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vendredi 13 novembre 2015

Des scellés de l'affaire Borrel détruits: Taubira, dernière informée?

Des preuves "importantes" de l'affaire Borrel ont disparu

L'avocat de la famille dénonce la destruction de scellés par... les services judiciaires, en décembre 2014

Le juge Bernard Borrel est un magistrat français retrouvé mort dans d'étranges circonstances en 1995 à Djibouti. Christiane Taubira a immédiatement saisi l'Inspection générale des services judiciaires ce jeudi. 
Cette destruction "compromet la poursuite de l'enquête" 
La destruction des scellés -en milieu judiciaire- et des preuves, qu'ils étaient censé protéger, est une atteinte à l'émergence de la vérité  sur l'assassinat du magistrat français Bernard Borrel,  a souligné ce jeudi l'avocat de la famille, Me Olivier Morice. Parmi ces scellés, un briquet, une sandale et des bidons d'essence retrouvés sur les lieux. "C'est un désastre judiciaire", a estimé Me Morice qui a demandé que la garde des Sceaux, Christiane Taubira, ordonne une inspection au sein des services concernés. Ce à quoi la ministre de la Justice a immédiatement réagi en saisissant l'Inspection générale des services judiciaires. Elle "prendra les décisions qui s'imposent au vu des conclusions de cette inspection", selon le communiqué de la Chancellerie. 

Sur la piste d'un assassinat 

Magistrat français détaché à Djibouti, Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, le corps en partie carbonisé, en contrebas d'un ravin, à 80 km de Djibouti. L'enquête française, ouverte depuis 1997, a d'abord privilégié la thèse du suicide, avant de se réorienter sur celle d'un assassinat. La cour d'Appel de Paris a demandé en septembre que de nouveaux actes soient effectués notamment l'analyse d'une sandale, d'une trace papillaire sur un briquet et du carburant utilisé pour l'immolation. "Ces scellés ont été détruits, les services invoquant le fait qu'un non-lieu a été rendu dans le dossier, ce qui est complètement faux", a relevé Me Morice. 

L'acte de malveillance ne peut pas être exclu 

"Vu l'historique de l'affaire Borrel, l'acte de malveillance ne peut pas être exclu. Si c'est le cas, il s'agit d'un véritable sabotage", a estimé pour sa part Laurent de Caunes, conseil des deux enfants du juge. Il a été reçu avec la veuve du magistrat, Elisabeth Borrel, et ses enfants en fin de matinée par le président du tribunal de Grande Instance de Paris, Jean-Michel Hayat, et le procureur de la République, François Molins. 

Une "tentative d'assassinat du dossier"
"C'est une tentative d'assassinat du dossier qui pourrait compromettre la condamnation des auteurs", a estimé pour sa part Elisabeth Borrel. Pour elle, l'assassinat de son mari est "un crime d'État qui pourrait impliquer l'actuel président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh", alors chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon. Vingt ans après, l'enquête piétine. Les dernières demandes de déclassification sont restées lettre morte et l'un des principaux suspects, Awalleh Guelleh, à l'encontre duquel un mandat d'arrêt a été délivré en 2006, est peut-être décédé. "Certains magistrats continuent à soutenir que mon mari a pu tomber sur de petits malfrats", a déploré la veuve du juge. 

La mort du "juge fouineur" 

Elle s'appuie notamment sur le témoignage de Mohamed Saleh Alhoumekani, lieutenant de la garde présidentielle djiboutienne. L'homme a affirmé avoir entendu cinq hommes rendre compte de la mort du "juge fouineur" à Ismaël Omar Guelleh. En 2007, deux militaires français, membres des services de renseignement de l'armée et présents à l'époque à Djibouti, avaient confié à la justice que le juge Borrel, censé revoir le Code pénal djiboutien, menait en parallèle une mission officieuse pour le compte du ministre de la Justice djiboutienne, Moumin Badon Farah. L'objectif aurait été d'enquêter sur des trafics menés justement par Ismaël Omar Guelleh. 

Une pomme de discorde dans les relations diplomatiques avec Djibouti 

"Il devient impératif que nos demandes de déclassification soient entendues", a souligné ce jeudi Elisabeth Borrel. "Il faut aussi qu'on s'attache à faire parler les ADN recueillis et à en prélever d'autres", notamment pour identifier une empreinte génétique inconnue retrouvée sur le short de Bernard Borrel en 2006, a-t-elle ajouté. 

L'affaire Borrel a empoisonné pendant des années les relations entre Paris et son ex-colonie, où la France dispose d'une de ses premières bases militaires à l'étranger.
Comme Christiane Taubira en Guyane, le président actuel de la République de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, est un ancien indépendantiste. Elle-même magistrate à Toulouse, veuve du jugeElisabeth Borrel accuse le président djiboutien d’être l’un des commanditaires de l’assassinat de son mari en 1995.

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