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mercredi 29 avril 2015

INA et les frais de taxis d'Agnès Saal: quand les euros ne sont pas rares pour tous

Taxis d'Agnès Saal et budgets culturels : 
quand les euros ne sont pas rares pour tous

La PDG de l'INA, nommée en Conseil des ministres sur proposition de l'ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, est visée par une lettre anonyme dénonçant ses factures de taxis

Après Radio France et Mathieu Gallet, l'INA et Agnès Saal, donc ! 
La semaine dernière, un corbeau a envoyé aux administrateurs de l'Institut National de l'Audiovisuel (INA), une entité de l'audiovisuel public, un rapport détaillé des factures de taxis d'Agnès Saal, la PDG de l'INA.

Ces informations "du corbeau" ont été envoyées par courrier anonyme aux administrateurs de l'INA, a confirmé Françoise Lamontagne, déléguée syndicale CGT, qui a reçu "le dossier dans sa boîte aux lettres perso". "Ca fait très mauvais effet.
Les salariés sont en colère. C'est complètement contradictoire avec (le) discours" d'Agnès Saal en faveur d'une gestion rigoureuse de l'INA, a ajouté la représentante de la CGT.
Même indignation au syndicat FO de l'institution, installée à Bry-sur-Marne (Val de Marne), qui estime que "la crédibilité de Madame Saal est très sévèrement entachée". FO avait demandé à l'Etat "des mesures pour qu’enfin les dépenses des établissements publics soient gérées dans la transparence et non dans l’opacité la plus totale".  Agnès Saal n'avait pas souhaité communiquer. Une enquête interne pour identifier le corbeau a été ouverte à l'INA.

Une fois informée des "frais de déplacement privés de la présidente", la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, "a immédiatement demandé le remboursement intégral, qui est en cours", a souligné le ministère par communiqué. Depuis l'onéreuse rénovation des boiseries "en palissandre de Rio" du bureau de Mathieu Gallet, PDG de Radio France, révélée par le Canard Enchaîné en pleine grève dans le groupe de service public, la gabegie des dirigeants de l'audiovisuel public est particulièrement indécente en temps de disette budgétaire

A. Saal a remplacé Mathieu Gallet, à la tête de l'INA en mai 2014. En dix mois de fonction, Agnès Saal a totalisé une facture de 40.915 euros auprès de la compagnie de taxis G7 - proche du Parti socialiste - dont un peu plus de 7.000 euros d'abonnement et plus de 32.000 euros de déplacements. Sans que l'association Anticor ne bronche. Sur le site de l'INA, sa biographie affirme que "par passion et conviction, Agnès Saal choisit, dès sa sortie de la promotion "Solidarité" de l’ENA en 1983, de servir l’intérêt public"...

Ce courrier du corbeau précise que ces factures "matérialisent une possibilité d'abus de biens sociaux". Il a été envoyé la veille du conseil d'administration de l'INA qui s'est tenu le 23 avril. Celui-ci comprend une sénatrice, un député, des représentants des ministère de la Culture (Emmanuelle Bensimon-Weiler) et de Bercy (Louis-Augustin Julien), un représentant de la Cour des comptes (Catherine Démier, directrice générale du Festival de Cannes et trésorière du Conseil d'administration du théâtre de la Ville à Paris), des représentants du personnel et des personnalités qualifiées. 

Agnès Saal s'en est expliquée devant son conseil d'administration le 23 avril. Dans un premier temps, elle a cru pouvoir s'en tirer en s'engageant à rembourser les déplacements privés. Elle assure avoir déjà remboursé une partie des dépenses de taxis relevant de ses déplacements personnels. "En tant que PDG de l'INA, j'ai une voiture de service avec chauffeur à disposition. Mais, comme je ne peux pas le faire travailler 12 à 15 heures par jour ni les week-ends. J'ai également un abonnement aux taxi G7, car je n'ai pas de permis de conduire. Ce dispositif avait déjà existé avant mon arrivée et je l'ai repris", explique la PDG de l'INA, impliquant ainsi Mathieu Gallet.

6.700 euros de taxi pour le fils de la PDG de l'INA

Elle a aussi reconnu une faute. Sur la facture de taxi, 6.700 euros sont directement imputables à son fils à qui elle a communiqué son code de réservation. "C'est une maladresse, j'en reconnais la responsabilité et j'ai immédiatement remboursé ces frais." Reste à déterminer par la PDG de l'INA  ce qui, dans les 7.800 euros de taxis facturés le week-end, relève des déplacements professionnels et de ce qui relève des déplacements privés. "Je suis en train de faire le décompte. Ce n'est pas évident de savoir si une course de taxi pour un événement dans lequel je représente l'INA est professionnel ou personnel", argumente Agnès Saal. "Mais j'estime que l'usage professionnel du taxi pendant les weekends représente environ un tiers ou un quart de la facture", estime-t-elle librement, puisque "c'est l'Etat qui paie", comme dirait l'autre... Elle s'est donc engagée, devant ses administrateurs, à rembourser les deux tiers ou les trois quart restants.

La question des dépenses publiques par les présidents de l'audiovisuel public est très sensible

Tous les frais engagés par les hauts-fonctionnaires de l'Etat devraient être contrôlés rigoureusement mais l'affaire Mathieu Gallet - même blanchi par une enquête de l'inspection générale des Finances (comme l'a été Thierry Lepaon par ses camarades syndicalistes de la CGT) - a démontré que la Cour des Comptes fait l'impasse sur de nombreux services de l'Etat.

Animée par une profonde antipathie pour Aurélie Philippetti qui l'a précédée à son poste Rue de Valois,
Fleur Pellerin, ministre de la Culture, exige maintenant une totale transparence et exemplarité des dirigeants d'établissements culturels. Elle a chargé l'inspection générale des affaires culturelles (IGCA) d'une mission pour mieux encadrer et contrôler les dépenses de fonctionnement des dirigeants des entreprises publiques. "Nous demandons la régularisation des toutes les sommes dépensées sur le plan personnel", affirme la rue de Valois qui a également missionné le Contrôle général économique et financier (CGEFi) afin de déterminer les suites à donner à cette affaire.
"La mission de l'IGCA devrait aboutir à la définition de conditions d'exercice similaires pour toutes les présidences, et je m'en réjouis", applaudit Agnès Saal qui a visiblement besoin d'un garde-fou. Cette dernière tient à prendre les devants. "En novembre 2014, avant même toutes ces affaires, j'ai pris la décision de réduire le budget 2015 de frais de fonctionnement de la présidence de l'INA de 90.000 euros à 70.000 euros." Avec des compensations personnelles... 

Les règlements de comptes arrivent en cascade, mais entre personnes. 
La PDG a en revanche mis fin aux différents contrats de conseil en image et en stratégie, dont celui de Denis Pingaud qui conseillait... Mathieu Gallet, pointé pour son conseiller en communication (90.000 euros par an), des travaux dans son bureau (104.000 euros), et sa nouvelle voiture.
Elle assure aussi n'avoir pas refait ses bureaux à son arrivée à la tête de l'INA. "J'ai uniquement acheté trois lampes chez Ikéa [sic].  Surtout, je passe tout mon temps à Bry-sur-Marne, siège de l'INA, et nous devrions mettre fin à la location coûteuse des bureaux à Paris, rue de Patay," à deux pas de la Bibliothèque François Mitterrand. 

Quand Agnès Saal, PDG de l'Ina, promettait de "mieux utiliser l'argent public"

 Agnès Saal a présenté sa démission le mardi 28 à la demande de Fleur Pellerin. La ministre de la Culture lui reproche le montant de ses frais de déplacement en taxi, estimé à plus de 40.000 euros.

Lors de son audition devant les députés en novembre 2014 ou dans ses entretiens accordés aux media, Agnès Saal mettait sans vergogne en avant les "efforts" budgétaires à mener, ainsi que les principes d'une gestion rigoureuse des deniers de l'État avec qui elle négociait un contrat de financement de l'INA. Et d'assurer, non sans aplomb, qu'avec son équipe, "nous [devons] mieux utiliser l'argent public". La preuve en images dans cette vidéo :
VOIR et ENTENDRE la pdg de l'INA s'engager à "mieux utiliser l'argent public"...

Agnès Saal, la patronne de l'Ina, démissionne suite à sa méchante affaire de notes exorbitantes de taxi

La présidente de l'INA a présenté sa démission à la demande de Fleur Pellerin, indique le ministère de la Culture, mardi 28 avril. Cette démission prend effet immédiatement, a-t-on précisé de même source, à l'issue d'une rencontre rue de Valois entre la ministre et la PDG de l'Institut national de l'audiovisuel.
Selon Le Figaro, la patronne déchue de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), a dépensé en dix mois 40.915 euros de taxis auprès de la compagnie G7

Nommée en avril 2014 à la tête de l'Institut national de l'audiovisuel, cette habituée des cabinets de plusieurs ministres socialistes de la Culture du gouvernement Lionel Jospin, Catherine Trautmann (comme conseillère... budgétaire, 1997-1998, ça ne s'invente pas), puis directrice-adjointe du cabinet (1998-2000) et de Catherine Tasca (2000-2001) à cette même fonction, a fait un petit tour par l'INA, puis s'en est allée.

Dans ses précédentes fonctions, à la direction générale du Centre Pompidou, A. Saal (57 ans), née à Tunis en 1957 d’un père commerçant en textile du souk et d’une mère issue d'une famille de banquiers et de financiers originaires d'Italie, tous deux juifs, assure qu'elle a préféré continuer d'habiter chez elle plutôt que d'utiliser un appartement de fonction qui aurait pu être mis à sa disposition.
Diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'ENA, Agnès Saal a également été directrice administrative et... financière du Centre national de la Cinématographie (CNC), de 1990 à 1997.

Le devoir d'exemplarité

"L'exemplarité des dirigeants doit être non seulement effective mais aussi évidente aux yeux de tous, sous peine de fragiliser la cohésion de l'entreprise", avait toutefois noté l'IGF. Après la dénonciation de la présidente de l'INA, Fleur Pellerin a elle aussi rappelé "son attachement très ferme à l'exemplarité des dirigeants des organismes publics placés sous sa tutelle". 

Des recrutements aussi nombreux qu'opaques
Denis Pingaud, le très cher conseiller en communication du PDG de Radio France, serait lui un proche de ce dernier, qui avait déjà eu recours à ses services lorsqu'il était à la tête de l'INA. Le communicant était alors vice-président d'OpinionWay, une des nombreuses entreprises de conseil auxquelles Mathieu Gallet a fait appel durant sa présidence. Au point que lorsque Denis Pingaud fonda sa propre société de conseil, l'ex-PDG de l'INA parvint à lui obtenir un nouveau contrat. Au total, ce sont sept entreprises qui se sont partagées les faveurs de l'ex-patron en quatre ans de présidence de l'INA. L'ensemble des contrats représentent plus d'un million d'euros, soit plus de 1% du budget annuel de l'INA, qui fonctionne en grande partie grâce à des financements publics. Une seule avait été embauchée à la suite d'un appel d'offres. Interrogée, la porte-parole de Mathieu Gallet, qui occupait déjà cette fonction lorsqu'il dirigeait l'INA, a déclaré que tous les contrats ont été passés "selon les procédures en vigueur", en démentant l'affirmation du Canard enchaîné selon lesquelles ces frais ont été signés sans mise en concurrence. Elle n'a pas commenté les sommes avancées par Le Canard.

Les nouvelles révélations qui accablent Agnès Saal salissent la présidence de F. Hollande apôtre de la transparence et de l'exemplarité
. Les salariés de Radio France sortent en effet frustrés d'une grève illimitée historique de 28 jours contre... le plan d'économies engagé par le PDG, ainsi qu'un plan de départs volontaires en préparation. 
La réaction du gouvernement est d'autant plus vive à l'encontre de la PDG socialiste que Hollande et Valls promettent de suivre les dépenses publiques à la loupe en période de crise et que la Cour des comptes envisage des réformes choc pour remettre le budget de Radio France sur les rails
Le PDG de Radio France Mathieu Gallet avait l'intention de porter plainte contre le Canard enchaîné, dénonçant des "allégations diffamatoires" après la publication par l'hebdomadaire d'informations sur ses dépenses lorsqu'il présidait l'Institut national de l'audiovisuel (INA). Maintenant qu'il a été blanchi par l'inspection générale des Finances, son dépôt de plainte ne devrait plus tarder...

Christian Combaz confirme que la gabegie d'Etat ne frappe pas seulement l'audio-visuel public 

Habitué des Instituts culturels français à l'étranger, l'écrivain confirme que les établissements publics culturels français, notamment à l'étranger, jettent l'argent par les fenêtres sous les yeux de leurs invités. Le cas pathétique de la directrice de l'INA n'a donc surpris aucun des artistes qui sillonnent le réseau culturel du ministère des Affaires étrangères de Laurent Fabius pour prononcer une conférence ou présenter un film.
Ch. Combaz cite ainsi l'exemple d'"un agrégé de lettres payé 6.500 euros, adjoint au directeur d'un Institut culturel européen, qui, hébergé gratuitement dans un appartement consulaire à l'autre bout du pays, se fait signer par le consul des bons de nuitée remboursés 90 euros par son ambassade?" Et il en a le droit ! "Tout comme le personnel para-diplomatique a le droit de récupérer les véhicules de fonction après deux ou trois ans, à un prix d'autant plus bas que les mises en vente sont confidentielles, et qu'une fois le délai écoulé c'est la première offre qui l'emporte. 1.000 euros pour une voiture quasi-neuve, c'est assez tentant. Visiblement la tentation n'épargne pas grand-monde."

L'ex-patron pendant trois ans du Centre culturel français de Milan rapporte également "la commande par un fonctionnaire contractuel du Quai d'Orsay en charge d'un grand centre culturel européen de trois tonnes de meubles en plexiglas à un designer hors de prix dès son arrivée, l'achat d'une C5 neuve avec toutes les options, les heures supplémentaires du chauffeur parce qu'on n'a pas de permis, l'aller-retour d'Angleterre de deux ingénieurs pour réparer le système Dolby du projecteur, la commande d'expositions à trente mille euros qui ne rapportent rien mais qui permettent de convier toute la ville à un vernissage tapageur, le tout pour "planter" finalement de trois cents mille euros (en trois ans) le budget de la maison dont on a la charge, avec la bénédiction de l'ambassadeur qui trouve la direction du Centre Culturel très créative, très tendance, très originale."
Au diable l'avarice.

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