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jeudi 17 mars 2016

Brésil: Dilma Rousseff aggrave le cas de Lula, ex-président marxiste corrompu

Une écoute téléphonique compromet l' "opération Lula" de la présidente Dilma Rousseff

Des manifestations d'indignation ont éclaté mercredi soir au Brésil
 

 Hollande a reçu Dilma Rousseff à dîner
à l'Elysée, dès le 11 décembre 2012
La diffusion d'une écoute judiciaire met en effet en cause la présidente Dilma Rousseff. La présidente du Brésil a en effet nommé l'ex-président Lula au poste de "chef de cabinet du gouvernement" avec l'intention de lui éviter la prison.

En charge de l'enquête sur le scandale de corruption Petrobras, le juge fédéral Sergio Moro, a  rendu public l'enregistrement - juste "embarrassant", selon Le Monde -  d'une conversation téléphonique entre D. Rousseff et Lula, intervenue peu après la nomination de ce dernier au gouvernement à la mi-journée. L'information a mis le feu aux poudres dans la soirée.

La présidente y informe son prédécesseur (2003-2010) et mentor politique et syndical qu'elle va lui faire parvenir rapidement son décret de nomination. "Ne t'en sers qu'en cas de nécessité", lui dit-elle.

Une nomination au gouvernement pour permettre à Lula d'échapper à la justice

Etreinte entre Hollande et Lula
(ambassade de France au Brésil, le 12 décembre 2013)
Cet extrait a  ainsi apporté la preuve de la volonté du pouvoir de protéger le camarade Lula d'un éventuel placement en détention imminent dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.
Une fois ministre, Lula bénéficie en effet d'un statut privilégié et ne peut plus pénalement répondre de ses actes que devant le Tribunal supérieur fédéral.

Le juge Moro avait fait interpeller brièvement le 4 mars à son domicile pour un interrogatoire sur des soupçons de "corruption" et de "blanchiment d'argent".

Dans d'autres écoutes téléphoniques, Lula dit s'attendre à une opération de la police lundi prochain à son domicile de Sao Paulo.

Colère des démocrates
Ce rebondissement a provoqué une bronca au Congrès des députés et au Sénat où les parlementaires indignés de l'opposition criaient le poing levé "Démission ! Démission !"

Dans la soirée, des milliers de Brésiliens en colère ont afflué devant la présidence de la République à Brasilia et dans la capitale économique Sao Paulo. Des concerts de casseroles ont retenti dans plusieurs quartiers de Rio de Janeiro.
Sao Paulo, le 16 mars 2016
A Sao Paulo, la foule s'est massée sur la grande avenue Paulista, au pied du gratte-ciel abritant la puissante Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp), illuminé aux couleurs nationales vert et jaune et barré d'une énorme inscription: "Impeachment (mise en accusation) maintenant".

La présidence riposte en menaçant le juge de représailles judiciaires
La présidente brésilienne a réagi en annonçant que des "mesures judiciaires et administratives" seront prises pour "réparer la flagrante violation de la loi et de la Constitution commise par le juge" Moro.
La présidence a soutenu que Dilma Rousseff avait fait parvenir à Lula son décret de nomination uniquement pour qu'il le signe et qu'il devienne officiel, puisqu'il avait indiqué qu'il ne serait sûrement pas présent à Brasilia pour la prise officielle de fonction prévue ce "jeudi". Or, le ministre de la Maison civile Jaques Wagner, qui a cédé son poste à Lula, avait déjà précisé dans la matinée que son successeur serait investi "mardi" prochain.

Empêtrée dans une crise politique majeure et personnellement visée par une procédure parlementaire de destitution, 
la présidente avait publiquement appelé son mentor à la rescousse vendredi dernier.

Successeur de Cardoso, un centre-gauche qui prit des mesures économiques libérales, tout en se réclamant de la social-démocratie (suivez mon regard!), Lula aurait présidé au miracle socio-économique des années 2000, selon le monde marxiste, mais l'économiste américain Jeffrey Sachs estimait en 2004 qu' "une grande partie du mérite du redressement du Brésil revient non à Lula mais à son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso, président du Brésil de 1995 à 2000". Lula a pourtant une stature politique et une réelle capacité de négociation qui, au moment où sa coalition parlementaire menace d'imploser, fait cruellement défaut à la potiche qu'il a lui-même placée à présidence.

Samedi, pilier de la majorité parlementaire au pouvoir, le parti centriste PMDB, s'est donné 30 jours pour décider ou non de claquer la porte du gouvernement. Ce parti, éclaboussé lui aussi au plus haut niveau par le scandale Petrobras, est divisé entre pro et anti-gouvernement, chaque jour plus nombreux à mesure que le navire présidentiel sombre.

"L'arrivée de Lula va renforcer mon gouvernement", avait cru pouvoir se féliciter Mme Rousseff dans la soirée, avant que n'éclate la bombe de l'écoute téléphonique.
Du coup, de nombreux internautes avaient ironiquement repris en boucle sur les réseaux sociaux une célèbre phrase prononcée par Lula en 1988 quand il était syndicaliste: "Au Brésil, quand un pauvre vole, il va en prison. Quand un riche vole, il devient ministre !"

L'opposition avait dénoncé une manoeuvre "scandaleuse".
Royal avait applaudi à l'élection de Rousseff
"Au lieu de donner des explications et d'assumer ses responsabilités, l'ex-président Lula a préféré fuir (la justice ordinaire) par la porte de derrière", a lancé le député Antonio Imbassahy, chef du groupe parlementaire du Parti sociale-démocrate brésilien (PSDB, centre-droit), la principale formation de l'opposition. "C'est un aveu de culpabilité et une gifle à la société. La présidente, en l'invitant, se fait son complice. Le chapitre final de cette histoire sera la destitution" de Dilma Rousseff, a-t-il pronostiqué.

En marge du chaos, le Tribunal suprême a fixé mercredi les règles du cheminement de la procédure de destitution lancée en décembre contre la présidente de gauche à l'initiative de l'opposition de droite sur la base de sa forfaiture. La haute juridiction a déclenché la reprise des hostilités au parlement dans un climat explosif.
Quid de l'accusation contre Lula ?
En février 2011, le ministère public brésilien réclame l'ouverture d'une procédure contre Lula da Silva pour utilisation irrégulière de fonds publics et demande le gel de ses avoirs. Lula est accusé d'avoir utilisé des fonds publics pour financer une campagne de promotion politique en 2004, pour un coût estimé à quatre millions d'euros.
Le 4 mars 2016, alors qu'il est soupçonné d'avoir bénéficié d'un système de corruption dans le cadre du scandale Petrobras, son domicile de São Paulo est perquisitionné. Lula est ensuite arrêté et placé en garde à vue. Le procureur Carlos Fernando dos Santos Lima indique qu'il a reçu "beaucoup de faveurs" de grandes entreprises du bâtiment accusées dans cette affaire, notamment 30 millions de reais (huit millions de dollars) de dons et d'honoraires; le procureur affirme que la fondation de ce marxiste, l’Institut Lula, a été en grande partie financée par ces entreprises. Il est ensuite soupçonné de blanchiment d'argent et de falsification d'identité afin de dissimuler la possession d'un appartement sur le front de mer.
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Et le scandale Petrobras qui accable sa protégée, Dilma Rousseff ?
Le scandale de corruption Petrobras, qui implique son mouvement politique, le Parti des travailleurs, fondé par Lula, affecte durablement sa popularité. En août 2015, entre 400.000 et 600.000 manifestants descendent dans la rue pour demander sa destitution et sa cote de popularité tombe à 8 %. Deux mois plus tard, en octobre 2015, l'hypothèse de sa destitution est renforcée par les préconisations du Tribunal des comptes de l'Union, qui appelle les parlementaires brésiliens à rejeter les comptes publics de l'État de 2014 au motif qu'ils auraient été sciemment entachés d'irrégularités, ainsi que par la relance d'une enquête judiciaire sur sa campagne présidentielle de 2014. Plusieurs de ses soutiens politiques et collaborateurs sont arrêtés.
Une procédure de destitution à son encontre est déclenchée le 2 décembre 2015. Alors que Lula est également accusé de corruption et de blanchiment d'argent, Delcidio do Amaral, sénateur du Parti des travailleurs, affirme début mars 2016 que des pots-de-vin provenant de contrats surfacturés liés à la construction du barrage de Belo Monte(Amazonie) ont servi au financement des campagnes de Dilma Rousseff en 2010 et 2014, ce qui fragilise un peu plus la position politique de celle-ci. Le 13 mars 2016, plus de trois millions de Brésiliens manifestent pour réclamer son départ de la présidence.

La fabrique d'un mythe
En 2011, Lula reçoit le prix Lech-Wałęsa "pour avoir fait des efforts pour réduire les inégalités sociales et avoir été l'avocat d'une compréhension pacifique et d'un partenariat entre les nations, en particulier en renforçant la position des pays en développement dans le concert des nations."
Le journal Le Monde a désigné Lula "personnalité de l'année en 2009" et le 27 septembre 2011, Sciences Po Paris lui remet le titre de Docteur honoris causa. 

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