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mercredi 11 mai 2016

Des activistes bretons s'emparent de la "Maison du peuple" de Rennes: un symbole de leur idéologie révolutionnaire

Le Drian, ministre de la Défense et président cumulard de la région, face à la provocation de l'extrême gauche

De la Place de la République à Rennes, la révolution est en marche
Opposants à la loi travail, intermittents du spectacle, piliers de Nuit debout, désoeuvré-e-s de tout poil, ils occupent depuis une semaine ce bâtiment, ancien fief de la ... CGT et des Transmusicales  (qui se tient désormais au Parc Expo de Rennes, à côté de l'aéroport), dans une effervescence qualifiée de 'créative' par les sympathisants de la révolution et de l'esprit de la Constituante.
Alors que la convention d’occupation de la "maison du peuple" devait être prolongée jusqu’au 16 mai, la ville a décidé d’y mettre fin dès ce mercredi soir 11 mai, comme prévu initialement. 

Cette décision est une sanction consécutive à
des dégradations et à l’occupation des voies SNCF intervenues mardi après-midi lors d’une manifestation à Rennes, et fermement condamnées par la ville socialiste administrée par la députée Nathalie Appéré qui a fait toute sa carrière dans les collectivités.

De mémoire de Rennais, on n’avait pas vu depuis longtemps pareille effervescence dans l’historique 'Maison du peuple', autrement nommée salle de la Cité.

Depuis un peu plus d’une semaine, elle est devenue le QG des extrémistes opposés à la loi Valls portée par la ministre El Khomri, auxquels se sont mélangés précaires, chômeurs, intermittents du spectacle et autres piliers de Nuit debout. 
Une occupation, soutenue par les élus verts et Front de gauche de la ville, qui ne s’est pas faite sans tension. Au lendemain des manifestations du 1er mai, la maire PS de Rennes, une protégée d'Edmond Hervé, ancien maire PS (1977-2008) de Rennes, a d’abord demandé l’expulsion des occupants, avant de se raviser et de leur accorder un bail d’une semaine dans cet ancien bastion de la CGT et des Transmusicales. L’autorisation d’occuper a été prolongée jusqu’au 16 mai. 
L’évacuation des lieux risque toutefois de s’avérer compliquée, les nouveaux locataires n’étant guère décidés à lâcher leur squat, occupé à tous les étages par diverses activités, à commencer par l’antique cabine de projection de cet ancien cinéma, transformée en 'Radio croco', la radio pirate du mouvement, qui diffuse à longueur de journée musiques engagées, infos pratiques, communiqués et commentaires humoristiques sur l’actualité.
Radio Croco, installée en toute illégalité avec du matériel de récupération et grâce à un réseau de bricoleurs et de techniciens intermittents bénéficiant de la solidarité nationale. A l'antenne, différentes activistes interviennent à tour de rôle, mais une grande place est laissée aux auditeurs qui appellent ou encore aux syndicats, aux artistes…à tous ceux qui sont au diapason dans la lutte en cours. L'idée étant d'exprimer des paroles libres et multiples (politiquement correctes) à l'image de ce que devrait être une Maison du Peuple, selon ses occupants.
Dans le bâtiment municipal, les anarchistes et trotskistes règlent la vie de tous. Chaque jour des groupes de personnes différentes assurent une permanence en passant la nuit sur place, et une équipe cantine s'occupe de la préparation de repas pour plus d'une centaine de personnes rêvant de Constituante et de VIe République, populaire.
La nourriture est collectée grâce à un réseau d'entraide local qui peu à peu se met en place (au détriment d'associations de soutien aux sans abri et "sans-dents" en tous genres). Le lieu est en théorie laissé à la disposition des militants jusqu'au 16 mai. Mais "ces citoyens pacifistes" ont prévenu, ils n'ont pas l'intention de quitter la Maison du Peuple de leur plein gré et de restituer la salle de la Cité au peuple légal et républicain.
Résistance et subversion 

"On ne partira pas, assure Hugo, un de ses "animateurs", accessoirement porte-parole de l’Union des étudiants communistes (UEC), membre du Mouvement Jeunes communistes de France (MJCF), proche mais autonome du PCF et organisée en réseaux et collectifs, bien implantés dans les principales universités et IEP. L'UEC est, depuis les années 2 000, une des seules associations politiques étudiantes présentes au niveau national, avec ATTAC Campus.

C’est devenu ici un des hauts lieux d'une pseudo-démocratie directe, avec tous les degrés de la contestation. Il y a des anars, des syndiqués, mais la majorité des agités du bocal révolutionnaire (et pour la plupart prêts à la baston) ne sont pas encartés et n’ont même jamais milité. Leur objectif ? Imposer une horizontalité absolue ! Tout se discute en assemblée générale, qui fait loi, sans débat authentique, car les participants sont supposés être à l'unisson et "on a décidé d’être encore là dans quatre-vingt-dix-neuf ans !" Un bail...

Sur la scène de la Cité, qui sert désormais de dortoir, une poignée d'activistes est réunie pour noyauter une soirée consacrée à 'L’état d’urgence et la répression'. Dans la salle, une autre "commission" étudie la mise sur pied de 'points infos' sur différents sites de la ville, sortes de 'dazibao'. 
En Chine, ce sont des affiches non officielles, rédigées par de simples citoyens contestataires et bien-pensants, traitant d'un sujet politique ou moral, et placardées pour être lue par le public des ignorants. Ce media illégal et spontané véhicula l'information non officielle et eut l'audace d'attaquer les autorités du pays. Or, c'est en 1966, avec la Révolution culturelle lancée par Mao Zedong que les dazibao refirent leur apparition en Chine, ce qui devrait donner à réfléchir aux démocrates et mettre en alerte les responsables vigilants attentifs à la montée de la subversion.
Les 'dazibao' sont en effet emblématiques de la révolution culturelle à l'université de Pékin, contrôlée par la bourgeoisie antirévolutionnaire. La lecture de ces textes par de jeunes étudiants comme Xing Xing Cheng les conduisit à proférer des dénonciations enragées et à rejoindre les gardes rouges.
Les gardes rouges constituaient un mouvement de masse chinois comprenant en grande partie des étudiants et des lycéens, dont Mao Zedong s'est servi, de l'été 1966 à 1968, pour poursuivre le processus de la révolution culturelle (1966-1976).
Accrochés au mur, une bonne vingtaine de panneaux exposent des contributions spontanées sur la question "qu’est-ce qui déclenche le changement ?" 
"Se redonner des espaces où on se parle, où on s’écoute", rêve Vincent, 32 ans. "La prise de conscience qu’on en est capable, juge de son côté A. 29 ans ou, plus lapidaire, "l’éducation populaire" (non signé).

Mohamed Khenniche, délégué SUD 
de l’usine PSA Aulnay, devant l’Elysée
Dans le hall de la Maison du peuple, la "cantine collective" (ou populaire) où chacun donne "ce qu’il peut", assure les repas. Dans la cour, transformée en agora ouverte à tous vents, quelques syndicats présentent leurs brochures tandis qu’un militant trotskiste de Sud-rail, code du travail ouvert sur les genoux, s’est lancé dans une explication de texte détaillée [opération endoctrinement inavouée ou ré-éducation], sur la législation sociale. 
Jour après jour, concerts et projections de films se succèdent, avec par exemple la diffusion du désormais incontournable Comme des Lions, sur la lutte des ouvriers de PSA d’Aulnay. C'est dire que l'ancien ministre du Redressement productif n'est pas le bienvenu... Une kermesse avec chamboule-tout aux effigies de Valls ou de Macron et pêche aux CDD" est aussi au programme, version 'citoyenne' du Mur des cons du Syndicat de la Magistrature.

La révolution citoyenne prend forme
"On est surtout dans l’action, précise cependant Alexandre, étudiant en lettres qui vient d’achever un mémoire sur Rimbaud. Comment organiser les manifs ou la grève des intermittents, avec aussi la mise en commun de préoccupations concrètes sur l’assurance-chômage ou la défense des victimes des violences policières." Dans la cour, Titus, étudiant en philo, se réjouit du succès de l’occupation qui "marche du feu de dieu", avec 300 à 500 personnes à chaque AG. "C’est un vrai retournement de situation dans un lieu emblématique dont la municipalité voudrait faire un lieu sans vie, dans un centre-ville épuré et transformé en musée", se félicite t-il.
Les têtes favorites du 'jeu de massacre' de la Maison du peuple de Rennes
Un peu plus loin, un étudiant aux Beaux-Arts dessine les toits de la ville sur un bloc. Pas sûr qu'il soit un jour créateur d'emploi ou de richesse. La tête dans les nuages, pourquoi est-t-il là ? "Pour changer le monde", lâche-t-il , plein de son importance, persuadé d'être utile à la société nouvelle, celle de demain, en toute candeur poétique. Avant d’ajouter : "L’outil est génial, il y a des toilettes, de la lumière, un toit, on peut y faire des projections, des concerts, du théâtre, il n’y a pas de limites." Ce gentil garçon est décidément en prise avec la (vraie) vie... A voir toutefois le 17 mai, lorsque tout ce petit monde bigarré et foisonnant sera censé avoir quitter les lieux.
La police de Valls et Cazeneuve les y aidera-t-elle ? Il faudra qu'elle y mette les forme et ne moleste aucun de ces délicats résistants. Non, avec ces révolutionnaires en dentelle, la Résistance n'est pas morte...

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