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dimanche 3 mars 2019

Assurance chômage: Martinez épingle le "populisme" de Macron

La CGT s'emploie-t-elle à resserrer les liens avec le M5S et la Ligue du Nord en Italie

Les critiques de Macron visant des partenaires sociaux ont braqué 
Philippe Martinez

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Le secrétaire général de la CGT, s'est insurgé dimanche contre les critiques présidentielles adressées aux syndicats après l'échec des négociations sur l'assurance chômage, le 20 février.
Macron n'a pas hésité à reprocher aux syndicats et au patronat de se défausser de leurs responsabilités sur l'Etat.
"C'est très populiste. C'est proprement scandaleux", s'est indigné le secrétaire général de la CGT lors de l'émission BFM Politique, qualifiant de "très populistes" les accusations de Macron.
"Chaque jour dans le pays, on dit "corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire". Et quand on donne la main, on dit "mon bon monsieur, c'est dur, reprenez-la" ", avait raconté Macron, dans le langage archaïque qui est le sien, faisant parler les uns et les autres, sans se mettre en cause.

"Qui est responsable de cette situation ? Lui", a répliqué Martinez, moustache ébouriffée, désignant le président irresponsable, observant que la négociation était "impossible" avec une lettre de cadrage du gouvernement qui imposait aux partenaires sociaux de trouver 4 milliards d'euros d'économies. C'est la technique habituelle du banquier : c'est au client de se tirer lui-même d'affaire avant de revenir. 

P. Martinez a également pointé Macron pour sa stratégie d'amalgame de tous les partenaires sociaux "dans le même sac"

La CGT dénonce le refus par le MEDEF du bonus-malus, promesse de campagne d'Emmanuel Macron pour réduire le recours aux contrats courts, .
"Pourquoi il ne dit pas publiquement 'le Medef ne veut pas de bonus-malus' ? Pourquoi il englobe ? A moins qu'il ne veuille pas se fâcher avec ses amis du Medef et préfère se fâcher avec tout le monde", a soupçonné Philippe Martinez.

Martinez a ainsi critiqué la décision du Président de défiscaliser les heures supplémentaires, pour répondre à la grogne des "gilets jaunes".
"Plus on avance dans le quinquennat de M. Macron et plus je me dis que c'est lui le 'vieux monde' ", a-t-il encore souligné.
"C'est une idée de Sarkozy. Alors, qui symbolise le vieux monde ?", a interrogé Martinez, s'amusant du fait qu'Emmanuel Macron aille "chercher les idées d'un président de la République d'il y a 10 ans", dans le contexte du début des années 2000.

vendredi 21 décembre 2018

Prime exceptionnelle : 1.000 euros qui passent sous le nez des fonctionnaires

Leur pouvoir d'achat a baissé de 16% en 8 ans, mais ils devront pourtant continuer à se serrer la ceinture
Les serviteurs de l'Etat sont les plus méprisés de leur patron.  

Un pays a les services publics
qu'il mérite
Ils n'ont pas non plus obtenu d'augmentation du point d'indice pourtant gelé depuis des années. Certains agents de la fonction publique bénéficieront toutefois du dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires et de l'élargissement de la revalorisation de la prime d'activité.
En juillet 2018, l’inflation est nettement repartie à la hausse. Selon l’Insee, les prix ont augmenté de 2,3 %. Les salaires n’ont pas suivi. Or, certains font valoir que ce mode de calcul ne prendraient pas tout en compte: ils pensent aux évolutions de carrière, à l’ancienneté, en somme à tout ce qui fait que le fonctionnaire est encore en vie active. Mais, depuis 2000, le point d'indice a augmenté deux fois moins vite que l’inflation, la perte de pouvoir d’achat serait donc massive.
Ni prime exceptionnelle ni augmentation du point d'indice des fonctionnaires.
Le secrétaire d'Etat chargé de la Fonction publique, Olivier Dussopt, n'a pas entendu les appels des fonctionnaires qui espéraient être concernés par le versement d'une prime exceptionnelle. "Il nous paraît difficile au niveau de l'Etat d'imposer aux collectivités locales et aux hôpitaux le versement d'une prime aussi conséquente", a justifié l'ancien socialiste à l'issue d'une réunion avec les organisations syndicales de la fonction publique vendredi 21 décembre, charge que les petites et moyennes entreprises devront supporter, autant que faire se peut.
Et Dussopt d'ajouter que le "problème [de pouvoir d'achat des fonctionnaires] est purement budgétaire" et que "cela représenterait une dépense de plus de cinq milliards d'euros". L'Etat est mauvais payeur.

Cette prime que les entreprises auront la possibilité de verser, d'ici le 31 mars, à des salariés rémunérés jusqu'à 3.600 euros, fait partie des mesures d'urgence annoncées par le gouvernement : ce n'est encore pas l'Etat qui répond à la crise des "gilets jaunes", mais l'entreprise. Il faut donc s'attendre à une chute des vocations dans l'Education nationale et les armées. 

Les syndicats de fonctionnaires ne l'entendent pas de cette oreille

La CFDT, (2e syndicat dans la fonction publique), comme l'UNSA (4e) et la FSU (5e), avaient demandé à l'exécutif que les fonctionnaires et agents publics soient aussi concernés par cette prime exceptionnelle exemptée de cotisations et d'impôt jusqu'à 1.000 euros. "Le gouvernement n'a pas pris la mesure du malaise qui s'exprime dans la Fonction publique", ont fait savoir à l'issue de la réunion, les organisations syndicales de la fonction publique (CGC, CFTC, CFDT, CGT, FA/FP, FO, FSU, Solidaires et Unsa) dans un communiqué. 


A suivre...

Des actions menées prochainement par les fonctionnaires ?
Revendication de longue date des organisations syndicales, le point d'indice des fonctionnaires n'augmentera pas en 2019, a confirmé Olivier Dussopt. Pourtant, les syndicats de fonctionnaires espéraient logiquement un dégel du point d'indice après la revalorisation salariale consentie par le gouvernement aux policiers. "Devant l'absence de réponse de sa part, (les fonctionnaires) décideront des moyens nécessaires pour peser afin d'être entendues", ajoute le communiqué.



La réunion avec les syndicats visait à présenter les mesures d'urgence les concernant. Les agents publics, comme les salariés du privé, pourront bénéficier du dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires au 1er janvier 2019. "Cela représente un gain qui peut être non négligeable de plusieurs centaines d'euros par an en terme de pouvoir d'achat", a souligné Olivier Dussopt, qui estime que 1,5 million d'agents publics sont concernés. 

Le gouvernement vise l'élargissement de la revalorisation de la prime d'activité à 600.000 fonctionnaires (soit 12%) contre 400.000 actuellement (8%). 

En outre, les retraités du secteur public sont concernés par l'exemption de la hausse de la CSG, comme les retraités du secteur privé, si leur revenu est inférieur à 2.000 euros net par mois.

Projet de loi des "gilets jaunes" adopté à l'Assemblée: satisfaction partielle dans la rue

Dans la panade, Macron tente de retrouver un peu de verticalité et de dignité  

Les députés ont voté les mesures du gouvernement prises en urgence pour répondre à la crise sociale animée par les "gilets jaunes" 

Dans la nuit de jeudi à vendredi, il a passé la parole au Sénat qui doit les examiner en vue de leur adoption définitive.
Après plus de treize heures de vifs débats, le projet de loi portant "mesures d'urgence économiques et sociales" a été approuvé par 153 voix.

Il a reçu le soutien de la majorité LREM-MoDem, de l'UDI-Agir et de l'extrême droite (RN) et ses apparentés, sauf cas d'abstention, qui se chiffrent à  9 contre et 58 abstentions. Les élus Agir! (tels PY Bournazel ou Laure de La Raudière, ancienne porte-parole de Bruno Le Maire) sont des dissidents de LR.

Les socialistes se sont abstenus, comme la quasi-totalité des Républicains. Le PCF et LFI, dénonçant un "trompe-l'oeil", ont voté contre.

Le texte passera ce vendredi par la chambre haute, à majorité de droite. 
Son président Gérard Larcher, LR, a souhaité un "vote conforme" à celui du Palais-Bourbon. Cela validerait ce texte portant "mesures d'urgence économiques et sociales" avant les vacances parlementaires.

Les annonces sociales tous azimuts d'Emmanuel Macron pour répondre aux "gilets jaunes" ont bouleversé le programme des parlementaires, qui ont envisagé un temps de siéger pendant la trêve des confiseurs pour la première fois depuis 1979. 

Mais elles apportent "des réponses rapides, fortes et concrètes" à la contestation, "condition d'un apaisement" même si "cela ne suffira pas", a affirmé la ministre du Travail, présente au côté d'Agnès Buzyn (Santé), Muriel Pénicaud, laquelle a tout dit et son contraire à propos de l'augmentation du SMIC.

Le texte comprend la défiscalisation des heures supplémentaires, déjà mise en place par Sarkozy en octobre 2007, mais abrogée par Hollande en septembre 2012, une exonération élargie de hausse de CSG pour des retraités et la possibilité pour les entreprises qui en ont les moyens de verser une "prime exceptionnelle" de 1.000 euros, exonérée de toutes cotisations sociales et d'impôt sur le revenu, pour leurs salariés rémunérés jusqu'à 3.600 euros.

Le débat ne doit pas "lambiner", avait mis en garde le stakhanoviste macronien Richard Ferrand, président de l'Assemblée, qui a coupé les micros quand les députés dépassaient par nécessité leur temps de parole.

Si les débats ont donné lieu à près de 240 amendements, les bras cassés de la majorité n'en ont d'ailleurs déposé aucun, à l'exception du rapporteur du docteur urgentiste Olivier Véran (LREM). "Vous avez été cloués au pilori (...) Si vous avez envie de débattre, prenez la parole. Un peu de courage !", a lancé le chef de file des Républicains, Christian Jacob à des "marcheurs" qui le titillaient.

Concernant le texte, son collègue Eric Woerth a critiqué un "choc de dépenses non financées" et "un petit côté pompier pyromane" chez le gouvernement qui crée selon lui "de nouvelles injustices" entre retraités ou smicards.

"Vous pensez que vous allez régler le problème avec quatre mesures et un grand débat (...); il ne vous restera qu'à croiser les doigts pour que les gens s'en contentent", a tonné le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, lançant: "Vous allez avoir Noël aux ronds-points".

Ce texte "répond à la règle des trois E, embrouille, entourloupe et emberlificotage", a raillé le journaliste de La Marseillaise, Pierre Dharréville (PCF).

Jeudi dans Paris Match, même le n°1 de la CFDT, Laurent Berger, a aussi critiqué, des mesures qui "ne répondent pas à l'urgence économique et sociale" et risquent avec la défiscalisation des heures supplémentaires de détruire des emplois. 

Ces mesures ont rebattu les cartes au niveau budgétaire. Jeudi matin, le Parlement a adopté définitivement le deuxième budget du quinquennat, comprenant baisses d'impôts et de la dépense publique, via un ultime vote de l'Assemblée. Il a été approuvé par 182 voix contre 52 et 3 abstentions, au terme d'un parcours tumultueux de quatre mois, allongé par un nombre record de quelque 10.000 amendements déposés. 

Mais les démantèlements de campements de "gilets jaunes" se sont poursuivis

Un Gilet jaune a été tué jeudi matin, renversé par un camion près d'Agen, portant à 9 le nombre total de décès.
Christophe Castaner (Intérieur) a pointé la "responsabilité très grave" de ceux voulant poursuivre le mouvement, plaidant pour que "cela s'arrête"... 
Quelle sera la mobilisation vendredi, jour où certains voudraient célébrer l'anniversaire d'Emmanuel Macron, qui a répondu "vous avez raison" à une pétition de "gilets jaunes" sur les prix du carburants 
Quid samedi lors des départ en vacances ?

Dans le même temps, le gouvernement aux abois a accordé une revalorisation salariale (pour 70 millions euros par an) en faveur des policiers qui avaient aussi recommencé à donner de la voix après leur mobilisation massive lors des manifestations diverses ou des actions de sécurisation des marchés de Noël depuis l'attentat islamiste de Strasbourg. 

Exécutif et parlementaires de la majorité préparent activement l'étape d'après: le "grand débat" national qui doit commencer en janvier et devra déboucher "fin mars-mi avril" sur "des décisions très concrètes", selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Mais avec une limite posée par l'exécutif : sans "détricoter" les décisions prises depuis 18 mois...

mercredi 12 décembre 2018

Castaner militait contre la défiscalisation des heures supplémentaires : il y applaudit aujourd'hui...

Le ministre de l'Intérieur change-t-il d'avis comme de chemise ?

Macron est entouré de fortes personnalités. Prenez Christophe Castaner. 

Si, bien sûr, le ministre de l'Intérieur a approuvé l'allocution du président de la République lundi soir, c'est qu'il a la foi du charbonnier. Alors, il y va, au charbon! Car, il n'a pas peur de se renier et c'est bien pourquoi il fait carrière en politique...
Ainsi le bouffon (comme ils disent à Forcalquier) a-t-il notamment annoncé le retour de la défiscalisation des heures supplémentaires. Une mesure que Christophe Castaner cassait lorsqu'il était encore député PSJusqu'à ce qu'il soit frappé par la grâce jupitérienne ?

Le hasard a fait que Collomb s'en est retourné à Lyon et qu'il libère le poste que ce politicard partage avec Nunes, le seul des deux à connaître son sujet. Ministre de l'Intérieur par défaut, comme son maître, Macron, président par accident, 
Christophe Castaner, approuve une mesure que, député PS élu dans les Alpes-de-Haute-Provence, il considérait comme hautement néfaste: la défiscalisation des heures supplémentaires. 


Cette mesure est l'une des quatre supercheries que Macron a présentées dans son allocution de lundi soir comme des réponses à la colère des Français, portée par le mouvement des gilets jaunes depuis quatre semaines. 
Et, tel un néo-député macronien de base, Christophe Castaner a bien sûr applaudi l'initiative présidentielle. "Le Président a entendu la colère. Sa réponse est claire et forte. A présent, la violence doit cesser et le calme revenir. Place à la paix civile et au dialogue républicain pour bâtir ensemble notre avenir", a-t-il écrit sur Twitter dans la foulée.
Macron est passé de la "désocialisation" à la "défiscalisation"
Alors, pourquoi pas son valet Castaner ? Dans son programme présidentiel de 2017, Macron lui-même ne prévoyait pas de réinstaurer les heures supplémentaires de Nicolas Sarkozy. Il se contentait alors d'envisager leur "désocialisation". Le budget 2019 de la Sécurité sociale, tel que voté par le Parlement, prévoyait en effet de dispenser les salariés, à partir du 1er septembre prochain, de payer des cotisations sur les heures supplémentaires. En revanche, il n'était pas prévu de totalement défiscaliser les heures supplémentaires, c'est-à-dire de les exonérer d'impôts, ni de les exonérer de cotisations patronales.
En annonçant des heures supplémentaires "sans impôt, ni charge dès 2019", le président de la République va donc plus vite que la musique de 2017 - une promesse de campagne non tenue ! - , en suivant le modèle de son prédécesseur Nicolas Sarkozy avec lequel il se serait d'ailleurs entretenu vendredi 7 dernier.
Ni Macron, ni Castaner ne sait plus ce qu'il dit 
Résultat de recherche d'images pour "CASTANER EN CHEMISE OUVERTE"

Ses convictions ne sont pas plus "claires et fortes" que son honneur. Il n'en est donc plus à une contradiction près. 
Sa mémoire flanche à moins de cinq ans. En septembre 2013, le parlementaire Christophe Castaner pensait pis que pendre de ladite défiscalisation, voulue initialement par Nicolas Sarkozy, ceci expliquant cela... Il applaudit donc frénétiquement à sa suppression par François Hollande, suivant ainsi l'avis de son conseiller à l'Elysée, un certain Macron. "La défiscalisation des heures sup, c'est quatre milliards de coût et 100.000 emplois perdus. Ne l'oublions pas!" déclarait-il d'abord. "Fakenews" ? Non ! Ou 'Libération' est passé à côté sans la voir...
Et Castaner récidive en octobre 2014
Il continuait à faire valoir la charge pour le contribuable que constituerait la défiscalisation des heures supplémentaires. "La défiscalisation des heures sup = 4.5Md€ payés par le contribuable et le passage de 35 à 40h, ce sont 5h par semaine pas payées!" clamait-il encore sur Twitter.
Aujourd'hui, on rappelle que la mesure avait bénéficié à 9,5 millions de salariés, pour un gain annuel de pouvoir d'achat de 450 euros en moyenne, entre 2007 et 2012 (article 1er de la loi no 2007-1223 du 21 août 2007, dite Loi TEPA, portée par la ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, Christine Lagarde, en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat). 
Quant au bouffon du 04, il occupe un demi-poste à l'Intérieur et ça suffit à l'occuper à temps-plein... Mais sa conviction passée sur cette défiscalisation n'est pas passée pour tout le monde par pertes et profits.  


jeudi 15 décembre 2016

Valls, côté Jardin, supprimerait le 49.3 qu'il a imposé six fois, côté Cour

Schizophrène, le candidat Valls zappe son usage intensif de l'article 49.3 comme premier ministre

Le candidat bipolaire joue aux socialistes bafoués la farce de la conviction 

En deux mois, Manuel Valls opère un virage à 180 degrés qui entame la crédibilité  de ses convictions. Difficile donc d'affirmer que le nouveau Valls n'illustre pas le changement mais est-il apte à assumer et, a fortiori, incarner le bilan désastreux d'un quinquennat où il a exercé une part majeure des responsabilités.
Premier ministre, pour mieux court-circuiter la volonté populaire, le Poutine catalan était passé deux fois en force au Parlement. Candidat, il propose de supprimer le 49.3 qui symbolise son mépris chronique de la représentation nationale. 
Au lendemain de son abandon de poste pour satisfaire son ambition personnelle, dans un TGV qui le conduit vers Montbéliard (Doubs), Manuel Valls résuma lui-même la difficulté à venir de sa campagne, faisant les questions et les réponses à la troisième personne. "Oh je sais bien ce que vous dites : il est clivant, il ne rassemble pas. Il n’est pas clivant, il n’est plus Valls, se plaignait l’ex-premier ministre aux journalistes accusés de le mal-aimer. Et l'Elysée n'avait encore pas sorti de son chapeau Vincent Peillon, son candidat témoin du rôle néfaste que Valls avait pu jouer sur la démission de Hollande. 
  
Et de défier la presse. "Vous voulez m’enfermer, mais moi j’ai une mission, me dépasser." Parfait, car l'hyperthyroïdien va devoir réaliser la quadrature du cercle. Celui qui a appartenu à tous les gouvernements du quinquennat, comme ministre de l’Intérieur, puis chef du gouvernement, va devoir à la fois défendre le bilan du président, pour rassembler les légitimistes, et s’en désolidariser, pour espérer attirer les déçus du hollandisme. 
Quant à verser de nouvelles idées au débat, ce ne devrait pas être un problème s'il continue à prendre le contre-pied de ses propres actions gouvernementales. Au risque toutefois d'avoir à justifier son acharnement passé et se défendre de ne pas l’avoir fait avant. 

Le comble de la versatilité a été atteint jeudi, quand Valls a proposé "de supprimer purement et simplement" l’article 49.3 de la Constitution, comme tous les autres candidats à la primaire. Permettant l’adoption à la hussarde d’une loi sans vote parlementaire, cette arme constitutionnelle de fracturation massive de la majorité de gauche a été utilisée deux fois en trente-deux mois par Valls, sur la loi Macron puis sur la loi travail, selon la presse socialiste, mais en vérité trois fois plus, si on est un décrypteur non institutionnel et honnête (cf. ci-dessous). 
A l’époque, le premier ministre "maniaco-dépressif" défendait une "arme démocratique". Son "utilisation est dépassée, elle apparaît comme brutale", explique désormais le candidat qui veut tout à coup renforcer le rôle du Parlement. "Je vois ce qu’il veut dire mais c’est impossible à porter pour lui", lâche un membre du gouvernement. 

Valls en campagne tente de fendre l'armure contre le vallsisme !
S’ils ne nient pas le décalage entre ce qu’il dit aujourd’hui et ce qu’il a fait hier, ses proches insistent sur le fait que c’est toujours ce qu’il a pensé. Sous entendu, Hollande lui a tordu le bras ? La preuve : dès 2008, Valls cosignait (notamment avec Montebourg) un amendement lors de la réforme de la Constitution engagée par Sarkozy, proposant déjà la suppression du 49.3. "On sait que ça va tartiner [dans la presse] sur les retournements de casaques, reconnaît Francis Chouat, que Valls a placé à la tête de la mairie d’Evry. Mais si on va par là, plus la peine de faire la moindre proposition. Avoir été au pouvoir n’empêche pas de vouloir l’exercer différemment." Et si on continue par là, aucun engagement de campagne ne lie plus non plus aucun candidat socialiste...

Pour le sénateur du Val-de-Marne Luc Carvounas, lui aussi membre du premier cercle vallsiste, le projet de "renaissance démocratique" proposé par Valls permettrait "enfin de rééquilibrer la République entre Parlement, exécutif et citoyens."Et de polémiquer, pour se dégager de cette mauvaise passe: "On est loin du gouvernement par ordonnances que promet François Fillon", à cette petite différence près qu'il annonceénonce et ne défonce pas les parlementaires.
  
En prétendant combiner droit d’inventaire et "devoir d’inventivité", une formule de communicant, Manuel Valls se fabrique une image sociale, peaufinant sa proposition d’un "revenu décent" de 800 euros en fusionnant les minima sociaux. De quoi, du fait de leur nombre grandissant, laisser des défavorisés au bord de la route. 

Valls veut même emprunter les talonnettes de Sarkozy

Dimanche, cerise sur le gâteau, le psychotique a promis de revenir à la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure emblématique de la présidence... Sarkozy et largement critiquée par la gauche pendant la campagne de 2012. Elle avait été détricotée illico par le gouvernement Ayrault au prétexte de la lutte contre le chômage, dont on sait ce que cela a donné en termes de redressement de la courbe de l'emploi. "Pour moi, ce que propose Valls, c’est juste aberrant, se désole un ministre pourtant enclin à le soutenir. Un coup de pouce sur le Smic serait plus judicieux.

Parlant de pouvoir d’achat et de salaires dans chacun de ses discours, le candidat promet également de réinstaurer la demi-part fiscale des veuves. Une décision réclamée par ceux qui ne s’appelaient pas encore les frondeurs socialistes dès l’été 2012.
Que ce soit sur l’identité et la laïcité, qui ont culminé cet été avec la polémique sur l’interdiction du burkini, sur l’économie ou sa gestion de la majorité, "Valls a des positions compliquées à corriger", admet un ténor socialiste anonyme fraîchement rallié. "Il faut faire des compromis et il n’en a pas fait en tant que Premier ministre. L’enjeu, c’est de savoir s’il en est capable en tant que candidat et président", ajoute-t-il. 

La presse émet des doutes sur la qualité de grand pro de la politique qu'elle attibuait à Valls quand il était à Matignon 

Au test de ces dix premiers jours de campagne, le vernis se craquelle.
Les partisans y voient la preuve ultime que le fidèle ne serait pas un traitre et n'aurait ni prévu ni accéléré le renoncement de Hollande. Jusque-là, "on cherche à lui coller soit l’étiquette du régicide, soit la responsabilité de tout ce qui n’a pas fonctionné pendant le quinquennat", résume Francis Chouat, un féal que Valls décora de la Légion d'honneur (ci-contre). "Cela va se tasser à mesure que les propositions vont se multiplier", espère-t-il.
Face à ces débuts improvisés, les autres penseront que le grand écart est trop grand pour un permanent de l'exécutif hollandien, ministre puis premier ministre ayant passé tout son temps à Matignon à dire qu’il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre lui et le président

La "force tranquille" que veut incarner le candidat en tension est un leurre grossier. La rugosité du candidat et de son équipe de campagne donne une touche Trump à la primaire socialiste. "C’est vous qui êtes enfermés dans le système, c’est vous qui représentez le système, ce dont les Français ne veulent plus", a-t-il lancé mardi soir aux journalistes qui l’interrogeaient sur son statut de favori, alors qu'il affecte de jouer les concurrents de base.  

Au palmarès des parrainages, Valls - le premier déclaré - arrive en tête, assurant jeudi avoir une liste de 500 soutiens. "Pour un mec isolé, seul, pas de gauche et clivant c’est plutôt pas mal", se félicite le député de l’Essonne Carlos da Silva, autre homme lige, bas de plafond, mais détenteur d'un DEA en sciences sociales délivré par une université non précisée... Pour Carvounas, ces soutiens "savent que le seul enjeu est de choisir le meilleur bouclier face à la droite, pas de se partager le PS". 
Une dizaine de ministres ont déjà fait le choix de Valls, de Najat Vallaud-Belkacem -qui n'est d'ailleurs "pas une intellectuelle", de l'aveu de Hollande - à Jean-Yves Le Drian - successivement serviteur de tout ce que la Bretagne compte de personnalités socialistes  -  en passant par Michel Sapin - autre hollandien inconditionnel. Des soutiens sans surprise qui démontrent nullement qu’il peut rassembler son camp dans l’espoir de rassembler les électeurs.


Les 6 fois où Manuel Valls a dégainé l'arme constitutionnelle du 49.3

L'autoritaire ex-premier ministre a proposé jeudi 15 décembre de "supprimer purement et simplement" le 49.3 de la Constitution après l'avoir pourtant utilisé à 6 reprises pour deux textes de loi durant son passage à Matignon, jugeant tout à trac son utilisation "dépassée" et "brutale"... juste avant de déposer sa candidature à la primaire organisée par le PS les 22 et 29 janvier prochains.
"Hors texte budgétaire", permettant au premier ministre d'engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale sur un texte de loi. Sa suppression, qui nécessite une réforme constitutionnelle, pourrait faire l'objet d'un référendum à la rentrée 2017, si Manuel Valls était désigné candidat du PS et élu président.

Un rétropédalage à la Hollande qui fait gronder aussi bien à droite qu'à  gauche puisque l'ancien Premier ministre a fait usage de cette arme constitutionnelle controversée à 6 reprises.

A l'occasion du projet de loi Macron sur la croissance en 2015
 
Le projet de loi Macron, dont le contenu controversé de son texte "pour la croissance et l'activité" qui réforme tant le travail du dimanche que la justice prud'homale ou les règles des licenciements collectifs, est adopté en première lecture le jeudi 19 février 2015 à l'Assemblée nationale grâce au 49.3 malgré la motion de censure déposée par l'UMP et l'UDI votée par 234 députés mais qui n'atteint pas les 289 voix nécessaires.

Quatre mois après, Manuel Valls engage le 16 juin 2015 et pour la seconde fois à l'Assemblée la responsabilité du gouvernement pour permettre l'adoption sans vote en seconde lecture de ce texte, ce qui s'apparente à un nouveau coup de force. Une motion de censure est déposée, toujours par les groupes LR et UDI, mais votée seulement par 198 députés. Elle n'y fera rien.

Le 9 juillet 2016, Manuel Valls utilise pour la 3e fois le 49.3 afin d'assurer l'adoption du texte. Cette fois, aucune motion n'est déposée. Le texte est adopté définitivement.

A l'occasion du projet de loi El Khomri sur la réforme du Code du Travail en 2016

Face au risque de voir le projet de loi Travail rejeté à l'Assemblée nationale, le gouvernement décide de dégainer le mardi 10 mai 2016 après-midi l'arme constitutionnelle du 49-3, dans une ambiance de règlement de comptes entre socialistes. Les Républicains et UDI déposent une motion de censure, rejetée. La gauche, elle, n'a pu en déposer. Seuls 56 députés l'ont signée, mais n'est pas recevable, le minimum de signataires étant de 58.
Le texte est adopté en seconde lecture le 6 juillet 2016, après le nouvel échec, encore à deux voix prêt, d'une motion de censure de gauche.

Le 20 juillet 2016, Manuel Valls actionne pour la 3e et dernière fois le levier constitutionnel. Faute de motion de censure, la texte est définitivement adopté.

Le nombre de recours au 49.3 par l'ancien premier ministre Valls ne fait pas tomber le record de Michel Rocard sous la Ve République qui s'établit à 28 pour 28 textes différents, entre le 10 mai 1988 et le 15 mai 1991. Valls aurait-il fait mieux sur trois ans ?
"Sorte de coup d’Etat", selon les mots employés en février par Christian Estrosi

On compte 88 usages de cet article depuis 1958, 32 par un chef de gouvernement de droite et 56 de gauche.