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lundi 9 novembre 2015

Régionales: le coup de pouce de Hollande et Valls au FN, en aggravant les effets de la proportionnelle

Valls sonne la mobilisation générale contre le Front National en s'en prenant à Sarkozy

Les pompiers pyromanes socialistes combattent la droite républicaine pour lui être préférés face à l'incendiaire FN


Les électeurs votent les 6 et 13 décembre prochains pour renouveler les conseils régionaux, première élection depuis la réforme territoriale et la création de nouvelles régions.
En effet, la réforme territoriale décidée par François Hollande réduit, à compter du 1er janvier 2016, le nombre de régions de 22 à 13, privant au passage plusieurs villes de leur statut de capitale régionale (carte 1 , ci-dessous). Elle vise à créer des "super-régions", plus grandes et puissantes, à l’image des Länder allemands. Au delà de ce redécoupage administratif à l'origine d'un scrutin inédit, le vote s’annonce crucial. Il s’agit du dernier avant les présidentielles de mai 2017. Les sondages prédisent déjà une débâcle de la gauche qui détenait la plupart des régions depuis 2004 mais qui se fracture de l'intérieur jusqu'à l'extrême gauche, en passant par les écologistes d'Europe Ecologie-les Verts qui se tournent vers le Front de gauche. En revanche, le parti Les Républicains, épaulé par l’UDI, est en ordre de marche pour remporter plusieurs grandes régions. Mais le Front National pourrait jouer les trouble-fêtes. A l'occasion de leurs réformes, les socialistes ont considéré que l'extrême droite prendrait des voix à la droite républicaine et, quand ils ne l'ont pas favorisée, se sont réjouis de la montée du Front national, passant donc à côté de l'occasion historique de la contrecarrer. L'idéologie socialiste de la proportionnelle - renforcé de la prime majoritaire - est sur le point de faire le reste.    
Adoptée à partir de 2013 sous la présidence de François Hollande, une série de réformes des collectivités territoriales françaises (l'acte III de la décentralisation) impacte les modes de scrutin des collectivités et intercommunalités, un redécoupage en 13 régions, l'encadrement de leurs compétences et le périmètre des intercommunalités.

Les élections régionales ont lieu au suffrage universel direct et au scrutin proportionnel de liste à deux tours avec prime majoritaire.
Les conseillers régionaux sont élus au scrutin proportionnel à deux tours avec prime majoritaire. Puis les sièges sont attribués aux différents partis proportionnellement au nombre de voix qu'ils ont obtenues. Les candidats élus sont pris dans chacune des listes dans leur ordre d'apparition. En France, les électeurs votent pour un parti mais le choix ne leur est pas laissé des candidats de la liste qu'ils souhaitent voir élus: avec le système de "listes bloquées", ce sont les appareils de partis qui en décident.
La prime majoritaire est une modalité du scrutin proportionnel plurinominal dans laquelle un nombre déterminé de sièges est attribué à la liste ayant obtenu le plus de voix. Les autres sièges sont distribués entre les listes gagnantes en fonction du nombre de voix obtenues. La prime majoritaire vise à favoriser la constitution d'une majorité stable en atténuant la représentation proportionnelle.
En décembre prochain, ce sera une prime au FN.
L'attribution des sièges a lieu au premier tour si une liste recueille plus de 50 % des suffrages exprimés, sinon elle a lieu au second tour. Pour se maintenir au second tour, une liste doit recueillir au moins 10 % des suffrages exprimés. Une liste qui a recueilli au moins 5 % des suffrages exprimés peut fusionner avec une liste qui se maintient au second tour.

Lors de la répartition des sièges, un quart des sièges du conseil régional sont d'abord attribués à la liste arrivée en tête. Le reste des sièges est ensuite attribué à l'ensemble des listes ayant recueilli au moins 5 % des suffrages exprimés. Ainsi, avec la prime, la liste arrivée en tête peut disposer d'une majorité au conseil régional à partir d'environ 33 % des suffrages exprimés au second tour.

Les élections régionales ont lieu au mois de mars tous les six ans, à l'exception des élections de 2015 qui ont été décalées en décembre. Les assemblées des collectivités territoriales de Corse, de Guyane et de Martinique sont élues le même jour que les conseils régionaux.

Le scrutin proportionnel avec prime majoritaire peut porter le FN à la tête de plusieurs régions 
Au premier tour, le Front national se voit premier dans trois à six régions. Remportera--t-il  le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, mais aussi PACA (Provence-Alpes-Côte-d'Azur) avec Marion Maréchal-Le Pen ? 
Les réformes de 2013 et 2015 pourraient y participer. Les dynamiques qui installent le vote FN depuis 1984 s'amplifient mois après mois depuis trois ans: impuissance du PS face au chômage, sentiment de délaissement fort dans les territoires ruraux et industriels en crise du pouvoir d'achat, perte de repères dans une économie mondialisée et une société muti-culturelle, méfiance à l’égard de l’islam. Dans les urnes, le FN récupère des déçus venus aussi bien de gauche que de droite. Mécaniquement ses pourcentages sont gonflés par d’autres déçus, plutôt de gauche et du centre, qui optent pour l’abstention.
Selon les sondages, l’accueil de réfugiés divise les Français en deux blocs égaux: celui de l’accueil et celui du refus. Quand on regarde les études dans le détail, la proportion de personnes favorables à l’accueil approche ou dépasse 60 % en Ile-de-France, (69 %) dans le sud-ouest et Rhône-Alpes-Auvergne mais s’effondre à 30 % en PACA qui borde la Méditerranée et fait face au Proche Orient, dans le nord, où la "jungle" de Calais est une plaie régionale, et les régions de l’est, ouverte aux flux migratoires par l'Est et le sud-est. Plus la ligne du pouvoir socialiste en matière migratoire est fluctuante et plus le discours FN est audible: les populations sont d'autant plus réticentes à l’accueil de migrants qu'elles s'enlisent dans les difficultés économiques, financières et fiscales.
L'exécutif socialiste a accumulé les bavures (impôts des retraités, dotations aux collectivités, allocations handicapés) et, à l'heure du vote, les électeurs seront restés sous le coup des agressions fiscales de Michel Sapin et Christian Eckert sur les retraités et les personnes isolées ou l'affichage de son alarmante incompétence par la ministre du Travail, Myriam el Khomri.

La majorité présidentielle a voté comme un seul homme les réformes régionales. Si le FN se heurte à des plafonds de verre dans des confrontations à deux candidats, il est redoutable en triangulaire. Or, le mode du scrutin régional favorise ces seconds tours à trois, voire quatre listes. En outre, cette élection est très politisée parce que la région reste la plus lointaine des collectivités pour l’électeur. Elle le devient d’autant plus avec le redécoupage qui suscite rivalités et crispations, diminue l’impact personnel du candidat, décisif aux municipales par exemple, et renforce le sentiment d’éloignement.

Les 13 nouvelles régions et leurs effectifs

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel a jugé l’article 6 de la loi conforme à la Constitution. "Pour l’élection au conseil régional opérée sur des listes régionales, cet article prévoit un nombre minimal d’élus par section départementale en fonction de la population des départements."

Selon le ministère de l’Intérieur, "les territoires ruraux seront mieux pris en compte dans les nouvelles assemblées régionales, chaque département bénéficiant d’une représentation minimale garantie".

L’effectif du conseil régional et le nombre de candidats par section départementale pour l’élection du nouveau conseil régional seront fixés par décret en Conseil d’État avant le prochain renouvellement général. Ils sont déterminés selon les règles suivantes posées par la loi :
  • l’effectif du conseil régional est égal à la somme des effectifs des conseils régionaux des régions regroupées ;
  • le nombre de candidats par section départementale est déterminé en fonction de la population de chaque département à la représentation proportionnelle suivant la règle du plus fort reste. A ce nombre, sont ajoutés, pour chaque section départementale, deux candidats.
carte-13-regions

Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine (169 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Ardennes11
Aube11
Marne19
Haute-Marne8
Meurthe-et-Moselle24
Meuse8
Moselle34
Bas-Rhin35
Haut-Rhin25
Vosges14

Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes (183 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Charente13
Charente-Maritime22
Corrèze10
Creuse6
Dordogne15
Gironde48
Landes14
Lot-et-Garonne12
Pyrénées-Atlantiques23
Deux-Sèvres14
Vienne16
Haute-Vienne14

Auvergne et Rhône-Alpes (204 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Ain18
Allier11
Ardèche11
Cantal6
Drôme15
Isère34
Loire22
Haute-Loire8
Métropole de Lyon37
Puy-de-Dôme19
Rhône14
Savoie13
Haute-Savoie22

Bourgogne et Franche-Comté (100 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Côte-d’Or21
Doubs21
Jura11
Nièvre10
Haute-Saône10
Saône-et-Loire22
Yonne14
Territoire de Belfort7

Bretagne (83 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Côtes-d’Armor17
Finistère25
Ille-et-Vilaine28
Morbihan21

Centre (77 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Cher11
Eure-et-Loir15
Indre9
Indre-et-Loire20
Loir-et-Cher12
Loiret22

Ile-de-France (209 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Paris42
Seine-et-Marne25
Yvelines27
Essonne24
Hauts-de-Seine30
Seine-Saint-Denis29
Val-de-Marne25
Val-d’Oise23

Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées (158 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Ariège6
Aude12
Aveyron10
Gard22
Haute-Garonne38
Gers7
Hérault32
Lot7
Lozère4
Hautes-Pyrénées9
Pyrénées-Orientales15
Tarn13
Tarn-et-Garonne9

Nord-Pas-de-Calais et Picardie (170 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Aisne17
Nord76
Oise25
Pas-de-Calais44
Somme18

Basse-Normandie et Haute-Normandie (102 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Calvados23
Eure20
Manche17
Orne11
Seine-Maritime41

Pays de la Loire (93 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Loire-Atlantique35
Maine-et-Loire22
Mayenne10
Sarthe17
Vendée19

Provence-Alpes-Côte d’Azur (123 élus)

Nombre de candidats par section départementale :
Alpes-de-Haute-Provence6
Hautes-Alpes6
Alpes-Maritimes29
Bouches-du-Rhône51
Var27
Vaucluse16


La répartition des sièges

Le département dont la population est inférieure à 100.000 habitants disposera de deux sièges de conseillers régionaux au moins au sein de l’effectif régional. Si ce n’est pas le cas après la répartition des sièges, "un ou plusieurs sièges attribués à la liste arrivée en tête au niveau régional sont réattribués à la ou aux sections départementales de cette liste afin que chaque département dispose de deux sièges au moins".


Le département dont la population est égale ou supérieure à 100 000 habitants comptera au moins quatre conseillers régionaux. Si tel n’est pas le cas, "un ou plusieurs sièges attribués à la liste arrivée en tête au niveau régional sont réattribués à la ou aux sections départementales de cette liste".


Lorsqu’un département est inclus dans le territoire d’une région, l’effectif du conseil régional de la région dont est issu ce département et celui de la région dans laquelle il est inclus, ainsi que le nombre de candidats par section départementale pour l’élection du conseil régional de chacune de ces régions, sont fixés par décret en Conseil d’État avant le prochain renouvellement général.


L’effectif des conseils régionaux concernés et le nombre de candidats par section départementale pour l’élection de ces conseils régionaux sont déterminés selon les règles suivantes :

  • il est soustrait à l’effectif global du conseil régional de la région dont est issu le département un nombre de sièges égal à la part de la population de ce département par rapport à la population totale de cette région, arrondi le cas échéant à l’unité inférieure ;
  • il est ajouté à l’effectif global du conseil régional de la région dans laquelle est inclus le département un nombre de sièges égal à la part de la population de ce département par rapport à la population totale de cette région, arrondi le cas échéant à l’unité supérieure.


Valls sonne la mobilisation générale contre le Front National et s'en prend à Sarkozy...

Le dimanche 8 novembre, le Premier ministre a déclaré qu'il faudra "tout faire" pour éviter que des régions soient gagnées par le FN et Valls a réitéré des propos sous-entendant que le PS serait prêt à pratiquer un "front républicain" avec la droite contre la victoire du Front national dans une ou plusieurs régions, qui constituerait un "drame", à exactement quatre semaines du premier tour des régionales où le FN peut espérer l'emporter en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, voire en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, tout en répliquant vertement à Nicolas Sarkozy sur la sécurité et la justice. La cohérence de Valls laisse à désirer, puisque pouvoir socialiste offre une prime de 23% au parti d'extrême droite bien qu'il se présente comme le premier de France.
Le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a pris ses distances avec cet avertissement en lançant: "moi, je ne suis pas dans le catastrophisme". Selon lui, il y aura bien "une poussée frontiste" au premier tour mais le FN ne gagnera au final aucune région.
"Le Premier ministre a injurié des millions d'électeurs du FN. C'est un comportement indigne, scandaleux et profondément antirépublicain !", a réagi pour sa part Marine Le Pen sur Twitter. Selon un sondage TNS Sofres pour RTL et Le Figaro publié dimanche, la victoire du FN dans une ou plusieurs régions "gênerait" 48% des Français, mais 35% jugeraient cela "normal" et 17% seraient "indifférents".

Le schizophrène de Matignon

Dans sa fuite en avant, le Parti socialiste aux abois aurait-il avantage à la prise de pouvoir du FN dans plusieurs régions? Le discours de Valls tend à le prouver. Dans les minutes qui ont suivi sa demande ambiguë  d'un "front républicain", le premier ministre s'est lâché contre Nicolas Sarkozy pour s'être fait l'écho du sentiment général qu'il n'y a "plus d'autorité de l'Etat en France",mettant en cause l'action du gouvernement sur la justice et la sécurité. "La conception de l'autorité de Nicolas Sarkozy, elle est aux antipodes de la mienne. C'est 'je ne respecte pas les règles de droit, je ne respecte pas l'Etat de droit, je bafoue les principes mêmes de la République, c'est-à-dire l'indépendance de la Justice' [un tableau indécent de mauvaise foi]. Et c'est en permanence", a ragé le socialiste colérique.

Comme déjà vendredi lors d'un déplacement à Moirans (Isère), théâtre d'émeutes commises par des gens du voyage le 20 octobre, Manuel Valls a défendu l'enquête de police, préjugeant qu'il y aura bien, à son terme, "des arrestations et ensuite des condamnations". Des propos en forme de pression sur les magistrats qui portent atteinte à l' indépendance de la justice.
"Ramasser" des suspects "pour faire plaisir à M. Sarkozy" ferait "capoter totalement l'enquête", a-t-il caricaturé en des termes triviaux, accusant le chef de l'opposition d'"oublier" les émeutes de 2005, celles de Villiers-le-Bel de 2007 ou encore de Grenoble en 2010, quand il était au pouvoir et que le PS agitait des banlieues étonnamment calmes depuis 2012. Est-ce sincèrement la bonne méthode pour obtenir un "front républicain"?
Manuel Valls "n'a rien à proposer aux Français si ce n'est son anti-sarkozysme primaire" et il "pousse des cris de vierge effarouchée face à la montée du FN, dont il porte, avec François Hollande, la responsabilité", a souligné Lydia Guirous, porte-parole des Républicains.

Lionel Jospin attend d'ailleurs, silencieux, que
Valls et Hollande renouvellent et recouvrent d'une nouvelle couche d'opprobre son expérience désastreuse de 2002.

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