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mardi 25 octobre 2016

La colère des policiers révèle une crise de régime, selon Jacques Sapir

Les victimes du laxisme et des partis-pris de Hollande se rassemblent

Des infirmiers et des pompiers se sont joints aux rassemblements de policiers, qui continuent dans toute la France.
 

Si ce mouvement se confirme dans les jours à venir, François Hollande n'en sera pas la seule victime, explique Jacques Sapir. Economiste, directeur d'études à l'EHESS, Jacques Sapir dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI) et coorganise avec l'Institut de prévision de l'économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Le 3 février 2014, sur le plateau de l'émission télévisée Mots croisés, Pierre Moscovici, alors désastreux ministre de l'Économie (écarté vers l'UE), face à Marine Le Pen, qualifia Jacques Sapir d'économiste "d'extrême droite", une diabolisation aussi classique qu'inapropriée provoquant une vague d'indignation parmi les militants de la gauche radicale et de nombreux soutiens à gauche.

Les manifestations non-autorisées de policiers continuent de se multiplier à Paris et dans de multiples villes de province. 


Strasbourg : les pompiers rejoignent les manifestations des policiers


Dans l'Est
, l
ors de la manifestation de Strasbourg, samedi 22 octobre, on a vu une vingtaine de pompiers se joindre aux policiers
D’après France 3 Alsace, une vingtaine de soldats du feu a rejoint la centaine de manifestants rassemblés place Kléber à Strasbourg, vendredi soir, troisième "nuit debout" en soutien aux forces de l’ordre mobilisées après l’agression de policiers au cocktail Molotov, le 8 octobre à Viry-Châtillon (Essonne).


Les policiers strasbourgeois rejoignent le mouvement de protestation

Dans le Sud, à Nice
des infirmières des services d'urgence, ont fait de même. 

Dans l'Ouest, à Brest, mardi 25 (ci-dessous), une manifestation hors cadre syndical a rassemblé 200 personnes hier soir, devant la mairie de Brest, explique France Bleu Breizh Izel. 
Outre les policiers, des pompiers en uniforme et des infirmiers du CHU de la ville étaient présents. Les manifestants ont entonné La Marseillaise, explique la radio.
"On travaille souvent avec eux, donc on est confrontés aux mêmes types de problèmes, même si nos missions à nous sont plus acceptées de la population, précise un pompier. On voit que leur travail est vraiment difficile dans certains secteurs".

Si limitées que soient ces manifestations de solidarité, l'évidence apparaît d'une potentielle extension du mouvement aux autres catégories sociales qui sont confrontées à la violence. Il faudra attendre naturellement la manifestation, autorisée celle-là, de mercredi 26 octobre pour juger de la dynamique réelle du mouvement. A cet égard, il est dommage qu'elle se tienne en plein milieu des vacances de la Toussaint, car les enseignants sont, à l'évidence, eux aussi concernés et auraient pu se joindre à cette manifestation. Aussi bien, les vacances dégagent du temps libre pour descendre dans la rue, un chemin qu'ils connaissent. Mais, en tout état de cause, ces manifestations et ce mouvement ont, à l'évidence, changé la situation politique. Ils marquent une césure brutale dont les différentes forces politiques seront obligées tenir compte. Une paradigme politique a fait son temps, un autre s'impose, comme ce fut le cas en 1958.


François Hollande, première cible et responsable des manifestations 

La principale victime est François Hollande. Dans le même temps où se développe le mouvement, les appels pour qu'il renonce à présenter sa candidature se multiplient. Ce qui n'est pas pour déplaire aux impétrants en embuscade. Mais, survenant alors que le président est durablement discrédité par ses "confessions" mais surtout par son addiction à la fréquentation des journalistes,  ce mouvement a,, semble-t-il servi de révélateur d'eux-mêmes parmi les "fidèles" du président "normal".

Certes, ces manifestations sont véritablement "extraordinaires". Rappelons d'abord que l'obligation de réserve limite les possibilités des policiers de se faire entendre et que leur droit de manifester est sévèrement réglementé. Rappelons, ensuite, que ces manifestations se déroulent alors que l'état d'urgence est toujours en vigueur ou que 1.250 des leurs sont actuellement engagés dans la dispersion des migrants -abusivement qualifiés de "réfugiés"- de la "jungle" de Calais, ainsi privés de la possibilité de manifester. Cazeneuve aurait dû en convoquer 500 de plus qu'il n'aurait pas retrouvés sous ses fenêtres...
S'il a eu raison de décréter l'état d'urgence à la suite des attentats de novembre 2015, Hollande a donc eu tort de vouloir le prolonger, prenant le risque d'en affaiblir la signification et la portée, car, ces manifestations de policiers traduisent l'impuissance du gouvernement à agir de manière décisive. L'état d'urgence avait pour but de répondre à une situation d'urgence, quitte pour cela à faire évoluer la loi et à modifier, si le besoin s'en faisait sentir, la Constitution. Mais, si François Hollande semble à son aise quand il s'agit de prononcer des discours ou de présider à des cérémonies commémoratives, force est de constater que l'action du gouvernement est restée très en deçà de ce qui était nécessaire.


Les zones de "non-droit", les "territoires perdus" de la République, n'ont fait l'objet d'aucune amorce de reconquête.
La "France périphérique" se sent toujours aussi abandonnée. Le gouvernement n'agit que quand la pression populaire lui devient insupportable, et encore agit-il alors dans l'urgence, sans plan d'ensemble, sans compréhension des interactions et des causes profondes des problèmes qui le font agir. Le règne du court terme, de l'urgence, est aujourd'hui absolu. Nous sommes dans la situation classique de nombreux dessins animés ou un personnage tente de remédier aux voies d'eau de son bateau en y mettant un, puis deux, puis trois doigts. Mais l'on sait bien comment cela se termine.

L'invalidation de la stratégie européiste
François Hollande est une des victimes du nouveau contexte politique, comme on le voit dans les sondages qui le donnent au plus bas (4% de popularité), mais ces manifestations de policiers le désignent
comme principal responsable de l'échec à la fois de son action et de sa méthode, tandis que l'opprobre frappe aussi le ministre de l'Intérieur, B. Cazeneuve, sans épargner Manuel Valls qui fut son prédécesseur (2012-2014). 

Certains de ses opposants socialistes n'échapperont pas au désamour qui aujourd'hui frappe le président. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, l'exaspération qui aujourd'hui saisit des segments entiers du peuple français envers François Hollande se manifeste déjà envers les élus socialistes. Elle se manifestera demain envers l'opposition, singulièrement A. Juppé, dont tout le monde comprend qu'il n'est que la pale copie de Hollande, en plus vieux et plus rigide, quelqu'un dont il ne faut rien attendre, ou envers François Fillon ou Bruno le Maire, à la différence de Nicolas Sarkozy dont a cessé de stigmatiser la différence. Quant à la "bulle" Macron, il en est de celle-ci ce qui en est de toutes les bulles qui se gonflent, qu'elles soient de savon ou financière, elle est en train d'éclater.

Plus largement,
la nouvelle situation politique en gestation depuis l'année 2015 et qui vient de révéler toutes ses implications au travers des manifestations de policiers, invalide radicalement les lignes politiques  dans la continuité de la politique suivie depuis une quinzaine d'années. 
D'où la panique qui semble régner au parti dit 'socialiste'. On dira que l'abandon de Hollande par certains de ses proches amis n'est  que l'illustration de la règle de politique politicienne: les rats quittent le navire en train de sombrer. Mais, les acteurs politiques ont ceci de moins que ces rongeurs qu'ils s'avèrent incapables d'innover. Hollande, sombre? Essayons Valls ou Ségolène Royale ou Hamon ou Montebourg… Tous, on déjà fait la preuve de leur incompétence et ils ne proposent que des variantes de la ligne hollandaise, avec une réserve pour Montebourg, qui doit cependant d'urgence clarifier ses positions sur l'Euro, sur l'Union européenne et sur la laïcité, et pour ce faire, ils doivent tous rompre radicalement et définitivement avec Terra Nova.

Un paradigme politique est donc en train de mourir sous nos yeux. C'est celui de l'Union européenne. Il a nourri une génération de femmes et d'hommes politiques, et cette génération a fait faillite. Il est temps qu'un autre lui succède. Mais, parce qu'ils sont incapables d'aboutir à cette conclusions, et d'en tirer toutes les conséquences, les politiques sont en train de plonger le pays dans une crise aux effets incalculables.

La force du moment souverainiste

La mélenchonisation du paysage politique est le signe que les yeux se décillent. Des sondages convergents le donnant actuellement entre 14% et 15% et régulièrement au-dessus de François Hollande. On peut penser qu'il a un potentiel pouvant monter vers les 18%. 

Seule, la direction du P 'C' F - qualifiée de 'gauche de la gauche' après avoir été 'gauche radicale', de peur d'avoir à assumer qu'elle est l'extrême gauche - ne semble pas l'avoir compris et ne veut pas le comprendre. Elle mène contre lui une guerre d'usure aussi imbécile qu'obstinée. Mais, cela n'étonnera personne quand on se souvient des positions de cette même direction en juillet 2015 sur la Grèce. Cette direction-là - comme celle d'Europe Ecologie-les Verts (EELV) - est prête à toutes les concessions, à toutes les bassesses, pour sauver le principe des désistements avec le P 'S', principe grâce auquel elle doit d'avoir encore des députés… Le P 'C' F est un parti-zombie. Le Parti communiste  prend donc le risque de couler avec Hollande et le P 'S' si elle ne change pas, du tout au tout, son attitude. Mais il y aurait à cela une certaine logique.  Sa seconde vie est appelée à n'être que la caricature de la première et à être des plus limitées…

Les manifestations de policiers signalent que la situation politique a pris désormais un cours nouveau. 
On assiste à l'effondrement, par pans entiers, de la stratégie européiste que défendent, chacun à leur façons, tant le P 'S' que Les Républicains. Le "moment souverainiste" qui est celui de J. Sapir, ce moment, dont il indiquait l'émergence dans un livre paru au début de l'année, est en train de s'imposer à tous avec une force de jour en jour plus redoutable. Les différents candidats souverainistes devraient en profiter.

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