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samedi 24 août 2019

G7: des milliers d'anticapitalistes manifestent à Hendaye et Bayonne

Opposés au G7, des milliers de manifestants ont marché à Hendaye et Bayonne

L'idée de Macron de réunir les chefs d'Etat des principales puissances mondiales au pays basque est étrange

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Les nationalistes basques militent en effet pour la réunion du Pays basque français et du Pays basque espagnol dans une même nation, en obtenant l'indépendance et une rupture tiers-mondiste avec le modèle capitaliste. Pas étonnant que les altermondialistes y expriment avec force leur esprit d'indépendance et leur idéologie anti-capitaliste, partout comme chez eux dans les alentours de Biarritz, ville morte bunkerisée par d'énormes effectifs de police et de militaires convoqués pour garantir la sécurité des participants à l'entre-soi de leurs rencontres bilatérales. 
Les anti-G7 ont annulé leurs actions et invoquent le dispositif policier "surdimensionné" qui les écarte du sommet.

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Bayonne, ville bouclée
Aux sept chefs d'Etat des pays les plus puissants du monde  - le premier ministre japonais Shinzo Abe est d'abord arrivé vers 11h30, suivi de Donald Trump (Etats-Unis) vers 13h, Boris Johnson (Royaume-Uni) et Angela Merkel (Allemagne) peu après 15h et Giuseppe Conte (Italie) à 16h45. Justin Trudeau (Canada) était arrivé vendredi - ont été associés une vingtaine d'autres.

Téhéran a en outre provoqué un coup de théâtre avec l'annonce de la présence à Biarritz du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Il est "arrivé à Biarritz, où se déroule le G7, pour continuer les discussions à propos des récentes mesures entre les présidents de l'Iran et de la France", a indiqué sur Twitter le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères : ça tombe bien, puisque Macron clame sa volonté d'ouverture... Le site FlightRadar24.com, qui a signalé l'atterrissage inattendu d'un avion officiel iranien vers 14h à l'aéroport de Biarritz, précisait que le même avion, un Airbus 1321, était passé ces derniers jours par plusieurs capitales européennes, notamment Oslo, Helsinki, Stockholm, mais aussi Paris.

A Bayonne, la police a brièvement utilisé des canons à eau et procédé à quelques tirs de gaz lacrymogène. Soixante-huit manifestants ont été interpellés, dont trente-huit placés en garde à vue.
De "bons" motifs pour garder son calme...
Des manifestants marchent en direction de Bayonne pour témoigner 
leur opposition au G7le 24 août. Emilio Morenatti / AP
"On ne va pas casser ici, c’est un quartier populaire", affirme à sa copine un jeune vêtu d’un sweat-shirt noir, capuche rabattue sur les yeux, fuyant, dans une rue du Petit Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), le nuage de gaz lacrymogènes qui envahit le quartier. Samedi 24 août, au premier jour du sommet du G7 qui se tient à quelques kilomètres de là, à Biarritz, rendez-vous avait été donné par la frange la plus radicale des Gilets Jaunes et des militants altermondialistes anti-G7 pour se retrouver dans cette ville qui, avec Biarritz et Anglet, fait partie du périmètre interdit aux manifestations.
Un cortège de quelques centaines de personnes a donc arpenté en fin de journée les rues de ce quartier situé entre les rives de l’Adour et de la Nivelle. Tous les ponts étant fermés par les nombreuses forces de la gendarmerie mobile et de la police, les manifestants pacifistes n’avaient d’autres choix que de déambuler, criant "Tout le monde déteste la police" ou "Siamo tutti antifascisti", et s’agglutinant devant les barrières dressées sur les différents ponts.
Plusieurs milliers d'activistes circulent entre Hendaye et Irun, à la frontière espagnole, contre le G7 qui se déroule à Biarritz, le 24 août. Stephane Mahe / Reuters

Etat de siège : une ville quasi morte

Un manifestant est immobilisé par les forces de l’ordre, 
lors d’une marche contre le G7, à Hendaye, le 24 août. SP / Reuters
ImageLà, canons à eau et tirs de grenades lacrymogènes ont repoussé les manifestants, sans que ceux-ci n’aient beaucoup d’issues pour quitter les lieux. Une vingtaine de motos des voltigeursdes équipages de deux avec le pilote et un passager armé notamment d’un bouclier et destiné à faire des interpellations – a fait quelques incursions dans les rues étroites de ce quartier. Les quelques derniers cafés fermaient alors, transformant le Petit Bayonne en quartier quasi mort. Sans attendre ces incidents, en effet, la plupart des commerçants et restaurateurs avaient fermé dès vendredi soir, certains barricadant leur échoppe par de robustes plaques de contreplaqué.


Selon le bilan de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, les forces de l’ordre ont procédé à 68 interpellations, dont 38 ont abouti en placements en garde à vue, notamment pour "participation à un groupement en vue de commettre des violences, des dégradations, possessions d’objets susceptibles d’être utilisées comme armes par destination, dissimulation de visage et jets de projectiles."

Cette fin de journée tendue rompait avec la matinée durant laquelle, du port d’Hendaye à Irun, ville frontalière du Pays basque espagnol, quelque 15.000 manifestants ont marché (9.000 selon la police), clôturant les travaux du sommet du contre-G7 qui s’est tenu du 21 au 23 août, dans ces deux villes.

Longeant les eaux de la Bidassoa, rivière frontière, sous un soleil de plomb, les marcheurs – anticapitalistes, écologistes, féministes, altermondialistes, abertzale, Gilets Jaunes ou révolutionnaires et anarcho-syndicalistes et tout à la fois… – dont une grande partie venait du Pays basque Sud, ont crié durant deux heures leur opposition au sommet du G7, dénonçant les renoncements des pays les plus puissants de la planète à lutter contre le dérèglement climatique et l’injustice sociale.

Appel du contre-sommet alternatif au G7

Dans une ambiance pourtant qualifiée de "bon enfant et familiale" (c'est l'élément de langage officiel pendant toute la durée du sommet) quelques affrontements avec la police, vendredi soir devant le campement militant du contre-G7, avaient fait redouter des tensions lors de cette manifestation –, sous les drapeaux rouges, verts et blancs du Pays basque, se succédaient les syndicats basques (ELA, LAB…) et "français" (Solidaires, CGT, CNT…), les associations altermondialistes (en lutte contre les injustices sociales et climatiques (Bizi, Oxfam, Alternatiba, Les Amis de la Terre,…), etc.
Bizi est un mouvement altermondialiste dont les objectifs sont la promotion de la justice environnementale et de la justice sociale au niveau mondial comme au niveau local et cette association indépendante et a-partisane [sic, comme on voit !] qui fait sienne l'"urgence climatique" (comme tout le monde depuis quelques semaines)  rejette toute stratégie clandestine ou action violente.



Bixente, 52 ans, militant syndicat basque, est venu dénoncer "l’hypocrisie des chefs d’Etat qui envoient des messages attristés quand la forêt amazonienne brûle". La jeune Elaïa, lycéenne à Bilbao, exigeait elle aussi une action "urgente" et non des discours. José défilait, brandissant un drapeau du FSLN (le Front sandiniste de libération nationale est un parti politique nicaraguayen fondé en 1961 doté d'une organisation politico-militaire socialiste inspirée par la lutte du général Augusto Sandino : ce sommet alternatif se veut néanmoins apolitique et a-partisan...) devant des militants appelant à la solidarité avec les enfants de Palestine, ou encore un cortège portant des canots pneumatiques, vêtu de couvertures de survie, pour rappeler le drame des migrants qui traversent la Méditerranée illégalement.

Une déclaration finale, adoptée par les deux coordinations organisatrices du contre-sommet (basque G7 EZ [non au G7] et française, Alternatives G7), regroupant une centaine d’organisations, était lue, en fin de manifestation, reprenant la tonalité anticapitaliste qui a marqué trois jours de débats sans nuances et entendus. Ce G7 porte, selon ces organisations, "des politiques qui ont creusé les inégalités sociales, renforcé les divisions et les dominations dues au racisme et au patriarcat, organisé l’industrialisation de l’agriculture, nourri l’industrie de l’armement, accéléré les crises environnementales, les dérèglements climatiques et la chute de la biodiversité".

De nombreuses interventions ont demandé que le texte soit musclé sur les questions sociales, climatiques et féministes notamment. Cet appel du contre-G7 lors de l’assemblée citoyenne promeut aussi des alternatives qui " construisent des territoires plus solidaires, plus résilients face aux crises majeures et à l’effondrement à venir et mieux armés contre la marchandisation de nos sociétés et de nos vies, la délocalisation et la mise en compétition des peuples et des individus, la destruction de la nature et des cultures populaires".

"Marche des portraits"
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Se félicitant du succès de ce contre-sommet, qui a attiré quelque 5.000 participants malgré le climat oppressant généré par la présence de plus de 13. 000 membres des forces de l’ordre dans la région, les organisateurs ont aussi fixé un calendrier fourni de mobilisations pour les mois à venir. Dont les premiers rendez-vous, début septembre, concernent les procès des décrocheurs du portrait officiel du président Macron dans les mairies à Lyon, Paris et Orléans, puis les grèves internationales sur le climat, prévues du 20 au 27 septembre, la journée internationale du droit à l’avortement (28 septembre), ou encore la semaine internationale de la rébellion (début octobre).
Dimanche matin, le Petit Bayonne devrait être encore animé par la "Marche des portraits". 128 photos officielles du président de la République ont été décrochées dans des mairies de la France entière, ces derniers mois – la dernière action s’étant déroulée vendredi dans la mairie d’Irissary, au Pays basque intérieur. Les organisateurs de cette marche, ANV-COP21 (Action non violente-COP21), Alternatiba et Bizi, espéraient juste, samedi soir, que la soirée agitée dans le quartier ne compromette pas leur initiative.

Au contre-sommet du G7, deux manifestations, mais deux ambiances

Des militants d’ANV-COP21, vendredi 23 août à Biarritz.
D'après la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, deux manifestations anti-G7  ont eu lieu à Hendaye, dans la matinée, et à Bayonne, en milieu d'après-midi. Si la première s'est déroulée dans le calme, la seconde a dégénéré (jets de projectiles, gaz lacrymogènes, grenade, canon à eau) et se sont au total 68 interpellations et 38 gardes à vue qui ont été comptabilisées, notamment pour "possession d'arme par destination", mais aucun blessé n'est à déplorer, hormis 4 policiers, vendredi soir à Urrugne (Pyrénées-Atlantiques) lors d'affrontements qualifiés de "frictions" par la presse couchée entre des manifestants et les forces de l'ordre, pour dix-sept personnes interpellées et placées en garde à vue. La manifestation a pris fin vers 20h30, avec pour mot d'ordre, minimisation et banalisation.

samedi 18 août 2018

Européennes : Jadot (EELV) exclut une liste commune avec Hamon

Les écologistes radicaux tenteront de renforcer leur base ébranlée

Jadot se voit tête de liste EELV et vise 15% des suffrages

Désigné mi-juillet tête de liste EELV pour les européennes de 2019, Yannick Jadot, 51 ans, fera cavalier seul. Il a confirmé dimanche qu'il exclut la possibilité d'une liste commune avec le mouvement Génération.s de Benoît Hamon".
"L'élection européenne est le seul scrutin où les électeurs votent par conviction. C'est un vote de clarté. Notre priorité est de rassembler les écologistes autour d'une ligne claire, pas de faire de la vieille politique avec ses accords d'appareils et ses confusions", estime Y. Jadot dans le Journal du Dimanche, interrogé sur la possibilité d'une union des dernières forces de l'un et de l'autre.
Le frère de Jadot, Thierry, dirige la filiale française de Dentsu Aegis Network, un groupe britannique de publicité et d'études de marché, elle-même filiale de Dentsu, la première agence de publicité japonaise. 
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Soutien de Joly Eva, Yannick Jadot ne s'est pas toujours
prétendu proche de la droite du PS  
Il avait finalement soutenu Benoît Hamon lors de la présidentielle, avec alors l'illusion d'"une possibilité de faire gagner (les) idées" écologistesMais "l'échec a été assez retentissant. Il n'est pas interdit d'apprendre de ses erreurs", argumente-t-il.
Yannick Jadot s'était allié avec Benoît Hamon après de longs débats lors de la dernière présidentielle, qui avait vu le vainqueur des primaires organisées par le Parti socialiste éliminé au premier tour. Yannick Jadot avait prévenu depuis qu'il avait tiré les leçons de cet "échec" et qu'il ne comptait plus s'allier au leader du mouvement de la gauche du PS.

Isolé et fantomatique, il plaidait pour une liste commune. Mais, candidat officiel du Parti socialiste arrivé 5e au premier tour de la présidentielle 2017, Hamon avait réalisé le pire score de l'histoire du PS, avec 6,35% des voix. Pour EELV, Hamon n'est pas une référence.

Mais Jadot n'est pas non plus un parangon de vertu.
 
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Des activistes anti-républicains de Greenpeace interrompant
 les travaux de l'Assemblée en décembre 2009
Comme directeur des campagnes de Greenpeace France, ONG internationale illégitime ( 2002-2008), il fut notamment condamné pour atteinte aux intérêts supérieurs de la Nation pour avoir pénétré dans la base opérationnelle de l'Ile longue (rade de Brest), port des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Marine nationale, dans le cadre de l'opération Plutonium, menée par l'ONG.
Quelques jours avant la désignation mi-juillet de Yannick Jadot pour conduire la liste EELV aux européennes, Benoît Hamon assurait néanmoins encore que "le fil n'(était) pas coupé". 

Yannick Jadot et Benoît Hamon, le 26 février 2017.

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Europe Ecologie-les Verts continue de miser sur l'accueil des migrants.
Image associée
Le camp de migrants de Grande-Synthe réduit en cendres
par un incendie criminel, le 11 avril 2017

Sur la liste EELV, le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, qui "a parfaitement géré le dossier des réfugiés", doit être "aux avant-postes", indique Jadot dans le JDD, en précisant que les noms seront dévoilés "d'ici à l'automne".
Eric Piolle, le maire EELV de Grenoble, qui a ouvert la ville à la drogue et à l'insécurité, devrait être écarté. En 2017, il avait appelé à voter Mélenchon en dépit du ralliement d'EELV à la candidature de Benoît Hamon,

Karima Delli eurodéputée EELV sortante, ci-contre, a bien mérité sa place, en revanche !

Jadot confirme son objectif d'obtenir 15% des voix lors du scrutin européen. "Jamais l'écologie n'aura autant irrigué la société, les entreprises, les initiatives citoyennes," raconte-t-il, inconscient du rejet de masse de l'écologie punitive.

Dévastation de Strasbourg par des "Black blocs'
anarchistes, antilibéraux et altermondialistes 
Les ​écologistes se compteront de leurs Journées d'été européennes du 23 au 25 août, 
à Strasbourg, haut lieu de l'anti-capitalisme primaire, depuis les journées de violences urbaines perpétréesà la faveur de la crise économique mondiale, lors du sommet de l'OTAN Strasbourg-Kehl de 2009, par l'ultra-gauche "pacifiste", anarchiste et altermondialiste.



Tête de liste d'Europe Ecologie en 2009 dans la circonscription Ouest (Bretagne, Poitou-Charentes et Pays-de-la-Loire), Jadot fut élu député européen avec 16 % des voix.

samedi 24 septembre 2016

Les bulldozers "humanitaires" de Calais: la dernière de Hollande pour disperser les migrants sur le territoire

Les bulldozers font-ils une politique ?

L’unique réponse qu’envisagent les pouvoirs publics, c’est l’évacuation d'un camp de clandestins et leur dispersion


Le 22 février 2016, Emmaüs France co-signa une tribune parue ce jour dans les colonnes du journal LeMonde. Sept mois ont passé et Hollande en est au même point.

On feint de s’attaquer aux causes réelles du problème, mais en réalité,
en s’en prenant aux victimes condamnées à se disperser dans la peur, cette politique ne fait que le déplacer et l’aggraver. Cette "solution" n’en est pas une.

Aux huit organisations qui ont adressé une lettre ouverte à Bernard Cazeneuve pour lui demander de surseoir à l’évacuation programmée d’une grande partie de la "jungle" de Calais, le ministre de l’Intérieur vient d’adresser [février 2016] une réponse qui est une fin de non-recevoir : il justifie sa décision à coups de propos incantatoires sur le respect des droits fondamentaux des migrants et le bien-fondé de politiques qui ne varient pas depuis des années, malgré leur échec évident ; et il rappelle aux associations leur "partenariat" avec l’État comme pour les impliquer dans la politique qu’elles contestent. Dans la foulée, la préfecture du Pas-de-Calais vient de publier un arrêté ordonnant aux occupants de la zone sud du bidonville, dite "la Lande", de quitter les lieux mardi 23 février au plus tard.

Les bulldozers ne peuvent pas tenir lieu de politique

Cela n’implique évidemment pas de nous accommoder d’une 'jungle' dont le nom dit tout. Personne ne saurait accepter le maintien en l’état du bidonville de Calais, pas plus que du camp de Grande-Synthe, ni d’aucun autre. Personne ne peut se satisfaire de voir des réfugiés contraints de survivre dans de tels lieux.

Depuis des années, nous ne cessons d’ailleurs de dénoncer l’indignité de ces conditions de vie, comme l’a fait également Jacques Toubon, le Défenseur des droits, l’été dernier. Plus récemment, le tribunal administratif de Lille a même condamné l’État à procéder en urgence à des améliorations, décision confirmée par le Conseil d’État.

Pour autant, il n’est pas question non plus de cautionner l’évacuation annoncée, non seulement parce qu’elle est inhumaine, mais aussi parce qu’elle ne résoudra rien. Chasser les habitants [des squatteurs] d’une large partie du bidonville, y faire passer des bulldozers et détruire tout ce qui, dans la précarité et avec les moyens du bord [et en toute illégalité], a été construit au fil des mois : à quoi bon ?

23 janvier 2016
Les migrants qui se trouvent dans le Calaisis veulent souvent [?] rejoindre des proches en Grande-Bretagne. D’autres seraient en droit de demander l’asile en France [on a même inventé les "réfugiés climatiques"] mais ils ne le savent pas toujours, ou bien ils se méfient de l’accueil qui leur serait réservé. [Le partenariat des associations serait-il un leurre contre-productif?] D’autres encore attendent une réponse à leur demande. Parmi eux, il y a beaucoup d’enfants… [Jouez violons !] Or, pour plusieurs catégories de migrants [nommons-les], il existe des solutions inscrites dans les textes, avec des dispositifs, des acteurs, des fonds alloués à cet effet. Elles auraient pu être mises en œuvre depuis longtemps déjà.

Au lieu de s’y atteler, les pouvoirs publics ont préféré procéder à des "démantèlements" successifs. En 2015, ils ont contraint les migrants [clandestins] ainsi délogés à s’installer dans une zone "aménagée" pour eux . Bref, ils ont déjà défait ce qui se faisait, forçant ceux qu’ils chassaient à vivre dans une précarité plus grande encore [une action pourtant présentée comme humanitaire].

Aujourd’hui, la partie principale du bidonville d’État de Calais est constituée de tentes et d’abris sommaires, bâtis par les réfugiés avec des bénévoles de différentes associations. Dans ces quelques kilomètres carrés sont nés peu à peu des cafés ou des restaurants de fortune, de minuscules épiceries, des lieux de culte de différentes religions, de toutes petites écoles, un théâtre sous chapiteau, une cabane d’aide juridique, plusieurs endroits dévolus à des soins, etc. Autant d’espaces de vie sociale, partagés par les réfugiés des différentes nationalités présentes dans le bidonville [et animés par des activistes associatifs].

Qu’est-ce qui justifie de raser tout cela ? Le ministre veut convaincre que c’est pour le bien des occupants. En réalité, c’est une politique de dissuasion : rendre la vie invivable aux réfugiés [comme ils la rendent intenable aux habitants indigènes]. A ceux qu’ils ont hier installés dans cette zone, les pouvoirs publics enjoignent depuis des semaines d’occuper des conteneurs – sortes d’Algecos – ou sinon d’être dispersés loin de Calais, dans des CAO (centres d’accueil et d’orientation), baptisés "lieux de répit".

Or, c’est une alternative impossible.

Le ministre vante les mérites des conteneurs, qui sous sa plume semblent des bungalows pour vacanciers. Le fait est qu’il s’agit de cabanes de chantier, avec dans chacune des lits superposés pour douze personnes, où l’on ne peut qu’être debout ou couché ; toute installation de mobilier y est interdite, toute intimité impossible…

Concernant les CAO, le ministre se félicite de ce qu’ils permettraient aux migrants, grâce à "un accompagnement associatif de qualité" et à "un suivi particulier" des personnes, de déposer des demandes d’asile dans de bonnes conditions, ce qui n’était pas le cas dans le bidonville. "Au dernier recensement ", écrit-il, "80 % des migrants encore présents en CAO étaient engagés dans une démarche d’asile"… Il oublie de parler de ceux qui, mis en hôtel, sont privés de tout accompagnement et risquent une prochaine expulsion du territoire. Il oublie aussi de préciser que les CAO ont été conçus comme des solutions à très court terme ; après leur fermeture, qu’adviendra-t-il des personnes qui y auront été envoyées ?

Conteneurs, CAO ; expulsion, dispersion ; ces réponses ne feront qu’aggraver le sort des migrants sans régler pour autant le problème auquel est confrontée la région du Calaisis, pas plus qu’en son temps la fermeture du camp de Sangatte. Et dans un an, on nous rejouera la même scène. Car c’est avant tout l’inaction des pouvoirs publics, mais aussi leur action, qui, en créant des conditions de vie impossibles, rend la situation ingérable. L’État veut nous faire croire qu’il prend le parti des habitants contre les réfugiés ; en réalité, il monte les premiers contre les seconds en abandonnant les uns et les autres.
Manifestation pour soutenir les réfugiés, à Calais, le 23 janvier:
Poutou, NPA, accuse les Français de "repli sur soi et de xénophobie"
et Karima Delli, EELV, dénonce l’inaction de Hollande et Valls

Il faut cesser de chasser de jungle en bidonville toute la misère du monde, persécution qui ne fait qu’exaspérer le ressentiment des "riverains". Non, le malheur des migrants ne fera pas le bonheur des Français [qui dit ça?], pas plus à Calais qu’ailleurs. En réalité, laisser se dégrader la situation est plus pénible pour les populations du Calaisis, et plus coûteux aussi pour les pouvoirs publics, que s’employer à l’améliorer. L’humanité la plus élémentaire nous interdit ces destructions à répétition ; mais notre intérêt bien compris aussi.

Ce pays peut-il se satisfaire de devenir le champion du non-accueil [peut-on en revanche chiffrer le coût de ce 'non-accueil' pour le contribuable, quand on est associatif subventionné ?], alors que les réfugiés y sont moins nombreux qu’ailleurs ? Ce que d’autres pays font déjà, la France doit pouvoir le faire. La Grande-Bretagne, qui porte une lourde responsabilité dans cette situation, doit elle aussi revoir sa position à cette frontière. Il faut en finir avec l’improvisation perpétuelle ; il est temps de penser dans la durée. Et si l’État ne fait pas son travail, nous allons y travailler nous-mêmehumanitaires mondialistes]s [menacent les humanitaires mondialistes et pacifistes] – avec les associations sur le terrain [et hors nos frontières ?], avec les habitants du Calaisis et avec les réfugiés.

Les jours prochains, nous irons à Calais pour le clamer haut et fort
Clandestins enrôlés dans la manifestation organisée par 
plusieurs organismes de soutien aux sans-papiers 
et partis politiques, dont les altermondialistes d'EELV et 
le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) 
et la Ligue des droits de l’homme, le 23 janvier 2016,
en écho à une initiative à la frontière gréco-turque
nous ne sommes pas condamnés à choisir entre la "jungle" et sa destruction. Nous refusons de réduire la France à des barbelés et des bulldozers. Nous tiendrons une conférence de presse. Nous voulons faire entendre un autre discours que celui des pouvoirs publics qui occupent les médias. Détruire, dit la Préfète ? Avec, sans ou contre l’État si nécessaire, il faudra pourtant bien construire un avenir.

85 organisations signataires, dont : Auberge des migrants (Calais), La Cimade, Emmaüs, Gisti, Ligue des droits de l’Homme, Médecins sans frontières (Calais), Réseau Éducation sans frontières, Le Réveil voyageur (Calais), Syndicat de la magistrature [SM], Syndicat de la médecine générale.
175 personnalités signataires, dont : Laurence Abeille (députée [née à Neuilly-sur-Seine, EELV] du Val-de-Marne), Guy Bedos (humoriste insulteur, soutien d'Ivan Colonna, tueur de préfet, ou de Mélenchon, et condamné en 1995 par le Conseil des prud'hommes de Tours pour avoir licencié abusivement un couple de RMIstes, qu'il avait embauché pour l'entretien d'un château), Rodolphe Burger (artiste inconnu au-delà de son quartier), Laurent Cantet (cinéaste primé par le Festival politique de Cannes pour Entre les murs, 2008, tombé dans l'oubli 

depuis ), Éric Fassin (professeur de science politique à l’université Paris VIII, "sociologue de l’ultra-gauche" et expert en homosexualité), Noël Mamère (député écologiste de la 3e circonscription de la Gironde), Laurent Mucchielli (sociologue de la délinquance et des politiques de sécurité), Jacques Rancière (professeur émérite à l’Université Paris VIII, comme Fassin, à Saint-Denis, 93, et marxiste), Sandrine Rousseau (porte-parole d’EELV, également signataire signataire du Manifeste d'économistes atterrés et féministe), Serge Slama (maître de conférences en droit public, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et Gisti), Étienne Tassin (philosophe politique à Paris VII, ex-Jussieu).

lundi 18 avril 2016

Nuit Debout envisage une grève générale en France

Nuit debout prépare la grève générale: du débat au passage à l'acte
La proposition a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements

Rouge et noir, couleurs
de Nuit Debout
 
Le travail au corps produit ses effets. Si le mot était régulièrement lancé et scandé depuis le début de Nuit debout, le 31 mars, c'est qu'il fallait instiller les esprits. Et il a trouvé un réel écho samedi soir place de la République à Paris, lorsque l’économiste Frédéric Lordon, démiurge du mouvement, est venu marteler tous les éléments de langage que chacun devait reprendre et s'approprier, avec l'illusion d'être à la source d'idées neuves.

L'économiste a verbalisé la nécessité de faire la "grève générale".
Derrière cette formule, des références à des victoires sociétales obtenues il y a des décennies. Et l’espoir de faire revivre cet esprit pour renverser "la loi [El Khomri], mais aussi [le] 'monde El Khomri' ", celui de Valls et Hollande.Mais Horn n'exclut pas la probabilité que Nuit debout engendre une grève générale.
Ce n’est "pas forcément négatif": "Chaque mouvement a besoin d’une inspiration, d’une utopie mobilisatrice. C’est un défi à la société d’aujourd’hui et au gouvernement [car il est clair que les grèves générales sont] à l’origine des plus grandes avancées sociétales," explique ce militant de la théologie de la libération, venue d'Amérique latine.

"Personne n’a vu venir Mai 68. Les choses se sont passées assez vite et de
manière spontanée", rappelle-t-il. Et c’est bien ce qui plaît à Corentin, 28 ans, vendeur qui passe quelques heures, de temps à autre, place de la République, squat des noctambules de la Nuit debout sur la voie publique parisienne. "Ces rassemblements sont naturels", pense-t-il. Surtout, il n’y a pas de pression, contrairement aux manifestations habituelles où "tout ce qui compte, c’est l’impact sur la presse et le nombre de participants".

Le mouvement manque encore de maturité et de radicalité

Le rapport à la presse est en effet sujet de controverse: faut-il s'en servir pour atteindre davantage de montre et acquérir de la notoriété ou faut-il la contourner et préserver l'anonymat des meneurs qui, en se tenant dans l'ombre, échappent aux pressions du pouvoir et conservent leur main mise sur les habitués du squat, auberge espagnole d' "Indignés" accrocs à leur piqûre de rappel, au risque de leur perte d'autonomie intellectuelle.
Ce baba cool prétend aussi qu'une grève générale ferait même perdre de son "intérêt" au mouvement, qui permet à tout le monde de venir sans être "obligé de faire grève. Faire grève, c’est être dans la lutte, le tout ou rien, alors qu’on est surtout là pour discuter, se rencontrer". Et puis, même si ce mot est assez central, "surtout de la part des organisateurs, le mouvement n’est pas encore assez mûr pour aboutir à une grève générale", se rassure Corentin.

Créer des liens avec les syndicats

Mardi, capuche sur les yeux, une vingtaine de personnes participait (parapluie au poing !) à la commission "grève générale", sorte de cellule communiste en charge de la préparation des esprits à l’action. Elle se réunit quotidiennement, assurance d'une bonne imprégnation, avec pour objectif de construire des passerelles entre les mondes antipodiques du travail et de Nuit debout, en fédérant les grévistes et en poussant les Corentin à se mobiliser, pour "secouer une situation sclérosée". Le tout avec force tracts, interventions de salariés militants et actions ciblées, le tout dans la plus grande opacité financière.

Le soutien aux cheminots qui se battent également pour leurs conditions de travail est clairement affiché. La CGT peine en effet à maintenir sa position dominante et la Nuit Debout lui offre une opportunité intéressante de se refaire. Le discours des citoyens de la place de la République se cherche  entre "convergence des luttes" et appel à la grève générale, et les agitateurs tentent des percées mêlant "convergence des luttes" et appel à la grève générale, tout en marquant sa distance avec les syndicats.

Les altermondialistes ont ainsi réquisitionné l'économiste grec Yanis Varoufakis, ancien ministre communiste de l'Economie. Bien que ce démissionnaire ait été mêlé, comme conseiller économique, au fiasco de Giórgos Papandréou dont le mandat fut marqué par la plus importante crise économique grecque d'après-guerre, Julien Bayou (EELV) l'a montré à la foule de la place de la République où il a prononcé quelques mots. "Je vous apporte la solidarité d'Athènes" qui bénéficie déjà de la solidarité européenne et du FMI...

Les agitateurs de l'ombre y perdent patience. Pour l’animateur de la commission, si la situation n’avance pas, c’est entre autres en raison des " dissensions syndicales". C’est pourquoi le mouvement répète, depuis le début, qu’il ne se réclame d’aucun parti, d’aucun syndicat.

Et de fait, le débatteur citoyen se mord la queue au centre de l’action, dans l'attente d'une force extérieure mobilisatrice, comme cela a pu être le cas lors de la Révolution française. D’où les multiples références à 1789, partout affichées et taguées place de la République, ou aux grands événements de l’histoire — "Que revive la Commune", "Je lutte donc je suis", "Révoltez-vous", etc. — ou encore suggérées dans les débats, comme le retour des cahiers de doléances.

Une continuité révolutionnaire
Loin d’effrayer, cette position est l’un des ciments du mouvement. "La France a une tradition révolutionnaire, et cette référence est vue très positivement dans les milieux militants. Ce qui ne serait pas forcément le cas dans d’autres pays européens", souligne Gerd-Rainer Horn. C’est justement cet héritage qui peut faire la différence, pense pour sa part Gérard, 59 ans. Vacataire dans un musée parisien, il participe à Nuit debout sur son "temps libre"... 
Pour lui, comme pour les nombreux intermittents présents comme animateurs et techniciens audiovisuels du fait également de leur "temps libre", c’est le seul moyen d’obtenir de "grands changements". Voire des bouleversements... Et de citer les congés payés, obtenus après la grève générale du printemps 1936 -congés qui ne faisaient d’ailleurs pas parti des revendications de départ, note Horn. C’est là tout l’intérêt d’une telle mobilisation, selon Gérard, qui reconnaît toutefois que pour l’instant Nuit debout représente une petite minorité de citoyens. "La grève générale permettrait de faire comprendre au reste du pays ce que l’on veut", avance-t-il. Mais encore faut-il être d’accord...

Sans leader apparent ni porte-parole, chaque participant parlant en son nom, Nuit debout a du mal à faire émerger des idées directrices, si ce n’est une envie de changer la société en profondeur, voire radicalement. "Mais pour mettre quoi à la place ?", s’interroge Gérard. C’est la question que devra trancher le mouvement s’il veut durer et conduire à la Commune 2016.