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samedi 24 septembre 2016

Les bulldozers "humanitaires" de Calais: la dernière de Hollande pour disperser les migrants sur le territoire

Les bulldozers font-ils une politique ?

L’unique réponse qu’envisagent les pouvoirs publics, c’est l’évacuation d'un camp de clandestins et leur dispersion


Le 22 février 2016, Emmaüs France co-signa une tribune parue ce jour dans les colonnes du journal LeMonde. Sept mois ont passé et Hollande en est au même point.

On feint de s’attaquer aux causes réelles du problème, mais en réalité,
en s’en prenant aux victimes condamnées à se disperser dans la peur, cette politique ne fait que le déplacer et l’aggraver. Cette "solution" n’en est pas une.

Aux huit organisations qui ont adressé une lettre ouverte à Bernard Cazeneuve pour lui demander de surseoir à l’évacuation programmée d’une grande partie de la "jungle" de Calais, le ministre de l’Intérieur vient d’adresser [février 2016] une réponse qui est une fin de non-recevoir : il justifie sa décision à coups de propos incantatoires sur le respect des droits fondamentaux des migrants et le bien-fondé de politiques qui ne varient pas depuis des années, malgré leur échec évident ; et il rappelle aux associations leur "partenariat" avec l’État comme pour les impliquer dans la politique qu’elles contestent. Dans la foulée, la préfecture du Pas-de-Calais vient de publier un arrêté ordonnant aux occupants de la zone sud du bidonville, dite "la Lande", de quitter les lieux mardi 23 février au plus tard.

Les bulldozers ne peuvent pas tenir lieu de politique

Cela n’implique évidemment pas de nous accommoder d’une 'jungle' dont le nom dit tout. Personne ne saurait accepter le maintien en l’état du bidonville de Calais, pas plus que du camp de Grande-Synthe, ni d’aucun autre. Personne ne peut se satisfaire de voir des réfugiés contraints de survivre dans de tels lieux.

Depuis des années, nous ne cessons d’ailleurs de dénoncer l’indignité de ces conditions de vie, comme l’a fait également Jacques Toubon, le Défenseur des droits, l’été dernier. Plus récemment, le tribunal administratif de Lille a même condamné l’État à procéder en urgence à des améliorations, décision confirmée par le Conseil d’État.

Pour autant, il n’est pas question non plus de cautionner l’évacuation annoncée, non seulement parce qu’elle est inhumaine, mais aussi parce qu’elle ne résoudra rien. Chasser les habitants [des squatteurs] d’une large partie du bidonville, y faire passer des bulldozers et détruire tout ce qui, dans la précarité et avec les moyens du bord [et en toute illégalité], a été construit au fil des mois : à quoi bon ?

23 janvier 2016
Les migrants qui se trouvent dans le Calaisis veulent souvent [?] rejoindre des proches en Grande-Bretagne. D’autres seraient en droit de demander l’asile en France [on a même inventé les "réfugiés climatiques"] mais ils ne le savent pas toujours, ou bien ils se méfient de l’accueil qui leur serait réservé. [Le partenariat des associations serait-il un leurre contre-productif?] D’autres encore attendent une réponse à leur demande. Parmi eux, il y a beaucoup d’enfants… [Jouez violons !] Or, pour plusieurs catégories de migrants [nommons-les], il existe des solutions inscrites dans les textes, avec des dispositifs, des acteurs, des fonds alloués à cet effet. Elles auraient pu être mises en œuvre depuis longtemps déjà.

Au lieu de s’y atteler, les pouvoirs publics ont préféré procéder à des "démantèlements" successifs. En 2015, ils ont contraint les migrants [clandestins] ainsi délogés à s’installer dans une zone "aménagée" pour eux . Bref, ils ont déjà défait ce qui se faisait, forçant ceux qu’ils chassaient à vivre dans une précarité plus grande encore [une action pourtant présentée comme humanitaire].

Aujourd’hui, la partie principale du bidonville d’État de Calais est constituée de tentes et d’abris sommaires, bâtis par les réfugiés avec des bénévoles de différentes associations. Dans ces quelques kilomètres carrés sont nés peu à peu des cafés ou des restaurants de fortune, de minuscules épiceries, des lieux de culte de différentes religions, de toutes petites écoles, un théâtre sous chapiteau, une cabane d’aide juridique, plusieurs endroits dévolus à des soins, etc. Autant d’espaces de vie sociale, partagés par les réfugiés des différentes nationalités présentes dans le bidonville [et animés par des activistes associatifs].

Qu’est-ce qui justifie de raser tout cela ? Le ministre veut convaincre que c’est pour le bien des occupants. En réalité, c’est une politique de dissuasion : rendre la vie invivable aux réfugiés [comme ils la rendent intenable aux habitants indigènes]. A ceux qu’ils ont hier installés dans cette zone, les pouvoirs publics enjoignent depuis des semaines d’occuper des conteneurs – sortes d’Algecos – ou sinon d’être dispersés loin de Calais, dans des CAO (centres d’accueil et d’orientation), baptisés "lieux de répit".

Or, c’est une alternative impossible.

Le ministre vante les mérites des conteneurs, qui sous sa plume semblent des bungalows pour vacanciers. Le fait est qu’il s’agit de cabanes de chantier, avec dans chacune des lits superposés pour douze personnes, où l’on ne peut qu’être debout ou couché ; toute installation de mobilier y est interdite, toute intimité impossible…

Concernant les CAO, le ministre se félicite de ce qu’ils permettraient aux migrants, grâce à "un accompagnement associatif de qualité" et à "un suivi particulier" des personnes, de déposer des demandes d’asile dans de bonnes conditions, ce qui n’était pas le cas dans le bidonville. "Au dernier recensement ", écrit-il, "80 % des migrants encore présents en CAO étaient engagés dans une démarche d’asile"… Il oublie de parler de ceux qui, mis en hôtel, sont privés de tout accompagnement et risquent une prochaine expulsion du territoire. Il oublie aussi de préciser que les CAO ont été conçus comme des solutions à très court terme ; après leur fermeture, qu’adviendra-t-il des personnes qui y auront été envoyées ?

Conteneurs, CAO ; expulsion, dispersion ; ces réponses ne feront qu’aggraver le sort des migrants sans régler pour autant le problème auquel est confrontée la région du Calaisis, pas plus qu’en son temps la fermeture du camp de Sangatte. Et dans un an, on nous rejouera la même scène. Car c’est avant tout l’inaction des pouvoirs publics, mais aussi leur action, qui, en créant des conditions de vie impossibles, rend la situation ingérable. L’État veut nous faire croire qu’il prend le parti des habitants contre les réfugiés ; en réalité, il monte les premiers contre les seconds en abandonnant les uns et les autres.
Manifestation pour soutenir les réfugiés, à Calais, le 23 janvier:
Poutou, NPA, accuse les Français de "repli sur soi et de xénophobie"
et Karima Delli, EELV, dénonce l’inaction de Hollande et Valls

Il faut cesser de chasser de jungle en bidonville toute la misère du monde, persécution qui ne fait qu’exaspérer le ressentiment des "riverains". Non, le malheur des migrants ne fera pas le bonheur des Français [qui dit ça?], pas plus à Calais qu’ailleurs. En réalité, laisser se dégrader la situation est plus pénible pour les populations du Calaisis, et plus coûteux aussi pour les pouvoirs publics, que s’employer à l’améliorer. L’humanité la plus élémentaire nous interdit ces destructions à répétition ; mais notre intérêt bien compris aussi.

Ce pays peut-il se satisfaire de devenir le champion du non-accueil [peut-on en revanche chiffrer le coût de ce 'non-accueil' pour le contribuable, quand on est associatif subventionné ?], alors que les réfugiés y sont moins nombreux qu’ailleurs ? Ce que d’autres pays font déjà, la France doit pouvoir le faire. La Grande-Bretagne, qui porte une lourde responsabilité dans cette situation, doit elle aussi revoir sa position à cette frontière. Il faut en finir avec l’improvisation perpétuelle ; il est temps de penser dans la durée. Et si l’État ne fait pas son travail, nous allons y travailler nous-mêmehumanitaires mondialistes]s [menacent les humanitaires mondialistes et pacifistes] – avec les associations sur le terrain [et hors nos frontières ?], avec les habitants du Calaisis et avec les réfugiés.

Les jours prochains, nous irons à Calais pour le clamer haut et fort
Clandestins enrôlés dans la manifestation organisée par 
plusieurs organismes de soutien aux sans-papiers 
et partis politiques, dont les altermondialistes d'EELV et 
le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) 
et la Ligue des droits de l’homme, le 23 janvier 2016,
en écho à une initiative à la frontière gréco-turque
nous ne sommes pas condamnés à choisir entre la "jungle" et sa destruction. Nous refusons de réduire la France à des barbelés et des bulldozers. Nous tiendrons une conférence de presse. Nous voulons faire entendre un autre discours que celui des pouvoirs publics qui occupent les médias. Détruire, dit la Préfète ? Avec, sans ou contre l’État si nécessaire, il faudra pourtant bien construire un avenir.

85 organisations signataires, dont : Auberge des migrants (Calais), La Cimade, Emmaüs, Gisti, Ligue des droits de l’Homme, Médecins sans frontières (Calais), Réseau Éducation sans frontières, Le Réveil voyageur (Calais), Syndicat de la magistrature [SM], Syndicat de la médecine générale.
175 personnalités signataires, dont : Laurence Abeille (députée [née à Neuilly-sur-Seine, EELV] du Val-de-Marne), Guy Bedos (humoriste insulteur, soutien d'Ivan Colonna, tueur de préfet, ou de Mélenchon, et condamné en 1995 par le Conseil des prud'hommes de Tours pour avoir licencié abusivement un couple de RMIstes, qu'il avait embauché pour l'entretien d'un château), Rodolphe Burger (artiste inconnu au-delà de son quartier), Laurent Cantet (cinéaste primé par le Festival politique de Cannes pour Entre les murs, 2008, tombé dans l'oubli 

depuis ), Éric Fassin (professeur de science politique à l’université Paris VIII, "sociologue de l’ultra-gauche" et expert en homosexualité), Noël Mamère (député écologiste de la 3e circonscription de la Gironde), Laurent Mucchielli (sociologue de la délinquance et des politiques de sécurité), Jacques Rancière (professeur émérite à l’Université Paris VIII, comme Fassin, à Saint-Denis, 93, et marxiste), Sandrine Rousseau (porte-parole d’EELV, également signataire signataire du Manifeste d'économistes atterrés et féministe), Serge Slama (maître de conférences en droit public, Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et Gisti), Étienne Tassin (philosophe politique à Paris VII, ex-Jussieu).

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