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dimanche 10 janvier 2016

Le plan de formation des chômeurs: Hollande devait plaire à tous; il ne satisfait personne

Flop du plan de formation de 500.000 chômeurs
Après l’ "état d’urgence sécuritaire", François Hollande décrète l’ "état d’urgence économique et sociale". 

Le président qui, en près de quatre ans a échoué à inverser la courbe du chômage, annonce le lancement d’un plan massif de formation, à l'occasion de ses vœux télévisés du 31 décembre. Un 'timing' qui porte peu à croire que 2016 pourrait être différent des années précédentes de son quinquennat. "500.000 personnes de plus seront accompagnées vers les métiers de demain". Pourquoi pas ! En France - métropolitaine, seule- , plus de 3,57 millions de personnes sans aucune activité sont en effet  inscrites à Pôle emploi.

Un objectif aussi ambitieux que le personnage est "audacieux"... Les détails ont été présentés le 18 janvier, mais ils suscitent déjà des critiques de toutes parts.

Hollande n'en est pas à son premier "grand plan" de formation  

En 2013, un plan "prioritaire" de formation avait été lancé pour 30.000 demandeurs d’emplois, étendu ensuite à 100.000 chômeurs par an en 2014 et 2015
Il faut bien mentionner les embrouilles, telle celle de février 2015 par François Rebsamen alors ministre du Travail qui annonça une formation gratuite pour les demandeurs d'emploi, alors qu'ils obtenaient simplement l'accès au tout nouveau Compte personnel de formation (CPF). Et encore, sous certaines conditions.
Lors de la conférence sociale d’octobre 2015 le président avait déjà annoncé un élargissement du plan à 150.000 personnes pour 2016, "encore davantage tourné vers les chômeurs de longue durée, les seniors et les jeunes ". Des montées par paliers en puissance qui dénotent une difficulté chronique à l'évaluation du mal et qui souligne les échec de toutes ses tentatives précédentes.

Le ministère du Travail a d'ailleurs dû désenfumer. Il a mis les chiffres du président au clair: ces 150.000 formations  représente tout de même un triplement de l’offre sur trois ans, mais sont compris dans les 500.000 annoncés... La presse à la botte ajoute son commentaire fallacieux, estimant que l'effort [de la nation] est important, alors que la totalité des formations dispensées en 2013 (plan et hors plan) ne concernait que 643.000 demandeurs d’emploi, c'est-à-dire une régression, pour ne pas dire un abandon de trois années.

L'objectif est de pourvoir des emplois non créés...

Alain Juppé (LR) a jugé cette ambition irréaliste  « 500 000, on n’y arrivera pas," a-t-il douté sur Europe 1 mardi 5 janvier. C’est hors de portée, naturellement". 
Les spécialistes du marché de l’emploi soulignent d'ailleurs qu’il faut notamment un certain temps pour organiser une telle série de formations en tous sens: analyser les besoins, lancer des appels d’offres, identifier les profils… Difficile à mettre en œuvre à court terme.
Par ailleurs, la formation ne garantit pas l’accès au marché du travail en l’absence de croissance, comme le note sur LCI le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, qui ne voit pas bien comment l’objectif serait " tout simplement réalisable": "Ce n’est pas tout d’être formé, il faut trouver un emploi à la clef. […] Comment on fait pour créer des emplois ? " On en décrète l'urgence ? 

Hollande décrié pour quatre ans de retard et ses choix stratégiques
Contrairement aux formations prioritaires actuelles, qui s’adaptent aux métiers "en tension" (c’est-à-dire ceux qui recrutent: aides à domicile, agent d’entretien, employés de la restauration, secrétaires…), les 500.000 offres annoncées devraient être réservées aux "emplois du futur", liés par exemple à l’économie verte ou aux nouvelles technologies.
Un choix stratégique décrié par le secrétaire général de la CGPME, Jean-Eudes du Mesnil du Buisson. "Former les demandeurs d’emploi, c’est plutôt une bonne idée, mais pourquoi les seuls métiers d’avenir ? Je vous rappelle qu’il y a à peu près 250.000 offres d’emploi non pourvues chaque année, et ça, c’est les métiers du présent, a-t-il souligné sur RTL. Regardons déjà là où les chefs d’entreprises n’arrivent pas à embaucher."

Une charge estimée à plus d’un milliard d’euros

Le détail du plan gouvernemental devrait être dévoilé par François Hollande lors des vœux aux forces économiques, lundi 18 janvier. Les Echos ont estimé son coût à un milliard d’euros. "C’est de cet ordre-là, vraisemblablement", a confirmé  Jean-Marie Le Guen, qui n'en sait pas plus que Bercy

Le ministre des relations avec le Parlement exclut tout financement par une hausse d’impôts, mais précise qu’il pourrait y avoir une "réorientation" d’une partie des 36 milliards d’euros de fonds publics alloués à la formation professionnelle. L’Etat devrait mettre la main au portefeuille, notre portefeuille, tout en déléguant une partie du financement aux partenaires sociaux et aux régions - et c'est encore dans nos fonds de poches qu'elles plongent - , compétentes en la matière. Il a dit sans augmentations d'impôts?

Un basculement n'est pas un redressement

S’il est difficile de contester l’utilité de former les chômeurs pour les rapprocher de l’emploi, de nombreux critiques dénoncent un "traitement statistique du chômage". En effet, les demandeurs d’emploi sont comptabilisés en différentes catégories par Pôle emploi :

En catégorie A pour les personnes sans aucune activité, tenues de rechercher un emploi : 3,574 millions de personnes fin novembre 2015 ;

En catégorie B pour ceux qui ont une activité réduite courte (moins de 78 heures dans le mois) : 716.400 personnes ;

En catégorie C pour les personnes en recherche d’emploi ayant une activité de plus de 78 heures : 1.151.300 personnes ;

En catégorie D pour les personnes non tenues de faire une recherche d’emploi car elles sont en stage, formation ou maladie : 280.900 personnes ;

En catégorie E pour les bénéficiaires de contrats aidés : 420.000 personnes.

Pour évoquer le taux de chômage en France, on utilise communément la catégorie A, voire les catégories A, B, C. Selon les analystes, le plan  gouvernemental de formation pourrait faire basculer 500.000 personnes de la catégorie A vers la D, ce qui consiste à les "effacer " mécaniquement des statistiques.

"Il y avait un engagement d’inverser la courbe du chômage. On arrive près de la présidentielle, donc il faut trouver le moyen de le faire baisser", pointe ainsi Jean-Claude Mailly. "Le basculement en catégorie D est transparent. 

Il n’y a rien de caché", a nié la ministre du Travail en CDD, Myriam El Khomri. 
Toutefois, la catégorie D représente actuellement le plus petit des flux de chômeurs avec 280.000 personnes, toutes situations confondues (stage, formation, maladie), alors que 680.000 formations sont dispensées par an. Or, il apparaît impossible que les 500.000 nouvelles formations du plan de François Hollande se déroulent au même moment et le président le sait parfaitement. Si le magicien peut réaliser un basculement statistique, il ne saurait faire réapparaître les chômeurs dans les entreprises.

VOIR et ENTENDRE l'édito Eco de Nicolas Doze, du lundi 4 janvier 2016, sur BFMTV:


 

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