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dimanche 9 octobre 2016

Twitter, défouloir de journalistes aussi

Twitter : antidote aux "éléments de langage" castrateurs ?

Twitter, le réseau social préféré des journalistes ?


Pourtant décrié, ce réseau social est devenu le vecteur préféré des opinions personnelles des professionnels de l'information. Accusés de parti-pris, seraient-ils pourtant frustrés, que leur options politiques personnelles soient contrariées, leur liberté d'expression bridée et leur fantaisie ou leur violence rentrées ?

Professeur d'Université à Panthéon-Assas, Paris, professeur d'information-communication à l'IFPacteur de l'Observatoire du webjournalisme (CREM) et président du site d'info  TheConversation.com,  France, Arnaud Mercier  revient sur le lien qui unit Twitter aux journalistes durant la journée d'étude The Conversation France à Nancy du 21 septembre 2016. Dans l'auditoire, étudiants et chercheurs prêtent l'oreille pour écouter le bilan d'une étude commencée en 2012 sur l'usage du réseau social par les journalistes.

  1. « Les réseaux sociaux numériques font partie intégrante de l'écosystème de l’information » @ArnauddMercier 


  2. Les journalistes ont pris la mesure d'un constat nouveau:les réseaux sociaux prennent de plus en plus d'importance dans le partage de l'information et sa libération, au point de concurrencer les organes de presse, porte-voix serviles de la parole officielle et de la pensée unique.
    Le réseau le plus prisé des journalistes est donc Twitter. En 140 signes, il ne permet pourtant de soutenir aucun raisonnement. Il autorise en revanche l'expression à chaud de sentiments, de saillies et d'invectives, voire d'insultes et de grossièretés. Les journalistes en ont-ils un tel besoin qu'ils s'y pressent ? Ils peuvent en outre se permettre de rejeter les interlocuteurs indésirables et les contradicteurs embarrassants. Les dessinateurs politiques ne se privent d'ailleurs pas non plus de bloquer les impertinents: Alex est de ceux-là, tant ils ont les chevilles inversement plus enflées que leur capacité de tolérance, une vertu qu'ils attendent des autres, comme ils en réclament un humour au second degré.  Bref, si Twitter se veut un carrefour de convivialité, il n'est en fait qu'un lieu où s'étalent l'autosatisfaction des uns et la veulerie des autres.

    A tel point qu'au début du réseau les journalistes étaient plus nombreux que les internautes.
     
    De 2011 à 2013, l'essor est net, des bourdes sont parfois commises, mais dans l'ensemble, des pratiques se démocratisent. "Twitter est considéré comme un bac à sable pour s'amuser, un espace éditorial pour les journalistes," estime Arnaud Mercier. "Le succès de Facebook est moindre pour les journalistes car il y est moins facile de séparer sa vie privée de sa vie professionnelle" ajoute-t-il, suggérant que la schizophrénie caractérise les journalistes.
  3. "Twitter apparaît clairement, au contraire de FB, comme un réseau mis au service d'une pratique professionnelle"@ArnauddMercier 

  4. Pour les journalistes, Twitter est un moyen rapide de fouiller (à l'odeur de poubelle près, on n'est plus dans l'investigation) et d'aller voir qui sont les autres et ce qu'ils osent livrer d'eux-mêmes - si affligeant que cela puisse être - et parfois de tacler en faisant valoir son opinion, nécessairement binaire et sans nuance. Il faut que ça flatte ou déchire. Ce qu'il n'est pas toujours possible de faire à l'intérieur d'une rédaction, quand on est plein d'idées, de verve et de fantaisie.


  5. "Sur Twitter les journalistes se permettent de sortir complètement de leur rôle" @ArnauddMercier 
  6. Car ils ont, c'est dit, un rôle à tenir.

    Nombreuses sont les réactions à des tweets d'hommes politiques.
     
    Gérald Darmanin est directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy (pour les élections présidentielles de 2017). Par le tweet présenté ci-dessous, il a souhaité défendre son préféré suite à des déclarations aussitôt déclarés "polémiques", quelles qu'elles fussent. Nicolas Sarkozy a en effet déclaré lors d'un meeting le 19 septembre : "dès que vous devenez français, vos ancêtres, ce sont les Gaulois !"
  7. Petit, mes parents bercèrent mes jeunes années avec Astérix et Obélix. Mes ancêtres étaient culturellement gaulois. Et j'en suis heureux 2/2
  8. Dans la foulée de ce tweet, un ignorant formaté par les profs de la FSU et la presse socialiste, Hugo Clément, journaliste de 27 ans (quand même) dans l'émission Quotidien de Yann Barthès, a réagi en tournant ces propos en dérision, le sport préféré des media, devant le "fact checking" pourtant en pleine expansion dans les rédactions. Ce journaliste diplômé n'a rien trouvé de mieux que d'aller filmer le domicile de  Jean-Yves Le Drian, ministre guerrier de la Défense, l'exposant au terrorisme: du vrai travail d'investigation, un boulot de pro ! Et il est "heureux"...
    1. Petit, mes parents bercèrent mes jeunes années avec Lucky Luke. Mes ancêtres étaient culturellement cowboys. Et j'en suis heureux. https://twitter.com/GDarmanin/status/778215358209617920 
Lucky Luke est ce héros "qui tire plus vite que son ombre". Ce qui est utile par les temps qui courent. Dommage seulement qu'il n'ait pas travaillé pour Charlie hebdo quand le carnage islamiste a été perpétré.

Jonathan Parienté, rédacteur en chef du Monde.fr, vous le croirez ou non, s'est aussi prêté au jeu tout comme de nombreux collègues. Pour parler de ces interventions à caractère humoristique mais parfois engagées des journalistes twittos, Arnaud Mercier reprend le terme de "LOL journalisme". Le but est de répondre à une phrase ou à un acte par des pastiches ou des blagues. Ces plaisanteries prennent jusqu'à la forme d'un concours de celui ou celle qui aura la meilleure repartie.


Rahan est un héros de fiction, ce qui en soi est déjà révélateur du twitto, mais situé au temps de la préhistoire, ce qui ne signale pas une réelle avancée, ni psychologique, ni morale. Crao, c'est le sage qui lui enseigne la générosité, le courage, la ténacité, la loyauté et la sagesse. On se prend vite à regretter que tant de vertus soient si peu transmissibles à travers les âges.

Il aurait pu être Jean Valjean, mais c'est la pointure au-dessus: demander à un journaliste du Monde de s'identifier à un héros incarnant la bonté universelle et la capacité à s'améliorer, c'est comme offrir Les Misérables à Olivier Besancenot.

  • Petit, je lisais Pif et Hercule et Mickey Parade. Mes ancêtres étaient culturellement mammifères. Et j'en suis heureux.https://twitter.com/GDarmanin/status/778215358209617920 


  • Pif est cette fois connoté à l'extrême gauche:
    c'était un hebdomadaire pour la jeunesse ,financé, comme Hercule, par le PCF. Comme pour les lessives (et le lavage de cerveau), Pif incluait un produit (objet, jouet ou jeu) susceptible de plaire autant aux garçons qu'aux filles.
    Cette fois encore, on reste limité au monde de la BD et de la bulle, mais précurseur des textes de moins de 140 signes.

    France 2 laisse à Amaury Guibert, comme aux autres journalistes "addicts", tout le loisir de consacrer à Twitter des heures de son temps de travail financé de bon coeur par les assujettis à la redevance audio-visuelle.


  • Petit, mes parents bercèrent mes jeunes années avec les Dingodossiers. Mes ancêtres étaient des gros déconneurs. Et j'en suis heureux. https://twitter.com/GDarmanin/status/778215358209617920 



  • Pour mémoire, nous signalons à tous ces journalistes désoeuvrés que la lecture des grands auteurs rebute tout autant que l'ex-ministre de la Kultur, Fleur Pellerin, que
    Gérald Darmanin, maire de Tourcoing, est d'une origine qui pourrait leur seoir (convenir): son grand-père, Moussa Ouakid, est d'origine algérienne. La tare est donc son appartenance au parti Les Républicains (LR) et sa charge de directeur de campagne de Nicolas Sarkozy.

    La popularité de certains journalistes twittos atteignant parfois des sommets, le rapport de force entre le journalistes et son employeur peut se retrouver inversé.


    Mais dans la majorité des cas, les journalistes souhaitent pouvoir s'exprimer librement sur Twitter en se démarquant de leur employeur. La phrase "mes tweets n'engagent que moi" et ses variantes sont donc devenues aussi communes que les formules "de source autorisée" ou "proche du dossier".



    Arnaud Mercier explique la réelle portée de cette phrase, souvent exprimée avec humour.


    "Mais peut-on totalement dissocier le journaliste de sa rédaction ?" interroge le chercheur. Si le plus souvent, les media s’accommodent de l'élan de liberté de leurs employés, il est arrivé plusieurs dérapages ou hardiesses exploitées comme telles, malgré le clin d'oeil. Arnaud Mercier rappelle l'un des plus marquants, celui de Pierre Salviac, qui fut limogé de RTL pour un tweet indélicat à l'endroit de Valérie Trierweiler suite à la victoire de François Hollande à l'élection présidentielle de 2012. La rédaction s'est en revanche totalement dissociée de son journaliste. 

      Twitter apparaît donc comme un espace de liberté pour de nombreux journalistes. 
      Le réseau social devient donc une véritable cour de récréation pour la profession. Mais en créant le buzz par des réactions parfois humoristiques et engagées face à l'actualité, ils peuvent parfois acquérir plus de visibilité, sortir du lot et inverser le rapport de force avec leurs rédactions.

       

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