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jeudi 15 décembre 2016

Valls, côté Jardin, supprimerait le 49.3 qu'il a imposé six fois, côté Cour

Schizophrène, le candidat Valls zappe son usage intensif de l'article 49.3 comme premier ministre

Le candidat bipolaire joue aux socialistes bafoués la farce de la conviction 

En deux mois, Manuel Valls opère un virage à 180 degrés qui entame la crédibilité  de ses convictions. Difficile donc d'affirmer que le nouveau Valls n'illustre pas le changement mais est-il apte à assumer et, a fortiori, incarner le bilan désastreux d'un quinquennat où il a exercé une part majeure des responsabilités.
Premier ministre, pour mieux court-circuiter la volonté populaire, le Poutine catalan était passé deux fois en force au Parlement. Candidat, il propose de supprimer le 49.3 qui symbolise son mépris chronique de la représentation nationale. 
Au lendemain de son abandon de poste pour satisfaire son ambition personnelle, dans un TGV qui le conduit vers Montbéliard (Doubs), Manuel Valls résuma lui-même la difficulté à venir de sa campagne, faisant les questions et les réponses à la troisième personne. "Oh je sais bien ce que vous dites : il est clivant, il ne rassemble pas. Il n’est pas clivant, il n’est plus Valls, se plaignait l’ex-premier ministre aux journalistes accusés de le mal-aimer. Et l'Elysée n'avait encore pas sorti de son chapeau Vincent Peillon, son candidat témoin du rôle néfaste que Valls avait pu jouer sur la démission de Hollande. 
  
Et de défier la presse. "Vous voulez m’enfermer, mais moi j’ai une mission, me dépasser." Parfait, car l'hyperthyroïdien va devoir réaliser la quadrature du cercle. Celui qui a appartenu à tous les gouvernements du quinquennat, comme ministre de l’Intérieur, puis chef du gouvernement, va devoir à la fois défendre le bilan du président, pour rassembler les légitimistes, et s’en désolidariser, pour espérer attirer les déçus du hollandisme. 
Quant à verser de nouvelles idées au débat, ce ne devrait pas être un problème s'il continue à prendre le contre-pied de ses propres actions gouvernementales. Au risque toutefois d'avoir à justifier son acharnement passé et se défendre de ne pas l’avoir fait avant. 

Le comble de la versatilité a été atteint jeudi, quand Valls a proposé "de supprimer purement et simplement" l’article 49.3 de la Constitution, comme tous les autres candidats à la primaire. Permettant l’adoption à la hussarde d’une loi sans vote parlementaire, cette arme constitutionnelle de fracturation massive de la majorité de gauche a été utilisée deux fois en trente-deux mois par Valls, sur la loi Macron puis sur la loi travail, selon la presse socialiste, mais en vérité trois fois plus, si on est un décrypteur non institutionnel et honnête (cf. ci-dessous). 
A l’époque, le premier ministre "maniaco-dépressif" défendait une "arme démocratique". Son "utilisation est dépassée, elle apparaît comme brutale", explique désormais le candidat qui veut tout à coup renforcer le rôle du Parlement. "Je vois ce qu’il veut dire mais c’est impossible à porter pour lui", lâche un membre du gouvernement. 

Valls en campagne tente de fendre l'armure contre le vallsisme !
S’ils ne nient pas le décalage entre ce qu’il dit aujourd’hui et ce qu’il a fait hier, ses proches insistent sur le fait que c’est toujours ce qu’il a pensé. Sous entendu, Hollande lui a tordu le bras ? La preuve : dès 2008, Valls cosignait (notamment avec Montebourg) un amendement lors de la réforme de la Constitution engagée par Sarkozy, proposant déjà la suppression du 49.3. "On sait que ça va tartiner [dans la presse] sur les retournements de casaques, reconnaît Francis Chouat, que Valls a placé à la tête de la mairie d’Evry. Mais si on va par là, plus la peine de faire la moindre proposition. Avoir été au pouvoir n’empêche pas de vouloir l’exercer différemment." Et si on continue par là, aucun engagement de campagne ne lie plus non plus aucun candidat socialiste...

Pour le sénateur du Val-de-Marne Luc Carvounas, lui aussi membre du premier cercle vallsiste, le projet de "renaissance démocratique" proposé par Valls permettrait "enfin de rééquilibrer la République entre Parlement, exécutif et citoyens."Et de polémiquer, pour se dégager de cette mauvaise passe: "On est loin du gouvernement par ordonnances que promet François Fillon", à cette petite différence près qu'il annonceénonce et ne défonce pas les parlementaires.
  
En prétendant combiner droit d’inventaire et "devoir d’inventivité", une formule de communicant, Manuel Valls se fabrique une image sociale, peaufinant sa proposition d’un "revenu décent" de 800 euros en fusionnant les minima sociaux. De quoi, du fait de leur nombre grandissant, laisser des défavorisés au bord de la route. 

Valls veut même emprunter les talonnettes de Sarkozy

Dimanche, cerise sur le gâteau, le psychotique a promis de revenir à la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure emblématique de la présidence... Sarkozy et largement critiquée par la gauche pendant la campagne de 2012. Elle avait été détricotée illico par le gouvernement Ayrault au prétexte de la lutte contre le chômage, dont on sait ce que cela a donné en termes de redressement de la courbe de l'emploi. "Pour moi, ce que propose Valls, c’est juste aberrant, se désole un ministre pourtant enclin à le soutenir. Un coup de pouce sur le Smic serait plus judicieux.

Parlant de pouvoir d’achat et de salaires dans chacun de ses discours, le candidat promet également de réinstaurer la demi-part fiscale des veuves. Une décision réclamée par ceux qui ne s’appelaient pas encore les frondeurs socialistes dès l’été 2012.
Que ce soit sur l’identité et la laïcité, qui ont culminé cet été avec la polémique sur l’interdiction du burkini, sur l’économie ou sa gestion de la majorité, "Valls a des positions compliquées à corriger", admet un ténor socialiste anonyme fraîchement rallié. "Il faut faire des compromis et il n’en a pas fait en tant que Premier ministre. L’enjeu, c’est de savoir s’il en est capable en tant que candidat et président", ajoute-t-il. 

La presse émet des doutes sur la qualité de grand pro de la politique qu'elle attibuait à Valls quand il était à Matignon 

Au test de ces dix premiers jours de campagne, le vernis se craquelle.
Les partisans y voient la preuve ultime que le fidèle ne serait pas un traitre et n'aurait ni prévu ni accéléré le renoncement de Hollande. Jusque-là, "on cherche à lui coller soit l’étiquette du régicide, soit la responsabilité de tout ce qui n’a pas fonctionné pendant le quinquennat", résume Francis Chouat, un féal que Valls décora de la Légion d'honneur (ci-contre). "Cela va se tasser à mesure que les propositions vont se multiplier", espère-t-il.
Face à ces débuts improvisés, les autres penseront que le grand écart est trop grand pour un permanent de l'exécutif hollandien, ministre puis premier ministre ayant passé tout son temps à Matignon à dire qu’il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre lui et le président

La "force tranquille" que veut incarner le candidat en tension est un leurre grossier. La rugosité du candidat et de son équipe de campagne donne une touche Trump à la primaire socialiste. "C’est vous qui êtes enfermés dans le système, c’est vous qui représentez le système, ce dont les Français ne veulent plus", a-t-il lancé mardi soir aux journalistes qui l’interrogeaient sur son statut de favori, alors qu'il affecte de jouer les concurrents de base.  

Au palmarès des parrainages, Valls - le premier déclaré - arrive en tête, assurant jeudi avoir une liste de 500 soutiens. "Pour un mec isolé, seul, pas de gauche et clivant c’est plutôt pas mal", se félicite le député de l’Essonne Carlos da Silva, autre homme lige, bas de plafond, mais détenteur d'un DEA en sciences sociales délivré par une université non précisée... Pour Carvounas, ces soutiens "savent que le seul enjeu est de choisir le meilleur bouclier face à la droite, pas de se partager le PS". 
Une dizaine de ministres ont déjà fait le choix de Valls, de Najat Vallaud-Belkacem -qui n'est d'ailleurs "pas une intellectuelle", de l'aveu de Hollande - à Jean-Yves Le Drian - successivement serviteur de tout ce que la Bretagne compte de personnalités socialistes  -  en passant par Michel Sapin - autre hollandien inconditionnel. Des soutiens sans surprise qui démontrent nullement qu’il peut rassembler son camp dans l’espoir de rassembler les électeurs.


Les 6 fois où Manuel Valls a dégainé l'arme constitutionnelle du 49.3

L'autoritaire ex-premier ministre a proposé jeudi 15 décembre de "supprimer purement et simplement" le 49.3 de la Constitution après l'avoir pourtant utilisé à 6 reprises pour deux textes de loi durant son passage à Matignon, jugeant tout à trac son utilisation "dépassée" et "brutale"... juste avant de déposer sa candidature à la primaire organisée par le PS les 22 et 29 janvier prochains.
"Hors texte budgétaire", permettant au premier ministre d'engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale sur un texte de loi. Sa suppression, qui nécessite une réforme constitutionnelle, pourrait faire l'objet d'un référendum à la rentrée 2017, si Manuel Valls était désigné candidat du PS et élu président.

Un rétropédalage à la Hollande qui fait gronder aussi bien à droite qu'à  gauche puisque l'ancien Premier ministre a fait usage de cette arme constitutionnelle controversée à 6 reprises.
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A l'occasion du projet de loi Macron sur la croissance en 2015
 
Le projet de loi Macron, dont le contenu controversé de son texte "pour la croissance et l'activité" qui réforme tant le travail du dimanche que la justice prud'homale ou les règles des licenciements collectifs, est adopté en première lecture le jeudi 19 février 2015 à l'Assemblée nationale grâce au 49.3 malgré la motion de censure déposée par l'UMP et l'UDI votée par 234 députés mais qui n'atteint pas les 289 voix nécessaires.

Quatre mois après, Manuel Valls engage le 16 juin 2015 et pour la seconde fois à l'Assemblée la responsabilité du gouvernement pour permettre l'adoption sans vote en seconde lecture de ce texte, ce qui s'apparente à un nouveau coup de force. Une motion de censure est déposée, toujours par les groupes LR et UDI, mais votée seulement par 198 députés. Elle n'y fera rien.

Le 9 juillet 2016, Manuel Valls utilise pour la 3e fois le 49.3 afin d'assurer l'adoption du texte. Cette fois, aucune motion n'est déposée. Le texte est adopté définitivement.

A l'occasion du projet de loi El Khomri sur la réforme du Code du Travail en 2016

Face au risque de voir le projet de loi Travail rejeté à l'Assemblée nationale, le gouvernement décide de dégainer le mardi 10 mai 2016 après-midi l'arme constitutionnelle du 49-3, dans une ambiance de règlement de comptes entre socialistes. Les Républicains et UDI déposent une motion de censure, rejetée. La gauche, elle, n'a pu en déposer. Seuls 56 députés l'ont signée, mais n'est pas recevable, le minimum de signataires étant de 58.
Le texte est adopté en seconde lecture le 6 juillet 2016, après le nouvel échec, encore à deux voix prêt, d'une motion de censure de gauche.

Le 20 juillet 2016, Manuel Valls actionne pour la 3e et dernière fois le levier constitutionnel. Faute de motion de censure, la texte est définitivement adopté.

Le nombre de recours au 49.3 par l'ancien premier ministre Valls ne fait pas tomber le record de Michel Rocard sous la Ve République qui s'établit à 28 pour 28 textes différents, entre le 10 mai 1988 et le 15 mai 1991. Valls aurait-il fait mieux sur trois ans ?
"Sorte de coup d’Etat", selon les mots employés en février par Christian Estrosi

On compte 88 usages de cet article depuis 1958, 32 par un chef de gouvernement de droite et 56 de gauche.

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