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jeudi 2 avril 2015

Réforme du collège : le multiculturalisme produit le nivellement par le bas

Femme, elle aurait dû faire mieux; incompétente présomptueuse, elle est recalée ! 


Avec sa réforme du collège, le gouvernement a succombé à "l'éphémère, la mode, le moment," dénonce Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste. 

Valls et Vallaud-Belkacem
ont tout à apprendre,
sauf en démagogie
"On sait pourtant, écrit-il, ce qu'il y a à faire : mettre au centre du système la transmission de savoirs précis, exigeants et pérennes, par des enseignants qualifiés."  Cette réforme est donc manquée à double titre : parce qu'elle rate sa cible, et parce qu'elle avoue que le gouvernement qui l'a promulguée n'est pas capable de penser droit. Une réforme pour rien l'est toujours pour le pire. La réforme du collège — maillon faible d'une chaîne qui n'a plus de maillons forts, à part les classes préparatoires, promises à démantèlement — est à ce titre un modèle.


Cette énième réforme fait descendre en amont, si je puis dire, la réforme du lycée de Luc Chatel : on vide encore un peu de leur substance les savoirs fondamentaux, et on amuse la galerie avec des pédagogies périphériques. Fin du principe une heure égale un prof, ce qui fait fulminer conjointement le SNALC et le SNES), l'interdisciplinarité proclamée présente comme une innovation une pratique britannique vieille de trente ans qui doit permettre aux élèves, plusieurs heures par semaine, de construire un "projet" mobilisant plusieurs compétences et plusieurs matières autour d'un objectif "citoyen." Si les journalistes spécialisés connaissaient leur sujet, ils dénonceraient ce qui n'est rien d'autre dans la France du début des années 2000 que de la constitution de dossiers interdisciplinaires par des binômes d'élèves de premières sous la tutelle de plusieurs de leurs professeurs, notamment d’histoire-géographie et de sciences économiques et sociales, notés en interne par les enseignants du candidat, au bénéfice de ses résultats au baccalauréat. Si, en outre,  on pense apprendre la laïcité aux mômes en regroupant français, musique et histoire autour d'un projet Marseillaise, on a du souci à se faire pour la laïcité, qui s'apprend à travers des savoirs complexes, et non pas en sacrifiant au ludique généralisé, fusse au collège, et à l'hymne national, version Serge Gainsbourg. Les enfants, dit la ministre, s'ennuient. J'espère bien ! s'exclame Brighelli. L'ennui conduit plus sûrement à la réflexion, au rêve, à la lecture et à la recherche que le divertissement permanent que l'on nous propose. Il est formateur. Le divertissement déstructure sans que l'on ait été structuré. Il décervèle des écervelés.


18 % de quasi-analphabètes en sixième

L'illettrisme, fustigé par Emmanuel Macron, ne frappe pas -aveuglément et exclusivement- les immigrés et c'est une chance, car il serait interdit de tacler ces "nouvelles" méthodes de facilité par le nombre de classes où la langue française est maltraitée, par les horaires, certes, mais aussi par une pratique minimaliste: ainsi, les ados ne savent-ils plus ce qu'on attend d'eux lorsqu'une consigne "perverse" les invite à... "rédiger." 

Poudre aux yeux de cette réforme Vallaud-Belkacem, l'apprentissage précoce en cinquième de la deuxième langue. Comme on navigue à flux constants, quand bien même on trouverait assez d'enseignants linguistes (on sait combien on peine à en recruter aujourd'hui, pour 1.600 € par mois, incivilités en prime), on financera ces deux heures de cinquième en supprimant une heure de première langue en quatrième et en troisième, en sacrifiant ces dédoublements de classe qui seuls permettent un apprentissage sérieux proche du tête-à-tête.
Notez que l'on n'apprend bien l'anglais ou l'espagnol qu'en maîtrisant le français — ce qui est loin d'être le cas: les 18 % de quasi-analphabètes à l'entrée en sixième sont, de l'aveu du ministère, tout aussi nombreux à la fin de la troisième. Depuis 1985, pendant les années Mitterrand aujourd'hui louangées, plus de cinq cents heures de français ont disparu des programmes du collège au nom de l'interdisciplinarité, en fait pour supprimer des postes au nom des équilibres budgétaires. Droite et gauche ont fait le travail avec constance, tout comme elles ont imposé, depuis la loi Fillon en 2004, les objectifs minimalistes du "socle commun de connaissance", ce plus petit commun dénominateur des apprentissages. Ce n'est pas ainsi que l'on pousse les élèves au plus haut de leurs capacités, ni qu'on leur insuffle l'ambition d'y parvenir.

Le multiculturalisme produit le nivellement par le bas. 
Objectif, non avoué par la franco-marocaine mais évident, de ces manipulations linguistiques: combattre l'élitisme au nom de l'égalitarisme, et vider les classes européennes, affreux repaires de filles et fils de bourgeois et autres initiés. Le chinois suivra la pente de l'allemand comme ce fut celle du latin ou du grec. Si encore ce n'était pas au profit de l'arabe, dont on nous vantait, il y a encore quelques mois, le pouvoir motivant des quartiers. Mais c'était avant les attentats islamistes meurtriers du début de l'année à Paris. Dans le même esprit, latin et grec ne seront plus que des à-côtés du cours de français, des sensibilisations aux civilisations antiques comme à l'occitan: à rapprocher du fait que le Capes de lettres classiques n'existe plus en soi: il est une option du Capes de lettres.
 
Et il est fortement question que toutes les options soient désormais enseignées en ligne, ce qui justifiera par l'absurde l'informatisation généralisée, dont on sait qu'elle coûte et surtout qu'elle ne rapporte rien. Fleur Pellerin et ses semblables pourront toujours vitupérer contre l'internet et ses moteurs de recherche... A ce compte, la fuite vers le privé, y compris le privé confessionnel, s'accentuera.

Par chance, en 2013, les derniers arrivés, les musulmans, pouvaient déjà opter pour l'un des 30 établissements scolaires musulmans créés, écoles, collèges et lycées, voire crèches. Et les musulmans de France sont encouragés à ouvrir leurs propres établissements scolaires, à l'ombre du minaret et de centres culturels, si bien qu'ils sont une cinquantaine en 2015. Sûr que la laïcité en profitera, et que les ghettos scolaires en sortiront socialement diversifiés...



Comment la concertation proclamée peut-elle ne créer que des mécontentements ?

Cerise sur le gâteau, cette réforme ne satisfait personne - ni les "républicains" qui hurlent à la mort, ni les "pédagos" qui la trouvent trop tiède. La FCPE ne se remet pas du maintien des notes chiffrées, le SNPDEN, syndicat des chefs d'établissement, aurait aimé plus d'indépendance, puisqu'on ne laisse aux établissements la bride sur le cou que pour 20 % de l'emploi du temps. Les jusqu'au-boutistes de l'autonomie, au SGEN (proche de la CFDT et donc du PS) et au SE-UNSA (FO), auraient aimé une vraie révolution permettant aux équipes pédagogiques (qui sont pourtant fort instables dès qu'un établissement est vraiment difficile) de s'organiser à leur gré : le jacobinisme, voilà l'ennemi. Et le baccalauréat décentralisé, affaibli et inégalitaire?


On sait pourtant ce qu'il y a à faire : mettre au centre du système la transmission de savoirs précis, exigeants et pérennes, par des enseignants qualifiés. La pédagogie de "projet" travaille dans l'éphémère, la mode, le moment. Mon optimisme pourtant se nourrit de la mauvaise volonté des enseignants à rompre avec les bonnes pratiques, au risque de passer pour conservateurs et archaïques. La "gauche de progrès" est un slogan que démentent la réalité du terrain et le bon sens. On ne les forcera pas à se suicider pédagogiquement d'ici à 2016, ni certainement après. Et après, c'est 2017 - et Najat Vallaud-Belkacem sera alors dans les notes de bas de page de l'histoire des cataclysmes

"Najat," prochain nom ajouté à la liste noire des ouragans ? Un sujet de dossier interdisciplinaire à venir...

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