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dimanche 25 octobre 2015

Fin de vie provoquée: le Dr Bonnemaison condamné à deux ans... avec sursis

Mobilisés, les partisans du bon docteur ont fait pression sur la justice

Les paris du Dr Bonnemaison n'interpellent pas les jurés: sous sédation ?

Tout juste un peu mis en difficulté par un pari, le docteur Bonnemaison obtient le sursis. 
Une révélation aurait pu entacher la proclamation de sincérité du bienfaiteur des malades en fin de vie. Il est en effet avéré que l'ex-urgentiste de Bayonne a fait un pari avec les aides-soignants sur le décès d'au moins deux de ses patients. Un témoignage qui aurait pu désarmer la défense, mais son réseau d'amis a fait le forcing.

La légèreté d
u docteur Bonnemaison a sauté à la conscience des plus naïfs
quand des aides-soignants qui ont travaillé avec l'ex-urgentiste ont parlé lundi 19 octobre. Jugé en appel devant la cour d'Assises du Maine-et-Loire pour l'empoisonnement de sept personnes, malades et incurables, en fin de vie, il prenait des paris : en jeu, un gâteau au chocolat...
"Je te parie un gâteau au chocolat que, demain, elles ne sont plus là", a déclaré Nicolas Bonnemaison à la veille du décès de deux patientes. "Des propos odieux", a reconnu le médecin, mais qui servaient, mieux qu'un jogging, selon lui, à "évacuer la tension",  et n'ayant pas "vocation à être racontés". 
"On pense ce qu'on veut des plaisanteries de salle de garde, il n'empêche que les patientes sont bien décédées quelques heures après", a fait mine d'opposer la présidente, selon France Info.

"Cela n'a jamais été mon intention de faire mourir les patients, se défend le joyeux drille
Acquitté par les jurés lors d'un premier procès à Pau en 2014, une nouvelle fois, le médecin a reconnu avoir procédé à des injections pour, selon lui, mettre fin à des souffrances : de l'hypnovel, un puissant sédatif pour la première, et de l'hypnovel puis du norcuron, un médicament à base de curare, pour la seconde. "Cela n'a jamais été mon intention de faire mourir les patients", "même si je sais que ça peut accélérer la mort," a louvoyé l'urgentiste. Le procès devait s'achever le 24 octobre et n'a pas pris de retard. Nicolas Bonnemaison risquait la réclusion criminelle à perpétuité.

Lundi
en deuxième semaine, le procès a abordé les cas de deux patientes,
 celui de Françoise Iramuno, menée à la mort à 86 ans - d'un arrêt cardiaque - deux jours après son admission en avril 2011 dans le service des urgences de l'hôpital de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) où exerçait le praticien, et celui de Marguerite Buille, décédée un mois plus tard, à 72 ans, trois jours après son arrivée. 

Samedi 24 octobre, l'ex-urgentiste Bonnemaison a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour sept "empoisonnements" de patients, en appel à Angers,  par la Cour d'assises du Maine-et-Loire.
Nicolas Bonnemaison a été reconnu coupable d'avoir délibérément donné la mort à une patiente, Françoise Iramuno, avec la circonstance aggravante de connaître sa particulière vulnérabilité. Mais, outre ce sursis, il a été acquitté pour les six autres patients pour lesquels il était jugé. L'avocat général Olivier Tcherkessoff avait requis vendredi cinq ans de prison avec sursis contre l'ex-urgentiste, tout en reconnaissant qu'il n'est "pas un assassin, pas un empoisonneur au sens commun de ces termes".
Pourtant, cet avocat général avait décrit un médecin de droit divin :
"Ses patients répondaient-ils aux conditions de mise sous sédation ? Oui. A t-il agi conformément aux bonnes pratiques de sédation ? Non.
Il ne note rien dans ses dossiers. Il n'indique ni les prescriptions, ni les dosages. Il utilise un médicament – le Norcuron, un curare – qu'il n'a pas le droit d'utiliser. Il ne parle pas toujours avec les familles pour leur expliquer ce qu'il fait. Il ignore les équipes soignantes. Nicolas Bonnemaison n'est pas dans le 'colloque singulier' entre un médecin et son patient. Il franchit la ligne rouge en toute connaissance de cause." Suggérait-il la préméditation ?
Ce jugement donne le sentiment d'une mascarade jouée par des acteurs extérieurs au procès.
L'accusé est resté tête baissée, impassible (soulagé), à discuter avec ses avocats, à l'énoncé du verdict, au terme de six heures de délibération des jurés. Il a ensuité calmement embrassé ses proches les uns après les autres, tandis que des larmes coulaient sur les joues de Julie, son épouse. "Je m'y attendais, pour sauver certaines institutions", a-t-elle déclaré.

La présidente lui a rappelé qu'il pouvait former un pourvoi en cassation dans un délai de cinq jours. Ses avocats, Me Benoît Ducos-Ader et Arnaud Dupin, ont indiqué qu'ils se donnent "le temps de la réflexion".

"On est acquitté sur 6 cas sur 7, on va dire qu'on a gagné aux points"

Ce sont les termes d'un autre joueur, Me Ducos-Ader, qui a surtout décrit un Dr Bonnemaison  "soulagé, parce que, pour lui, c'est la fin de ce calvaire judiciaire". Un calvaire qui ne conduit pas à la fin d'une vie.

Les pro-euthanasie ont mené le combat


Cabine à suicide 
(série TV Futurama)
Dans ce "dossier" (sic) devenu depuis 2011 emblématique de l'euthanasie et de l'extrême fin de vieNicolas Bonnemaison était porteur des espoirs des réseaux de l’euthanasie, des frères partisans de la "Bonne Mort" par euthanasie.

Un accident vasculaire cérébral hémorragique avait eu raison de Françoise Iramuno, après l'avoir plongée dans le coma. Décrivant le "tableau catastrophique" d'une "patiente en fin d'agonie," Nicolas Bonnemaison lui avait injecté un puissant sédatif sans en informer la famille.

Le fils de l'octogénaire a estimé au procès qu'on lui a "volé les derniers moments" avec sa mère. La famille Iramuno était l'une des deux à s'être constituée partie civile, pour "obtenir des réponses". Aucune famille n'avait porté plainte.

La compagnie de cabines à suicide 
la plus utilisée par les Terriens 
depuis 2008, selon le manga Gunnm, 
semble être la compagnie Vitamor. 
Pour 25 cents, elle offre la liberté de se donner 
la mort que l'on souhaite : "rapide et indolore" 
ou "lente et effroyable".
"On est satisfaits de la décision, on n'a pas fait deux assises pour rien, nos clients sont soulagés", a déclaré Me Valérie Garmendia, avocate des époux Iramuno. Pour elle, c'est "la rapidité du déroulement des faits" qui a démontré l'intention de donner la mort à Mme Iramuno.Tout au long d'un procès dont l'issue était connue d'avance, l'ancien urgentiste a martelé avoir cherché à "soulager, pas tuer", face à des patients en agonie, en souffrance de toute fin de vie, même s'il a reconnu des "torts". 

Nicolas Bonnemaison avait été radié par le conseil de l'Ordre peu après son acquittement de 2014. Pas plus à Pau qu'à Angers, l'accusation n'avait requis contre lui l'interdiction d'exercer la médecine.
 "La médecine, c'est ma vie; les patients sont ma vie et ils me manquent".

VOIR et ENTENDRE
 la conférence donnée par le président de l'association catholique traditionaliste Civitas, Alain Escada,  pour France Action Jeunesse le jeudi 26 février à Conflans-Sainte-Honorine. Il y analyse les motivations et les réseaux des "frères", partisans de la "Bonne Mort" par euthanasie, qui sont près de réussir encore une fois leur tâche:

 

La défense  est allée chercher des témoins en Belgique

La presse a veillé à ne pas donner à l'appel à Angers le fort retentissement médiatique du procès de Pau.
 
Le Parquet général de Pau avait donné le ton, indiquant dans un communiqué laconique destiné à dédramatiser le problème : "prenant en compte l'ensemble des éléments de cette affaire, la procureure générale près la cour d'Appel a estimé nécessaire de relever appel de la décision" du 25 juin. L'institution a ensuite été avisée de la localisation du procès en appel, par un arrêt du 6 août pris - au plus fort des vacances estivales - par la chambre criminelle de la Cour de cassation.

La solidarité du corps médical n'est pas faite pour faciliter les délibérations des jurés en leur âme et conscience
La comédie judiciaire s'est jouée en dehors de la justice. Le procès en appel qui pendant deux semaines a vu défiler professeurs, médecins, anciens ministres - dont le père de la loi sur la fin de vie Jean Leonetti - a été aussi technique et dense qu'en première instance, mais peut-être plus apaisé qu'à Pau. Il a aussi été par moments difficilement soutenable, avec des descriptions détaillées d'agonies.

le Dr Bernard Kouchner est venu témoigner en faveur de son confrère. En politicien, l'ancien ministre  a  d'abord dénoncé le "conservatisme médical" qu'il a accusé d'opposer son inertie aux évolutions législatives sur la fin de vie, parlant d'une "sorte d'obscurantisme voulu". 

La pression était forte sur les jurés. La loi Léonetti de 2005, la récente proposition de loi Claeys-Léonetti, qui instaurerait un droit à "une sédation profonde et continue jusqu'au décès", vont selon lui dans le bon sens: "Combattre la souffrance". Plus tard, à une question de l'avocat général Benjamin Alla, il ne cache pas sa propre opinion: "Mon regret est qu'on n'ait pas avancé sur la mort choisie".
Et le Dr Chaussoy participe au débat. 
Le Dr Chaussoy: "Moi aussi j'aurais pu me retrouver sur ce banc...»

Médecin anesthésiste-réanimateur, Frédéric Chaussoy, 62 ans, était l'autre témoin phare de la journée. Lui aussi cité par la défense, et lui aussi présent au procès de Pau (Pyrénées-Atlantiques) en juin 2014, il salue l'accusé, son ami, son «confrère», en ces termes: «J'aurais envie de m'asseoir à côté du Docteur Bonnemaison. Moi aussi j'aurais pu me retrouver sur ce banc...»

Frédéric Chaussoy est le médecin de l'affaire Vincent Humbert, ce jeune qui, malgré sa tétraplégie, avait écrit au président Chirac pour demander «le droit de mourir» et qu'il avait aidé à «rejoindre son paradis blanc» en 2003. Mis en examen pour «empoisonnement avec préméditation», le praticien avait finalement bénéficié d'un non-lieu.

Il raconte cette singulière histoire, décrit les circonstances qui l'ont conduit au choix d'injecter du chlorure de potassium à ce garçon à l'agonie. Puis il souligne: "Comme Nicolas Bonnemaison, j'ai voulu accompagner jusqu'au bout du bout mon patient. Pourquoi l'un s'est retrouvé avec un non lieu, l'autre en cour d'assises ?» Et d'insister: «Nous sommes des médecins de la vie, pas de la mort. Moi aussi, j'ai franchi la ligne jaune. Si je l'ai fait, ce n'était pas pour tuer, mais pour soulager. Comme moi, le Docteur Bonnemaison n'est pas un assassin, pas un empoisonneur.»
Emu, Frédéric Chaussoy s'est alors tourné vers lui: «Nicolas, non seulement tu es un bon médecin, mais un homme bon. Toi qui a voulu rendre à tes patients leur dignité, j'espère que la cour d'assises, au nom du peuple français, saura te rendre la tienne.
Des militants ont  également été appelés de Belgique pour témoigner de ce qui se fait ailleurs en matière de fin de vie. Un aspect inattendu de la mondialisation...

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