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jeudi 20 septembre 2018

Vers plus d'austérité dans le "nouveau monde" scolaire de Macron

2.600 postes supprimés dans le secondaire, 1.900 créés dans le primaire : le compte n'y est pas !

La vérité sur les chiffres suscite la "colère" du syndicat dominant du secondaire.

Quelque 2.600 postes d'enseignants seront supprimés l'an prochain dans les collèges et lycées publics et environ 1.900 seront créés dans le primaire, a précisé mercredi le ministère de l'Education, des chiffres qui suscitent la "colère" du principal syndicat du secondaire.


Le nombre de postes diminuerait "au global" de 1.800 en 2019 et seuls seraient concernés le second degré et les services administratifs, avait annoncé le ministre Jean-Michel Blanquer, lundi. La réalité est sensiblement différente...

Le total des suppressions de postes, toutes catégories confondues, atteint 3.600: environ 2.600 postes seront supprimés dans le secondaire (collèges et lycées), 400 dans les services administratifs, 600 dans l'enseignement privé, a précisé mercredi l'entourage du ministre. Parallèlement, 1.900 postes seront créés dans le primaire.

Le budget 2019 sera pourtant en hausse de 850 millions d'euros, selon le ministre qui avait affirmé vouloir "poursuivre le rééquilibrage en faveur de l'école primaire".

Ces créations doivent notamment permettre de financer le dédoublement des effectifs dans les classes de CP et CE1 des quartiers défavorisés, qui concernera 300.000 élèves par an à la rentrée prochaine.

Avec plusieurs membres du gouvernement, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, ont justifié les suppressions de postes dans le secondaire par le besoin de s'adapter à la "démographie scolaire", notamment les immigrations choisies, mais aussi subie
Mais selon une récente étude de la Depp, l'agence de statistiques du ministère, les effectifs du second degré vont augmenter à chaque rentrée scolaire jusqu'en 2022, alors que notre natalité flanche.
Entre 2019 et 2021, l'augmentation des effectifs sera la plus marquée "avec environ 40.000 élèves supplémentaires attendus chaque rentrée".

Le Snes-FSU,  syndicat du secondaire marqué à gauche, a exprimé sa "colère". 

Résultat de recherche d'images pour "austerité scolaire ecole"
Le solde annoncé "cachait la réalité du nombre de suppressions dans le second degré: 2.600 postes y disparaîtront en 2019 par redéploiement entre premier et second degré", écrit-il mercredi dans un communiqué, en réaction à des chiffres détaillés par l'agence d'information AEF.

Ces coupes "vont contribuer à une nouvelle dégradation des conditions d'études des élèves et de travail des enseignants".

Sa secrétaire générale, Frédérique Rolet a indiqué son intention de rencontrer d'autres organisations pour "envisager très rapidement des grèves dans l'éducation", "avant les vacances de la Toussaint".
Le syndicat SE-Unsa a de son côté "condamné les suppressions de postes enseignants" et "dénoncé la dégradation des conditions de travail et le recours aux vieilles recettes".

Dans Le Figaro de lundi, le ministre de l'Education avait dit vouloir maintenir le volume d'enseignement grâce au recours aux heures supplémentaires qui seront exonérées de cotisations salariales
Mais le SE-Unsa dit s'opposer "à la logique de multiplication des heures supplémentaires qui ignore la charge de travail des professeurs" et lance une pétition contre le retour d' "une deuxième heure supplémentaire imposée".

mercredi 5 septembre 2018

Education sexuelle à l'école: le gouvernement veut avancer, contre l'avis d'une majorité de citoyens

Marlène Schiappa dénonce l'opinion

La loi  suscite polémiques et rumeurs sur les réseaux sociaux, au grand dam d' enseignants et d'intervenants militants

L'éducation artistique laisserait-elle aussi
à désirer ?
"Incessamment sous peu", la secrétaire d'Etat à l'Egalité et le ministre de l'Education doivent envoyer aux recteurs une circulaire, "dans les prochains jours", bien qu'annoncée avant l'été. Elle leur demandera de mettre en œuvre cette loi de 2001 qui choque les consciences et reste peu appliquée, malgré une première circulaire en 2003.

Cette loi et sa nouvelle circulaire visent à court-circuiter les familles.
L'annonce de cette nouvelle circulaire mi-juillet n'a cessé d'animer les réseaux sociaux. Sourds aux craintes légitimes de la population, les amateurs d'éducation à la sexualité déléguée à l'Etat - qui attendent béatement de connaître le contenu du texte - tentent de discréditer les opposants, les accusant de  répandre de fausses informations, notamment sur un prétendu enseignement de la masturbation aux élèves. La FCPE (Fédération de parents d'élèves, marquée à gauche) indique pourtant  avoir reçu des appels de parents et d'enseignants inquiets. Des complotistes réactionnaires ?

Image associéeDes rumeurs déjà suscitées au moment des "ABCD de l'égalité", un dispositif visant à promouvoir l'égalité filles-garçons qui avait été abandonné en 2014 face aux polémiques autour des enseignements irrespectueux de l'intime de chacun.

"Je sais bien que ce type de sujets est souvent un ventilateur à fantasmes", a souligné Jean-Michel Blanquer lors de sa conférence de rentrée. "Il n'y aura pas d'éducation à la sexualité explicite [ça veut dire quoi ?] à l'école primaire, rien qui heurte le bon sens de tout père ou mère de famille". Savoir où la macronie place le curseur du "bon sens", terme inapproprié au sujet. 

Mais le gouvernement entend bien imposer ces trois séances par année scolaire "d'éducation à la vie sexuelle et affective", l'affectif étant un vaste domaine, du ressort de la famille.
Menées par des associations agréées, style "planning familial" ou "Osez le féminisme!" ou "Act Up"... c'est-à-dire militantes de la pensée unique soi-disant dominante, elle parleront "de consentement [sexuel], de respect d'autrui, des rapports entre les femmes et les hommes", avait expliqué Schiappa en juillet. Mais l'accouchement de la circulaire pose visiblement problème, alors que la rentrée est effectuée.

Une urgence nouvelle issue du brassage des populations et des religions en milieux ghettoïsés

Le pouvoir macronien se fait des illusions aussi longtemps que l'Etat n'a pas réinvesti les "zones de non-droit".  Il reconnaît qu'il s'agit bien d'une "urgence" pour le Planning familial, qui dispense déjà ces séances dans des établissements scolaires. Une exclusivité anti-démocratique puisque tous les courants de pensée ne sont pas équitablement représentés.

Une seule et unique graphie et une grammaire sans faille...
"Souvent, lorsque nous intervenons dans des classes de 4ème, on se rend compte que les élèves n'ont pas eu d'autres sessions plus tôt dans leur scolarité", indique Caroline Rebhi, coprésidente du Planning familial, association distributrice de la pilule, dont celle du lendemain.
Dans l'Obs, cette militante associative reproche que "la sexualité [est] abordée uniquement en cours de SVT ", ce qui est faux et interpelle donc sur sa connaissance du sujet, puisqu'il n'est guère question que de découverte du corps humain, physiologie et fonctionnement. Elle poursuit:
"Nous parlons avec les élèves de leurs émotions et nous leur apprenons à les définir. Or, quand on apprend à dire que l’on est en colère ou triste, on contrôle davantage ses émotions [dire suffit?]. Ainsi, lorsque l’on évalue des groupes témoins que l’on a suivis dès la maternelle, on se rend compte que le climat dans l’établissement est plus serein, que la communication entre adultes et élèves est meilleure et que ces derniers sont moins violents." Ce qui est une conclusion subjective, contredite au quotidien par les faits divers.
Les séances, qui peuvent aussi être animées par des infirmières scolaires ou des enseignants volontaires, en seconde main, sont adaptées aux classes d'âge et s'organisent généralement autour des questions des élèves. Les réponses sont en revanche celles de partisanes.

"Si en CP une fillette demande si on a le droit de lui soulever la jupe, c'est l'occasion de parler égalité entre les filles et les garçons ou du respect du corps", explique Mme Rebhi. Et si la petite soulève d'elle-même sa jupe, reproduisant des modèles familiaux ou autres, quelle est la réponse de cette associative qui n'est ni médecin, ni psychologue ?

En fin de primaire, les sujets abordés tournent souvent autour de la reproduction, puis de la puberté au collège. Au lycée, l'accent est mis sur les questions d'orientation sexuelle, ou de prévention (des violences, des infections sexuellement transmissibles, des grossesses non désirées...). Des classes d'âges qui en disent long sur l'individualisation des approches de cette association. 

Parler éducation affective et sexuelle "n'est pas seulement du ressort des familles, décrète Karine Lamoureux, du syndicat enseignant SE-Unsa. "Mais aussi de l'école", revendique-t-elle, suivant son idéologie étatique. Elle assure ainsi que nombre d'élèves, en particulier à l'adolescence, n'ont aucune envie d'aborder ces sujets avec leurs parents et préfèrent en discuter en classe. 
La vérité, c'est en fait qu'ils préfèrent en parler entre eux. Et que l'internet leur apporte aussi certaines réponses...

Résultat de recherche d'images pour "éducation a la sexualité"
La nécessité d'aborder ces thèmes avec des interlocuteurs formés [?] (doctrinaire étant alors synonyme de 'formés') est d'autant plus grande actuellement que de nombreuses enquêtes font état d'une fréquentation accrue des sites pornographiques par les enfants et adolescents, soulignent les enseignants. Sites qui peuvent brouiller les représentations de la sexualité et des relations entre hommes et femmes. 

De tous ces sujets, "il vaut mieux parler trop que pas assez", estime aussi Sylvain Caberty, professeur de sciences et vie de la terre (SVT) dans un collège de Tours. Car "ils déclenchent toujours un nombre incalculable de questions".
Le quantitatif n'est pas le fond du problème, ce serait plutôt le qualitatif ! 
 La sous-ministre n'est pas à l'écoute : elle dénigre les Français

A la pédagogie, Marlène Schiappa préfère la discrimination et les accusations. Sans s'interroger sur les inquiétudes qu'elle suscite, elle s'est insurgée mardi contre des publications virales affirmant que des cours d'éducation sexuelle seront dispensés à la maternelle et "apprendront la masturbation" aux enfants, invitant les parents à se tourner vers "leur établissement, les équipes éducatives ou la loi", démarche individuelle malaisée qui expose les enfants aux représailles.

"Il est hors de question d'enseigner ni la masturbation, ni aucune pratique sexuelle à des enfants, et encore moins à 4 ans", a déclaré lors d'un "Facebook Live" organisé par la République en marche la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, en réponse à des questions d'internautes.

"Attention, il y a des documents qui circulent qui ne sont pas vrais", a-t-elle assuré, jouant sur les peurs, mais aussi sur les mots. "J'ai passé l'été à voir circuler sur les réseaux sociaux que le gouvernement était sataniste, que nous avions légalisé la pédophilie, que nous allions apprendre la masturbation à la maternelle... Ai-je vraiment besoin de démentir?" A-t-elle aussi lu les délires érotico-sexuels exprimés par son futur confrère manqué au gouvernement, Daniel Cohn-Bendit, cet ami de Macron qui a révélé ses viols sur enfants à la crèche de Frankfurt ?

Selon elle, ces "fausses informations", "sans source", émanent "de tracts imprimés on ne sait pas par qui et de fausses vidéos publiées sur des sites conspirationnistes".
"Les extrémistes qui diffusent cela, copient-collent des argumentaires déjà utilisés contre Najat Vallaud-Belkacem (...) [laquelle a rangé ses projets : théorie du genre ou ABCD de l'égalité que la libre-penseuse tente de réintroduire aujourd'hui, sous une forme déguisée]. Nous sommes sur des sujets brûlants qui prêtent parfois aux fantasmes et interprétations", a ajouté Schiappa, une obsédée du sexe.

L'ancienne ministre socialiste (de gauche) de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem avait lancé à l'automne 2014 dans des classes volontaires les "ABCD" de l'égalité pour déconstruire les stéréotypes filles-garçons. Ils avaient été abandonnés après plusieurs mois de polémique donnant lieu à des rumeurs fondées, notamment sur la masturbation en maternelle, que Schiappa relance.
Marlène Schiappa a annoncé en juillet qu'une circulaire serait envoyée à partir de la rentrée aux recteurs pour qu'ils mettent en œuvre la loi de 2001 (consacrée à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse qui rendent "obligatoires une information et une éducation sexuelles" et qui répondent aux problématiques nouvelles concernant les relations entre garçons et filles, les violences sexuelles, la pornographie ou encore la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes")...
La loi de 2001 prévoit trois séances annuelles d'éducation à la sexualité de l'école au lycée afin d'apprendre le "respect dû au corps humain" et d'acquérir une "vision égalitaire" des relations femmes-hommes, ce qui ne contredit en rien les rumeurs.

Image associéeLa rentrée a eu lieu et Schiappa n'a pas rendu publique cette circulaire : ne serait-ce pas pourtant le meilleur moyen de faire taire la rumeur ? Sauf à penser que la conspirationniste Schiappa est découverte et qu'elle contre-attaque avec les pauvres moyens de la décrédibilisation de ses contradicteurs. 

Or, cette loi du 4 juillet 2001 n'était pas systématiquement mise en oeuvre, rapporte une enquête menée en 2015 auprès de 3.000 établissements scolaires (publics et privés) par le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE). Elle choquait notamment les milieux musulmans. 25% des écoles répondantes (contre 4% des collèges et 11,3% des lycées) déclaraient n'avoir mis en place aucune action ou séance. 
Une loi ne faisant pas consensus pendant 17 ans n'est pas valide en démocratie.

jeudi 2 avril 2015

Réforme du collège : le multiculturalisme produit le nivellement par le bas

Femme, elle aurait dû faire mieux; incompétente présomptueuse, elle est recalée ! 


Avec sa réforme du collège, le gouvernement a succombé à "l'éphémère, la mode, le moment," dénonce Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste. 

Valls et Vallaud-Belkacem
ont tout à apprendre,
sauf en démagogie
"On sait pourtant, écrit-il, ce qu'il y a à faire : mettre au centre du système la transmission de savoirs précis, exigeants et pérennes, par des enseignants qualifiés."  Cette réforme est donc manquée à double titre : parce qu'elle rate sa cible, et parce qu'elle avoue que le gouvernement qui l'a promulguée n'est pas capable de penser droit. Une réforme pour rien l'est toujours pour le pire. La réforme du collège — maillon faible d'une chaîne qui n'a plus de maillons forts, à part les classes préparatoires, promises à démantèlement — est à ce titre un modèle.


Cette énième réforme fait descendre en amont, si je puis dire, la réforme du lycée de Luc Chatel : on vide encore un peu de leur substance les savoirs fondamentaux, et on amuse la galerie avec des pédagogies périphériques. Fin du principe une heure égale un prof, ce qui fait fulminer conjointement le SNALC et le SNES), l'interdisciplinarité proclamée présente comme une innovation une pratique britannique vieille de trente ans qui doit permettre aux élèves, plusieurs heures par semaine, de construire un "projet" mobilisant plusieurs compétences et plusieurs matières autour d'un objectif "citoyen." Si les journalistes spécialisés connaissaient leur sujet, ils dénonceraient ce qui n'est rien d'autre dans la France du début des années 2000 que de la constitution de dossiers interdisciplinaires par des binômes d'élèves de premières sous la tutelle de plusieurs de leurs professeurs, notamment d’histoire-géographie et de sciences économiques et sociales, notés en interne par les enseignants du candidat, au bénéfice de ses résultats au baccalauréat. Si, en outre,  on pense apprendre la laïcité aux mômes en regroupant français, musique et histoire autour d'un projet Marseillaise, on a du souci à se faire pour la laïcité, qui s'apprend à travers des savoirs complexes, et non pas en sacrifiant au ludique généralisé, fusse au collège, et à l'hymne national, version Serge Gainsbourg. Les enfants, dit la ministre, s'ennuient. J'espère bien ! s'exclame Brighelli. L'ennui conduit plus sûrement à la réflexion, au rêve, à la lecture et à la recherche que le divertissement permanent que l'on nous propose. Il est formateur. Le divertissement déstructure sans que l'on ait été structuré. Il décervèle des écervelés.


18 % de quasi-analphabètes en sixième

L'illettrisme, fustigé par Emmanuel Macron, ne frappe pas -aveuglément et exclusivement- les immigrés et c'est une chance, car il serait interdit de tacler ces "nouvelles" méthodes de facilité par le nombre de classes où la langue française est maltraitée, par les horaires, certes, mais aussi par une pratique minimaliste: ainsi, les ados ne savent-ils plus ce qu'on attend d'eux lorsqu'une consigne "perverse" les invite à... "rédiger." 

Poudre aux yeux de cette réforme Vallaud-Belkacem, l'apprentissage précoce en cinquième de la deuxième langue. Comme on navigue à flux constants, quand bien même on trouverait assez d'enseignants linguistes (on sait combien on peine à en recruter aujourd'hui, pour 1.600 € par mois, incivilités en prime), on financera ces deux heures de cinquième en supprimant une heure de première langue en quatrième et en troisième, en sacrifiant ces dédoublements de classe qui seuls permettent un apprentissage sérieux proche du tête-à-tête.
Notez que l'on n'apprend bien l'anglais ou l'espagnol qu'en maîtrisant le français — ce qui est loin d'être le cas: les 18 % de quasi-analphabètes à l'entrée en sixième sont, de l'aveu du ministère, tout aussi nombreux à la fin de la troisième. Depuis 1985, pendant les années Mitterrand aujourd'hui louangées, plus de cinq cents heures de français ont disparu des programmes du collège au nom de l'interdisciplinarité, en fait pour supprimer des postes au nom des équilibres budgétaires. Droite et gauche ont fait le travail avec constance, tout comme elles ont imposé, depuis la loi Fillon en 2004, les objectifs minimalistes du "socle commun de connaissance", ce plus petit commun dénominateur des apprentissages. Ce n'est pas ainsi que l'on pousse les élèves au plus haut de leurs capacités, ni qu'on leur insuffle l'ambition d'y parvenir.

Le multiculturalisme produit le nivellement par le bas. 
Objectif, non avoué par la franco-marocaine mais évident, de ces manipulations linguistiques: combattre l'élitisme au nom de l'égalitarisme, et vider les classes européennes, affreux repaires de filles et fils de bourgeois et autres initiés. Le chinois suivra la pente de l'allemand comme ce fut celle du latin ou du grec. Si encore ce n'était pas au profit de l'arabe, dont on nous vantait, il y a encore quelques mois, le pouvoir motivant des quartiers. Mais c'était avant les attentats islamistes meurtriers du début de l'année à Paris. Dans le même esprit, latin et grec ne seront plus que des à-côtés du cours de français, des sensibilisations aux civilisations antiques comme à l'occitan: à rapprocher du fait que le Capes de lettres classiques n'existe plus en soi: il est une option du Capes de lettres.
 
Et il est fortement question que toutes les options soient désormais enseignées en ligne, ce qui justifiera par l'absurde l'informatisation généralisée, dont on sait qu'elle coûte et surtout qu'elle ne rapporte rien. Fleur Pellerin et ses semblables pourront toujours vitupérer contre l'internet et ses moteurs de recherche... A ce compte, la fuite vers le privé, y compris le privé confessionnel, s'accentuera.

Par chance, en 2013, les derniers arrivés, les musulmans, pouvaient déjà opter pour l'un des 30 établissements scolaires musulmans créés, écoles, collèges et lycées, voire crèches. Et les musulmans de France sont encouragés à ouvrir leurs propres établissements scolaires, à l'ombre du minaret et de centres culturels, si bien qu'ils sont une cinquantaine en 2015. Sûr que la laïcité en profitera, et que les ghettos scolaires en sortiront socialement diversifiés...



Comment la concertation proclamée peut-elle ne créer que des mécontentements ?

Cerise sur le gâteau, cette réforme ne satisfait personne - ni les "républicains" qui hurlent à la mort, ni les "pédagos" qui la trouvent trop tiède. La FCPE ne se remet pas du maintien des notes chiffrées, le SNPDEN, syndicat des chefs d'établissement, aurait aimé plus d'indépendance, puisqu'on ne laisse aux établissements la bride sur le cou que pour 20 % de l'emploi du temps. Les jusqu'au-boutistes de l'autonomie, au SGEN (proche de la CFDT et donc du PS) et au SE-UNSA (FO), auraient aimé une vraie révolution permettant aux équipes pédagogiques (qui sont pourtant fort instables dès qu'un établissement est vraiment difficile) de s'organiser à leur gré : le jacobinisme, voilà l'ennemi. Et le baccalauréat décentralisé, affaibli et inégalitaire?


On sait pourtant ce qu'il y a à faire : mettre au centre du système la transmission de savoirs précis, exigeants et pérennes, par des enseignants qualifiés. La pédagogie de "projet" travaille dans l'éphémère, la mode, le moment. Mon optimisme pourtant se nourrit de la mauvaise volonté des enseignants à rompre avec les bonnes pratiques, au risque de passer pour conservateurs et archaïques. La "gauche de progrès" est un slogan que démentent la réalité du terrain et le bon sens. On ne les forcera pas à se suicider pédagogiquement d'ici à 2016, ni certainement après. Et après, c'est 2017 - et Najat Vallaud-Belkacem sera alors dans les notes de bas de page de l'histoire des cataclysmes

"Najat," prochain nom ajouté à la liste noire des ouragans ? Un sujet de dossier interdisciplinaire à venir...

lundi 24 novembre 2014

Une circulaire du rectorat de Poitiers tente de prévenir l'exode djihadiste de la jeunesse

Les syndicats enseignants se dressent contre les efforts de prévention du pouvoir 

Des syndicats trouvent à redire à une circulaire tendant à former les enseignants à détecter les scolaires menacés de dérive djihadiste


Nouvelle république du 18/07/2014
Envoyée par mail aux chefs d'établissement de la Vienne, émane du rectorat de l'Académie de Poitiers, cette circulaire part d'un bon sentiment: aider les enseignants à détecter les élèves en phase de radicalisation religieuse en milieu scolaire
La ministre de l'Education nationale se rétracte et se désolidarise. 
Ce document de 14 pages, rendu public (mais réservé aux riches qui s'abonnent) par les trotskistes pro-palestiniens de Mediapart, est critiquée par des syndicats qui y voient au mieux une "maladresse", au pire du "racisme", seul l'islam étant visé. Pourtant, jusqu'à plus ample informé, l'islam est une religion et non pas une "race". Mais nous n'allons pas faire la leçon à des professeurs diplômés chargés de l'histoire des religions dans les collèges et les lycées...

"Habillement musulman, refus du tatouage, perte de poids"... 

Si c'est faux, il faut le dire ! Dans ce document intitulé "Prévention de la radicalisation en milieu scolaire", l'attention des enseignants est attirée sur des changements convergents d'apparence, susceptibles d'éveiller les éducateurs responsables, comme le citoyen vigilant. Tous concernent l'extrémisme musulman, puisqu'il s'agit d'exposition de mineurs soumis à l'obligation scolaire, alors que le document ne précise à aucun moment de quelle radicalisation il s'agit. Les juifs "ultra-orthodoxes" et les chrétiens traditionalistes exercent-ils une menace sur les jeunes de France? 

A la manière d'un "petit guide pratique du parfait djihadiste, le Powerpoint liste plusieurs signes, parmi lesquels figurent une "barbe longue non taillée (moustache rasée)", des "cheveux rasés", un "habillement musulman", le "refus du tatouage", une "perte de poids liée à des jeûnes fréquents". Autant d'indications qui peuvent éclairer des professeurs de base pour qui l'islam est une terre inconnue dans leur propre pays. "La difficulté, quand les familles ne sont pas de référence arabo-musulmane, c'est qu'elles ne réagissent pas toujours à temps, ne discernent pas toujours si c'est une simple conversion à l'islam ou un endoctrinement sectaire radical", explique Dounia Bouzar, auteur du livre 'Désamorcer l'islam radical - Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam', ancienne chargée d'étude à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), une spécialiste qui sait de quoi elle parle et que n'importe quelle syndicaliste creuse se croit de taille à lui apporter la contradiction.

Cet experte explique aux idéologues obtus que "99% de l'endoctrinement passe par internet. Les jeunes ne se rencontrent que lorsque l'endoctrinement a commencé. On leur dit qu'ils ne sont pas bien dans leur corps, qu'ils ont des échecs et des conflits familiaux. On leur dit que ce mal-être est un signe, celui que Dieu l'a élu pour faire partie d'un groupe supérieur qui va sauver le monde. On inverse ce sentiment de malaise en l'interprétant comme le signe d'une mission, en faisant de ce jeune un héros pour sauver le monde du déclin. Il y a ensuite toutes les techniques de dérive sectaire : perte d'identité, perte de contour identitaire, prendre l'identité du groupe, mimétisme, hypnose".

La connaissance devient dangereuse dans les lycées et collèges
Depuis Doha, Goodoha prétend poser les bonnes questions, mais n'exprime en fait que des jugements, sans justifier quoi que ce soit.

Sont mentionnés également
des comportements de type "repli identitaire", "exposition sélective aux médias", "rhétorique politique" concernant notamment la Palestine, la Tchétchénie, l'Irak. Et pas la Syrie ? La parole n'est donc pas libérée; les tabous ne sont pas tous tombés... 
La circulaire invite aussi à ne pas fermer les yeux sur ceux qui manifestent un intérêt exclusif  à l'histoire des débuts de l'islam. Toutefois, à aucun moment, le document ne précise comment doivent réagir les chefs d'établissement si de telles exclusives leur sont rapportées. La presse qui hurle avec les loups n'imagine pas qu'à la différence de l'enseignant lambda, le principal ou le proviseur dispose d'interlocuteurs spécialisés au rectorat de son académie. Aucune faille donc à ce niveau. 


"C'est extrêmement dangereux". 

A Poitiers, Magali Espinasse, secrétaire départementale du Syndicat national des enseignants du secondaire (SNES), syndicat dominant et dominé par le PCF (ou le PS, selon les académies) dénonce une circulaire qui stigmatise certains élèves. "Tout est choquant. C'est simpliste, schématique et faux [Quatre appréciations subjectives]. C'est extrêmement dangereux [Et encore une ! N'en jetez plus: cet amas ne tient nullement lieu de démonstration]. C'est n'importe quoi [navrant]. 'Habillement musulman', ça veut dire quoi ? 'Cheveux rasés', ça veut dire quoi ? 'Refus du tatouage', vous êtes pour ou contre le tatouage ? Et s'ils sont contre, on les dénonce comme des futurs djihadistes ?", s'emporte-t-elle au micro d'Europe 1.

Pour le secrétaire départemental du syndicat SE-UNSA, Jean-François Roland, "les termes employés sont maladroits", parce que transparents. "Ce n'est pas vraiment le vocabulaire qu'emploie habituellement l'Education nationale. Je pense qu'il a manqué une relecture avant diffusion", a-t-il ajouté, également auprès de France Bleu.

"Un document perfectible"
Kosovar devenu kamikaze en Irak:
Blerim Heta fit 52 victimes
dans un attentat-suicide  
De son côté, le rectorat de Poitiers a confirmé la diffusion de la circulaire, mais n'a pas souhaité faire d'autre commentaire. 

Interrogée sur France 3, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, approuve la démarche, mais critique un document "sans doute perfectible, c'est incontestable" et "une démarche isolée (...) faite dans cette académie". "Peut-être que les mots ne sont pas parfaits, et nous allons en effet améliorer les choses", a-t-elle ajouté, tout en soulignant qu'"on ne peut pas s'en tenir à la description faite par le papier de Mediapart pour comprendre quel était l'intérêt de ce document".

 

Tandis que Najat Vallaud-Belkacem rétropédale...
N'en déplaise au SNES, Dounia Bouzar explique encore que "les professeurs doivent être formés. Arracher une affiche en disant que sa religion empêche de voir une silhouette humaine, ce n'est pas le produit d'une religion, mais ça révèle quelque chose : il faut parler au jeune, comme s'il était non-musulman, s'intéresser à lui et lui faire remarquer que, non, ce n'est pas un produit religieux, ne pas valider ce qu'il dit comme si c'était de l'islam. C'est ce qu'on a tendance à faire".

Savoir -et ne pas occulter- que
nombre de jeunes djihadistes sont des convertis et n'appartiennent pas au milieu arabo-musulman. A noter que les critères d'évaluation des risque chez les jeunes filles ne sont pas communiqués.

dimanche 29 juin 2014

Ecole: il faut sauver les notes, alerte Brighelli

Brighelli repart en croisade

Les agences de notation traumatisent
nos dirigeants
Le ministre Hamon propose d'abandonner la note chiffrée.

Jean-Paul Brighelli dénonce une tentative de casser le thermomètre,
de dissimuler le déclin du niveau des élèves affiché par l'OCDE, et, in fine, l'abandon de nos valeurs.

Que comprendront les parents à l'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon, bac +3 ?
Invité par Europe 1 cette semaine à m'exprimer sur le projet d'abandon de la notation dont Benoît Hamon, qui n'avait rien d'autre à faire, s'est fait le chantre, j'ai annoncé - autant en rire puisque c'est à pleurer - le renoncement officiel, par Marisol Touraine, à l'usage des thermomètres, bien coupables d'indiquer, parfois, que le patient a la fièvre. Nous voici revenus au XVIIe siècle, quand on faisait tomber la température en saignant le malade - jusqu'à ce qu'il en crève parfois, demandez donc à la mère de Molière. Si effectivement vous ôtez quelques pintes de sang, la pression descendue régulera votre pouls - jusqu'à ce que ça remonte, parce que vous n'avez rien guéri, juste occulté le symptôme. Benoît Hamon en est là. 

Que comprendront les parents à l'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon ?
L'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon ne peut que
rallier les ignorants et les aigris
Il installe une conférence sur l'évaluation (contre l'avis de tous ses services, à commencer par la DGESCO, contre l'avis même du CNESCO, le Conseil national d'évaluation du système éducatif, un "machin" installé par son prédécesseur, Vincent Peillon, dont la tête lui sert aujourd'hui de marchepied pour tenter d'exister), afin d'en finir avec la "dictature" des notes, qui, nous le savons bien, humilient chaque jour des milliers d'enfants...

Les profs sont méchants ? Pas même. Je n'en connais pas qui se délectent à mettre de mauvaises notes. Mais j'en connais trop qui ont renoncé à afficher la vérité des prix, et gonflent artificiellement les résultats - après tout, on le leur demande officiellement au brevet et au bac.

Je ne suis pas ma note

On connaît l'excuse classique du cancre ramenant à la maison un devoir malmené par le correcteur : "C'est parce que le prof ne m'aime pas !"
Le ministre tient le même raisonnement tordu, confondant la valeur de l'exercice - noté de 0 à 20 - et la valeur de l'élève. Que tu aies un zéro, bougre d'imbécile, ne signifie pas que tu es un zéro ! Il faut un cerveau creux résidant rue de Grenelle pour le croire - et valoir, justement, zéro. Mais qui se soucie au fond de ce que vaut vraiment un ministre ?

Exit, donc, un système de notation qui remonte au XVIIe siècle : il appartenait sans doute à la gauche de nous débarrasser de cet ultime souvenir des grands collèges jésuites, de cette dernière référence au Grand Siècle. Si Richelieu, puis Louis XIV, avaient généré ce système d'évaluation des enfants (nobles) du système d'enseignement mis en place par les disciples de Loyola, c'est parce qu'ils croyaient en la valeur globale de leur civilisation. La France de Louis XIV (et je tiens compte aussi des famines, des guerres, des excommunications et des bûchers) valait cher ; la France de Hollande ne vaut plus grand-chose. Un grand doute a saisi le pays, et les gouvernants, qui ne gouvernent plus rien, s'en font l'écho.

Remplacer une note par une évaluation est contre-productif, dans l'optique même défendue par Hamon. Le chiffre a une objectivité. L'évaluation nous ramène à une subjectivité - l'enfant sera bien plus stigmatisé par un jugement global que par le détail de sa performance.

"Maman, j'ai eu du vert aujourd'hui !"
(et Duflot n'y est pour rien)

Déjà, le primaire évolue au gré des "livrets de compétences" : acquises, non acquises, ou en voie d'acquisition. Base trois. Une usine à gaz qui bouffe le temps scolaire. En janvier 1969, le gouvernement avait décidé, dans un grand élan post-soixante-huitard, d'adopter la notation en ABCDE - base cinq. [avec des C+ équivalent à 11, des C pour 10/20 et des C- pour 9: la belle "avancée" !] Elle fit long feu, et le génie national réimposa une base dix, ou vingt - que l'on peut affiner à l'infini en demi, quart ou centième de point. Sans doute ce qu'il y a de plus précis depuis que Fahrenheit et Celsius ont inventé leurs échelles respectives du froid et du chaud : mais le thermomètre est désormais hors la loi... [Trop de rigueur scientifique nuirait à l'élève  apprenant... quand bien même rappellerait-on que la note ne tombe pas du ciel mais est le résultat du calcul d'un barême réfléchi et établi en fonction d'un objectif précis]

Pourquoi le primaire (et, localement, quelques classes de sixième et de cinquième, prélude à la primarisation du collège) ? Parce que les moyens de pression (en clair, la présence d'un corps d'inspecteurs) sont bien plus prégnants sur les écoles communales que dans le secondaire [les maires ont un droit de regard -ou de sanction- par le biais de la participation financière de la commune au fonctionnement des écoles maternelles et primaires publiques: le maire est en effet garant de l’obligation scolaire, de la sécurité des élèves aux abords de l’école et peut être amené à autoriser l’utilisation des locaux scolaires ainsi qu’à intervenir dans de nombreuses autres occasions]. Un inspecteur primaire (IEN) travaille sur une zone réduite, connaît chacune de ses ouailles, les visite régulièrement. Un IPR (inspecteur pédagogique régional) a souvent un rectorat entier à labourer, et n'inspecte les enseignants qui lui sont dévolus que tous les six ans, en moyenne (j'ai passé 14 ans, en banlieue parisienne, sans voir la queue d'un). Allez imposer des consignes à des gens que vous ne voyez que de loin en loin...

Voici donc la Note sacro-sainte remplacée par des smileys souriants (interdiction de faire la gueule, dans le système Hamon), ou des codes couleur plus aisément lisibles par des élèves analphabètes [venus d'au-delà des mers et des frontières]. Ce bariolage est-il plus efficace que l'indication chiffrée ? Ma foi, j'aimerais savoir ce que les parents y comprennent - "Maman, j'ai eu du vert aujourd'hui, c'est mieux que le rouge hier..." [Les feux tricolores serviraient certes de repères, mais les radars, mobiles ou embarqués, seraient exclus, tout justes bons pour les prochains détenteurs du permis de conduire à 15 ans, l'obligation scolaire restant, elle, fixée à 16] 
Une grande déferlante écolo-compatible déferle sur l'éducation. [Finis le noir maléfique et le blanc pur] Le vert est paré de toutes les vertus - pourquoi pas le mauve ? Pourquoi pas un code de petits animaux : "J'ai eu un perroquet pour cause de bavardage, un singe par habileté à reproduire, et un cheval en gym parce que je cours vite..." [Les fruits ne faisant pas l'affaire: la banane pourrait traumatiser la petite de couleur, la poire, le petit souffre-douleur de la récré et la figue ou la prune, un(e) possible LGBT]. Tout cela pour déstresser des gosses qui, d'après saint Pisa (je reviendrai prochainement sur ce système d'évaluation qui est aussi fiable que celui que le ministère veut mettre en place), sont parmi les plus angoissés de la planète (ah, vraiment ? Je croyais qu'au Japon ou en Corée... J'ai dû mal lire...).

Un mien collègue, prof de prépa, agrémente ses corrections avec un tampon représentant un clown hilare, en marge des trouvailles les plus pittoresques de ses élèves. Cela les fait bien rire, au lieu de les humilier [le second degré supposerait donc un niveau minimal...]. Et les "bulles" - les zéros - que nous avons tous un jour méritées restent dans notre souvenir bien plus comme des anecdotes drôles que comme des traumatismes inexpiables. Benoît Hamon chercherait-il à exorciser quelque souvenir cuisant [le second degré ne serait donc équitablement distribué] ? S'offrirait-il une psychanalyse aux frais de quelques millions d'élèves ? Je n'ose le croire.

Au passage, le ministre, dans l'interview du Parisien citée plus haut, affiche ses admirables compétences : "Un écolier qui éprouve des difficultés en grammaire et en syntaxe obtiendra zéro en dictée. S'il a progressé en syntaxe, mais qu'il fait encore trop de fautes en grammaire, il aura toujours un zéro. Comment peut-il savoir qu'il a progressé ?" Quelle distinction byzantine entre grammaire et syntaxe [cf. PaSiDupes]! Je peux encore distinguer orthographe d'usage et orthographe grammaticale - celle-ci pesant un peu plus lourd que celle-là. Mais entre faute grammaticale et faute syntaxique... C'est ce que les pères maristes qui ont formé le petit Benoît au Sénégal lui ont appris ? J'ai un doute...


Les dangers de l'évaluation sauvage

Vincent Peillon, après avoir annoncé à grand fracas la "refondation" de l'école républicaine, avait accouché d'une souris - les rythmes scolaires. Benoît Hamon, tout en détricotant l'oeuvre (?) de son prédécesseur, enfourche un très vieux cheval pédagogique, que lui ont suggéré de monter ses conseillers issus des deux syndicats qui contrôlent aujourd'hui l'éducation, le SGEN [socialiste] et le SE-Unsa [ex-FEN, de la maternelle au lycée]. Sans compter les associations de parents d'élèves, FCPE et Apel, l'une et l'autre favorables (malgré l'avis contraire de 80 % de leurs adhérents) au grand remplacement des notes par des sourires. Sans compter les plus fainéants des élèves, qui, à l'occasion du bac et du brevet, ont protesté parce qu'ils craignaient que leurs performances soient sous-notées. Tout, tout de suite, et avec du sucre, s'il vous plaît ! Beaucoup de sucre !

Une civilisation qui a cessé de prôner l'effort et le mérite, et la difficulté vaincue, est-elle encore une civilisation ?
La quasi-totalité des élèves, qui n'est pas composée que de feignasses abruties, est favorable au maintien des notes. À vrai dire, les enfants sont férus de classements en tous genres - ils ont la compétition intrinsèque, la comparaison naturelle, et l'évaluation autrement tranchante que leurs enseignants [Dans leur besoin de repères, ils font au fond confiance aux professionnels, si cinglant soit le verdict]. Demandez à une classe de se noter, l'échelle sera terriblement basse. Le seul souci des élèves, lorsqu'on rend des copies, c'est de savoir combien a eu leur copain, histoire de se situer [comme le font d'ailleurs les parents en quête de contre-examen: c'est un souci légitime, que les gosses poussent parfois jusqu'à la caricature.
De surcroît, ils savent bien que si l'on supprime le code chiffré, un autre code se mettra en place. Christian Combaz, dans le Figaro du 24 juin, note avec raison que "le ministre entend supprimer les notes au moment où les caïds commencent pratiquement à les attribuer dans leur groupe. En tout cas, il y a longtemps qu'ils attribuent les corvées à la place des professeurs. On observe en effet un véritable transfert de souveraineté dans cette affaire : les écoliers et lycéens ont substitué, au système d'approbation officiel, que la notation représentait très bien, celui de la réputation qui revient à l'instinct tribal, et au statut de l'individu dans le groupe mafieux." Continuons ainsi : on substituera à un système pédagogique la loi de la rue [l'unique évaluation restera à la tribu et au gang]. C'est sans doute un progrès [que les media qualifieront d' "avancée"].

Au passage, Benoît Hamon se fait étriller par la Pravda du régime - Le Monde, pour ne pas le nommer. Maryline Baumard y épingle avec pugnacité l'initiative du ministre, tout occupé, selon elle, à démanteler l'oeuvre (?) de son prédécesseur. Un jour les notes, et demain, les ABCD de l'égalité, auxquels elle tient particulièrement. Autant d'aliments pour les réactionnaires et autres "blouses grises" dont je suis probablement. La suppression des notes ferait-elle partie de ce plan, si souvent commenté ici même, qui vise à renforcer les conservatismes jusqu'à la caricature afin de provoquer, à l'horizon 2017, un affrontement gauche/extrême droite ? Qui me souffle que la gauche arrivera troisième, en 2017 ?


Interdiction stalinienne des "mauvaises notes"

Dans la grande gabegie occidentale,
l'idée de Benoît Hamon ne lui est même pas personnelle. Le Québec vient d'interdire les mauvaises notes, ce que le sociologue Mathieu Bock-Côté analyse avec justesse : "Comment ne pas y voir une tricherie monumentale, une dissimulation massive et un travestissement honteux de la réalité ? Comment ne pas y voir un autre indice du décalage entre des institutions publiques entretenant la fiction de leur réussite et une réalité qui leur échappe et qui finit par percer de partout ? Plusieurs ont le sentiment que l'État contemporain travaille souvent à occulter une part importante du réel, comme s'il devait entretenir la fiction d'une société qui progresse, sans quoi il serait obligé de se questionner sur les fondements idéologiques des grandes transformations qu'il pilote depuis près d'un demi-siècle. Les statistiques publiques révèlent autant qu'elles dissimulent la société qu'elles prétendent mettre en scène. Mais le réel filtre ici et là, même si ceux qui le nomment risquent les pires épithètes."

Qui ne comprend en effet que les promoteurs de ce nouvel ordre pédagogique font le lit d'un ordre nouveau qui ne fera pas dans la demi-mesure ? Cette question de l'évaluation, qui pourrait paraître anecdotique (les ministres passent, les profs demeurent - et la force d'inertie des enseignants face aux consignes officielles est considérable), est révélatrice d'un mode global de fonctionnement : lorsque la réalité vous déplaît ou vous dépasse, cassez le thermomètre ou tuez le messager. Mais cela ne change rien à la réalité. Si la transmission des savoirs connaît aujourd'hui une si grave crise, c'est que notre société tout entière ne croit plus à ces savoirs - comme elle ne croit plus en elle-même. La proposition de Benoît Hamon, quand on y pense, est l'un des multiples révélateurs de la perte de confiance en soi, manifestation d'une société en bout de course.

Petite cause, grands effets. L'orthographe n'est pas un combat d'arrière-garde, c'est le noeud même :
lâcher du lest, c'est abandonner le navire. Transmettre les règles d'accord du nom et de l'adjectif, c'est transmettre un système de valeurs ; y renoncer, c'est manifester notre rejet de ces valeurs. La France entière fout le camp, et l'on ne refondera pas l'école sans refonder la cité. Le PS au pouvoir, après l'incurie de la droite (ça y est, vous avez compris que les notions de droite et de gauche étaient inopérantes ?), accentue le délitement tout entier d'une civilisation. Soit nous réagissons - et la réaction sera nécessairement brutale, parce que nous sommes au fond et que seul un grand coup de talon nous ramènera à la surface -, soit nous basculons dans les poubelles de l'Histoire.