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dimanche 7 février 2016

L' "affaire Amine": un "collabeur" met le PS en porte-à-faux idéologique

L’élu PS Amine El Khatmi, lynché par la " muslimsphère" sur Twitter

Adjoint au maire d'Avignon, Amine El Kahtmi, est catalogué "collabo", "traître", "esclave"

Dernière insulte en date, "collabeur" vient étoffer le stock: "carpette", " kapo" ou "Beur de service"… Le mot de "harki", utilisé comme synonyme de "traître", est l’un de ceux qui reviennent le plus pour le stigmatiser, lui dont les parents marocains, nés respectivement en 1952 et 1963, et arrivés en France dans les années 1980, n’ont pourtant rien à voir avec la guerre d’Algérie. Comme les précédentes, cette référence signale juste l'appartenance des agresseurs à la gauche extrême, anticolonialiste haineuse et revancharde, ou simplement subversive.

Son allure européenne et moderne le distingue de ses semblables en religion: Amine El Khatmi, 28 ans, apparaît comme "un pur produit de la méritocratie républicaine" ou comme "l’exemple de l’intégration réussie". Il a grandi dans la Cité des papes, dans le quartier défavorisé de la cité de la Reine-Jeanne au nord d’Avignon, mais a pourtant su tirer tout le parti de l'école obligatoire pour tous jusqu'à la fac de droit. Or, depuis qu'il est maintenant élu socialiste et adjoint au maire de la capitale du Vaucluse et membre du conseil national du PS, il vit un cauchemar, au point que la politique à laquelle il se consacre depuis ses années de lycée ne sera jamais plus, pour lui, comme avant.

Son tourment a commencé lorsqu'il a posté "une banalité" sur son compte Twitter, le vendredi 22 janvier

La twittosphère s'est livrée à son lynchage pour avoir critiqué les revendications communautaristes de certains musulmans
, dans la quasi indifférence d'un Parti socialiste ambigu sur la question de la laïcité. Une voix les voix des électeurs engrangées, les socialistes n'apportent qu'un soutien du bout des lèvres à leurs élus.

L’émission "Des paroles et des actes" sur France 2 désigna une personne du public pour interpeller Alain Finkielkraut. Présentée par le journaliste David Pujadas (qu'une femme, Delphine Ernotte, projette de bientôt remplacer par une femme,  la franco-libanaise Léa Salamé) comme "enseignante", "encartée dans aucun parti" et "de confession musulmane", elle s'en prit violemment à l'académicien, sémite comme elle, tenant un discours communautariste militant désignant les musulmans comme principales victimes du racisme en France. "Vous vous êtes octroyé le droit de parler de l’islam et des musulmans alors que vous n’en avez ni la compétence ni la légitimité", lança  au philosophe l’enseignante sélectionnée par la chaîne de service public. Et l'antisémite, invitée du débat contradictoire, de conclure: "Il y a une vidéo qui tourne sur vous sur Internet où vous criez -dans " Ce soir ou jamais " en 2013- à M. Dafri - scénariste - 'Taisez-vous, taisez-vous'. Je vais vous dire moi, pour le bien de la France, je vous dis la même chose : taisez-vous monsieur Finkielkraut.

La jeune invitée , Wiam Berhouma, est militante du Parti des indigènes de la République,
 
ce que France 2 ne pouvait ignorer. Sur Twitter, elle affiche aussi son extrémisme partisan: "Consultez la fachosphère, ils savent visiblement mieux que moi !" L'interpellation promettait donc de virer au caillassage. Pour leur défense, les pro du service public ont fait usage de leur mauvaise foi coutumière: "Le producteur de Des paroles et des actes m'a dit que Wiam Berhouma les a roulés dans la farine," rapporte Alain Finkielkraut.
"Lutter contre toutes les formes de domination impériale, coloniale et sioniste qui fondent la suprématie blanche à l’échelle internationale" est la raison socio-politique des Indigènes de la République dont l'égérie reste Houria Bouteldja, ci-contre, dont la hargne envers les Français "blancs", qu’elle appelle les "souchiens", jeu de mots entre 'souche' et 'chiens'". L’AGRIF (L’Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et chrétienne) a porté plainte devant le tribunal de Toulouse, contre elle quand le parti était encore une association et elle a été mise en examen pour avoir proféré une injure raciale à l’égard des Français.

Marianne a accusé le mouvement de distiller un discours fondé sur "la rancœur et la haine". 
Dès le 9 Mai 2008, l'hebdomadaire dénonça leur racisme anti-Blancs: "Les Indigènes créent un parti anti-«souchiens»" Les confrères de France 2 écrivaient: "Lors de son défilé du 8 mai, ce mouvement communautariste a appelé à la création d'un parti politique. Histoire de lutter contre la "suprématie blanche et chrétienne" (sic) !". LIEN

VOIR et ENTENDRE la prise à partie de l'invité par la contradictrice choisie par France2:


Cette dame est donc en contact direct et quotidien avec des jeunes vulnérables et influençables que lui confie le ministère de Najat Vallaud-Belkacem. Les réseaux sociaux sont à juste titre incriminés, tandis que le prosélytisme des imams est passé autant que possible sous silence, comme le rôle des écoles coraniques et des établissements scolaires musulmans, mais l'endoctrinement de la jeunesse de France par des professeurs militants, laïcs et de toutes origines et confessions, n'est jamais évoqué. Il n'est que temps.

La télévision est visiblement un terrain privilégié des opérations de déstabilisation. 
Cette polémique a en effet repris quand, quelques jours plus tard, un incident similaire a entretenu le conflit du fait de l'émission Le Supplément, où un invité sorti de derrière les fagots (qui s'avéra islamiste) se présenta comme un "musulman normal" mais se refusa à condamner Daesh, démontant ainsi une arme de la gauche qui accuse de racisme tous ceux considérant que les musulmans sont tous les mêmes. Lien PaSiDupes: "Etat d'urgence: Vallaud-Belkacem "un peu gênée" par le refus d'un salafiste de condamner Daesh"

Les réseaux sociaux vé
hiculent cette idéologie raciste
Et le Parti des Indigènes de la République justifie l'Etat islamique.

Les réseaux sociaux n'ont pas laissé passer ce traquenard orchestré par Michel Field et Vincent Meslet 

Amine ne se sent pas d’atomes crochus avec Finkielkraut, dont il ne partage pas " la vision apocalyptique ". Il a seulement éprouvé à ce moment-là le besoin de rappeler que lui, d’origine maghrébine, musulman, citoyen français et de surcroît élu de la République, pratique sa religion dans la sphère privée, mais que, dans la sphère publique, la loi républicaine l’emporte sur les autres considérations. Sur Facebook, il a expliqué être offusqué par "la violence" du discours de Wiam Berhouma, dans lequel il ne se reconnaît pas, et en avoir assez que " l’espace médiatique soit envahi par des gens qui n’ont plus que des revendications communautaristes ou religieuses à la bouche ". Aujourd’hui, il constate : "Ce que j’ai dit était on ne peut plus banal. C’était simplement un message républicain, proféré en République. Et ça a été la déferlante."

En quelques jours, le compte Twitter d’Amine El-Khatmi devient le coeur de cible d’un tir croisé d’insultes et de soutiens.
 
Les agresseurs proviennent surtout d’identitaires arabo-musulmans. Son adresse postale, puis celle de sa mère, sont mises en ligne quelques heures avant d’être effacées. Un utilisateur connu pour s’afficher en soutien de l’organisation Etat islamique (EI) et qui a apposé à son profil Twitter la photo d’Al-Baghdadi, le " calife " autoproclamé de l’EI, a, de son côté, réclamé dans un tweet que lui soit communiquée " incessamment " l’adresse postale d’Amine El-Khatmi. "Là, j’avoue que ça m’a fait flipper", note sobrement la cible, qui se dit décidé à déposer une plainte.

Un spécialiste des réseaux sociaux s’est aussitôt penché sur le cas d’Amine El-Khatmi. Nicolas Vanderbiest, doctorant à l’Université catholique de Louvain, dresse des cartographies de liens entre les comptes Twitter qui permettent de décoder les phénomènes et les techniques de lynchage sur Internet. La "muslimsphère", ainsi que les experts nomment les sites identitaires musulmans en ligne, est aujourd’hui, selon lui, "le collectif identitaire le plus organisé en réseaux pour se mobiliser sur un sujet ou une personne à un moment particulier".
Historiquement le mouvement le plus actif sur les réseaux, avec les écologistes radicaux, les féministes ont été supplantées par la fachosphère et la muslimsphère, qui agissent différemment: " La fachosphère est plus sur des thèmes, moins dans le bashing à l’encontre d’une personne", analyse N. Vanderbiest. Il note que la campagne contre Amine El-Khatmi n’est pas d’une ampleur exceptionnelle. "Il y a cette fois plus de soutiens que d’attaques, et j’ai déjà vu la muslimsphère s’activer bien plus. Mais l’effet est le même : donner à la victime, à partir d’un réseau de quelques centaines de comptes Twitter, le sentiment que le monde s’abat sur lui. On le transporte dans un espace public et il ne peut pas répondre directement."
De l'avis du préfet Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), qui a soutenu publiquement l’élu avignonnais, "cette ostracisation orchestrée crée un dommage collatéral: elle vous présente comme étant un facteur de trouble ou d’embarras dans votre propre groupe, qu’elle fragilise en le divisant. C’est une logique perverse". En l’occurrence, le lynchage a fait apparaître Amine El-Khatmi comme non consensuel dans son " groupe " à lui,  le PS. Il affiche une position qui fâche une partie des citoyens. Il attire des ennuis. Il aurait "cherché à se faire remarquer", murmurent certains.  
Alors que le hashtag " #JeSoutiensAmineElKhatmi " prend de l’ampleur sur le fil Twitter, Amine reçoit des encouragements isolés de camarades et responsables politiques du PS. Il se voit aussi défendu pour d’autres raisons par des sympathisants du Front national ou de la galaxie d’extrême droite, qui connaissent bien le phénomène pour en souffrir pareillement, harcelés par d’autres Beurs et pas que ! " Moi j’aimes pas les arabes, mais la je te soutient - sic - ", affirme un tweet d'illettré apparent, pour faire vrai. Mais le grand absent des innombrables témoignages de soutiens est la direction du Parti socialiste.

Le 26 janvier, à 13 h 44, Amine El-Khatmi s’en désole par écrit auprès de la responsable de la communication du PS : "Je suis désolé de voir que c’est la droite et la fachosphère qui montent au créneau pour me défendre, alors que mon propre parti est silencieux", lui écrit-il.  Réponse laconique et glacée à 13 h 58 : " Je vois ça." Puis, rien. Le 27, il réitère sa demande, en vain.

Le Parti socialiste ne fait pas de zèle dans la défense de son élu 

Le 28 janvier, Najat Vallaud-Belkacem est la seule du gouvernement à entrer dans l’arène. 
"Le harcèlement et les menaces qui visent Amine [...] sont inacceptables", tweete, en langue de bois, la ministre de l’Education
Des écologistes et des socialistes font entendre leur voix, dont le député PS du Cher, Yann Galut, qui s’adresse sur Twitter au premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis : 


Le même jour, en toute fin de soirée, Amine El-Khatmi reçoit un message de la chargée de presse l’informant qu’ "un communiqué sortira demain matin". Le 29 janvier, le Parti socialiste clame en effet dans un tweet son indignation soudaine et clairement de pure forme: "La campagne contre @**** est inacceptable ! " Jean-Christophe Cambadélis retweete, sans commentaire. La fédération PS du Vaucluse, prudente, attendra le soir pour accoucher du "plus bref communiqué de presse de l’histoire locale", selon les termes d’un quotidien régional voisin, Le Dauphiné libéré.

Un épisode emblématique de la gêne au PS sur la question de la laïcité ? 
Jean-Christophe Cambadélis a refusé de communiquer sur le fait qu’il a fallu une semaine au PS pour produire ce simple communiqué. "L’affaire Amine est un symptôme, analyse le politologue Laurent Bouvet, spécialiste du PS et de l’identité culturelle [sic]. Elle révèle qu’il est compliqué aujourd’hui de critiquer le communautarisme et que le parti n’arrive pas à trancher entre un multiculturalisme normatif et une vision républicaine intégratrice. Ces deux conceptions existent au PS, qui est travaillé par ces questions, mais pour autant ne les travaille pas."

L’affaire El-Khatmi prend une résonance particulière dans un contexte politique en pleine tension, entre les élections régionales ébranlées par l'effondrement de la gauche, les scores importants du Front national et l’élection présidentielle à venir, également marqué par les attentats djihadistes et la recrudescence des actes de violence à l’égard des communautés musulmane et juive. Sans compter la hausse constante du chômage et du déficit public... Les agressions sexuelles de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne ont divisé la gauche et les féministes. Certains ont hésité à accuser des agresseurs supposés d’origine immigrée. Le récent conflit entre le premier ministre, Manuel Valls, et le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, a mis au jour l’incapacité du parti à s’entendre sur cette question du communautarisme.

Amine El-Khatmi est vécu comme un embarras de plus
"Les musulmans qui dénoncent l’amalgame entre les intégristes et eux sont aussi ceux qui attaquent toute prise de parole dissidente et qui vous envoient une assignation identitaire. Avec moi, c’est difficile : je suis arabe, je fais le ramadan, je fête l’Aïd. Ils ne peuvent pas me traiter de raciste. Donc, je suis un traître… " Le mono-maniaque Yann Galut le résume à sa façon biaisée en mettant en cause ses adversaires obsessionnels: "L’extrême droite a attaqué Amine parce qu’il n’est pas assez français; les communautaristes l’attaquent parce qu’il est trop français." Un peu bipolaire, le caricaturiste qui occulte le trouble et l'indifférence du Parti socialiste...

Maintenant que l’affaire se calme, l’élu d’Avignon ne sait plus ce qui l’inquiète le plus : qu’il ait pu se retrouver menacé pendant six jours pour avoir usé de sa liberté d'expression en manifestant "un attachement banal aux valeurs républicaines " ou la lenteur " sidérante" (voire accablante) de son parti à réagir en accord avec ses ...valeurs! " On a perdu du temps à gauche, à avoir des complexes avec ces sujets-là. Par paresse intellectuelle et par manque de courage, on a laissé le monopole de ces valeurs au FN, et l’élection se jouera là-dessus ", regrette-t-il, autant qu'il accuse.
Lui-même considère que ces sujets doivent être pris à bras-le-corps pour "construire une parole claire". Cette expérience l’a convaincu d’en faire désormais une priorité politique absolue. "Il y a urgence"... 
Mais l'état d'urgence est dédié au terrorisme: elle ignore la menace communautariste.

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