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mardi 17 septembre 2019

Macron fait désormais de l'immigration verrouillée un enjeu des municipales

Macron veut regarder le sujet de l'immigration "en face" mais, en même temps, il demande à la majorité de ne pas être "un parti bourgeois"

A
près les municipales, le président reprendra sa navigation entre deux eaux... 

Emmanuel Macron

Les motivations de Macron sont politiciennes. 
Il faut prendre le sujet de l'immigration à bras-le-corps car ce sont les classes populaires qui y sont confrontées et que l'afflux de migrants clandestins les oriente vers l'extrême droite, a-t-il expliqué lundi 16 septembre.
Or, il s'adressait - à huis clos - à ses troupes en godillots, quelque deux cents membres de sa majorité (députés ou sénateurs LREM, Modem et de mini-partis à la remorque), ainsi que l’ensemble du gouvernement, quinze jours avant le débat sur l'immigration, à l'Assemblée nationale et au Sénat, prévu les 30 septembre et 2 octobre, et il dressait les grandes lignes de la deuxième partie du quinquennat.

"C'est un sujet en soi qu'il faut prendre avec maturité et calme," a-t-il prêché.
La France a toujours été une terre d'immigration", a-t-il affirmé en préambule, selon des participants. Ce qui est valable pour tous les pays du monde à un moment plus ou moins récent de leurs histoires.

"La gauche n'a pas voulu regarder ce problème," a-t-il aussi accusé, lui qui a servi le socialiste Hollande à l'Elysée, dès mai 2012, puis au gouvernement, jusqu'en août 2016.

"La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas," a-t-il lancé à la partie de ses troupes venues de la gauche. Et de caricaturer la France profonde qu'il ne cotoie pas : "Les bourgeois n'ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec, a-t-il estimé. La gauche n'a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies." Et de conclure, sur des bases théoriques, pour lui : "Les classes populaires ont donc migré vers l'extrême droite." Un raisonnement formel fondé sur des propositions marxisantes supposées vraies au siècle dernier et qui conduisent à un sophisme. La démonstration du  fallacieux Macron aboutit à une vérité partielle -  et partiale visant sa cible -, mais manipulant la raison et son auditoire.

"Vous n'avez qu'un opposant sur le terrain : c'est le Front national (devenu Rassemblement national). Il faut confirmer cette opposition car ce sont les Français qui l'ont choisie. Il y a deux projets : celui du repli, tout faire peur ou bâtir une solution ouverte mais pas naïve", a-t-il conclu. 
Le repoussoir RN lui sert de rabatteur d'éléments tièdes et malléables. C'est l'ADN du MoDem de flotter au gré des vents contraires, mais la droite républicaine s'y est laissé prendre : les juppéistes d'Agir! ou des UDI comme Jean-Christophe Lagarde ou Franck Riester, un ministre potiche, qui a été successivement l'un et l'autre, avant d'être macronien. 

Un appel travesti de Macron à la fermeté sur l'immigration

Vers une réduction des quotas ?
Pour éviter d’être "un parti bourgeois" qui ignore l’opinion de classes populaires séduites par l’extrême droite, il est entré en campagne des municipales pour stigmatiser auprès de ses béni-oui-oui le parti dont il craint le plus la montée aux municipales de mars prochain, parce que que son mouvement au pouvoir est en déficit territorial et de popularité.

Macron a mis ses troupes en ordre de bataille, durcissant le ton sur l’immigration, thème de prédilection de la droite radicale, soulignant que "les flux d’entrée n’ont jamais été aussi bas en Europe et les demandes d’asile jamais aussi hautes en France," et cela, contrairement au vécu quotidien des Français dans leurs villes et leurs quartiers. Mais si Macron évoque le dossier des demandeurs d'asile, c'est qu'il n'est pas lui-même acteur en la matière : il désigne donc le responsable des abus, l’office compétent, l'OFPRA. Il pourrait pourtant "assumer", puisque l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est en effet un établissement public administratif sous tutelle due son gouvernement en la personne controversée de son ministre de l'Intérieur, Castaner. 

Macron dénonce un droit d’asile "détourné de sa finalité"
"Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet (de l’immigration) en face ", a-t-il lancé, virant sa cuti, sur ce sujet également, puisqu'il défendait le droit d’asile sans restriction jusqu’ici. "Je crois en notre droit d’asile, mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. Si nous ne le regardons pas en face, nous le subirons. Cela donne quoi ? Des quartiers ou le nombre de mineurs non accompagnés explose", a observé, bras ballants, celui qui a tous les pouvoirs au sommet de l'Etat.

D'autres propos du président ont filtré : un huis-clos poreux comme des frontières européennes... Car on sait par un participant anonyme qu'il a clairement désigné l'ennemi privilégié aux membres de sa majorité : "vous n’avez qu’un opposant sur le terrain, et ce n'est pas Mélenchon : c’est le Front national (devenu Rassemblement national). Il faut confirmer cette opposition car ce sont les Français qui l’ont choisie. Il y a deux projets : celui du repli, faire peur ou bâtir une solution ouverte mais pas naïve ".

Macron ne fait pas de politique politicienne mais ses éléments de langage sont déjà sur la place publique ! L'ennui, c'est que sa stratégie est à double tranchant : en pointant le RN, Dr Jekyll fait converger aux côtés des candidats de Marine Le Pen les électeurs de tout poil qui rejettent la politique et la personne de Mr Hyde.

 

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