nous veulent divisés, restons solidaires. Le mouvement est encore un nouveau-né", clame un quarantenaire attentif aux déviances. Formé à l'agit-prop, il explique, sous les applaudissements, le "refus d'une obligation de réussite en 15 jours d'existence" quand la classe politique "n'a rien fait pendant des années". Au jeu de la démocratie directe de l'AG, cela signifie qu'on doit s'arrêter et en tenir compte. Alors, on vote sur le fait de savoir si on est d'accord pour mettre au vote le communiqué. Petit à petit, on avance. Le texte est amendé. Mais une tignasse blonde estime au micro qu'il faut "passer par d'autres canaux que les télés, les grands media", remettant à nouveau en cause le principe du communiqué de presse d'un mouvement sans chef, sans porte-parole officiel. N'offrant pas de prise au pouvoir... "Bon, lâche le modérateur un peu las, il faut quand même faire un peu confiance à la commission. A un moment donné, il faut prendre une décision". Le communiqué "violences" attend toujours. VOIR une vidéo d'une attaque de commissariat, symbole républicain:
Il faut durer jusqu'à une éventuelle grève générale. Cette résistance déterminée s'exprime jusque dans le calcul du temps, qui s'étire depuis la naissance du mouvement: dimanche 17 avril, nous sommes le "48 mars" en calendrier Nuit debout. Une jeune utopie qui ravit les poètes mais irrite les manoeuvriers de l'ombre: le mouvement n'ira pas loin si il refuse de s'amarrer à un projet, de se doter d'une structure, selon ses critiques. Des "jeunes" manipulables, qui acceptent de détourner cinq précieuses minutes de temps de parole au profit de l'ancien ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, que Julien Bayou a amené là pour les redynamiter  redynamiser et les mettre en garde contre "les récupérations".
Mais ces admirables jeunes "citoyens"  ne sont pas également prêts à accueillir le philosophe Alain Finkielkraut, considéré comme "réactionnaire" et "conspué" samedi soir place de la... République, selon Sofia Bouderbala de l'AFP. Conspué ? A la vérité, ils ont traité cet académicien juif de 'facho".
Le collectif Nuit Debout va devoir faire de la formation... A moins que les meneurs n'aient intérêt au maintien de leurs participants - violents ?- dans leur crasse.