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mercredi 25 décembre 2019

Retraites: réforme du siècle qui fait pschitt !

Réforme Macron des retraites, rien de plus que le passage de régimes spéciaux à des régimes spécifiques

La dette française vient de franchir la barre des 100% du PIB du pays



Arnaque au pneu crevé




Nicolas Beytout tire le signal d'alarme.
"Il n’y a "aucune chance" que la tendance s’inverse. Quant à la réforme des retraites et l'instauration d'un "âge pivot" - mieux nommé "âge d'équilibre" budgétaire, et d'ajustement des pensions de retraite en fonction de la dette -  "ce qu’on voit se dessiner aura plutôt pour effet d’alourdir l’addition". C’est notamment le cas à la SNCF et à la RATP.


La fixation d'un "âge d'équilibre" de départ à la retraite est clairement une mesure budgétaire

Edouard Philippe présente la mesure comme "un progrès social", alors que l’objectif affiché est clair : "diminuer le temps passé à la retraite" avec un âge de départ à taux plein qui ne cessera de s’allonger.

L’âge "d’équilibre" - le terme a d'ailleurs disparu des éléments de langage dispensés par la macronie - c’est le point de crispation entre gouvernement et syndicats, depuis qu'Edouard Philippe a soulevé un coin du voile sur le projet Macron des retraites dont il a été chargé de la présentation. Le premier ministre indiquait alors :"Nous devons inciter les Français à travailler plus longtemps. Le gouvernement compte donc […] instaurer, au-dessus de l’âge légal [maintenu à 62 ans], un “âge d’équilibre”, avec un système de bonus-malus." Un système "universel" par points sous-tendait qu'il serait équitable, mais il se révèle fallacieux désormais: il y aura des gagnants (déjà Macron a lâché du lest en faveur des militaires et policiers et Blanquer a pris des engagements auprès des enseignants°) et des perdants, tous les autres.
Concrètement, le gouvernement adjoint à la mise en place de son système de retraite universel - avec un régime par points et la suppression des régimes spéciaux - la création d’un âge "pivot" de 64 ans, qui détermine des montants de bonus, pour les uns, et de malus, pour les autres : un malus de -5 % par an (nommé 'décote' pour faire avaler la pilule) s’applique sur la pension pour tout départ anticipé, et une surcote de +5 % (bonus, récompense) pour ceux chaque année travaillée après, pour ceux qui ont les moyens physiques ou financiers de cotiser plus longtemps ou/et plus copieusement
Le gouvernement présente son projet discriminatoire comme "un progrès social" pour toutes les personnes aux "carrières heurtées" qui pourront partir dès 64 ans sans décote, même si elles n’ont pas acquis tous leurs trimestres de cotisation, mais sans surcote.

A l’inverse, quelqu’un qui aurait commencé à cotiser tôt se verrait tout de même appliquer une décote avant 64 ans, comme le dénonce Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, dans La Croix : un nombre minimum d'annuités serait requis ! "L’âge d’équilibre est totalement injuste, car il pénalise les gens qui ont commencé à travailler tôt." D'autant que commencer tôt ne signifie pas évolution harmonieuse de carrière : démarrer jeune dans la vie professionnelle signifie niveau bas de qualification et parcours non balisé, voire chaotique..

vendredi 1 novembre 2019

Assurance-chômage : ce que la réforme Macron va bouleverser

Macron, Philippe et Pénicaud ont  décidé de frapper fort

Après l'échec, fin février, des négociations entre partenaires sociaux, 
Macron impose sa réforme de l'assurance-chômage 


Gouvernement et députés de la majorité LREM durcissent les mesures dévoilées le 18 juin : conditions d'accès réduites, dégressivité pour les cadres, bonus-malus sur les contrats courts… la réforme met le feu au système existant. 

Le 18 juin 2019, le gouvernement a présenté une vaste réforme de l'assurance-chômage immédiatement dénoncée par les syndicats qui ont fait part de leur " colère" face au durcissement des règles d'indemnisation, renforçant l'encadrement des chômeurs et frappant au portefeuille les entreprises abusant des contrats courts

Pour faire faire des économies à l'Etat - 4,5 milliards d'ici à 2022 - sans toucher au train de vie du président épinglé par la Cour des Comptes le mois suivant, en juillet.  
Macron a fait dépasser le budget de l'Elysée de 5 millions d’euros par rapport à celui prévu en 2018.
Selon la Cour des comptes, ce sont d’abord les 816 agents qui travaillent au palais présidentiel. Parmi les fortes dépenses, le parc automobile qui comptait 72 véhicules. L’Elysée a acheté dix nouvelles voitures.
Il y a également
les déplacements de l'ex-banquier. Le président aurait moins voyagé (de 197 visites en 2017, il est passé à 135 en 2018), mais elles ont coûté plus cher : de 17,5 millions à 20 millions d’euros.
Ses voyages sont plus lointains, et pas seulement en Outre-mer, plus long et avec des étapes, dont des déplacements d'agrément. Ainsi à La Réunion est-il encore allé survoler le volcan du Piton de la Fournaise, alors qu'il a mis un mois pour se rendre à Rouen après l'incendie de produits toxiques à l'usine Lubrizol.
La com' du gouvernement assure qu'il assume des objectifs ambitieux. Tandis que le patronat proteste mollement, les syndicats sont furieux. Même la CFDT repart à la charge...
La réforme a pris un tour concret le 10 juillet avec l'envoi aux partenaires sociaux et au Conseil d'Etat des projets de décrets relatifs à la prochaine convention de l'UNEDIC.

Les principales mesures de la réforme-choc de Muriel Pénicaud et Edouard Philippe 

Résultat de recherche d'images pour "Macron traverser la rue"
Dans une étude d'impact de la réforme, l'Unedic envisage que le nombre de chômeurs indemnisés baissera de 210.000 d'ici à 2022 du fait des nouvelles règles de l'assurance-chômage. Celles-ci auront des répercussions sur un allocataire sur deux, un chiffre que conteste le ministère du Travail.

Ouverture des droits :

Le gouvernement prévoit de durcir les conditions d'entrée dans le régime d'assurance-chômage.
Dès aujourd'hui, 1er novembre, il faudra avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois pour bénéficier des allocations chômage au lieu de quatre mois sur 28.
Créé par les partenaires sociaux en 2014, le principe de rechargements des droits, est maintenu, mais durci : il faudra avoir travaillé six mois, au lieu d'un pendant sa période de chômage pour voir son indemnisation prolongée d'autant.
La réforme pourrait pénaliser au moins un chômeur indemnisé sur cinq.

Calcul de l'allocation-chômage :

Les règles d'indemnisation seront revues à partir du 1er avril 2020 de façon à ce qu'il ne soit
plus possible d'avoir une indemnisation chômage supérieure à la moyenne des revenus du travail, un phénomène qui touchait, selon le ministère du Travail, un chômeur sur cinq.
Pôle emploi confirme qu'un chômeur sur cinq touche plus que son ancien salaire.

Dégressivité pour les cadres :

Selon le ministère du Travail, les cadres qui perçoivent les indemnisations chômage les plus élevées (plus de 5.000 euros) sont ceux qui restent le plus longtemps au chômage (575 jours). Les bacs +2 (BTS ou IUT) sont les moins durablement touchés. Pour éviter la prolongation de ces périodes,
les salariés qui avaient un revenu du travail supérieur à 4.500 euros brut par mois verront leur indemnisation réduite dès ce 1er novembre 2019, au début du septième mois d'indemnisation, de 30 % avec un plancher fixé à 2.261 euros, bien qu'ils aient pu cotiser solidairement mais copieusement pendant 30 ans. Tous les salariés âgés d'au moins 57 ans ne seront pas concernés par la mesure.
Les allocations-chômage de nombreux cadres baisseront au bout de six mois.

Bonus-malus sur les contrats courts :

Afin de lutter contre les abus d'enchaînements des CDD ou des missions d'intérim, un système de bonus-malus faisant varier les taux de cotisation chômage de 3 % à 5 % sera instauré à partir du 1er janvier 2020 pour les entreprises de plus de 11 salariés.
Ce taux est déterminé en fonction du nombre de ruptures de contrats de travail. Ainsi, plus le nombre de salariés qui s'inscrivent à Pôle emploi après avoir travaillé dans une entreprise est important par rapport à son effectif, plus une entreprise sera pénalisée sur ses cotisations patronales à l'assurance-chômage.
Ce dispositif ne concernera que les sept secteurs qui génèrent le plus de contrats courts, dont l'hébergement et la restauration, l'agroalimentaire, les études d'opinion, les transports… mais le bâtiment, la santé et l'audiovisuel [la  presse?] ne sont pas concernés.

Le patronat dépose un recours contre le bonus-malus
L'industrie agroalimentaire dénonce un "coup de poignard dans le dos", alors que les règles du jeu du bonus-malus sur les contrats courts se précisent

Résultat de recherche d'images pour "Macron traverser la rue"Les CDD d'usage (des contrats renouvelables indéfiniment, sans délai de carence), qui ont explosé depuis leur création en 1982, se verront appliquer une taxe forfaitaire de 10 euros, pour inciter les entreprises qui en abusent) à proposer des contrats d'une semaine ou d'un mois plutôt que de quelques heures chaque jour. Pourtant, les employeurs de salariés intermittents du spectacle ne seront pas concernés par cette mesure : le lobby du show-business a encore gagné un régime d'exception.
Un chiffre : en 2017, sur 100 embauches réalisées au cours de l'année, 86 l'ont été en contrats à durée déterminée (CDD). Et ces contrats sont de plus en plus courts. 83 % des CDD signés sont inférieurs à un mois. Comment inciter les entreprises à travailler sur la réorganisation du travail ? En jouant sur le niveau de cotisations d'assurance chômage pour toutes les entreprises, avec une baisse des cotisations pour les plus vertueuses et une hausse pour les mauvais élèves. Insuffisant, jugent les syndicats.
Autre scénario, faire payer les entreprises qui abusent selon un système pollueur-payeur (pourcentage, durée de CDD à déterminer…). C'est cette deuxième option qui a été retenue par le gouvernement, mais en limitant le champ à quelques secteurs d'activité. Entre 5 et 10.
"Dans les autres secteurs, nous prendrons une mesure transversale pour décourager le recours aux CDD d'usage", a indiqué le premier ministre. Ces contrats sont parfois utilisés en dehors des secteurs pour lesquels ils sont autorisés. Insuffisant, jugent les syndicats déçus. "Légalement, ça ne tient pas de viser uniquement quelques branches", réagit-on à la CFE-CGC, le syndicat des cadres. A la CFDT, on dénonce un bonus-malus a minima, loin de satisfaire le syndicat de Laurent Berger, bien qu'il ait d'abord applaudi à ce système.
Pour les démissionnaires et indépendants :

Conformément à ce que le gouvernement avait prévu dans sa première mouture de la réforme de l'assurance-chômage en 2018,
les salariés démissionnaires et les travailleurs indépendants pourront bénéficier de l'assurance-chômage dès ce 1er novembre 2019.
Les démissionnaires concernés seront les salariés avec un moins cinq ans d'ancienneté dans leur entreprise, à la condition qu'ils aient un projet professionnel. Et ça commence avec le projet d'une formation à un autre métier... Ils bénéficieront des mêmes droits que les autres chômeurs. Pour les travailleurs indépendants, l'indemnité sera de 800 euros par mois pendant six mois. L'activité professionnelle devra avoir généré un revenu minimum de 10.000 euros par an sur les deux dernières années, avant liquidation judiciaire.

Accompagnement renforcé des chômeurs :
Plus de 1.000 nouveaux conseillers Pôle emploi seront recrutés pour trois ans, pour permettre de proposer de nouveaux services d'accompagnement d'ici ...deux mois.
A partir du 1er janvier 2020, tous les demandeurs d'emploi qui le souhaitent auront droit à deux demi-journées d'accompagnement intensif avec Pôle emploi, dans les quatre premières semaines qui suivent leur inscription à Pôle emploi. De nouvelles aides, adaptées aux territoires, pourront par ailleurs être proposées en 2020, comme l'aide à la mobilité ou à la garde d'enfant.
Dès lors qu'une offre d'emploi sera restée sans réponse plus de 30 jours après son dépôt, Pôle emploi recontactera l'entreprise pour l'inciter à faire évoluer son offre. Et l'accompagnement des personnes en cumul emplois chômage fera l'objet d'une prestation particulière pour les aider à retrouver un emploi durable que Pôle emploi confiera à des opérateurs privés. 

L'échec de la négociation entre partenaires sociaux

Alors qu'ils avaient déjà planché début 2018 sur une réforme de l'assurance-chômage qui a permis d'élargir l'indemnisation à davantage de démissionnaires et dans certains cas aux indépendants, à l'automne 2018, les partenaires sociaux ont été rappelés autour de la table de négociation. A la surprise générale, lors de son discours annuel devant le Congrès en juillet, Macron leur avait demandé de revoir les règles d'indemnisation. L'objectif était double : favoriser le retour à l'emploi durable des chômeurs et dégager entre 3 et 3,9 milliards d'économies sur trois ans.
Petit retour en arrière. Le ministère du Travail avait un temps accepté l'idée d'un dispositif anti-précarité, en lieu et place du bonus-malus, convaincu par le patronat qui refuse d'entendre parler d'un bonus-malus : - c'était même l'un des totems à abattre selon Geoffroy Roux de Bézieux lors de sa campagne à la présidence du Medef. Des discussions par branche professionnelle, pour les inciter à changer les habitudes ont été lancées, sans succès. Et la négociation ne devait jamais aboutir… Or, fin février 2019, face à l'échec des discussions, le gouvernement a décidé en juin de reprendre la main sur l'ensemble de la réforme de l'assurance chômage.

Mais
après trois mois de demi de négociations, syndicats et patronat n'ont pas réussi à se mettre d'accord. 
Une nouvelle fois, ils ont buté sur l'instauration d'un "bonus-malus" pour décourager les entreprises de recourir aux contrats courts. Catégoriquement rejeté par le patronat, ce dispositif était exigé par les syndicats forts des engagements répétés de Macron en ce sens. Il s’appliquera "dans les 5 à 10 secteurs" d’activité utilisant le plus de contrats courts, avait confirmé le premier ministre, Edouard Philippe, lors de sa déclaration de politique générale


"Nous créerons un bonus-malus sur l'assurance-chômage". C'était l'engagement du candidat Macron pendant la campagne de 2017, répété à plusieurs reprises par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Après des mois et des mois de tergiversations, l'exécutif a donc tranché. La promesse sera tenue… mais a minima. La réforme annoncée dans le détail le 18 juin sera mise en œuvre par décret.


lundi 24 juin 2019

Assurance-chômage la réforme qui réussit à hérisser même la CFDT

"Tout est problématique dans la réforme de l'assurance chômage," déplorent les réformistes de la CFDT

"On va passer d’un système d’indemnisation à un système d’accroissement de la pauvreté", met en garde Laurent Berger
Laurent Berger au siège de la CFDT, à Paris, jeudi:
il cire merveilleusement ses chaussures. Lui-même ?

Le secrétaire général de la CFDT dénonce le contenu de la réforme de l’assurance chômage dévoilée mardi. Et elle avait réussi à mettre en fureur le réformiste lors de sa présentation à Matignon.  A chaud, il s’était indigné contre un projet "profondément injuste". Deux jours plus tard, il a convoqué Libé au siège du syndicat pour revenir sur cette réforme qu’il jugeait toujours "extrêmement dure".

Votre colère concernant cette réforme est-elle toujours intacte ?

C’est une vraie colère. Quand j’étais conseiller en insertion professionnelle, j’ai trop vu de gens précaires pour feindre. Là, si je suis particulièrement en colère, c’est que
cette réforme n’a qu’un objectif budgétaire. L’essentiel des 3,5 milliards d’économie va se faire sur le dos des chômeurs. Elle repose sur l’idée fausse que s’ils le voulaient vraiment, les chômeurs retrouveraient du boulot. Or, toutes les études montrent que les abus ne dépassent jamais 15% des demandeurs d’emploi. On fait quoi pour les 85% d’autres? On fait payer à tous les conditions d’indemnisation.

Qu’est-ce qui pose problème dans cette réforme ?

Tout, à l’exception des dispositifs d’accompagnement, est problématique. Prenons les conditions d’accès à l’assurance chômage : elles passent à six mois au lieu de quatre auparavant. C’est une mesure purement budgétaire qui va toucher les jeunes et les contrats courts. Ça représente 240.000 personnes qui n’auront pas droit à l’indemnisation. Ils sont en train de créer des trappes à pauvreté. On va passer d’un système d’indemnisation chômage à un système d’accroissement de la pauvreté.

Quelle réforme auriez-vous souhaité ?

Mais il n’y avait pas besoin d’une réforme de l’assurance chômage, on l’avait faite en 2016 ! On avait alors fait 800 millions d’économies. On a toujours respecté nos engagements de gestionnaires, mais jamais en tapant sur les chômeurs.

Le gouvernement a aussi introduit le bonus-malus que vous défendiez depuis longtemps. Mais seulement dans sept secteurs d’activité. 

Vous êtes-vous senti trompé ?

En l’état, le dispositif est totalement insuffisant. On réclamait une mesure de responsabilité des entreprises mais le patronat a refusé de négocier. Donc on a dit au ministère du Travail : c’est bonus-malus pour tout le monde. Or, il ne va concerner que 34% des contrats courts. Dans son livre Révolution, Emmanuel Macron promet le "bonus-malus pour tout le monde" et "pas de dégressivité". La promesse n’a pas été respectée.

Aujourd’hui, cette mesure est pourtant présentée comme celle qui équilibre la réforme…

Au Pôle Emploi de Clichy-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 17 avril 2018.
Le gouvernement met en avant la nécessaire transition écologique et la justice sociale. Or, les premières mesures après le discours de politique générale, ce sont ces mesures injustes sur l’assurance chômage. Donc oui, c’est difficile pour nous de combattre ce double discours…
Comment contester cette réforme désormais ?

Dans les conclusions du grand débat, 53% des gens pensaient que pour réduire les dépenses publiques, il fallait toucher aux allocations sociales. Donc, je ne vais pas faire rêver à un grand soir. D’autres le feront, pas moi. On va organiser, le 25 juin, un rassemblement devant le ministère du Travail avec l’Unsa, la CFTC, la CGC, la Fage et des associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. C’est symbolique, c’est pour dire : on n’est pas dupe. A chaque fois qu’une décision sera injuste, la CFDT sera là pour le dire. Et, selon les sujets, on se mobilisera. Mais la mobilisation revêt des formes différentes, selon la capacité de construire le rapport de forces.

A aucun moment vous n’avez envisagé une action commune avec, notamment, la CGT ?

La CGT va manifester devant l’Unédic, qui gère le système d’assurance chômage, le 26 juin. Elle se trompe de cible. Rappelons quand même qu’ils n’ont jamais signé un accord sur l’assurance chômage et ont toujours considéré que c’était à l’Etat de faire. Eh bien voilà, c’est la fin de l’histoire : l’Etat gère. Et il le fait comme il l’entend… et c’est moins en faveur des demandeurs d’emplois que les compromis passés entre partenaires sociaux.

Il n’y a donc plus de marge de manœuvre ?

Dans une agence Pôle Emploi à Montpellier (Hérault).Hélas, je ne crois pas. Il y aura un décret dans l’été. Je pourrais vous dire qu’on va mettre demain 3 millions de personnes dans les rues, mais ça ne serait pas vrai, ne rêvons pas. Vous n’avez jamais assisté à des dîners avec des amis où certains parlent de "celui qui abuse" ? C’est tellement ancré. C’est pour ça qu’on n’arrive pas à mobiliser sur cette question des chômeurs. C’est dangereux, je suis persuadé qu’une société s’élève quand elle s’occupe de ceux qui sont le plus en difficulté et leur permet de s’en sortir. 

Que faire, alors ?

Il faut incarner davantage. On veut rendre visibles les demandeurs d’emploi, parce que cette réforme n’est pas du tout à hauteur de femmes et d’hommes. Nous voulons permettre aux chômeurs de s’exprimer. Cela peut avoir de la puissance de dire "voilà ce que cette réforme va produire". C’est aussi un des engagements du "Pacte du pouvoir de vivre" que nous défendons : évaluer les politiques publiques à l’aune de leur effet sur les 10% les plus pauvres de notre pays. Nous ne sommes pas découragés.

Pour les précaires, ça reste difficile de se mobiliser. Les syndicats en font-ils suffisamment ?

La CFDT a en son sein beaucoup de chômeurs. Mais nous n’organisons pas spécifiquement les demandeurs d’emploi car le chômage est, normalement, une situation passagère. Dans les accords successifs de l’assurance chômage, la CFDT a toujours porté la voix des plus précaires.

Et pour les travailleurs précaires justement, les abonnés aux CDD ?

Nous nous en occupons de plus en plus dans les entreprises. Avec la mise en place du comité social et économique, la nouvelle instance représentative du personnel, les salariés de la sous-traitance peuvent compter dans l’effectif des entreprises. Dans les boîtes, les élus portent désormais les préoccupations de ces travailleurs du nettoyage, du gardiennage. D’autres équipes syndicales font du gros boulot sur la titularisation des intérimaires, en allant parfois en justice. Si le syndicalisme ne s’intéresse pas encore plus à ces publics précaires, il sera en faute, il perdra une partie de sa raison d’être.

Cet individualisme rampant n’offre-t-il pas un boulevard au gouvernement pour faire exploser la protection sociale ?

Quand le consentement à la solidarité recule, c’est l’individualisme qui progresse. Et ça offre un boulevard à tous ceux qui pensent que la protection sociale devrait être un filet minimal de sécurité. C’est l’inverse de la philosophie de 1945, à savoir l’idée que chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Si la protection sociale est en danger, cela veut dire que sur la réforme des retraites vos inquiétudes sont grandes ?

Le 7 mars 2018, à Paris, sur le stand de Pôle Emploi au Forum Emploi Senior.
Non, parce que sur ce dossier il y a eu une concertation. Si le gouvernement a la même logique à l’égard de nos propositions que sur ce précédent dossier, c’est-à-dire d’en avoir rien à faire, évidemment, nous serons en opposition. Mais nous ne serons pas de ceux qui diront que tout est à jeter et qu’il faut déjà faire des mobilisations sur une réforme dont on ne connaît même pas le début.

Une des dernières grandes mobilisations syndicales portait sur les retraites. C’était en 2010…

C’est aussi le dernier grand échec syndical. La réforme est passée malgré la mobilisation, et il y a eu beaucoup de perte pour le syndicalisme. Par contre, en 2013, sans aller dans la rue, nous avons obtenu l’instauration du compte de la pénibilité. La mobilisation syndicale ne se résume pas à des cortèges.

Cette réforme a-t-elle été prise par des gens hors sol ?

En tout cas elle est hors réalité quotidienne vécue par ceux qui subissent la précarité. Chaque semaine, je vais au moins une fois sur le terrain [en souliers vernis] pour discuter avec les militants dans les entreprises. Un certain nombre d’éditorialistes mais aussi d’acteurs politiques devraient le faire plus souvent.

A force, face à ces réformes qui se font sans prendre en compte l’avis des syndicats, vous n’êtes pas déçu ?

Les militants d’entreprise ne choisissent pas leur patron. C’est la même chose avec un gouvernement… C’est vrai que cela faisait au moins cinq ou six ans que je n’avais pas autant eu les nerfs. Mardi, j’avais la boule au ventre, car je sais qui sont les chômeurs qui seront touchés, je les connais. Evidemment, on est tenté de se dire que face à des gens qui ne comprennent pas les réalités, cela ne sert à rien de se battre. Mais on a choisi d’être militants. Parfois on prend des coups, mais on doit continuer de se battre. Et tant qu’on pourra discuter, on discutera. 

dimanche 3 mars 2019

Assurance chômage: Martinez épingle le "populisme" de Macron

La CGT s'emploie-t-elle à resserrer les liens avec le M5S et la Ligue du Nord en Italie

Les critiques de Macron visant des partenaires sociaux ont braqué 
Philippe Martinez

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Le secrétaire général de la CGT, s'est insurgé dimanche contre les critiques présidentielles adressées aux syndicats après l'échec des négociations sur l'assurance chômage, le 20 février.
Macron n'a pas hésité à reprocher aux syndicats et au patronat de se défausser de leurs responsabilités sur l'Etat.
"C'est très populiste. C'est proprement scandaleux", s'est indigné le secrétaire général de la CGT lors de l'émission BFM Politique, qualifiant de "très populistes" les accusations de Macron.
"Chaque jour dans le pays, on dit "corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire". Et quand on donne la main, on dit "mon bon monsieur, c'est dur, reprenez-la" ", avait raconté Macron, dans le langage archaïque qui est le sien, faisant parler les uns et les autres, sans se mettre en cause.

"Qui est responsable de cette situation ? Lui", a répliqué Martinez, moustache ébouriffée, désignant le président irresponsable, observant que la négociation était "impossible" avec une lettre de cadrage du gouvernement qui imposait aux partenaires sociaux de trouver 4 milliards d'euros d'économies. C'est la technique habituelle du banquier : c'est au client de se tirer lui-même d'affaire avant de revenir. 

P. Martinez a également pointé Macron pour sa stratégie d'amalgame de tous les partenaires sociaux "dans le même sac"

La CGT dénonce le refus par le MEDEF du bonus-malus, promesse de campagne d'Emmanuel Macron pour réduire le recours aux contrats courts, .
"Pourquoi il ne dit pas publiquement 'le Medef ne veut pas de bonus-malus' ? Pourquoi il englobe ? A moins qu'il ne veuille pas se fâcher avec ses amis du Medef et préfère se fâcher avec tout le monde", a soupçonné Philippe Martinez.

Martinez a ainsi critiqué la décision du Président de défiscaliser les heures supplémentaires, pour répondre à la grogne des "gilets jaunes".
"Plus on avance dans le quinquennat de M. Macron et plus je me dis que c'est lui le 'vieux monde' ", a-t-il encore souligné.
"C'est une idée de Sarkozy. Alors, qui symbolise le vieux monde ?", a interrogé Martinez, s'amusant du fait qu'Emmanuel Macron aille "chercher les idées d'un président de la République d'il y a 10 ans", dans le contexte du début des années 2000.

mercredi 4 novembre 2015

Retraites complémentaires: la vérité sur l'accord

Les socialistes ont maintenu l'illusion française d'avoir toujours le meilleur modèle 

Hollande a-t-il réussi à maintenir le nirvana des retraites complémentaires ?
Si on en croyait les thuriféraires de Libération et du Monde, pour ne citer qu'eux, leur président aurait entretenu le rêve de notre modèle social d’après-guerre, en dépit de la démographie, des finances publiques, des crises, de la mondialisation ou des mutations économiques et technologiques. 
Par Jean-Charles Simon, économiste et fondateur de Facta. 
Or, le compromis négocié entre les partenaires sociaux sur les retraites complémentaires appartient à ce domaine de l'illusion dont le premier symptôme est toujours le concert de louanges et de satisfecits soulagés pour ne pas avoir rompu le "pacte", ne pas avoir touché au modèle social français. Ainsi, les décisions prises ont toujours pour objet la préservation et non la transformation du système. Syndicats et patronat sont les Lampedusa de la question sociale : "il faut que tout change pour que rien ne change"...

L'accord comporte un lot de mesures permettant d'éviter que les dérives ne deviennent abyssales, histoire de réduire le risque de remise en cause brutale. Les partisans du laisser-aller, qui refusent de considérer les déficits comme une menace, quand ils ne les glorifient pas, telle la CGT, ont fait une colère, accordant en fait une caution nécessaire à ce nouvel épisode du feuilleton : les raisonnables ont su faire front aux irresponsables! Il faut en fait veiller à ce que chaque partie puisse garder la face, notamment un patronat en caoutchouc contraint en permanence -comme les autres- de faire comme si ces accords et ce modèle étaient cohérents avec la vision économique que professent les uns et les autres par ailleurs.

Tout s'est organisé autour de la CFDT, allié du pouvoir socialiste

Ce syndicat est le véritable maître de l'illusion dans ces jeux de rôles et il déroule son agenda au fil de ces négociations attribuées au gouvernement. Il se plie ainsi à la contrainte de rester en retrait, laissant l'apparente initiative et l'accueil de ces réunions au Medef, des concessions bien superficielles.

La CFDT veille aussi à ménager la CFTC et les cadres de la CGC, afin de s'assurer des alliés face à FO et la CGT et de dégager un bloc syndical majoritaire, sans subir les tocades de FO ni les diktats de la CGT. Ainsi va la vie dans le monde de la négociation interprofessionnelle à la française, parée contre le psychodrame attendu, ses pressions et coups de gueule divers méthodiquement mis en scène pour parvenir à s'entendre, souvent au petit matin, et continuer à cohabiter dans le cocon du paritarisme de gestion jusqu'à la prochaine échéance.

Cette fois encore, le petit cinéma du paritarisme se sera déroulé sur plusieurs mois de négociations. Le 19 octobre, un compromis était annoncé entre le patronat et les trois comparses syndicaux habituels, CFDT, CFTC et CGC, finalisé en un accord formel le 30 octobre. Pour que chacun puisse défendre auprès de ses adhérents les mesures douloureuses les concernant, il a fallu évidemment brandir les contreparties obtenues du camp adverse, et plus encore le caractère "innovant", "réformateur", "structurel" de ces accords à trois. Il faut beaucoup de force de persuasion pour lever tout soupçon de conservatisme et de gestion à la petite semaine. A croire que le modèle va être revisité du sol au plafond... 

Quoi de neuf donc dans cet accord ? 

Il porte son regard sur deux horizons temporels. D'une part, ce qui s'applique tout de suite, dès 2016. Toutes les mesures traditionnelles des précédents accords sur les retraites complémentaires sont ressorties. Des pensions qui sont abaissées, avec une sous-indexation d'un point par rapport à l'inflation, sans pouvoir être négative. Et leur revalorisation reportée à plus tard, au 1er novembre de chaque année, soit 7 mois d'attente supplémentaire par rapport à la pratique actuelle. Deux mesures qui devraient donc entraîner des pertes de pouvoir d'achat pour les retraités... si toutefois l'inflation est au rendez-vous, ce que rien ne garantit. 

Toujours aussi classique pour prendre l'argent et pour faire face aux déficits publics de Hollande, la baisse du rendement des cotisations, un mouvement pluri-décennal s'agissant de l'Agirc et de l'Arrco. On continue donc comme on a commencé, cette fois en abaissant le rendement brut du point à 6%. C'est peu de dire que les retraites complémentaires ont un piètre rendement... 

Et pour couronner le tout, la traditionnelle taxation additionnelle. En l'occurrence, seuls les cadres supérieurs sont concernés par cette première louche supplémentaire : l'application de la cotisation AGFF - 2,2%, sans créer de droits - à la fraction des salaires comprises entre 4 et 8 plafonds de la sécurité sociale.

Rien que du déjà vu dans ces mesures de rendement appliquées dès 2016. Mais, pour qu'elles n'apparaissent pas peu ambitieuses et à courte vue, les partenaires sociaux ont cette fois rusé en reprenant l'idée de leur échelonnement, prévoyant donc un second train de mesures, renvoyées à 2019. Ce qui a l'avantage de faire moins mal et qui, sait-on jamais, pourra toujours se renégocier.

L'avenir de la gauche étant plus qu'hypothéqué, le patronat a finalement accepté d'avaler à l'horizon 2019 le noyau dur en matière de cotisations : le passage de 125 à 127% du taux d'appel des cotisations. Le taux d'appel est ce chef d'œuvre d'hypocrisie créé par les partenaires sociaux pour que l'augmentation des cotisations ne crée pas de droits supplémentaires à la retraite. Le taux de cotisation (dit "contractuel") peut ainsi rester virtuellement inchangé, et c'est le seul pris en compte pour l'acquisition de points de retraite. Mais il est en fait multiplié par un taux d'appel qui détermine le niveau effectif de la cotisation, partagée ensuite entre employeurs et salariés. Cette fois, avec cette mesure le coup de massue est de 800 millions d'euros supplémentaires sur les cotisations.

Quel est le jeu du Medef ?
Le patronat se veut rassurant avec un argument d'une incroyable naïveté, mauvaise foi ou les deux cumulées : la hausse de la part patronale ne serait pas si grave car il aurait reçu du gouvernement l'assurance d'une baisse équivalente des cotisations accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP). Or, il paraît bien imprudent de gager une hausse de cotisations sur une promesse faite par une majorité qui a fait la démonstration de son incapacité à tenir ses promesses et qui ne cesse de racler les fonds de tiroirs pour tenter de baisser de la main droite les dépenses publiques qu'elle accroît de la main gauche. De plus et surtout, si les cotisations AT-MP sont effectivement trop élevées au regard des risques couverts, elles doivent baisser et cette diminution devrait profiter aux entreprises, sans compensation. Il est donc invraisemblable de considérer que puisqu'on payait trop dans une caisse, le retour à la normal autorise à verser plus dans les autres.

De plus encore, une autre hausse des cotisations se profile derrière la fusion annoncée de l'Arrco et de l'Agirc en un seul régime, grande affaire de cet horizon 2019. A elle seule, elle devrait rapporter près d'un milliard de plus par an aux caisses du régime désormais unifié. Et ce sont les cotisations des salariés qui trinqueront : sous couvert d'uniformiser les règles de répartition à 60/40 entre cotisations patronales et salariales (au lieu de 62/38 à l'Agirc aujourd'hui), les premières (Arrco) seront inchangées et les secondes (Agirc) relevées. De sorte que le taux de cotisation global passera de 16,44% en 2018 à 17% en 2019 (le tout, donc, multiplié par 127% pour arriver au taux réellement prélevé).

Quant au rapprochement de l'actuelle "tranche 2" de l'Arrco et de la tranche B de l'Agirc, elle se fera sur la base de la seconde, relevant ainsi plafond et taux de cotisations des non-cadres. Or, peu importe finalement que les hausses de cotisations sociales portent sur la part salariale ou patronale : le coût du travail est forcément impacté dans tous les cas, au moins indirectement par le jeu des négociations salariales qui tiennent compte de la baisse de pouvoir d'achat entraînée par des hausses de cotisations salariales.

La véritable hausse des cotisations de retraite complémentaire est donc très importante, puisqu'elle représentera 1,8 milliard d'euros de plus à compter de 2019 (toutes mesures confondues, y compris celle de la cotisation AGFF sur la tranche C applicable dès 2016). A ajouter aux hausses de cotisations décidées en 2013 par les mêmes organisations patronales et syndicales et rapportant environ 1,1 milliard d'euros supplémentaires depuis cette année. Les partenaires sociaux ont ainsi eu la main lourde avec ces 2 accords, qui pèseront à la fin de la décennie de près de 3 milliards de plus sur les salaires en France. Donc, le coût du travail et la compétitivité.

Travailler (au moins) un an de plus ?  

Quid du mécanisme de bonus-malus selon l'âge de départ à la retraite ? 
Cette mesure, qui entrerait en vigueur en 2019, aura un impact finalement marginal sur l'économie générale de l'accord. En effet, à partir de 2019, les retraités se verront appliquer 10% de minoration de leur retraite complémentaire s'ils n'ont pas travaillé au moins un an au-delà de l'âge qui leur donnerait le taux plein du régime de base, et ce pendant trois ans (et au plus jusqu'à 67 ans, avec une exemption pour les retraités exonérés de CSG et quelques autres situations). Un effet de l'ordre de 0,5% des montants moyens totaux devant être perçus à la retraite...
Pour illustrer l'absence de véritable incitation à reporter la retraite à 63 ans, contrairement à ce que diffusent de nombreux media et commentateurs, il suffit de noter qu'un salarié de 62 ans risquera un impact cumulé sur trois ans très inférieur à un mois de salaire s'il se voit appliquer ce malus. En un mois de travail en plus, il aura plus que compensé la totalité de cet abattement : ce n'est donc pas ça qui pourrait le décider à travailler une année supplémentaire. 

Parallèlement, ceux qui partiront à la retraite au moins deux ans après l'âge requis pour le taux plein dans le régime de base seront gratifiés d'une majoration de 10% de leur retraite complémentaire (ou 20/30% en cas de report d'au moins 3/4 ans)... mais pendant un an seulement. Diable ! Mais vu comme un moyen de retarder l'âge de liquidation des droits - ce qu'il n'est pas, il sera toujours possible de liquider sa retraite à 62 ans, voire plus tôt dans le cadre des dispositifs de carrière longue -, le dispositif a été commenté et vanté à l'excès, et a conduit les négociateurs à se dépeindre en grands réformateurs.

Le chiffrage de ces mesures et de la situation financière qui en résulterait pour les retraites complémentaires n'est pas à l'image de l'autosatisfaction affichée dans l'après-négociation. D'une part, l'essentiel du redressement financier attendu est lié aux décisions les plus classiques employées pour colmater ces régimes. Le chiffrage de 7,4 milliards pointe en effet deux paquets majeurs : pour 4,1 milliards en 2030, les effets des décisions sur les pensions; et pour 3,3 milliards, toujours en 2030, les mesures supportées par les actifs, soit sous forme de hausses de cotisations, soit du fait de la baisse du rendement des points acquis. En revanche, le "bonus-malus" ne rapporterait aux régimes que 800 millions à cette échéance, soit quelque 10% du total des effets attendus de l'accord.

Même fusionnés, les régimes resteront déficitaires 

Les régimes resteraient malgré tout déficitaires. 
L'équilibre Agirc-Arrco n'est pas en vue, malgré ce nouveau remède de cheval sur les cotisations et les prestations. Certes, les déficits envisagés seront réduits, mais il faut rappeler que ceux-ci entraînaient une faillite inévitable de l'ensemble Agirc-Arrco dans le courant de la prochaine décennie. Avec le nouvel accord, on oscillerait entre 2 et 4 milliards de déficit technique annuel, aucune amélioration significative due à la fin des effets de la transition démographique en cours n'étant à espérer avant environ 2040. Ce qui signifie une situation très tendue si les résultats financiers sont médiocres, ce qu'une faible inflation et croissance à l'horizon pourraient laisser craindre.

Le scénario économique retenu pour le chiffrage des mesures et de l'évolution de la situation financière des régimes pose problème. 
La prudence n'est guère de mise dans le domaine de la retraite. Et si les scénarios plutôt optimistes de 2015 ne se concrétisaient pas, alors les prévisions évoquées seraient encore davantage dégradés. Notamment, les mesures censées rogner le pouvoir d'achat des retraités en figeant un peu plus l'évolution de leurs pensions n'auront de véritable effet que s'il y a, justement, une inflation tangible. Si, au contraire, celle-ci restait à peu près nulle, comme c'est le cas ces derniers temps, alors les salaires n'évolueraient pas assez vite par rapport aux pensions de retraite pour redresser comme espéré les comptes des régimes complémentaires. Les négociateurs ont beau se féliciter de l'instauration d'un mécanisme pompeux de 'pilotage stratégique et tactique', il faudrait encore trouver de nouveaux accords et recourir invariablement aux mêmes vieilles recettes, si une vraie réforme n'était pas décidée.

Qu'aurait pu être une vraie réforme réussie ?

On est passé à côté d'une réforme vraiment structurelle de ces retraites complémentaires.
Côté institutions, l'organisation actuelle des retraites complémentaires n'a plus de sens. A leur fondation, ces régimes s'articulaient autour des professions, et pour chacune correspondait une institution. Chaque branche négociait les conditions de son régime de retraite complémentaire et l'administrait avec des caisses dédiées (généralement une caisse non-cadre et une caisse cadre). Les taux et les prestations différaient donc entre les branches. Mais cette époque est révolue depuis longtemps. Le processus d'unification complète des taux et des modalités de cotisations a supprimé toute différence entre les salariés, quelle que soit leur profession (à quelques exceptions de surcotisations décidées dans certaines branches), et la fusion Agirc-Arrco en 2019 finira d'achever la fiction de régimes distincts.

Dès lors, pourquoi maintenir une kyrielle de caisses de retraite, hébergées en général dans des "groupes de protection sociale" qui ont également des activités d'assureurs privés ? Faire adhérer chaque entreprise à l'une de ces caisses plutôt qu'une autre a-t-il du sens, dès lors que les cotisations et les prestations sont les mêmes ? Pourquoi multiplier les frais de gestion relatifs au recouvrement des cotisations et au versement des prestations, d'autant que l'opacité reste forte sur ce qui relève vraiment de ces missions et ce que l'on fait supporter à ces caisses de retraite mais qui ressort en fait d'activités concurrentielles ? Et pour quelle raison compliquer la vie des entreprises, qui doivent donc s'affilier à une caisse et ensuite leur verser des cotisations séparées du reste des cotisations sociales, alors qu'une centralisation du recouvrement par les URSAAF simplifierait grandement cette gestion, et en réduirait sûrement de beaucoup le montant ? La réponse est hélas bien connue : gérer des caisses de retraite assure aux partenaires sociaux une importance, leur permet d'attribuer des mandats et parfois même des emplois à leurs militants, et financent plus ou moins directement la vie des branches professionnelles et des centrales, par exemple comme sponsor ou acheteur d'événements, de publications, etc. On est là au cœur des cuisines malodorantes du paritarisme. Mais l'intérêt supérieur des salariés et des entreprises commanderait de mettre fin à ce système d'un autre temps.

Avec un recouvrement commun par les URSAAF, pourquoi ne pas rapprocher encore plus le régime de base et les retraites complémentaires ? Aujourd'hui, la compréhension des droits à la retraite et de leur évolution est terriblement compliquée pour la plupart des salariés du privé, car ils ont affaire, au minimum, aux droits acquis dans le régime de base, dépendant d'abord de la durée d'affiliation, et à ceux des régimes complémentaires, exprimés en points. Des partenaires sociaux réformistes et modernistes devraient travailler avec l'Etat à une grande fusion de l'ensemble, afin de définir un régime global unifié par points, beaucoup plus lisible et pilotable que la dualité actuelle.

Enfin et peut-être surtout, toutes les parties aux décisions prises sur les retraites acceptent des hausses de cotisations depuis des années. Toutes et y compris celles qui s'alarment, à raison, du coût du travail en France et plus encore de l'écart gigantesque entre ce coût du travail et le salaire net, que l'on baptise pudiquement le "coin social". Or, ce coût des cotisations sociales salariales et patronales, qui était déjà considérable en France en 2012, ce sera encore fortement accru entre 2012 et 2019, en prenant en compte à la fois les décisions prises par l'Etat pour les régimes de base (financement des départs à 60 ans et réforme du régime général de 2013) et celles des partenaires sociaux relatives aux régimes complémentaires (accords de 2013 et de 2015).

En sept ans, le total des prélèvements sociaux dédiés à la retraite sur les salaires aura ainsi augmenté de 5,6% pour la première tranche des revenus (jusqu'au plafond de la sécurité sociale) et jusqu'à 18,3% sur la tranche C (au-dessus de 4 plafonds de sécurité sociale)... Et si les réformes des régimes de base sont en cause aux trois-quarts sur la tranche A, les accords Agirc-Arrco de 2013 et 2015 comptent pour 68% de la hausse des cotisations sur la tranche B et 85% sur la tranche C...

Et, encore une fois, la comparaison ne nous est pas favorable avec la situation en Allemagne, pays pourtant plus touché que nous ne le sommes par le vieillissement de la population (et alors même que les cotisations vieillesse en Allemagne couvrent également les risques invalidité et décès). Encore s'agit-il d'un pays au modèle social très protecteur. Si on observe maintenant le Royaume-Uni, on observe par exemple que les cotisations patronales aux retraites complémentaires Agirc-Arrco dépassent à elles seules (au-dessus du plafond de sécurité sociale) la totalité des cotisations patronales de toute la sécurité sociale britannique...