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mercredi 4 décembre 2019

Pisa 2018: Macron s'accommode d'une 23e place

L’école française, élève prétentieuse aux ambitions déçues

Les jeunes Français scolarisés stagnent dans le milieu du tableau

Les notes de la France sont stables et l'effet Macron se fait désirer… Dans la nouvelle étude internationale Pisa sur les acquis des élèves, tombée ce mardi, leurs résultats ne baissent pas et Macron ne fait pas mieux que ses prédécesseurs avec un score moyen de 493 points qui classe les Français légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
La France n'est d'ailleurs plus la 5e puissance économique mondiale. Elle a encore cédé du terrain, passant au 6e rang. D'après les chiffres des PIB 2017, se rapprochant de la 5e place du Royaume-Uni, l’Inde a même relégué la France en 7e position.

L'école française produit toujours de très bons élèves, mais reste globalement moyenne avec, de surcroît, l'une des systèmes éducatifs les plus inégalitaires parmi les pays développés. C'est ce qui ressort du dernier bulletin mondial des systèmes scolaires de la planète, publié ce mardi 3 décembre : le fameux classement Pisa.

Véritable baromètre des politiques éducatives, le "programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des élèves" mesure tous les trois ans depuis 2000 le niveau des jeunes de 15 ans à travers le globe. Pour cette édition Pisa 2018, plus de 600.000 élèves dans 79 pays ont passé des tests mesurant leurs performances en lecture et écriture (thème majeur de cette édition), en mathématiques, ainsi qu'en sciences. Il a fallu un an aux analystes pour trier et synthétiser les résultats, rassemblés en trois épais volumes.

La France légèrement au-dessus de la moyenne

Au classement Pisa, la France se situe en 22e position en lecture, le domaine qui était étudié de manière approfondie pour cette édition 2018. Avec 493 points, l’Hexagone dépasse légèrement la moyenne des pays participants, cotoyant la République tchèque, la Slovénie, l’Allemagne, la Belgique et le Portugal. "Une position honorable, moyenne plus", tiennent à relativiser les analystes de l’OCDE, quand d’autres observateurs s’inquiètent d’une telle position pour la septième puissance mondiale. 

Certains mettent en cause le 'pédagogisme', tandis que l'idéologie dominante, suivie par les media préférant suivre la tendance marxisante, pointe la persistance des inégalités sociales, lesquelles font de la France l’un des champions.
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L'"éducation nouvelle", courant pédagogique dominant qui s'inspire de Rousseau (orphelin dont l'enfance est marquée par l'errance et qui estime donc que l'Homme est naturellement bon, mais que la société le corrompt), défend le principe d'une participation active des individus à leur propre formation : les élèves sont des "apprenants" et sont au centre du système, ce qui suppose qu'ils ont la science infuse et la mutualisent, quand leur grands-parents la recevaient par la transmission des savoirs et l'apprentissage. Aujourd'hui, les méthodes actives sont censées exploiter les centres d'intérêt de l'apprenant, à partir du réel et du libre choix des activités, faire sortir ses connaissances enfouies en suscitant l'esprit d'exploration et la coopération. "L'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume".
"Nous avons une place honorable, mais le gros point noir reste les inégalités sociales devant la performance", commente Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE, spécialiste de l'éducation qui assure : "Il y a beaucoup de professeurs qui sont mal accompagnés et isolés." Déclarer à la journée mondiale des enseignants que les professeurs sont recrutés à un niveau de plus en plus dégradé serait certes peu confraternel, mais avant tout "politiquement incorrect". La performance étant de surcroît, on l'a compris, un concept haïssable.
Se réclament en France de l' "éducation nouvelle" (dont Henri Bassis, militant communiste, rédigea le Manifeste), le GFEN (Groupe français d'éducation nouvelle), la FIMEM (Fédération internationale des mouvements d'école moderne) : pédagogie Freinet, LE CRAP- Cahiers Pédagogiques (Cercle de recherche et d'action Pédagogiques), les CEMEA (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active), ou la Pédagogie Montessori.
Les écarts de performance étant parfois faibles d'un pays à l'autre, l'organisation internationale constitue des groupes de pays aux résultats similaires plutôt qu'un classement à proprement parler. 
Depuis la première édition de Pisa en 2000, le niveau des jeunes en lecture et en écriture n'a pas progressé.  En la matière, le Royaume-Uni - malgré une densité de population plus forte - fait nettement mieux, avec 504 points.

Championne des inégalités, encore et toujours, soulignent les  idéologues de gauche

Résultat de recherche d'images pour "apprentissage lecture methode globale"En France, l'écart de résultat entre les élèves issus d'un milieu favorisé et ceux issus de classes sociales défavorisées est de 107. C'est considérable, et très nettement au-dessus de la différence observée en moyenne dans les autres pays (87 points). Comme si les élèves français étaient coupés en deux planètes. Comme s'ils n'appartenaient, en fin de compte, pas au même système scolaire. Comme si le collège unique n'existait pas depuis Savary.

"Les élèves défavorisés [en difficulté de déchiffrage de l'écrit] ont cinq fois plus de risque de se retrouver en difficulté que les autres, en compréhension de l'écrit", relève Pauline Givord, analyste à l'OCDE qui a codirigé une partie de l'enquête Pisa. Plus inquiétant encore : les jeunes issus de milieux populaires nourriraient peu d'ambitions d'études post-bac, même quand ils sont bons élèves.

Au chapitre des inégalités,
il n'y a qu'en Israël et au Luxembourg que les écarts sont encore plus élevés qu'en France. Ce constat alarmant n'est pas nouveau : le pédagogisme s'est développé au cours des années 80 et le creusement des inégalités en France s'est constaté entre dix et vingt ans plus tard, sans produire de choc significatif dans les politiques publiques. Cependant, "des efforts ont été faits depuis 2012, assure Eric Charbonnier de l'OCDE. Mais il est encore trop tôt pour en mesurer les effets." 
Les premiers élèves à avoir bénéficié de la priorité accordée au primaire, et à la création de nouveaux postes d'enseignants, sous le quinquennat de François Hollande, ne seront en effet testés par Pisa que lorsqu'ils seront devenus lycéens… pour l'édition 2024.

Trop d'incivilités en classe
Ce sont les jeunes eux-mêmes qui l'affirment - notamment en fonction de la formulation des questions - corroborant un constat déjà dressé par leurs enseignants : il y a trop de bruit  - et c'est le moins qui puisse arriver ! - dans les salles de classe. Un jeune de 15 ans sur deux déclare qu'il y a du chahut ou du désordre dans la plupart des cours, et un quart dans tous les cours ! Un niveau inquiétant qui place l'Hexagone très bas dans le tableau des élèves respectueux. "Il n'y a qu'en Argentine et au Brésil où l'indice du climat de discipline est inférieur à la moyenne observée en France", précise l'étude de l'OCDE.

L'indiscipline scolaire pénalise surtout les élèves déjà les plus fragiles, puisqu'il s'observe majoritairement dans les établissements les plus en difficulté. Un constat qui veut ignorer qu'un jeune en situation d'échec scolaire est un élève presque systématiquement indiscipliné, voire agressif. Les "sachants" de  l'OCDE assurent qu'il suffirait d'améliorer la formation des enseignants français sur la gestion de classe - conseil qui vaut pour la discipline comme pour le niveau en écriture, en maths ou en sciences - mais qui occulte le désengagement des parents démissionnaires qu'on veut pourtant introduire dans l'école, bien qu'ils soient défaillants en milieu familial : les parents de milieu favorisé à la rescousse de l'école, alors ? 

D'une manière générale, "les pays les plus performants de Pisa sont ceux qui investissent massivement dans la revalorisation du métier d'enseignant, et dans la formation", insiste Eric Charbonnier.

Blanquer, fataliste...
Résultat de recherche d'images pour "resultats enquete PISA 2018"


Jean Michel Blanquer a tiré la couverture à lui. 
Interrogé par la presse le 3 décembre sur les résultats de Pisa 2018, à Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, qui lui fait des recommandations sur tout ce qui ne va pas dans l'école française, le ministre de l'éducation nationale a la réponse facile : c'est exactement ce qu'il fait. Dommage que les résultats ne soient pas au rendez vous...

Les recommandations de l'OCDE à Macron

"Pisa est un outil important qui peut guider nos efforts pour que nos systèmes éducatifs soient prêts à relever les défis de l'avenir". Présentant les résultats de Pisa 2018 le 3 décembre, Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, a fait une mise au point sur ce que Pisa nous apprend de l'école française. Exposé d'autant plus attendu qu'il a lieu en présence du ministre de l'Education nationale, venu, comme plusieurs de ses prédécesseurs, entendre les recommandations de l'OCDE.

"La France occupe dans Pisa une place honorable au dessus de la moyenne dans les 3 domaines principaux", déclare A. Gurria. "Mais c'est un des pays les plus inégalitaires". Il a beau jeu d'en donner des preuves et d'ajouter qu'aux inégalités sociales s'ajoutent les inégalités ethniques. "Agir pour réduire les inégalités est urgent", dit-il au ministre. "L'enjeu principal est celui de la capacité du système scolaire français à faire progresser les plus fragiles. Il faut allouer les ressources là où il y a des besoins. Il faut former les enseignants et lutter contre l'échec scolaire dès le plus jeune âge". Comment, puisque les ministres successifs n'ont pas trouvé la bonne méthode ?

Avant Blanquer, pendant le quinquennat socialiste de Hollande, Vincent Peillon, Najat Vallaud Belkacem, ministres pourtant fortement marqués à gauche, étaient déjà venus à l'OCDE entendre les mêmes formules, sans effet évalué aujourd'hui. Car les inégalités sociales, la formation insuffisante sur le plan professionnel sont des données repérées depuis longtemps par Pisa. Malgré tout, les propos d'A. Gurria auraient pu réveiller l'Education nationale et susciter un "pisa-choc". Il n'en a rien été.

Les certitudes de Blanquer

Résultat de recherche d'images pour "blanquer arrogant""Le poids des déterminismes sociaux n'augmente pas", insiste Blanquer. "On a stabilisé ce facteur," affirme-t-il, banalisant le phénomène par comparaison puisqu' "il y a des inégalités dans de nombreux pays". Une raffarinade qui n'efface pas de chiffres meilleurs que peut afficher près de la moitié : seuls deux pays ont un niveau d'inégalités sociales par rapport aux résultats scolaires plus importants que nous sur 79 pays. Interrogé sur la mixité sociale dans les établissements, Blanquer s'abrite derrière des études à venir. De fait, depuis son arrivée, les projets lancés sous Najat Vallaud Belkacem sont gelés faute de soutiens rectoraux et de volonté ministérielle.

"PISA confirme ce que je dis depuis des années", assure sans crainte Blanquer. Selon lui, les pays qui progressent dans PISA ont modifié leurs pratiques pédagogiques pour "un enseignement structuré, explicite", ce qui ne veut pas dire grand chose, mais renvoie au discours ministériel. Interrogé sur ces méthodes pédagogiques, le ministre confirme que ses références sont 'Agir pour l'école' de Bentolila, un linguiste auteur d'ouvrages concernant notamment l'illettrisme des jeunes adultes et l'apprentissage de la lecture et du langage chez l'enfant ou du psychologue et président du Conseil scientifique de l'Education nationale, Stanislas Dehaene. Ce conseil d'intellos explique que le travail se concentrera principalement sur les sciences cognitives en lien avec les apprentissages, et non sur les neurosciences, lesquelles ont enterré la "méthode globale" qui, comme les "maths modernes" a fait tant de ravages.

Le ministre reste prudent sur le bilan de sa politique. "On note dans nos évaluations que certaines classes dédoublées ont des performances très importantes", avait certifié il y a quelques mois son cabinet mais, depuis, des experts ont montré que les dédoublements produisent peu de progrès des élèves.

Puisque l'OCDE souligne la faiblesse de la formation des professeurs français, révélée aussi par l'enquête Talis, Blanquer vante la réforme des INSPE (Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat et de l'Éducation) qui devrait apporter une "formation plus pratique" et la hausse de la formation continue. Et surtout un contrôle sur la formation des maîtres. En réalité, le budget 2020 prévoit la baisse des dépenses de formation dans le premier degré et leur stabilité à un niveau jugé insuffisant par l'OCDE dans le second.

Faute de pouvoir mettre les dédoublements en avant, c'est 'Devoirs faits' qui est utilisé par le ministre comme une réponse aux inégalités. Il s'agit d'un temps d’étude accompagnée gratuite pour aider des collégiens dans leurs devoirs dans leur établissement. Tout en reconnaissant que sa mise en place diffère beaucoup d'un endroit à l'autre, le ministre dit réfléchir à le rendre obligatoire pour les élèves faibles. A entendre BLanquer, on pourrait croire qu'il s'agit presque de cours particuliers. Mais ce n'est pas cela du tout. Le ministre envisage de le rendre obligatoire pour les élèves faibles.

Du coté de l'OCDE, Eric Charbonnier recadre. "Les inégalités ne sont pas une fatalité", assure l'expert. Pour cela il faudrait des ressources pour les établissements défavorisés. A bon entendeur...


mercredi 22 mars 2017

Pascal Praud exige de débattre sur des faits: le député PS Patrick Bloche refuse et quitte le plateau

Pascal Praud ne peut obtenir de Patrick Bloche et de la Front de gauche qu'ils mettent l'idéologie de côté

Les deux représentants de la gauche s'arc-boutent sur leur petit livre rouge

L'animateur de l'émission 'L’heure des pros' espérait un état des lieux objectif.
"Qui veut tuer l'école ?" était le thème du débat. Mais l'élue d'extrême gauche à Paris (Front de gauche, en veste rouge) Danièle Simonnet se lança dans un couplet sur sa "fierté" du système en échec qu'elle s'entête à défendre, sortant ses phrases toutes faites et absconses, s'en prenant aussi sec aux tenants du 'déclinisme' : Pascal Praud vit ainsi son émission dériver aussitôt dans l'idéologie dominante à l'Education nationale. Le niveau ne baisse pas ! quoi qu'en disent les enquêtes européennes (cf. le classement Pisa effectué par l'OCDE...)
Simonnet refusait d'admettre que les enfants ne sont pas égaux à la naissance. Tandis que Praud observait que nous ne sommes pas tous capables de battre des records au 100 mètres, la marxiste archaïque s'obstinait à rendre l'inégalité des chances seule responsable des disparités sociales.

Arrivé avec du retard - près de 6mn après le début de l'émission -, le député socialiste Patrick Bloche embraya sur le même registre politicien de sa voisine, une conseillère d'orientation scolaire bombardée psychologue pour justifier une progression d'indices, niant le nivellement par le bas et irritant les participants présents, Jean-Paul Brighelli et le vice-président du SNALC, syndicat enseignant indépendant, ainsi que la députée LR du Doubs, maire de Morteau et déléguée à l’Education nationale, Anne Genevard, trois enseignants. 

Patrick Bloche tenta à son tour de faire prévaloir ses éléments de langage politicien, le député socialiste des Hauts-de-Seine réclamant au passage le respect et jouant, tout rouge, la carte de l'indignation.

Pour illustrer son propos, le présentateur Pascal Praud, prit l'exemple du 'prédicat', un terme plutôt nouveau pour une notion ancienne, de nature à égarer les parents impliqués, et l'échange s'emballa quand les invités de gauche se virent dépassés par la réalité. "Tous ceux qui nous écoutent doivent, en vous entendant, dire que les députés sont à l’ouest. Je vous parle comme ça! Prenez une copie d’un gosse de troisième, vous verrez que c’est truffé de fautes d’orthographe, que c’est phonétique!", lança à son invité un Pascal Praud désireux de conduire le débat sur du concret. Il arriva sur le dur...

"A l’ouest ? Mais comment vous pouvez...", s'étrangla le député socialiste. "Je ne sais pas dans quel milieu et dans quel monde vous vivez à l’Assemblée nationale! Permettez-moi de vous le dire comme ça", a ajouté le journaliste visiblement offusqué - en qualité de parent d'élève - par ce déni. 
"Mais c’est incroyable qu’un journaliste à CNews... vous puissiez vous exprimer sur vos positions éminemment politiques !", polémiqua aussitôt Patrick Bloche, qui rappela que lors de sa précédente visite, il soutenait les journalistes et techniciens d'i-télé en grève dure contre le sauveteur de la chaîne du groupe Canal+.
 
Et Bloche d'accuser : "La contestation de la représentation nationale, je sais exactement d’où elle vient. C’est scandaleux! Je vais dans des classes, je connais le niveau des élèves! Votre parti pris, vous n’êtes pas animateur, vous êtes présentateur! Changez de place!" accusa le politicien. Pour se justifier, Pascal Praud répond à l'élu et que ce n’est "pas un parti pris", mais "un témoignage de journaliste", fit valoir Praud, parent d'élève confronté aux problèmes occasionnés dans les familles par les réformes insensées.

VOIR et ENTENDRE la chaude ambiance sur C News, ce mercredi 22 mars, où le député socialiste Patrick Bloche prit la mouche plutôt que de répondre à Pascal Praud :

Les deux hommes ont eu un vif échange en direct, le journaliste et père de famille - las d'entendre les éternelles mises en accusation du quinquennat précédent, après cinq années de désorganisation socialiste du système éducatif (rythmes scolaires, théorie du genre ou ABCD de l'égalité, EPI (pour les parents largués: Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, "moments privilégiés" pour exercer sa 'compétence' en français dans des activités transversales, à défaut d'heures consacrées à l'acquisition des 'connaissances' en grammaire ou en orthographe), sanctionnés par des difficultés à pourvoir - même au rabais - des postes mis au concours) pointant le décalage du député avec les réalités du terrain en matière d'éducation.
 
Patrick Bloche ne résista pas à cet échange musclé et  battit en retraite, quittant le plateau de C News. Praud venait reprocher à Bloche, socialiste exemplaire, et la sectaire Simonnet de "mener un débat parallèle" entre eux pendant l'intervention de la porte-parole LR, pour ensuite "donner des leçons d'éducation aux uns et aux autres". 

Le joueur de Scrabble sur les bancs socialistes à l'Assemblée n'avait que le déni à opposer, bloquant le débat face aux témoignages vécus des trois praticiens de l'enseignement, face à l'élue totalitaire en fureur et à un observateur socialiste évidemment indigné.

vendredi 11 juillet 2014

Bac 2014: le taux de réussite record signe-t-il la mort de l'épreuve

Les enquêtes PISA se tromperaient donc...

L'AFP affirme que "le bac 2014 est un très bon cru".
 

87,9% de réussite tous bacs confondus. Mais quand la braderie a un tel succès, ça cache nécessairement des malfaçons... "Attention à ne pas se laisser aveugler par ces chiffres qui cachent un recul d'un point au bac général", lance toutefois l'Agence française de presse qui fournit aux media des articles bien-pensants prêts à l'emploi. 

88%, c'est le taux de réussite au baccalauréat 2014, soit encore 1,1 point de plus que l'année dernière, après les traditionnelles épreuves de rattrapage à partir de 8/20. Le précieux sésame bat cette année tous les records dont celui du nombre de bacheliers dans une génération s'élevant à 77,3%. Ils étaient cette année 624 700 à plancher sur la philosophie, les maths ou encore l'histoire-géo. On sait ainsi que les Français ne maîtrisent toujours pas l'anglais et pas mieux depuis qu'il est pratiqué dès le CM2, après huit années d'enseignement.Ministre depuis trois mois, Benoit Hamon ne veut pas le savoir et a cru bon de se féliciter de ces "très bons résultats de l'ensemble des voies du lycée".

Ce record justifie-t-il des cris de victoire?

Les enquêtes PISA sont là pour refroidir un tel enthousiasme officiel. Les travaux de l'OCDE montrent en effet que le tableau n'est pas aussi honorable que les instances gouvernementales le voudraient.

Un léger recul du bac général

Mais si le taux de réussite tous bacs confondus est exceptionnel cette année, ces chiffres cachent pourtant un léger recul de la filière générale du baccalauréat. Bien que son taux demeure élevé (90,9%), toutes les séries de la voie générale baissent. Dans la série scientifique, le taux de réussite atteint 91,9% soit une chute de 0,6 point, en série littéraire, il est de 90% (-0,9 point). C'est dans la filière économique et sociale qu'il connaît sa baisse la plus importante, 1,7 point, pour atteindre 89,7% de réussite. Du côté des séries technologiques, le taux dépasse pour la première fois les 90%, poursuivant sa progression depuis 2006.

A l'issue de la session de juin, c'est pratiquement un candidat sur deux (46%) qui a obtenu une mention, de plus en plus indispensable pour entrer dans une grande école. Quasiment tous les bacheliers peuvent prétendre à une grande école...  La démocratisation de l'enseignement fait des merveilles !

Les enquêtes Pisa de l'OCDE ne surestiment pas nos scolaires

On connaît l’étude PISA qui mesure le niveau scolaire des élèves des pays de l’OCDE en mathématiques, à l’écrit et à l’oral. Réalisée auprès de 510.000 élèves de 15 ans dans 65 pays, cette enquête internationale publiée en décembre 2013 constate pour la France un accroissement des inégalités, un recul en mathématiques, mais une remontée des résultats en compréhension de l’écrit.
Si on ne regarde que les pays de l’OCDE, la France est cette année 18e en mathématiques, 14e en compréhension de l’écrit et 19e en sciences.

Autre sujet d’inquiétude : les différences de performance en fonction du milieu d’origine.
 
En France, l’écart entre groupes socio-économiques est plus large que la moyenne de l’OCDE. Un élève de milieu aisé obtient 50 points de plus qu’un élève de milieu modeste, contre 41 points en moyenne dans les pays l’OCDE étudiés. Le niveau de diplôme des parents est aussi un facteur important. Quand l’un d’eux occupe un emploi hautement qualifié, l’élève obtient 58 points de plus en culture financière qu’un élève dont les parents occupent des postes intermédiaires ou peu qualifiés.
L’écart entre les élèves issus de l’immigration et les élèves d’origine française est notable : les élèves nés de parents français obtiennent 61 points de plus que ceux nés à l’étranger ou dont les parents sont nés à l’étranger. On ne peut cependant en tirer une règle générale, puisqu'au bac 2014, une jeune franco-marocaine -dont le père était ingénieur avant d'arriver en France- a pu obtenir 21 sur 20 de moyenne...

Mais il faudra désormais faire avec un autre sujet de déconvenue avec une nouvelle étude PISA qui mesure "les connaissances et les compétences financières dont les jeunes ont besoin pour passer de l’école aux études supérieures, à la vie active ou à la création d’entreprise". Une fois de plus, dans cette étude menée auprès de 29.000 élèves ayant répondu durant 60 minutes à un questionnaire à choix multiplesla France est un mauvais élève. Elle ne se classe qu’au onzième rang des 18 pays passés au crible.

En France, un élève sur cinq (19.4 %, contre 15.3 % en moyenne dans l’OCDE) n’atteint pas le niveau de compétence de base en culture financière. "Au mieux, ces élèves peuvent faire la différence entre besoins et souhaits, prendre des décisions simples sur les dépenses quotidiennes et savent à quoi servent des documents financiers courants, tels qu’une facture", explique l’étude.

Les résultats du bac sont donc à prendre avec des pincettes.

lundi 30 juin 2014

Bac: le tripatouillage des notes est fonction des consignes ministérielles

Le tripatouillage n'est pas vraiment le fait des professeurs-correcteurs-examinateurs

Ce ne soit pas  le niveau des élèves que l’on évalue 
au baccalauréat
Le bac mène-t-il à une impasse?
E
n réalité, la note finale varie en fonction des rivalités entre établissements et d’une "obligation de résultat" au niveau national et global.

La faiblesse du pouvoir socialiste a fait du baccalauréat 2014 une zone de non-droit, une déshérence marquée par le changement de ...ministres à deux mois du début des épreuves: fuites en série, polémiques autour de sujets supposés trop difficiles pour le niveau réel des candidats, pétition inédite d’élèves… Tout a été tenté pour accréditer l'idée que le contrôle continu  serait une "avancée. Mais au-delà de ces embûches dressées sur le parcours, plus encore que l’an dernier, les media se sont livrés sur commande à un matraquage d'un système de notation supposé à géométrie variable pour cet examen national.

Le ministère a organisé le coulage du bac 2014 et obéré l'avenir 

Le ministère de l’Éducation nationale a embrayé sur la campagne de dénigrement en livrant son sentiment de bac+3 que les copies seraient appréciées avec malveillance, puisqu'il a assuré qu'elles seraient désormais notées avec "bienveillance". Dans le même temps et sous la pression populaire, les consignes officielles imposaient que l’épreuve de mathématiques du bac S (supposé faire émerger nos scientifiques de demain) serait notée sur… 24, tandis que les barèmes des exercices de physique-chimie au même bac S seraient relevés au vu de la difficulté de l’épreuve. En réalité, il semble que ce ne soit pas tant le niveau des élèves que l’on évalue. Mais que la note finale varie en fonction d’une "obligation de résultat" au niveau global.

Ordre supérieur de dissimuler le problème de niveau réél

A force de dire que le "niveau baisse" depuis de nombreuses décennies et que le bac est souvent considéré comme "bradé", mais assorti d'une orgie de mentions illusoires, le tripatouillage des notes n’est plus tabou, il devient même quasiment la norme. Il faut désormais atteindre le niveau espéré de réussite au baccalauréat: il n'est plus ambitionné d'évaluer un niveau qui permette de suivre une prépa ou même une première année de fac. Au lieu d’évaluer strictement les savoirs d’une classe d’âge, la notation est donc adaptée à l’objectif d'anesthésie de l'opinion en diplômant un pourcentage toujours plus élevé de candidats. Notre classement PISA de l'OCDE soulèvera la surprise des hypocrites qui décrieront des critères insupportables par no petits génies hexagonaux, mais aussi l'indignation des mêmes experts de l'éducation contre un système supérieur trop élitiste et inapproprié, singulièrement à l'encontre des nouveaux arrivants. Un effet boule-de-neige ravageur de la mauvaise foi à tous les degrés de la société, depuis le ministre qui "comprend" les plaignants en émettant des jugements démagogiques et irresponsables jusqu'aux parents qui délèguent.

Un pourcentage vertigineux de réussite
Hors sujet, dirait l’enseignant un peu rigoureux, désormais classé "vachard". 92 %, 93 %? Quel pourcentage vertigineux de réussite au baccalauréat général va-t-on atteindre pour cette édition 2014 quand certains candidats obtiennent des notes supérieures à 20? Cette formalité devient un bâclage lourd de conséquences tant économiques que psychologiques: elle fabrique des aigris et creuse le déficit de l'Education qui agonise depuis 40 ans, avec renfort de soins palliatifs, et va droit à une mort indigne. 
Le psycho-drame du bac n'est en fait qu'une comédie: pour la poursuite des études des élèves, tout se joue, avant même la publication des résultats, avec le fameux système "Admission post-bac", qui prévoit l'orientation et l'inscription du candidat avant qu'il n'ait reçu ce diplôme de fin d'études et fait rêver les 7% qui n'auront pas réussi à se faire récupérer à la note de 8 sur 20...

Quelle image donnons-nous, à nouveau, de notre système scolaire

après le précédent de la pétition lancée contre les sujets de mathématiques par quelques lycéens en colère ? D’autant que les collégiens, qui passaient la semaine dernière le brevet, se sont aussi plaints sur les réseaux sociaux d’un exercice trop difficile.

Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale, a ouvert cette semaine un vaste chantier sur le système de notation qui devrait également concerner le baccalauréat. 
De son côté, surprise, un syndicat lycéen évoque une refonte du système, non pas à base de contrôle continu mais d’épreuves passées au fil de l’année. Ce qui mérite autant d'explication que la distinction hasardée par l'aventureux Hamon entre "grammaire" et "syntaxe" (lien PaSiDupes)! Mais si ça peut permettre des économies budgétaires, n'est-ce pas...

Avec juillet, les résultats de l’examen et les grandes vacances, les esprits vont bientôt se tourner vers la future rentrée scolaire et les effectifs d'enseignants. De nouvelles problématiques qui ne doivent pas occulter la nécessité de revenir à la raison sur un examen national emblématique. La question se pose plus que jamais de la valeur du diplôme du baccalauréat, alors que certains professionnels annoncent, à moyen terme, un taux de réussite de 100 %. 
Que l'étranger nous enviera: notre "exception culturelle" ! 
LOL

dimanche 29 juin 2014

Ecole: il faut sauver les notes, alerte Brighelli

Brighelli repart en croisade

Les agences de notation traumatisent
nos dirigeants
Le ministre Hamon propose d'abandonner la note chiffrée.

Jean-Paul Brighelli dénonce une tentative de casser le thermomètre,
de dissimuler le déclin du niveau des élèves affiché par l'OCDE, et, in fine, l'abandon de nos valeurs.

Que comprendront les parents à l'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon, bac +3 ?
Invité par Europe 1 cette semaine à m'exprimer sur le projet d'abandon de la notation dont Benoît Hamon, qui n'avait rien d'autre à faire, s'est fait le chantre, j'ai annoncé - autant en rire puisque c'est à pleurer - le renoncement officiel, par Marisol Touraine, à l'usage des thermomètres, bien coupables d'indiquer, parfois, que le patient a la fièvre. Nous voici revenus au XVIIe siècle, quand on faisait tomber la température en saignant le malade - jusqu'à ce qu'il en crève parfois, demandez donc à la mère de Molière. Si effectivement vous ôtez quelques pintes de sang, la pression descendue régulera votre pouls - jusqu'à ce que ça remonte, parce que vous n'avez rien guéri, juste occulté le symptôme. Benoît Hamon en est là. 

Que comprendront les parents à l'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon ?
L'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon ne peut que
rallier les ignorants et les aigris
Il installe une conférence sur l'évaluation (contre l'avis de tous ses services, à commencer par la DGESCO, contre l'avis même du CNESCO, le Conseil national d'évaluation du système éducatif, un "machin" installé par son prédécesseur, Vincent Peillon, dont la tête lui sert aujourd'hui de marchepied pour tenter d'exister), afin d'en finir avec la "dictature" des notes, qui, nous le savons bien, humilient chaque jour des milliers d'enfants...

Les profs sont méchants ? Pas même. Je n'en connais pas qui se délectent à mettre de mauvaises notes. Mais j'en connais trop qui ont renoncé à afficher la vérité des prix, et gonflent artificiellement les résultats - après tout, on le leur demande officiellement au brevet et au bac.

Je ne suis pas ma note

On connaît l'excuse classique du cancre ramenant à la maison un devoir malmené par le correcteur : "C'est parce que le prof ne m'aime pas !"
Le ministre tient le même raisonnement tordu, confondant la valeur de l'exercice - noté de 0 à 20 - et la valeur de l'élève. Que tu aies un zéro, bougre d'imbécile, ne signifie pas que tu es un zéro ! Il faut un cerveau creux résidant rue de Grenelle pour le croire - et valoir, justement, zéro. Mais qui se soucie au fond de ce que vaut vraiment un ministre ?

Exit, donc, un système de notation qui remonte au XVIIe siècle : il appartenait sans doute à la gauche de nous débarrasser de cet ultime souvenir des grands collèges jésuites, de cette dernière référence au Grand Siècle. Si Richelieu, puis Louis XIV, avaient généré ce système d'évaluation des enfants (nobles) du système d'enseignement mis en place par les disciples de Loyola, c'est parce qu'ils croyaient en la valeur globale de leur civilisation. La France de Louis XIV (et je tiens compte aussi des famines, des guerres, des excommunications et des bûchers) valait cher ; la France de Hollande ne vaut plus grand-chose. Un grand doute a saisi le pays, et les gouvernants, qui ne gouvernent plus rien, s'en font l'écho.

Remplacer une note par une évaluation est contre-productif, dans l'optique même défendue par Hamon. Le chiffre a une objectivité. L'évaluation nous ramène à une subjectivité - l'enfant sera bien plus stigmatisé par un jugement global que par le détail de sa performance.

"Maman, j'ai eu du vert aujourd'hui !"
(et Duflot n'y est pour rien)

Déjà, le primaire évolue au gré des "livrets de compétences" : acquises, non acquises, ou en voie d'acquisition. Base trois. Une usine à gaz qui bouffe le temps scolaire. En janvier 1969, le gouvernement avait décidé, dans un grand élan post-soixante-huitard, d'adopter la notation en ABCDE - base cinq. [avec des C+ équivalent à 11, des C pour 10/20 et des C- pour 9: la belle "avancée" !] Elle fit long feu, et le génie national réimposa une base dix, ou vingt - que l'on peut affiner à l'infini en demi, quart ou centième de point. Sans doute ce qu'il y a de plus précis depuis que Fahrenheit et Celsius ont inventé leurs échelles respectives du froid et du chaud : mais le thermomètre est désormais hors la loi... [Trop de rigueur scientifique nuirait à l'élève  apprenant... quand bien même rappellerait-on que la note ne tombe pas du ciel mais est le résultat du calcul d'un barême réfléchi et établi en fonction d'un objectif précis]

Pourquoi le primaire (et, localement, quelques classes de sixième et de cinquième, prélude à la primarisation du collège) ? Parce que les moyens de pression (en clair, la présence d'un corps d'inspecteurs) sont bien plus prégnants sur les écoles communales que dans le secondaire [les maires ont un droit de regard -ou de sanction- par le biais de la participation financière de la commune au fonctionnement des écoles maternelles et primaires publiques: le maire est en effet garant de l’obligation scolaire, de la sécurité des élèves aux abords de l’école et peut être amené à autoriser l’utilisation des locaux scolaires ainsi qu’à intervenir dans de nombreuses autres occasions]. Un inspecteur primaire (IEN) travaille sur une zone réduite, connaît chacune de ses ouailles, les visite régulièrement. Un IPR (inspecteur pédagogique régional) a souvent un rectorat entier à labourer, et n'inspecte les enseignants qui lui sont dévolus que tous les six ans, en moyenne (j'ai passé 14 ans, en banlieue parisienne, sans voir la queue d'un). Allez imposer des consignes à des gens que vous ne voyez que de loin en loin...

Voici donc la Note sacro-sainte remplacée par des smileys souriants (interdiction de faire la gueule, dans le système Hamon), ou des codes couleur plus aisément lisibles par des élèves analphabètes [venus d'au-delà des mers et des frontières]. Ce bariolage est-il plus efficace que l'indication chiffrée ? Ma foi, j'aimerais savoir ce que les parents y comprennent - "Maman, j'ai eu du vert aujourd'hui, c'est mieux que le rouge hier..." [Les feux tricolores serviraient certes de repères, mais les radars, mobiles ou embarqués, seraient exclus, tout justes bons pour les prochains détenteurs du permis de conduire à 15 ans, l'obligation scolaire restant, elle, fixée à 16] 
Une grande déferlante écolo-compatible déferle sur l'éducation. [Finis le noir maléfique et le blanc pur] Le vert est paré de toutes les vertus - pourquoi pas le mauve ? Pourquoi pas un code de petits animaux : "J'ai eu un perroquet pour cause de bavardage, un singe par habileté à reproduire, et un cheval en gym parce que je cours vite..." [Les fruits ne faisant pas l'affaire: la banane pourrait traumatiser la petite de couleur, la poire, le petit souffre-douleur de la récré et la figue ou la prune, un(e) possible LGBT]. Tout cela pour déstresser des gosses qui, d'après saint Pisa (je reviendrai prochainement sur ce système d'évaluation qui est aussi fiable que celui que le ministère veut mettre en place), sont parmi les plus angoissés de la planète (ah, vraiment ? Je croyais qu'au Japon ou en Corée... J'ai dû mal lire...).

Un mien collègue, prof de prépa, agrémente ses corrections avec un tampon représentant un clown hilare, en marge des trouvailles les plus pittoresques de ses élèves. Cela les fait bien rire, au lieu de les humilier [le second degré supposerait donc un niveau minimal...]. Et les "bulles" - les zéros - que nous avons tous un jour méritées restent dans notre souvenir bien plus comme des anecdotes drôles que comme des traumatismes inexpiables. Benoît Hamon chercherait-il à exorciser quelque souvenir cuisant [le second degré ne serait donc équitablement distribué] ? S'offrirait-il une psychanalyse aux frais de quelques millions d'élèves ? Je n'ose le croire.

Au passage, le ministre, dans l'interview du Parisien citée plus haut, affiche ses admirables compétences : "Un écolier qui éprouve des difficultés en grammaire et en syntaxe obtiendra zéro en dictée. S'il a progressé en syntaxe, mais qu'il fait encore trop de fautes en grammaire, il aura toujours un zéro. Comment peut-il savoir qu'il a progressé ?" Quelle distinction byzantine entre grammaire et syntaxe [cf. PaSiDupes]! Je peux encore distinguer orthographe d'usage et orthographe grammaticale - celle-ci pesant un peu plus lourd que celle-là. Mais entre faute grammaticale et faute syntaxique... C'est ce que les pères maristes qui ont formé le petit Benoît au Sénégal lui ont appris ? J'ai un doute...


Les dangers de l'évaluation sauvage

Vincent Peillon, après avoir annoncé à grand fracas la "refondation" de l'école républicaine, avait accouché d'une souris - les rythmes scolaires. Benoît Hamon, tout en détricotant l'oeuvre (?) de son prédécesseur, enfourche un très vieux cheval pédagogique, que lui ont suggéré de monter ses conseillers issus des deux syndicats qui contrôlent aujourd'hui l'éducation, le SGEN [socialiste] et le SE-Unsa [ex-FEN, de la maternelle au lycée]. Sans compter les associations de parents d'élèves, FCPE et Apel, l'une et l'autre favorables (malgré l'avis contraire de 80 % de leurs adhérents) au grand remplacement des notes par des sourires. Sans compter les plus fainéants des élèves, qui, à l'occasion du bac et du brevet, ont protesté parce qu'ils craignaient que leurs performances soient sous-notées. Tout, tout de suite, et avec du sucre, s'il vous plaît ! Beaucoup de sucre !

Une civilisation qui a cessé de prôner l'effort et le mérite, et la difficulté vaincue, est-elle encore une civilisation ?
La quasi-totalité des élèves, qui n'est pas composée que de feignasses abruties, est favorable au maintien des notes. À vrai dire, les enfants sont férus de classements en tous genres - ils ont la compétition intrinsèque, la comparaison naturelle, et l'évaluation autrement tranchante que leurs enseignants [Dans leur besoin de repères, ils font au fond confiance aux professionnels, si cinglant soit le verdict]. Demandez à une classe de se noter, l'échelle sera terriblement basse. Le seul souci des élèves, lorsqu'on rend des copies, c'est de savoir combien a eu leur copain, histoire de se situer [comme le font d'ailleurs les parents en quête de contre-examen: c'est un souci légitime, que les gosses poussent parfois jusqu'à la caricature.
De surcroît, ils savent bien que si l'on supprime le code chiffré, un autre code se mettra en place. Christian Combaz, dans le Figaro du 24 juin, note avec raison que "le ministre entend supprimer les notes au moment où les caïds commencent pratiquement à les attribuer dans leur groupe. En tout cas, il y a longtemps qu'ils attribuent les corvées à la place des professeurs. On observe en effet un véritable transfert de souveraineté dans cette affaire : les écoliers et lycéens ont substitué, au système d'approbation officiel, que la notation représentait très bien, celui de la réputation qui revient à l'instinct tribal, et au statut de l'individu dans le groupe mafieux." Continuons ainsi : on substituera à un système pédagogique la loi de la rue [l'unique évaluation restera à la tribu et au gang]. C'est sans doute un progrès [que les media qualifieront d' "avancée"].

Au passage, Benoît Hamon se fait étriller par la Pravda du régime - Le Monde, pour ne pas le nommer. Maryline Baumard y épingle avec pugnacité l'initiative du ministre, tout occupé, selon elle, à démanteler l'oeuvre (?) de son prédécesseur. Un jour les notes, et demain, les ABCD de l'égalité, auxquels elle tient particulièrement. Autant d'aliments pour les réactionnaires et autres "blouses grises" dont je suis probablement. La suppression des notes ferait-elle partie de ce plan, si souvent commenté ici même, qui vise à renforcer les conservatismes jusqu'à la caricature afin de provoquer, à l'horizon 2017, un affrontement gauche/extrême droite ? Qui me souffle que la gauche arrivera troisième, en 2017 ?


Interdiction stalinienne des "mauvaises notes"

Dans la grande gabegie occidentale,
l'idée de Benoît Hamon ne lui est même pas personnelle. Le Québec vient d'interdire les mauvaises notes, ce que le sociologue Mathieu Bock-Côté analyse avec justesse : "Comment ne pas y voir une tricherie monumentale, une dissimulation massive et un travestissement honteux de la réalité ? Comment ne pas y voir un autre indice du décalage entre des institutions publiques entretenant la fiction de leur réussite et une réalité qui leur échappe et qui finit par percer de partout ? Plusieurs ont le sentiment que l'État contemporain travaille souvent à occulter une part importante du réel, comme s'il devait entretenir la fiction d'une société qui progresse, sans quoi il serait obligé de se questionner sur les fondements idéologiques des grandes transformations qu'il pilote depuis près d'un demi-siècle. Les statistiques publiques révèlent autant qu'elles dissimulent la société qu'elles prétendent mettre en scène. Mais le réel filtre ici et là, même si ceux qui le nomment risquent les pires épithètes."

Qui ne comprend en effet que les promoteurs de ce nouvel ordre pédagogique font le lit d'un ordre nouveau qui ne fera pas dans la demi-mesure ? Cette question de l'évaluation, qui pourrait paraître anecdotique (les ministres passent, les profs demeurent - et la force d'inertie des enseignants face aux consignes officielles est considérable), est révélatrice d'un mode global de fonctionnement : lorsque la réalité vous déplaît ou vous dépasse, cassez le thermomètre ou tuez le messager. Mais cela ne change rien à la réalité. Si la transmission des savoirs connaît aujourd'hui une si grave crise, c'est que notre société tout entière ne croit plus à ces savoirs - comme elle ne croit plus en elle-même. La proposition de Benoît Hamon, quand on y pense, est l'un des multiples révélateurs de la perte de confiance en soi, manifestation d'une société en bout de course.

Petite cause, grands effets. L'orthographe n'est pas un combat d'arrière-garde, c'est le noeud même :
lâcher du lest, c'est abandonner le navire. Transmettre les règles d'accord du nom et de l'adjectif, c'est transmettre un système de valeurs ; y renoncer, c'est manifester notre rejet de ces valeurs. La France entière fout le camp, et l'on ne refondera pas l'école sans refonder la cité. Le PS au pouvoir, après l'incurie de la droite (ça y est, vous avez compris que les notions de droite et de gauche étaient inopérantes ?), accentue le délitement tout entier d'une civilisation. Soit nous réagissons - et la réaction sera nécessairement brutale, parce que nous sommes au fond et que seul un grand coup de talon nous ramènera à la surface -, soit nous basculons dans les poubelles de l'Histoire.