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jeudi 4 février 2016

Attentats du 13 novembre: Cazeneuve a profité d'une musulmane citoyenne

Celle qui a collaboré à la neutralisation d'Abaaoud s'est-elle mise en danger ?

L'amie de la fuyarde Hasna Aït Boulahcen a joué un rôle central dans la neutralisation de plusieurs terroristes des attentats du 13 novembre. 

Aujourd'hui, dans un entretien à RMC, elle affirme être "abandonnée" par l'Etat. Elle dénonce l'indifférence de l'exécutif aux difficultés de sa situation.  Sans le témoignage de cette jeune femme, les policiers ne seraient pas parvenus à localiser Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé des attentats de Paris

Cette "héroïne" est condamnée à vivre sans identité: une sorte d'apatride. 

C'est pourtant grâce à cette jeune femme qu'Abdelhamid Abaaoud a été localisé. Les jours suivant les attaques du 13 novembre, elle accompagne son 

amie  Hasna Aït Boulahcen, cousine kamikaze (photo 1, toujours en fuite) de l'islamiste Abdelhamid Abaaoud, dans une planque d'Aubervilliers (Meriem Derkaoui, maire PCF), aux abords de la voie ferrée, en contrebas de l'autoroute A 86 (photo ci-dessus). Puis, affolée par les menaces proférées par le terroriste, elle appelle un numéro vert et raconte ce qu'elle sait. Son témoignage permet aux policiers de suivre Abaaoud et de préparer l'assaut de l'immeuble de Saint-Denis (PCF), dans lequel son complice et lui seront tués.
Lire au passage le récit compassionnel de "La dernière journée d'Hasna Ait Boulahcen, la cousine d'Abaaoud" (15-01-2015) par Violette Lazard pour L'Obs:
"Elle n’a pas dormi de la nuit… La cousine d’Abdelhamid Abaaoud, macabre chef d'orchestre des attentats du 13 novembre, est sur le point de craquer.
Placée sur écoute par les enquêteurs, qui espèrent ainsi neutraliser le terroriste, Hasna décrit sa nuit à l'un de ses amis :
"J’étais dans la salle de bain, je me suis enfermée, j’ai fait que de pleurer."
Musulmane, pratiquante à ses heures, Hasna s’en veut de s'être mise "en mode boire, en mode sheitan" [Satan].
"Je suis en train de me fumer un joint, et il faut que je dors, wallah."(la réforme de l'orthographe de Najat Vallaud-Belkacem n'aura que peu d'impact sur ce langage)

Ce jeudi, Sonia est sortie du silence auquel elle était astreinte. 
Elle a accordé un long entretien à RMC dans lequel elle déplore les conditions de sa nouvelle vie, abandonnée de tous et livrée à elle-même. "Je n'ai plus de vie sociale, je n'ai plus de travail, je n'ai plus d'amis, je n'ai plus de famille. On m'a coupé du reste du monde", raconte-t-elle. 

Elle souligne qu'elle ne bénéficie d'aucune protection contre d'éventuelles représailles. Elle affirme se sentir "abandonnée" par l'Etat. 

"C'est une femme qui est dans un état de détresse psychologique. Elle se sent constamment angoissée et inquiète. Elle a le sentiment de ne pas bénéficier d'une protection suffisante", explique son avocat, maître Patrick Baudouin, auprès de L'Express. Selon le conseil, Sonia, qui vivait en région parisienne, a été hébergée dans trois hôtels successifs au cours du mois suivant les attentats. Elle bénéficie désormais d'un nouveau logement dans un lieu tenu secret. Elle y passe ses journées entières et n'a plus d'activité professionnelle. Une aide financière lui a été fournie que très récemment, détaille encore maître Baudouin. 

"Nous faisons ce qu'il faut dans un contexte extrêmement compliqué", s'est aussitôt défendu Bernard Cazeneuve, sur Europe 1. L'entourage du ministre de l'Intérieur assure, quant à lui, que "tout a été fait pour assurer la sécurité" de la jeune femme mais il refuse de détailler le dispositif policier. 
"Il n'y a pas quelqu'un avec elle en permanence" (comme ce fut le cas des dessinateurs de Charlie hebdo), rétorque, de son côté, l'avocat de la témoin. 

Vide juridique dans la protection des informateurs ?

Rien n'encourage les témoignages, les enquêteurs ont au contraire exposé sa vie. 
Sonia se sent d'autant plus menacée que Le Point vient de révéler que son témoignage n'a pas été "anonymisée" dans la procédure judiciaire. D'après l'hebdomadaire, sa photo a été montrée à Jawad Bendaoud, un repris de justice qui faisait le vendeur de sommeil et a loué l'appartement de Saint-Denis aux terroristes, ainsi qu'à un autre mis en examen, lors de leur garde à vue. 
Son nom et son prénom auraient également été communiqués. "C'est dommageable. Elle aurait dû témoigner sous X. 

Tout s'est passé dans l'urgence et la plus grande improvisation. 
Beaucoup de gens ont accès aux dossiers et, par inadvertance, il peut y avoir une fuite", gronde l'avocat de Sonia. Les conséquences peuvent être d'autant plus graves que plusieurs terroristes présumés sont encore en fuite. 

Impréparation et mépris du témoin
Les services de la garde des Sceaux ou le juge d'instruction auraient dû normalement formuler une demande "d'anonymisation" du témoin. Le juge des libertés et de la détention (JLD) tranche ensuite, après évaluation de la situation. 
Sollicité ce jeudi pour confirmer ou infirmer qu'une telle procédure avait été lancée, le Parquet de Paris s'est muré dans le silence. Mais une enquête a été ouverte pour "mise en danger d'autrui" et "violation du secret de l'instruction" après l'entretien diffusé par RMC, succursale de BFMTV, dont le patron, Alain Weill, est en pétard avec le pouvoir. 

L'excuse de la rareté de la pratique ne tient pas, mais il est également vrai qu'u
n mis en cause peut difficilement se défendre face aux déclarations d'une personne anonyme si son identité est tenue secrète. Dans le cas de Sonia, la nouveauté tient au fait qu'il s'agit d'une affaire terroriste et que "dans ces dossiers, les informations ne viennent jamais d'une personne, mais des écoutes ou de l'exploitation des ordinateurs. Les témoignages anonymes se voient surtout dans les affaires de grand banditisme quand il y a un danger pour la personne qui parle", fait valoir Daphné Pugliesi, avocate pénaliste qui que l'on retrouve dans bon nombre de procès de djihadistes présumés. 

Vers un nouveau statut de "témoin" 

A la différence des Etats-Unis, il n'existe pas non plus en France de véritable statut protecteur du témoin. Le système anglo-saxon permet à tout détenteur d'informations sensibles de changer d'identité et de lieu de vie. Le programme est lourd, car il implique souvent une rupture définitive avec son entourage. 
"Nous avons besoin de ce statut en France. C'est pourquoi nous l'avons introduit dans la prochaine loi renforçant les moyens de la police et de la justice [présentée mercredi en Conseil des ministres], explique le ministère de l'Intérieur. Mais, cela ne signifie pas que sans ce statut les personnes ne sont pas protégées aujourd'hui."
En attendant qu'une telle disposition soit votée - et le gouvernement ne parviendra pas à la faire adopter avant la fin de l’état d’urgence, le 26 février -, la place Beauvau rappelle qu'
il existe un statut intermédiaire: celui de repenti. Rendu effectif avec la loi antiterroriste de 2014, il permet à un condamné de bénéficier d'une "certaine protection", comme une identité d'emprunt, et d'une éventuelle réduction de peine lors d'une collaboration avec la justice. Une disposition à laquelle n'est pas éligible Sonia... Elle ne peut changer d'état civil et doit se contenter de moyens financiers (dont le montant n'est pas précisé) et d'une surveillance policière (qui, deux mois plus tard, n'est pas effective). 

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