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lundi 26 septembre 2011

Le Sénat penche-t-il du côté où il va tomber ?

Jean-Claude Gaudin : "L'indiscipline nous a coûté des sièges"

La droite perd la majorité au Sénat, à deux sièges près


Hollande, éperdu, arrive au Sénat,
le 25 septembre au soir


A sept mois de la présidentielle, la gauche a remporté hier une victoire aux élections sénatoriales , faisant basculer - en nombre de sièges - la chambre haute du Parlement dans son camp. Elle était attendue, au vu des élections précédentes: les opposants aux réformes imposées par la crise avait enregistré une nette progression, dès 2008 avec les municipales, puis en 2010 avec les régionales.

La tendance s'est dessinée hier en Indre-et-Loire.
Hier, à 19h18, les résultats des élections sénatoriales dans ce département ont vu la droite perdre un siège. Il suffisait donc d'un seul siège pour que la coalition composée de socialistes, écologistes, communistes et radicaux obtienne la majorité absolue à la Haute-Assemblée: la majorité disposait seulement d'un des six sénateurs.

En faisant basculer la première chambre du Parlement dans son camp, pour la première fois de la Ve République, la gauche remporte un succès d'une courte tête, n'assurant pas un équilibre stable, mais constituuant un avertissement politique à sept mois de la présidentielle. Les principaux responsables socialistes en ont immédiatement enregistré l'augure, comme l'a montré le déferlement au Sénat de candidats aux primaires du PS qui doivent désigner le mois prochain celui ou celle qui se lancera dans la course à l'Élysée. François Hollande, actuellement en tête dans les sondages, y a ainsi vu " une décomposition du système Sarkozy ", " prémonitoire " pour 2012.

Deux candidats socialistes à la présidence du Sénat se sont d'abord déclarés
Jean-Pierre Bel (1951), ancien militant de la LCR et sénateur de l'Ariège, sera le champion de François Hollande;
Catherine Tasca sera soutenue par les aubrystes, mais la Ch'tite Brochen-Aubry retirera sa candidate si Bel venait à peiner face à Gérard Larcher pour la majorité. La pouliche de la maire de Lille a d'ailleurs annoncé mardi matin (27 septembre) qu'elle renonçait à se présenter " parce qu'aucune voix ne doit manquer pour la nouvelle majorité . "

C'est dire si le basculement claironné n'est encore qu'une oscillation.
Pourtant, Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat, fait courir le bruit parmi plusieurs proches qu'il aurait passé un accord avec Jean-Pierre Raffarin pour que - dans l'hypothèse d'un faible écart de voix entre la gauche et la droite - l'ancien Premier ministre appelle discrètement la vingtaine de sénateurs qui lui sont fidèles à voter pour le socialiste, afin de faire échouer la reconduction de l'UMP Gérard Larcher à la présidence du Sénat.
En pleine année d’élection présidentielle, ce coup serait une trahison intraçable: les élections à la présidence du Sénat sont un scrutin à bulletin secret.


L'échec de Bel résonnerait comme un glas pour l'opposition
Le sénateur se dit fort du soutien de tous ses partenaires de la nouvelle majorité sénatoriale, écologistes, communistes et radicaux de gauche. " Le groupe a décidé de voter Jean-Pierre Bel dès le premier tour, pour que la majorité de gauche s'exprime pour le candidat le mieux à même de gagner , a confirmé Nicole Borvo Cohen Seat, réélue présidente du groupe CRC (communiste). Selon l'intox du PCF, les communistes du " Front de gauche connaissent des progressions très sensibles, comme dans le Lot, l'Orne, les Hautes-Pyrénées, le Jura, les Pyrénées-Orientales et le Loir-et-Cher, où ils n'avaient pas d'élu et n'en ont toujours aucun !...
Mais l' Union centriste doit encore se réunir mardi après-midi de même que les radicaux du groupe Rassemblement démocratique et social européen (RDSE en majorité constitué d'élu du parti radical de gauche - PRG - de Jean-Pierre Baylet) mercredi.

Jean-Pierre Bel, un illustre inconnu

Cet inconnu du grand public pourrait prendre la président du Sénat le 1er octobre 2011.
Homme du terroir, dont le bagage universitaire est léger, Jean-Pierre Bel est un sexagénaire né dans une famille ancrée à gauche, résistante et communiste du Tarn. Maire en 1983 d'un petit village pyrénéen, ce trotskiste de coeur adhère au parti socialiste. Son beau-père, le socialiste Robert Naudi, l'engage en 1986 dans son cabinet du Conseil général de l'Ariège dont il est ...le président ! Sa rencontre avec le trotskiste Lionel Jospin, lui fera gravir les autres échelons du PS : d'abord dans la fédération de l'Ariège, puis dans la région Midi-Pyrénées. Il est ensuite promu secrétaire national aux fédérations (1994-1997), puis secrétaire national aux élections (1997-2000). Lors de la campagne présidentielle de 2007, il a élaboré le projet PS de réforme des institutions.
Parallèlement, il est élu sénateur socialiste de l'Ariège en 1998. Après les élections sénatoriales du 26 septembre 2004, il succède à Claude Estier (de sensibilité communiste) au poste de président du groupe du Sénat. En 2008, il est réélu sénateur de l'Ariège avec 76,21 % des suffrages au premier tour. Homme du Sud-Ouest, il soutient le "Corrézien" François Hollande, candidat à la primaire socialiste pour les élections présidentielles de 2012.
En mars 2010, le sénateur Bel se fit séquestrer par quatre harkis désespérés d'une cinquantaine d'années qui le menacèrent de mort dans son bureau de Foix et exigèrent des logements et la dissolution de la mission interministérielle dédiée aux harkis.

Trois questions au Maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, l'un des poids-lourd du Sénat : vice-président, il dirige le groupe UMP.

- Vous pronostiquiez une progression d'une douzaine de sièges pour la gauche, elle en obtient plus que les 23 qui lui étaient indispensables pour l'emporter. Que s'est-il passé ?
Jean-Claude Gaudin : Nous nous attendions effectivement à une forte poussée de la gauche, en raison de ses gains aux municipales de 2008 sauf à Marseille, aux dernières régionales, aux cantonales... On savait que ce serait serré mais nous pensions que pour les 23 sièges, elle n'y arriverait pas. Eh bien, elle l'a fait ! Cela s'explique par de multiples facteurs : les élections passées, bien sûr, mais aussi la grande crise financière et économique que nous traversons. Nous devons demander des efforts aux Français et, parfois, ils ne tiennent pas trop à les faire. Cela a une traduction électorale.

- Les divisions à droite ont également joué, par exemple à Paris...
J.- C. G. : Il est clair aussi que l'indiscipline de certains membres de la majorité présidentielle nous coûte quelques sièges. Par exemple, on en perd un dans la Manche à cause d'une dame du Nouveau Centre qui a maintenu sa liste jusqu'au bout, alors que nous lui avons encore demandé ce dimanche de se retirer. Au final, elle est battue et la droite perd la Haute-Assemblée de deux voix...

- Le Sénat est une maison compliquée. Une surprise est-elle envisageable samedi prochain ?
J.- C. G. : Évidemment, ce n'est pas un soir de fête pour nous... Mais il est exact que le vote n'est pas consommé. Gérard Larcher se présentera et comme c'est à bulletin secret, des voix peuvent se manifester par amitié ou encouragement là où on ne les attend pas. Je le soutiens donc totalement. Comme nous continuerons à soutenir l'action du gouvernement, avec la force de ce qui sera le groupe le plus important du Sénat.

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