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vendredi 8 janvier 2016

Déchéance: Valls rappelle à Taubira "la ligne" à tenir et l'opposition appelle Hollande à "trancher" son cas

La ministre ne peut condamner le projet de déchéance nationale et le porter au Parlement

La droite a appelé Hollande vendredi à "trancher" le cas Taubira

"Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". Christiane Taubira se croit au-dessus de cet avis personnel de Jean-Pierre Chevènement, lequel est passé des paroles aux actes par trois fois... Mais la garde des Sceaux persiste et signe, et quant à elle, reste en postebien que le président de la République souhaite inscrire dans la Constitution cet élargissement de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français et condamnés pour terrorisme, la Guyanaise ne le juge "pas souhaitable," car son "efficacité" est "absolument dérisoire", a-t-elle répété.

Manuel Valls l'a d'ailleurs rappelée à son devoir de solidarité gouvernementale sur son hostilité à la réforme de la déchéance de la nationalité qu'elle est censée défendre devant le Parlement.

Interrogé sur cette hostilité réitérée, le chef du gouvernement l'a rappelée à l'ordreen réaffirmant qu'"il n'y a qu'une seule ligne possible c'est celle qui avait été définie par le Président de la République". "Chacun doit s'y tenir", a-t-il rappelé vendredi soir à Evry, assurant que le gouvernement doit être "soudé" dans "la lutte contre le terrorisme et la protection des Français".

Plus qu'une péripétie gouvernementale, cette fronde devient insupportable. 
Comment un pouvoir "soudé" pourrait-il s'accommoder de l'indépendance d'une ministre régalienne ouvertement opposée à un texte constitutionnel dont elle est censée convaincre du bien-fondé des parlementaires de sa majorité, au demeurant réticents.

Etoile montante parmi les "frondeurs" du PS et de la gauche de la gauche, elle joue une carte personnelle. 
Le cinglant désaveu par Valls, le 23 décembre, de sa déclaration publique en Algérie enterrant la réforme lui a fait marquer un point auprès des socio-démocrates en quête de tête d'affiche. Depuis, la garde des Sceaux se rêve en candidate à la présidentielle 2017. Ce qui a été étiqueté 'couac' quand elle avait annoncé le retrait la veille sur une radio algérienne, lui donne du crédit à gauche, alors que François Hollande glisse au centre droit. Juppé avait senti le souffle du boulet et la droite, favorable, elle, à l'idée  avait répliqué avec une première salve.

Surtout, Taubira  brouille les pistes sur ses intentions en envoyant des signaux contradictoires. Ainsi vient-elle de cosigner dans Le Monde une tribune  pour défendre le projet de loi de lutte contre la criminalité organisée, également critiqué par une partie de la majorité, mais avec le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Taubira fournit à la droite le grain à moudre contre Hollande 

L'opposition s'est engouffrée dans la brèche. "Cette crise gouvernementale, elle doit se trancher soit par le fait que Mme Taubira retire ses propos, ce que je n'imagine pas qu'elle pourrait faire, soit qu'elle quitte le gouvernement", a réagi le président du MoDem, François Bayrou.
Si elle est "en désaccord avec le président de la République, j'imagine qu'elle devrait avoir à coeur de respecter ses convictions et de quitter le gouvernement", a renchéri le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, tandis que, pour Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), elle doit "démissionner immédiatement".
Voir la ministre qualifier la politique menée par Hollande de "dérisoire en terme d'efficacité, ça en dit long sur le fait que même jusqu'au sommet de l'Etat, personne ne croit à ce que le président de la République et le gouvernement mettent en oeuvre", a de son côté ironisé Thierry Solère pour Les Républicains. "François Hollande doit mettre un terme à ce désordre", a renchéri Luc Chatel.

Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis s'est lui employé à minimiser l'affaire
"A partir du moment où le Premier ministre a dit qu'il comprend les interrogations, les inquiétudes et les positions, il n'est pas anormal que les ministres puissent réfléchir à haute voix", a-t-il estimé conciliant

Icône de la gauche pour avoir été la mère porteuse du "Mariage pour tous," bébé de Dominique Bertinotti, cible privilégiée de la droite et de l'extrême droite, Christiane Taubira a un casier chargé auprès de l'Elysée comme de Matignon depuis son arrivée Place Vendôme en 2012.
En juin 2015, elle avait déjà lancé une sorte d'ultimatum en déclarant qu'elle "n'assumera pas" que la réforme de la justice des mineurs ne soit pas réalisée. Or, à un an de la fin du quinquennat la présentation de cette réforme se fait toujours attendre.
Un frondeur met l'exécutif au défi: Son départ constituerait "un signe de plus du rétrécissement de ce gouvernement sur une ligne" qui empêche le rassemblement de la gauche. Mais un rassemblement de la gauche que, le moment venu, elle pourrait incarner.
Plusieurs solutions de mise au placard.
Lors des précédents remaniements du quinquennat, son nom a circulé à plusieurs reprises pour le ministère de la Culture. Et les regards se tournent également vers le Conseil constitutionnel, dont trois membres doivent être renouvelés avant le printemps. Elle n'y serait pas la première femme, mais la première de couleur et cette nomination serait un symbole susceptible de flatter sa vanité, tout en amusant la galerie.

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