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vendredi 27 mars 2009

Colonna : ce sera la perpétuité avec 22 ans de sûreté

Son manège ne lui a pas évité la peine maximale

Lorsque le verdict est tombé vendredi 27 mars, l’accusé avait déserté son box

Yvan Colonna, assassin de préfet de la République, méprise depuis le 11 mars la Cour qu’il a appelée à statuer à nouveau en appel sur son cas. Un huissier a dû faire le déplacement dans sa cellule de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) pour lui donner officiellement connaissance, peu après 19 heures, du verdict de sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans pour l'assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998.

Le nationaliste corse, âgé de 49 ans, voit sa peine aggravée

Après plus de 7 heures et demie de délibéré, les neufs juges de la Cour d'Assises spéciale de Paris devant laquelle il comparaissait depuis le 9 février 2009, en appel du jugement qui avait été rendu le 13 décembre 2007 en première instance, lui ont attribué le maximum de la peine qu'il encourait.

Il y a quinze mois, la Cour n'avait pas retenu de période de sûreté
Cette fois, la Cour a rendu une décision conforme à ce qu'avait réclamé la veille l'avocat général. Celui-ci, Jean-Claude Kross n’a pas subi les tentatives d’intimidation. Au moment de former ses réquisitions et d'en justifier la sévérité, il avait stigmatisé l'accusé. 'Yvan Colonna est le tueur. Il est le bourreau', s'était-il exclamé. 'On a tué un homme de chair et de sang, avait-il martelé. Pas un symbole.' Symbole de l’Etat que combattent les nationalistes qui n’hésitent pas à verser le sang.
Jean-Claude Kross avait engagé la Cour à réfléchir en retour sur 'la force symbolique' de la décision qu'elle allait prendre. 'Le symbole est au coeur de ce dossier. Cette symbolique doit se retrouver au niveau de la sanction', avait-il souligné.

La sanction, juste, est tombée à l'issue d'une audience menée comme un combat terroriste par l’armada des cinq avocats d'Yvan Colonna. Ces derniers avaient choisi d'exercer une "défense de rupture", afin de déstabiliser l'accusation et de semer le doute dont ils espéraient faire profiter leur client.
Dès le premier jour, l'accusé s'était présenté devant ses juges avec une arrogance certaine. "Depuis 1999, il y a une vérité absolue : Sarkozy a dit que je suis l'assassin du préfet", avait-il lancé avant de prévenir : "Comment avoir confiance en une justice où le président de la République s'est engagé contre moi." Les accusations, menaces et insultes que sa défense terroriste a proférées n’étaient donc nullement justifiées par les reproches adressés au juge, mais par le choix personnel, par Colonna, de son mode de défense, au premier jour.

Yvan Colonna a refusé d'entrer dans le processus judiciaire
Cette fois, le condamné a désespéré de sa cause et froidement manifesté un maximum de mauvaise foi, contrairement au précédent procès où il avait un peu fendu l'armure. Il est en effet apparu cassant, accusant et insultant le président et la Cour "en mission", et ordonnant à sa famille de ne pas venir témoigner à la barre, pour ensuite reprocher tout et n’importe quoi. "Yvan Colonna est le métronome de la mise en scène, le maître du temps", a relevé non sans raison l'avocat général.

Colonna s’est soustrait à la justice.
Son départ et celui de ses avocats étaient prévus et maintes fois annoncés, avant qu'ils ne deviennent effectifs au prétexte d'un rejet de demande de seconde reconstitution. Ce geste spectaculaire a été l'aboutissement d'une stratégie de la tension d'autant plus exacerbée qu'elle se fondait sur les fautes supposées et les maladresses naturelles du président, Didier Wacogne, lequel, évidemment mal à l'aise sous le harcèlement continu voulu par la défense, a parfois eu de la peine à dissimuler son humanité.
Yvan Colonna et ses défenseurs avaient placé ce procès sur un terrain résolument politique et la Cour a eu du mal à s'adapter à cette situation fort particulière.

Colonna a misé sur le doute et renforcé la suspicion sur son innocence
Un accusé innocent est motivé par la recherche de la lumière et l’éclatement de la vérité.
Au final, la perturbation du déroulement des débats et l'absence de l'accusé les deux dernières semaines jettent une ombre sur ce procès "tumultueux", comme l'a qualifié M. Kross. Pourtant, au bout de huit semaines jalonnées d'incidents et de rebondissements, qui ont parfois servi l'accusé, aucun élément nouveau n'est venu innocenter Yvan Colonna. Malgré ses dénis inlassablement répétés depuis qu'il a été mis en cause, le berger de Cargèse se heurte toujours au même mur : les aveux des membres du commando qui l'ont dénoncé pendant les garde à vue entre les 21 et 24 mai 1999.
Ces aveux, précis, concordants, corroborés et circonstanciés restent plus crédibles que les rétractations formulées du bout des lèvres dix-huit mois plus tard par des épouses et des proches. Et la nouvelle version livrée par les conjurés lors de cette audience pour tenter une dernière fois de disculper celui qui est désormais reconnu comme leur comparse en criminalité n'est guère plus convaincante que les précédentes.
A les en croire, plus de dix après l’assassinat, Yvan Colonna aurait servi d'appât, pour permettre à d'autres complices d'échapper aux investigations policières. "Toi, ton entêtement à rester en cavale, ça a conditionné ta culpabilité", a tenté de faire valoir Pierre Alessandri, qui s'était accusé d'avoir tiré sur le préfet en septembre 2004.
Onze ans après les faits, le dossier judiciaire de l'assassinat du préfet Erignac se referme. Les avocats d'Yvan Colonna ont annoncé qu'ils se pourvoiraient en cassation. Yvan Colonna aura-t-il besoin d'être présent ?
Comme a prévenu Me Antoine Sollacaro, "l'affaire Colonna vient de commencer." La bande des cinq envisage aussi de saisir la Cour Européenne de Justice. De quoi laisser un nom dans l’histoire des prétoires de France et de Navarre.

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