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jeudi 13 septembre 2018

Macron provoque la colère des Harkis

Macron a le devoir de mémoire sélectif

"Une supercherie" : les Harkis du Lot-et-Garonne crient leur colère contre Macron

Des Harkis ont manifesté contre "le manque de reconnaissance" de l’Etat envers leur communauté, ce vendredi après-midi, à Villeneuve-sur-Lot, 

"Désabusés", "en colère", "c’est une supercherie", "on a été pris pour des c…". Les représentants de la communauté harkie, André Hazni et Mohammed Badi, sont passés à l’offensive pour fustiger "le manque de reconnaissance à notre égard dont fait preuve le président Macron".

Histoire des harkis dans le Lot-et-Garonne, en trois dates 

En 1975, c’est tout le camp de Bias qui se révolte.

En septembre 2016, lors d’une cérémonie d’hommage à Paris, le président Hollande  a reconnu les responsabilités des gouvernements français dans "l’abandon des Harkis". 

Alors qu'en 1962 la guerre civile en Algérie n'en finit pas de chercher son terme dans un contexte de révolution algérienne et malgré les accords d'Evian par lesquels le FLN s'engagea à ne pas exercer de représaillesune petite partie des Harkis et leurs familles, menacés en Algérie, ont été rapatriés en France à partir de l'été 1962. Chargée de leur transfert, de l'hébergement et de l'encadrement de l'ensemble des opérations, l'armée française a utilisé différentes structures (dont certaines ont fonctionné successivement, d'autres simultanément) appelées généralement camp de transit et de reclassement, au nombre de sept: Bias (Lot-et-Garonne), Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme), La Rye-Le Vigeant (Vienne), Larzac-La Cavalerie (Aveyron), Saint-Maurice-l'Ardoise (Gard), Rivesaltes (Pyrénées-Orientales)

Le terme 'harkis', au sens strict, désigne les membres d’une harka, l’une des formes d’unités supplétives de l’armée française en Algérie. Mais, progressivement, le terme s’est étendu à l’ensemble des 'Français musulmans d’Algérie' engagés dans ou au côté de l’armée française. Au total, fin 1960, on comptait 60.000 'Français de souche nord-africaine' – selon la terminologie de l’époque – dans les forces régulières et supplétives, dont 20.000 Harkis.
Qu'on les ait appelés 'Français musulmans rapatriés' (à partir de juin 1962), puis 'Français rapatriés de confession islamique', et enfin 'Rapatriés d’origine nord-africaine' (dans les années 1980), ils ont toujours été étiquetés en fonction de leur origine, une survivance durable de discrimination coloniale, qui a doublement marginalisé les Harkis : ni rapatriés comme les autres, ni Français comme les autres,
les 'Pieds noirs', pareillement stigmatisés, singulièrement lorsqu'ils n'avaient pas de famille en métropole.
En date du 31 janvier 1964, une note du ministre des Rapatriés relative à "
l’attribution des logements HLM aux anciens harkis", rappelle certes que "les anciens harkis sont considérés comme rapatriés et bénéficiaires, à ce titre, de la loi du 26 décembre 1961", mais donne aux préfets la directive de ne "reloger les anciens harkis qu’après avoir relogé tous les rapatriés demandeurs de logement et particulièrement mal-logés." Dans le contexte d'un hébergement massif d'urgence, les harkis et leurs familles sont majoritairement logés en camps de transit, puis en "cités d’accueil", lesquels perdurent jusqu’au milieu des années 1970.
75 hameaux de forestage : Pertuis, Apt, Cucuron, Ongles, Manosque, La Roque d’Anthéron, Fuveau, Jouques, Saint-Maximin, Brignoles, Rians, Le Muy, Collobrières…

Voici comment ils ont été accueillis dans le département du Lot-et-Garonne

François Hollande a reconnu solennellement "les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France". Dans le département, cette déclaration tant attendue a un écho particulier, parce que ce territoire a été fortement marqué par cette histoire, celle d’une injustice de la décolonisation française.

1962, le rapatriement

Au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui marquent la fin de la guerre civile et l’indépendance de l’Algérie, des militaires français organisent le repli de leurs supplétifs algériens – les harkis – restés loyaux à la France, et celui de leurs familles. Tandis que le FLN rompt ses engagements et massacre 70.000 harkis dans les semaines qui suivent les accords, 90.000 autres débarquent sur le sol français. Ils seront pour l’essentiel dirigés vers des camps de transit, dans des baraquements qui, jadis, avaient accueilli les réfugiés espagnols, comme c’est le cas à Bias. Là, près du Cafi de Sainte-Livrade-sur-Lot, qui accueille les Indochinois, le Cara (le centre d’accueil des rapatriés d’Algérie) voit le jour. Il est question d’un hébergement temporaire. Le provisoire va durer plus de dix ans.

Le Cara et les 'incasables'

Ce sont jusqu’à 12.000 Harkis qui seront hébergés dans le camp de Bias. Selon la formule employée par l’administration, ce sont les 'incasables' qui y sont logés, autrement dit, ceux qu’on ne peut pas faire travailler : les infirmes, les invalides, les personnes âgées, les veuves et leurs enfants. Le préfet va instaurer un régime plus de camp militaire, avec barbelés et couvre-feu à 22 heures. 

La révolte en 1975

Ce régime disciplinaire, combiné aux conditions de logement souvent précaires et insalubres, conduit à une révolte des camps au printemps 1975. Elle part de Bias, où un responsable de l’amicale des Algériens, un ancien du FLN, est pris en otage pour empêcher les 500 CRS et les blindés qui cernent le camp de charger. L’été passé, l'administration du camp est transférée à la commune, c’est la fin du Cara. Mais les jeunes révoltés de l’époque sont ceux qui, encore aujourd’hui, portent les revendications des Harkis.

Le groupe de travail mis sur pied par Macron ces derniers mois, "c’est un écran de fumée", dénoncent-ils. 

"On a aidé le président lors de son élection [sic], idem au niveau local, avec le député Olivier Damaisin, reprend Mohammed Badi. Il n’était pas impliqué lors des réunions, quand il était là…"

Les descendants de Harkis avaient fait chiffrer le montant du préjudice pour "la souffrance" de leur communauté. Il s’élevait à près de 40 milliards d’euros. "Mais ils sont arrivés à un chiffre de 40 millions d’euros sur quatre ans, peste André Hazni contre les représentants de Macron. C’est encore moins que ce que le président Hollande avait fait pour nous [17 millions]"

Plusieurs banderoles ont été déposées devant la sous-préfecture pour marquer leur protestation.  André Hazni et Mohammed Badi ont donné rendez-vous à la communauté, dans la salle de la Rotonde à Agen à partir de 14 heures "pour voir quelle suite donner au mouvement."

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