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samedi 22 octobre 2016

Et si le Qatar arrosait les zones de non-droit plutôt que des politiques ?

"L'ancien ambassadeur du Qatar a copieusement arrosé nos politiques," affirme Libération

Deux journalistes décrivent des liens troubles entre des responsables politiques français et leurs homologues des monarchies du Golfe.

Georges Malbrunot, co-auteur, avec Christian Chesnot, d’un livre sur les relations entre la France et les monarchies du Golfe, décrit les dérives d’un système et les petites corruptions à coups de gros cadeaux. "L’ex-ambassadeur du Qatar [cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, ci-contre] a copieusement arrosé nos politiques," affirment les auteurs, Christian Chesnot (France Inter) et Georges Malbrunot (Le Figaro), dans leur livre paru ce jeudi, Nos très chers émirs. Les auteurs décryptent les liens vénéneux entre des responsables politiques français et leurs homologues des monarchies du Golfe. "Vendre à tout prix aux émirs, propulsés au rang de "partenaires stratégiques", semble être devenu l’alpha et l’oméga de notre diplomatie au Moyen-Orient," assurent les journalistes.

Pourquoi la France a-t-elle noué des liens étroits avec les monarchies du Golfe ?
Au départ, l'objectif était de décrocher des contrats en échange de notre appui politique et diplomatique. La France avait aussi besoin de sécuriser ses approvisionnements pétroliers au vu de l’instabilité au Moyen-Orient. Mais cette relation se serait déséquilibrée: pour l’Arabie Saoudite, le véritable partenaire stratégique reste les Etats-Unis, alors que nous sommes considérés comme un partenaire de compensation.

François Hollande a-t-il changé quelque chose lors de son arrivée au pouvoir ? 
Hollande a eu l'intention de rééquilibrer ses relations avec le petit Qatar et l'ogre d'Arabie Saoudite. Or, en 2015 les autorités saoudiennes laissent entendre qu’elles sont prêtes à investir 50 milliards d’euros dans les années à venir, tandis que la France rencontre des difficultés chroniques d'équilibre budgétaire. Alors elle se laisse séduire par l’Arabie Saoudite, comme dans le dossier du nucléaire iranien, l’ennemi historique de Riyad.

Des personnalités politiques se seraient même laissées aller à des pratiques relevant du trafic d’influence, selon les auteur du livre.
"Nous avons observé ces dérives notamment avec l’ambassade du Qatar. De 2003 à 2013, Mohamed Jaham Al-Kuwari, l’ambassadeur à Paris, a copieusement arrosé nos responsables politiques. Sans tenir un fichier, il savait très bien qui se laissait corrompre. "Les Français sont les plus faciles à acheter", avait déclaré aux journalistes un proche de Hamad Al-Thani, l’émir qui régnait à l’époque. 
Puis, lui a succédé son fils Tamim qui a souhaité nettoyer les écuries. Mais les habitudes ne se perdent pas facilement et, dans un premier temps, les politiques français ont continué à demander des cadeaux. Des membres de la nouvelle équipe étaient stupéfaits et en avaient marre d’être pris pour des "distributeurs de billets de 500 euros". Alors même que le discours est désormais au 'Qatar bashing', accusé d’injecter de l’argent dans les banlieues et de financer le terrorisme. On a sorti une dizaine de noms révélateurs de ces pratiques, mais il y en a certainement beaucoup plus qui sont concernés.""

Des relations troubles Qatar-politiques : "Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg", assure Georges Malbrunot

Au coeur du scandale, le journaliste Georges Malbrunot confirme les dérives de la relation entre le Qatar et les politiques françaisDans ce livre-enquête, ils racontent notamment comment l'argent a "pourri" cette relation avec les monarchies du Golfe et en particulier comment l'ambassade du Qatar à Paris est sollicitée par des politiques. de tous bords, dont Jean-Marie Le Guen et Rachida Dati, qui ont d'ores et déjà annoncé leur intention de porter plainte pour diffamation.
Jean-Marie Le Guen, actuel ministre des Relations avec le Parlement, se vante par exemple de pouvoir y "bloquer les questions hostiles" sur le Qatar. "Mais je n'ai pas à le faire gratuitement", précise-t-il. "Il nous faisait littéralement du chantage", s'étonne l'ambassade. 
D'autres sont beaucoup plus directs, à l'image de la députée Rachida Dati qui demande 400.000 euros pour financer un "Club des Ambassadeurs" dans son arrondissement de Paris. 
Députés PS Thévenoud et Bays
Le livre cite aussi le député PS du Nord-Pas de Calais, Nicolas Bays qui envoie personnellement un SMS à l'ambassadeur. "J'ai des problèmes financiers.
Mariage homosexuel:
deux chauds partisans,
les députés PS Galut et Bays
La mère de notre jeune enfant est fatiguée; je voudrais l'emmener à l'étranger. Peux-tu me faire inviter dans un hôtel de Doha et nous payer le billet d'avion
?", écrit-il ainsi. Malgré un premier refus, il enverra deux autres demandes par SMS, notamment pour financer des travaux dans sa maison. 

Dans ce livre, on apprend encore que l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin exige de voyager en première classe lorsqu'il est invité à un colloque à Doha, la capitale du Qatar, sinon il annule. 
La présidente du FN Marine Le Pen a quant à elle fait financer son déplacement au Caire, en 2015, par les Emirats Arabes Unis. 
Les deux journalistes citent encore la sénatrice centriste Nathalie Goulet. 

"Nous avons des preuves", lance Malbrunot.
"Tout n’est pas terminé". "On cite une douzaine d’hommes politiques qui ont essayé de monnayer leur parole, mais ce n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg", avance même le journaliste. "D’ailleurs, si j’en crois certaines indiscrétions, certains députés se sont félicités de ne pas être dans notre livre. Je crois donc que tout n’est pas terminé. Il y a des habitudes qui ont la vie dure". 
Et de préciser, toutefois, que "tous les membres du groupe d’amitié France-Qatar ne sont pas à mettre dans le même panier. Maurice Leroy, le président, est clean", souligne-t-il en exemple. "Mais il y avait parmi eux, et parmi d'autres, des hommes politiques qui se comportaient d’une manière indécente."

L'argent de la libération du grand reporter du Figaro n'a pas d'odeur
En 2003, à la suite du renversement de Saddam Hussein, Malbrunot s'installa à Bagdad en Irak.
Le 20 août 2004, Georges Malbrunot, son confrère Christian Chesnot, ainsi que le fixeur syrien Mohammed Al-Joundi furent enlevés par l'Armée islamique en Irak, alors qu'ils tentaient de se rendre à Nadjaf. Leurs ravisseurs demandèrent officiellement l'abrogation de la Loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques.
Le 21 décembre 2004, après cent vingt-quatre jours de détention, soit quatre mois plus tard, les deux journalistes français sont libérés.
D'après un article de LCI.TF1 citant le journal The Times, la France aurait versé 15 millions de dollars (soit 11,8 millions d'euros) pour leur libération. ("Paris, Rome, Berlin auraient payé une rançon pour leurs otages" (22 mai 2006).

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