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vendredi 4 mars 2016

Fessenheim, centrale nuléaire prise en otage par des élections allemandes

Les écolos allemands en campagne s'en prennent à la centrale nucléaire française

Et la presse française se plaît à relayer le complot des 'Grüne'
 
"Pourquoi l'avenir de la centrale de Fessenheim divise autant," titre L'Express, complice de dénigrement. "Bras de fer entre la France et l'Allemagne autour de la centrale de Fessenheim" (Le Figaro), "au centre de crispations", minimise Le Monde. Sur les deux rives du Rhin, les écolos radicaux instrumentalisent la promesse du candidat Hollande de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Promoteurs et détracteurs s'affrontent depuis des années maintenant. La dernière salve est venue d'Allemagne. Un incident survenu en 2014 à la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) s'est avéré plus important qu'annoncé, l'un des deux réacteurs n'étant "momentanément plus contrôlable", affirment vendredi deux media allemands. Mais quandla presse française -paresseuse et complice- relaie l'information sans aucun décryptage du contexte, alors les blogs s'y collent... 

Ce vendredi, la ministre fédérale allemande de l'Environnement a appelé à sa fermeture, "le plus vite possible". 
Un soutien de poids pour les anti-nucléaires, qui se sont fait un plaisir de commenter la position allemande dans les media pour appuyer la demande venue de l'autre côté du Rhin. Or, cette ministre a un nom, Barbara Hendricks, 63 ans, et l'information permet d'y voir plus clair dans la cabale allemande. Si on passe outre son homosexualité, elle est social-démocrate (SPD) et, lorsqu'elle a pris ce poste en 2013, son ministère s'est vu retirer les énergies renouvelables au profit du ministre de l'Economie. Le 12 janvier 2015, elle a déjà écrit à Ségolène Royal pour demander la fermeture de Fessenheim...
"En cas d’accident nucléaire à Fessenheim, les vents dominants pousseraient une grande partie des retombées radioactives vers l’Allemagne. Nos voisins d’outre-Rhin ont donc de bonnes raisons de suivre de près la concrétisation de la promesse de François Hollande de mettre à l’arrêt la doyenne de nos centrales !C’est en ces termes que B. Hendricks se faisait le relais des préoccupations de ses concitoyens vivant près de la centrale.
Quels sont les arguments avancés par chacune des parties? 

La centrale de Fessenheim, en fonction depuis près de 40 ans, doyenne du parc français, n'est effectivement plus toute jeune, mais a été scrupuleusement entretenue. Les travaux ont été lancés en 1970 et sa mise en service a eu lieu dès 1977. A ce jour, près de 900 employés y travaillent, soit 700 personnels EDF et 200 personnels sous-traitants. En tenant compte des emplois liés indirectement à l'activité de la centrale, le nombre de personnes potentiellement concernées par la fermeture dépasserait donc le millier et les autorités ne peuvent ignorer l'impact d'une fermeture sur l'économie régionale. Lors des débats de la campagne de 2012 sur les emplois, Jean-François Copé, par exemple, avait opposé cet argument au candidat Hollande, donnant lieu à une scène pour le moins surprenante. 

La campagne électorale est l'occasion de relancer la polémique 

La France n'est pas la seule à bénéficier de la production de Fessenheim. L'Allemagne y détient une participation de 17,5% (Energie Bade-Wurtemberg, contrôlé par l'État régional) et la Suisse de 15% (Alpiq, Axpo et BKW), ce qui leur donne droit à une part équivalente de la production et intéresse ainsi trois états. Mercredi, le canton suisse de Genève, frontalier de la France, avait porté plainte pénale contre X "pour mise en danger d'autrui et pollution des eaux," mais concernant la centrale nucléaire française du Bugey où elle n'a aucune part: le propriétaire est EDF.
Mais, depuis de nombreuses années, les écologistes français, allemands et suisses nient l'aspect économique pour en faire un enjeu environnemental... Ils dénoncent sa vétusté et les critiques ont pris une nouvelle dimension après la catastrophe de Fukushima, bien que le tsunami impliqué au Japon en 2011 ne représente aucun risque sur les bords du Rhin.
Question vétusté, la durée d’amortissement est une donnée purement comptable, qui n’a rien à voir avec la durée de vie technico-économique. Si le principe de précaution a prévalu avec Fessenheim (20 ans), car il s’agissait d’une tête de série, cette estimation a été portée à 30 ans avec le reste de la série, puis à 40 ans, quand on a jugé que ces centrales, moyennant une maintenance adaptée, pouvaient durer nettement plus (50 à 60 ans). Et la ministre socialiste de l’Environnement, de l’énergie et de la mer, Ségolène Royal, a donné dimanche 28 février son accord pour prolonger de dix ans la durée de vie des centrales nucléaires françaises, qui passerait ainsi de quarante à cinquante ans.
Les partisans d'une fermeture immédiate jouent sur les peurs et dressent un tableau apocalyptique dénonçant des incidents -majorés- à répétition, ainsi que des risques -fantasmés- de tremblement de terre et d'inondation, l'installation étant construite sur une zone sismique et en contrebas du Rhin. Or, il y a un hic: "On ne peut pas démontrer qu’elle est dangereuse en cas de séisme, mais on ne pas démontrer non plus qu’elle est sûre", admet Jean-Marie Brom, directeur de recherches au CNRS, mais un anti-nucléaire historique et vétuste. 
Il s'est d'ailleurs fait contrer sur des déclarations partisanes, considérant par exemple sa rentabilité sur une année où la centrale avait produit 7,2 TWh, alors que la production annuelle moyenne sur 33 ans est de 10,6 TWh: même si elle fonctionne correctement, il raconte qu’elle fonctionnerait moins bien que les autres. Et tout à l'avenant.
Or, si la Cour des Comptes est fiable, et elle l'est pour ce qui la concerne, sur la production moyenne, Fessenheim dégage au moins 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, les coûts de combustible et de provisions pour démantèlement représente de l’ordre de 100 millions d’euros, la centrale injecte entre 100 et 200 millions d’euros dans l’économie locale.
Les élections législatives régionales se tiennent le dimanche 13 mars 2016 dans le Bade-Wurtemberg. 
Au-delà des déclarations de la ministre de l'Environnement allemande, deux media ont attendu la campagne pour diffuser ce vendredi 4 mars 2016 l'information qu'un incident nucléaire survenu en 2014 se serait avéré plus important qu'annoncé. Du fait d'une fuite d'eau ayant endommagé des dispositifs électriques, l'un des deux réacteurs de la centrale avait dû être arrêté en urgence via un dispositif rarement utilisé, a expliqué le physicien nucléaire français... Jean-Marie Brom !
Ce militant de longue date pour la fermeture de Fessenheim juge toutefois "très exagérée" cette vision d'un réacteur "incontrôlable", telle que décrite par la presse allemande. EDF, de son côté, a fait valoir les nombreux travaux de modernisation réalisés.

L'autorité de la sûreté nucléaire n'a pas tardé à réagir aux accusations de vétusté.
Sophie Letournel, chef de la division de Strasbourg de l'ASN, a estimé qu'"il n'y a pas de raison de fermer" actuellement la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) "du point de vue de la sûreté nucléaire". "Fessenheim est tout à fait dans la moyenne de l'appréciation que l'ASN porte sur les centrales nucléaires françaises - c'est-à-dire que c'est globalement satisfaisant", a-t-elle poursuivi. 
"Nous avons toujours des points à redire, c'est notre rôle de gendarme", explique Sophie Letournel, mais elle tient aussi "à séparer les enjeux environnementaux et les considérations plus politiques. S'il n'y a selon elle aucune raison de fermer cette centrale au plus vite, elle observe tout de même que des décisions de politique énergétique relevant du gouvernement "peuvent conduire à des choix différents". 

Ainsi la position de Ségolène Royal a-t-elle évolué. Après avoir mis la pression à EDF en lui fixant un ultimatum à la fin juin 2016 pour déposer officiellement une demande de fermeture de deux réacteurs de la centrale nucléaire alsacienne, en contrepartie obligatoire à la mise en service de l'EPR de Flamanville, sept mois plus tard, elle a repoussé l'âge de départ à la retraite de la centrale de Fessenheim, comme on l'a vu plus haut.
Où en est donc la promesse de François Hollande au groupe de pression anti-nucléaire ? En 2012, le candidat s'était en effet engagé sur l'arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim  et sur la réduction de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production électrique française. Pour le moment, il faut s'en tenir à la loi de transition énergétique qui prévoit la fermeture de deux réacteurs nucléaires -pour l'heure non désignés- après la mise en service de l'EPR de Flamanville. Reste qu'elle n'est pas attendue avant la fin de l'année 2018. Et qu'en l'état, EDF demeure en capacité de choisir d'autres réacteurs nucléaires que ceux situés dans le Haut-Rhin. C'est pour cette raison que Ségolène Royal a mis la pression sur l'entreprise dès octobre 2015. Avant de changer son fusil d'épaule et de provoquer une nouvelle poussée d'urticaire chez les anti-nucléaire...

Le rôle partisan de la presse allemande en campagne


Sur leurs sites, le journal Süddeutsche Zeitung et la chaîne locale WDR reviennent sur  l'incident du 9 avril 2014 qui a, selon eux, conduit à "une suite d'échecs techniques et de chaos" durant lesquels le réacteur 1 "n'était momentanément plus contrôlable." En revanche et selon le HuffPost, aux yeux du ministère allemand de l'Environnement, chargé de la sécurité nucléaire, la France ne s'est rendue coupable d'aucun manquement dans ce cas particulier. Et selon l'Allemagne, la classification par les autorités françaises de l'incident en niveau 1 –sur une échelle qui en compte 8 de gravité des incidents nucléaires– "était justifiée".

Après avoir rappelé que le contexte est électoral, il suffit d'indiquer que le Süddeutsche Zeitung est de tendance centre gauche et que la WDR est une chaîne de radio de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land de Barbara Hendricks, la ministre SPD de l'Environnement.

Selon Claude Brender, le maire de Fessenheim, cette annonce deux ans après les faits ressemble fort à une tactique politique des maires du Bade-Wurtemberg, où se déroulent dimanche des élections législatives.
VOIR et ENTENDRE le maire de Fessenheim parler de manœuvre politique des maires allemands de la région:



La centrale de Fessenheim ne fermera pas avant 2018. 

François Hollande avait promis cette fermeture pour la fin de 2016, dans un premier temps, puis "à l’horizon de la fin du quinquennat", soit au printemps 2017.
Ce sera avant la dernière centrale allemande, en 2022.

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