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samedi 16 juillet 2016

Deux erreurs de François Hollande ont conduit au carnage de Nice

Les frappes aériennes de Hollande sur la Syrie, suite aux attentats du 13 novembre, n'ont pas empêché les carnages de Paris ou Nice 

Atlantico a interrogé à ce sujet Alexandre del Valle, un géopolitologue et essayiste franco-italien. 


Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme. Il est notamment auteur des livres
Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

Atlantico : En réponse à l'attaque de Nice, François Hollande a affirmé : "Nous allons renforcer nos actions en Syrie et en Irak. Nous allons continuer à frapper ceux qui nous attaquent dans leur repaire". Cette rhétorique guerrière ne sert-elle pas à détourner le problème de sa réalité, à savoir que les auteurs des dernières attaques de nature terroriste en France sont des ressortissants français ?
Alexandre del Valle : On retrouve cette analyse dans l'un des rapports de Malek Boutih, co-fondateur de SOS racisme, qui a fait couler beaucoup d'encre. Il évoque une haine de type nazifiante, sous couvert d'islamisme, qui grandit dans les banlieues, sans rapport avec la misère - il affirme lui-même que les miséreux n'ont pas le temps de préparer des attentats terroristes.

Cette haine est produite en partie par notre société qui ne sait plus intégrer [où s'en défend pour des raisons idéologiques], transmettre le patriotisme, appliquer les règles. L'Etat a démissionné dans ces zones de non-droit où la haine peut prospérer, tant appuyée par des voyous que par des islamistes [sans compter les associations qui pullulent et s'activent, à l'instar des MJC auxquelles on ne pensent pas en matière de populisme communautariste]. Les théâtres [militaires] syrien et irakien n'ont donc pas une influence fondamentale dans cette haine qui s'est aujourd'hui autonomisée. 
Un véritable chaudron est en train d'exploser dans des zones de non-droit [hexagonales]des ressortissants français, souvent aux origines étrangères [ce qui soulève la question de la binationalité], mais pas toujours, vouent une haine farouche à notre société [en conséquence de l'anticolonialisme rampant et de la culpabilité post-coloniale insufflés par les réseaux et collectifs relayés par la presse de gauche], à tout ce qu'elle représente, et sont prêts à mourir pour cela. 

Sur le dossier syrien, le problème de la communauté internationale, et de la France notamment, réside dans l'absence de vision stratégique consensuelle quant à l'avenir des territoires sous contrôle de l'EI, lorsque celui sera défait. En lieu et place d'envoyer toujours plus de moyens pour frapper l'EI, le gouvernement français ne pêche-t-il pas par cette absence de réflexion et de conviction de ses partenaires dans cette voie ?

Alexandre del Valle : On le voit bien en Syrie : le fait de ne pas avoir désigné clairement la nature de la menace - à savoir l'islamisme radical ['islam radical' ne serait pas un pléonasme] - et préférer plutôt désigner Daesh [sur injonction de Laurent Fabius à la presse], a permis d'affaiblir ce dernier dans les zones ciblées par les frappes occidentales, tout en permettant la progression d'autres groupes djihadistes comme al-Nosra, le Front islamique, Jaich al-Islam, etc. En désignant l'islamisme radical, on aurait ainsi pu privilégier l'action contre cet ennemi principal dans son ensemble et trouver une solution de paix en Syrie, évitant ainsi le blocage des pourparlers, car en dehors de l'intransigeance de Bachar al-Assad, ces derniers sont bloqués parce que les Occidentaux, les Turcs, les Saoudiens et les Qataris ont réussi à mettre en place une représentation permanente dite de "l'opposition syrienne" (HCN) qui englobe plusieurs mouvements djihadistes dangereux, dont certains sont très proches sur le terrain d'Al-Qaeda. 
Le fait d'avoir intégré ces mouvements aux rebelles dits "fréquentables" a donné un prétexte à Bachar al-Assad, mais aussi à la Russie, pour dire qu'il n'est pas possible de mettre en place une transition en Syrie pour laquelle on identifie Daesh comme le grand méchant, tout en excluant les autres mouvements djihadistes de cette liste des méchants. C'est là où réside le problème quant au fait de ne pas avoir désigné la nature philosophique de l'ennemi principal et d'avoir cantonné la campagne de bombardements à Daech. 
C'est d'autant plus déstabilisant pour la Syrie qui avait fait du chemin sur la voie de la sécularisation et dans la lutte contre l'islamisme avant 2011 et que ni l’Occident ni les monarchies du Golfe ne peuvent être crédibles quand ils affirment que les djihadistes d’Al-Nosra et de Da’ech doivent être exclus des pourparlers de paix en vue de la transition, mais qu’au contraire d’autres djihadistes aussi barbares, comme Jaich al-Islam, doivent être acceptés comme le noyau-dur de l’opposition sunnite anti-Bachar fréquentable et destinée à prendre les commandes de la Syrie post-Assad… 
De ce point de vue, l’obstination de Moscou à demander que les Nations unies classent Jaich al-Islam ou Ahrar al-Sham dans la liste des organisations terroristes afin de les exclure de la solution de transition en Syrie ne me paraît pas du tout stupide et est bien plus cohérente que la schizophrénie occidentale pro-saoudienne et pro-qatarie

En l'absence de consensus et de vision quant à l'avenir du territoire syrien en cas de défaite de l'EI, qu'apportent concrètement les frappes menées actuellement en Syrie, notamment par la France ? Ne s'agit-il pas d'une erreur stratégique dont nous payons aujourd'hui le prix ?

Alexandre del Valle : Si l'ennemi principal avait été désigné - celui qui a frappé à Nice, au Bataclan, à Bruxelles, aux Etats-Unis, etc. - nous aurions ainsi fait comme les Russes, c'est-à-dire nous aurions bombardé les positions de l'ensemble des mouvements djihadistes précités, et pas seulement de Daesh, même si cela risquait de servir les intérêts du régime syrien. Même s'il nous déplaît, nous aurions également collaboré avec le régime de Damas. Contrairement à ce qu'on nous dit, ce dernier n'est pas responsable des 200 000 à 300 000 morts du conflit annoncés, dans la mesure où près de la moitié sont des membres du régime ou des civils qui en étaient partisans. 
Nous sommes donc en présence d'une vraie guerre civile où il y a autant de morts des deux côtés et où les rebelles "syriens" sont souvent des moujahidines venus du monde entier dont le dernier souci est l’intérêt de la Syrie. La vision occidentale d'un Bachar al-Assad sanguinaire qui aurait fait 200/300.000 morts est donc simpliste et elle n’aide pas à désigner l’ennemi principal, celui qui menace notre civilisation, notre mode de vie, nos intérêts vitaux et notre population, comme on l’a vu à Nice entre autres. 

L'ennemi, c'est celui qui vous menace chez vous, qui menace votre territoire, votre population, votre intégrité même. Aujourd'hui, la Syrie de Bachar al-Assad - comme l'Irak hier - ne menace pas du tout l'Occident, à la différence des islamistes radicaux qui veulent islamiser leur population et à terme toute planète de gré ou de force. Si nous avions hiérarchisé l'ennemi, nous aurions eu la possibilité d'une plus grande entente avec les Russes - et donc d'une plus grande efficacité quant aux frappes menées - et d'une collaboration avec ceux qui connaissent le mieux le terrain, c'est-à-dire le régime syrien lui-même dont nous n’avons aucun droit de violer la souveraineté et à qui nous n’avons aucun droit de déclarer la guerre comme le voulaient les adeptes du régime, pour la bonne et simple raison qu’il ne nous a pas agressé ni menacé. 
De façon selon moi stupide et contre-productive, depuis le début du printemps arabe, toutes les communications ont été rompues avec le régime de Damas, y compris avec nos services de renseignement les plus hauts placés et notre armée. Il ne faut pas oublier que depuis la fin de la Guerre froide, la Syrie collaborait étroitement avec les Occidentaux en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme islamique, de même que la Libye de Kadhafi que nous avons agressée en détournant honteusement une résolution onusienne et là aussi pour complaire à nos étranges "amis" que sont la Turquie et les monarchies du Golfe devant lesquels tous nos hommes politiques s’agenouillent. La stratégie occidentale a ainsi été complètement renversée puisqu'elle a consisté à désigner comme ennemi celui qui ne nous menaçait pas -ou plus - (Syrie et Libye) et à désigner comme allié ceux qui nous menacent objectivement puisqu’ils veulent conquérir-islamiser la planète… 

Certes, plus il y a d'attentats commis en Occident, plus nos dirigeants semblent devenir plus raisonnables ou adoptent un discours plus réaliste sur ce constat. mais il est triste qu’ils sortent du formatage de guerre froide et des erreurs stratégiques uniquement après des attentats terroristes commis sur leur sol que l’on aurait pu éviter, si l’on avait adopté d’autres politiques et stratégies depuis des décennies. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard -même si cela était prévu avant - si John Kerry est allé à Moscou pour mieux coordonner la coopération militaire entre les Etats-Unis et la Russie. 

Les temps changent. Et le coup d’Etat perpétré par l’armée en Turquie hier le 15 juillet 2016 montre bien que l’ennemi principal n’est pas seulement Daesh, mais l’islamisme radical dans son ensemble qui est un tout et dont Erdogan était l’un des leaders au même titre que Khomeyni [Iran], Tourabbi [ancien chef des Frères musulmans soudanais], [Rached] Ghanouchi [islamiste tunisien], Morsi  [Egypte] ou même Bagdadi [djihadiste irakien de État islamique d'Irak], quoi que plus rusé et apparemment moins violent.

Au regard de ces deux constats et des erreurs commises, quelles seraient les réponses appropriées à apporter à une telle situation, aussi bien en France, que sur le terrain syrien ?


Alexandre del Valle : Pour ce qui est de la France, comme le dit Malek Boutih, mais également Samia Ghali (PS), George Fenech, Thierry Mariani, donc les rares politiques lucides de tous bords, il convient d'appliquer la loi sans complexe, sans exceptions communautaires et sans compromission. Si besoin, il ne faut pas hésiter à envoyer l'armée dans certaines banlieues [une requête de Samia Ghali à Marseille] où les premières victimes sont les personnes qui y vivent, ne l’oublions jamais, car elles sont prises en otage et abandonnées par les forces de l’ordre alors qu’elles aussi un droit à la sécurité. 
C'est une extrême minorité qui terrorise ceux qui y habitent. Il est temps que l'Etat français renverse le sens de la peur : comme le disait Charles Pasqua dans les années 1990, il faut que celui qui est dans le camp des terroristes ou de la délinquance ait plus peur des forces de l'ordre que l'inverse. Or, aujourd’hui, hélas c’est largement l’inverse. 

Leur idéologie de haine culpabilise-t-elle les "rouges" de France ?
Quand on parle de répression, il n'est pas question du délit de faciès ou de l'islamophobie, il ne faut plus se laisser impressionner par la manipulation culpabilisante du politiquement correct et de l’antiracisme dévoyé, mais il est question de l'application de la loi, sans exception, et sans plier. Nulle "dérive sécuritaire" dans l’application de la loi, car sans la force qui l’appuie, la loi n’est rien, et sans le règne de la loi et le respect des forces de l’ordre, c'est le retour de la jungle et de la violence privée.

Il convient également de développer une pédagogie, un contre-argumentaire intelligent, afin de ne pas laisser la seule extrême-gauche occuper ce terrain de la communication. Or, c’est ce qui se passe depuis des mois quand des extrémistes gauchistes violents ouvertement hostiles aux lois en vigueur et aux forces de l’ordre ont ridiculisé l’Etat et bloqué des zones publiques en quasi totale impunité, de surcroît en médiatisant des messages révolutionnaires hostiles à la nation. A mon avis, le discours de l'extrême-gauche [anarchiste], révolutionnaire, anti-patriotique, antisioniste, tiers-mondiste, anti-patrons, anti-flics et anti-occidental prépare le terrain à la radicalisation islamiste que l'on observe. En effet, lorsqu'elle désigne les forces de l'ordre comme l'ennemi, comme l'Occident, et au contraire les casseurs, le Tiers-Monde anti-occidental et les terroristes islamistes comme étant des victimes, sur fond de haine de soi et de théories conspirationnistes anticapitalistes, le terrain du discours de haine islamiste et djihadiste est largement préparé. 

Mais il n’y a rien en face. La gauche la plus extrême est si banalisée et tellement légitimée depuis des décennies, qu’aucun discours ne parvient ou n’ose la remettre en cause [voire diabolisée et étiquetée 'fasciste']. A l'inverse, l'Etat et la nation doivent d’urgence produire un discours d'amour de la collectivité nationale plutôt que de laisser des idéologues subversifs haineux qui prônent la désobéissance de la loi, l'agression des policiers et la haine de la Nation fanatiser nos jeunes et légitimer indirectement les kamikazes. Il ne faut pas oublier non plus le contrôle des réseaux sociaux qui sont aujourd'hui la caisse de résonance principale des recruteurs djihadistes mais qui sont presque totalement hors contrôle.

Pour ce qui est de la Syrie, il est temps de désigner l'ennemi principal (lien Atlantico). L'ennemi principal n'est pas celui qu'on n'aime pas ou qui n'a pas nos valeurs, mais celui qui vient vous menacer concrètement chez vous. Aujourd'hui, Bachar al-Assad ne représente pas une menace pour l'Occident. De même que nous avions fait le choix de la collaboration avec les communistes pour défaire les nazis - soit le choix d'un moindre mal pour vaincre un plus grand mal - il faut désormais ne pas hésiter à collaborer avec certaines dictatures arabes, comme l'Egypte - injustement vouée aux gémonies, selon moi, lorsque le maréchal al-Sissi a pris le contrôle du pays - l'Algérie, les Emirats Arabes Unis ou la Syrie qui ont le même ennemi islamiste (Frères musulmans) commun [Ayons également une pensée pour Ben Ali, en Tunisie]. Face à l'ennemi principal, malheureusement, nous n'avons pas le choix, nous devons collaborer avec tous les Etats qui ont le même ennemi si leur collaboration s’avère être précieuse. Qu'on le veuille ou non, ceux qui agressent les populations civiles pro-régime en Syrie et veulent renverser Assad par le djihad sont les mêmes que ceux qui commettent des attentats en Occident. Ceux qui ne jouent pas le jeu comme la Turquie d’Erdogan, le Qatar ou l'Arabie saoudite, doivent être sanctionnés, car notre amitié et notre alliance sont conditionnés par le respect de nos intérêts vitaux que ces Etats violent depuis des décennies en armant, formant et appuyant ceux qui veulent clairement notre perte en tant que civilisation judéo-chrétienne européenne. 

Le pétrole n'est pas le seul moyen de pression qui existe; nous disposons également de moyens de pression à l'encontre de ces pays, à commencer par nos bases militaires et accords de défense qui maintiennent en vie les dynasties en place incapables de gérer une armée et qui auraient été balayées depuis longtemps sans notre protection militaire. Nous ne pouvons pas accepter que nos alliés, protégés par nous, proposent à la fois des coalitions contre le terrorisme tout en finançant et instruisant les djihadistes anti-occidentaux. 
Prenons l'exemple du Koweït, Etat en faveur duquel nous sommes intervenus militairement contre le régime de Saddam Hussein 1990 : sous ses apparences pro-occidentales, celui-ci constitue le plus grand contributeur financier pour les mouvements terroristes. Sa façon d’être notre "allié" et de nous rendre la pareille a consisté à financer les djihadistes qui nous combattent… avec des amis comme ceux-là, pas besoin d’ennemis !

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