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samedi 15 octobre 2016

Macron attend que Hollande se saborde

Hollande entre carton jaune et carton rouge, Macron sur le banc des remplaçants 

Le leader d'En marche ! veut attendre la primaire de la gauche pour décider de sa candidature


Estimant que le livre de confidences de Hollande le disqualifie pour 2017, Emmanuel Macron est renforcé. Vendredi, l'ancien ministre de l'Economie a brutalement fait retomber la température, dans un entretien à l’agence Bloomberg, alors que, ces dernières semaines, il ne cessait d'envoyer des signaux en vue d'une prochaine annonce de sa candidature à la présidentielle. 

Il a indiqué qu’il décidera "probablement en décembre ou en janvier" de l’opportunité de se présenter à l’élection présidentielle. L'entourage de Valls s'agace de ce suspense, alors que l'entourage du néophyte n’y voit qu’ "une preuve de sa liberté", une simple "volonté de ne pas se plier au calendrier des autres". Si Hollande renonce, c'est Valls qui s'y prépare, tandis que Ségolène Royal joue sa propre partition, en s'opposant notamment à l'expulsion de la Jungle de Calais pourtant plusieurs fois annoncée par le premier ministre. 

Emmanuel Macron prend son temps pour pouvoir se déterminer en fonction de ses rivaux 

Contrairement aux déclarations de ses proches, il balançait et relativisait, incertain de l'impact qu'aura l’entretien fleuve (50.000 signes) paru samedi soir sur le site internet de Challenges dont de larges extraits ont filtré, conformément au plan com’ de l’ancien ministre.  Depuis le 4 octobre, meeting après meeting, l'ancien banquier s'est consacré à la déclinaison de son "diagnostic" de la "France qui subit", mais sans clairement préciser son positionnement politique, sauf à assurer qu'il a des "convergences" avec Juppé

Chacun s'observe au PS, tandis que le centre guette un signe. 
En réplique au secrétaire général du PS, Jean-Christophe Cambadélis qui avait qualifié le locataire de Bercy de "ministre d’ouverture", la maire de Lille, Martine Aubry a ainsi fait savoir "n’avoir jamais pensé que Macron était de gauche". 

A l'inverse, dans les confidences qu’il a accordées à deux journalistes du Monde, François Hollande présente Macron comme un "garçon gentil" et "authentiquement de gauche"…Mais le chef de l’Etat s’est beaucoup trompé sur le jeune inspecteur des finances: de l’avis d’un très proche anonyme, le dimanche précédant sa démission du gouvernement, le président était encore persuadé de la fidélité sans faille de son ancien conseiller… 
Alors que la primaire de la droite concentre l’attention générale, Macron devait donc préciser son positionnement idéologique pour ne pas laisser s'éteindre la flamme de ses sympathisants. 

A défaut, il s'exposerait à un effet ciseaux redoutable
A droite, les sondages téléguidés par l'Elysée donnent Alain Juppé vainqueur, rendant ainsi très aléatoire le soutien des électeurs du centre sur lequel Macron comptait. A gauche, l’intention longtemps manifeste de François Hollande de postuler à un second mandat alimentait un réflexe légitimiste chez bon nombre de socialistes, même sensibles au projet d’En marche.  Mais le président a commis l'irréparable en insultant les magistrats, les accusant de "lâcheté"... 

Macron peut donc commencer d’incarner une alternative sérieuse à François Hollande, confirmé comme le modèle à ne pas suivre. Pour le leader d’En marche, pas question donc d’être un "président normal". "Je ne réponds pas au SMS des journalistes parce que j’en ai trop vu d’autres le faire", avait-il insinué fin septembre à Libération, critiquant sans le nommer celui qu’il avait servi à l’Elysée et dont il se dit pris d'affection. 

Dans l’entretien à Challenges, bouclé en début de semaine, Macron développe donc à loisir sa "vision de la France et de la fonction présidentielle" en faisant valoir son credo "gaullo-mitterrandien", afin de détromper ceux qui à gauche ne voient en lui qu’un "libéral", prêt à sacrifier le modèle social français sur l’autel du respect des critères budgétaires imposés par Bruxelles et des contraintes économiques attachées à la concurrence mondialisée. 
Macron se pose aussi en garant de l’état de droit, en défenseur d’un état stratège, capable de se réformer pour être mieux à même de protéger les plus exclus - "les outsiders" - d’un système "de plus en plus inégalitaire". Un complet renversement de perspective qui pourrait même séduire les Verts modérés, à défaut de  Mélenchon ?

Macron croit lui aussi en une forme de suicide politique de Hollande
 
Un tel épanchement auprès de Challenges - par sa longueur et par son contenu - vaut (presque) déclaration de candidature. Les proches de Macron qui depuis mi-septembre se disent "sûrs à 100%" de la participation de l’ancien ministre à la course à l’Elysée testaient cette tentation auprès de leurs interlocuteurs. Même s’il doit au préalable présenter le troisième volet de son diagnostic à Montpellier le 18 octobre - alors que ses propositions ne sont toujours pas validées - , la parution du livre de confidences de François Hollande, Un Président ne devrait pas dire ça, a brusquement changé la donne et le dernier faux-pas en date du chef de l’Etat sortant a convaincu Macron d'officialiser sa propre ambition. 

"En portant une telle atteinte à la fonction, Hollande s’est disqualifié"
Ces dernières 48 heures, des élus socialistes accablés ont ainsi pris d’assaut les portables d’En marche pour faire part en ces termes de leur désarroi à Macron.  

"Désormais c’est entre Valls et Macron que ça se joue"
Au siège d’En marche, on abonde: "Ils ont fait leur deuil de Hollande". Pour Macron, c’est beaucoup trop tôt.  S’il ne le dit pas, le trentenaire croit lui aussi à une forme de suicide politique de Hollande. Et, parce qu'il n'a encore mené aucune campagne, ni a fortiori jamais exercé le moindre mandat électoral, il en tire les conséquences: il lui faut connaitre le vainqueur probable de la primaire de la gauche avant de s’exposer davantage. 

Si Hollande doit renoncer, Valls devra relever le gant. L’issue de ce combat-là est incertaine mais en cas de victoire du premier ministre, l’aile droite du PS jusque-là tentée par l’aventure du leader d’En marche lui retirerait immanquablement leur préférence. Tout comme le centre droit l’a fait en ralliant Juppé. En revanche, les socialistes indécis pourraient le préférer à l'agité hurlant. Macron retournerait alors à ses tergiversations. 

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