Le Parti populaire a toutefois perdu sa majorité absolue
Pour gouverner ces quatre prochaines années, le parti de Rajoy devra s'allier à d'autres.
Le Parti populaire (PP, conservateurs) du Président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy (ci-contre) a remporté les élections législatives de dimanche 20 décembre, obtenant 28,7% des suffrages, selon les résultats définitifs communiqués lundi matin par le ministère de l'Intérieur.
Le PP obtient ainsi 123 des 350 sièges du Congrès des députés (la chambre basse des Cortes Generales, le Parlement espagnol), contre les socialistes (PSOE), qui ne font élire que 90 députés avec 22% des suffrages, soit le pire résultat de son histoire, 69 pour le parti anti-austérité Podemos et ses partenaires (20%), qui effectuent une percée, et 40 pour les centristes de Ciudadanos. La majorité absolue se situe à 176 sièges: pour gouverner ces quatre prochaines années, le PP devra donc s'allier avec d'autres partis.
RFI penche clairement du côté de l'extrême gauche pourtant arrivée 3e.
"Ce dimanche 20 décembre, les Espagnols ont infligé un sévère avertissement aux formations traditionnelles du pays. Si le Parti populaire (droite) arrive en tête des législatives avec 123 sièges, il se situe loin de sa majorité absolue précédente. De leur côté, les socialistes, deuxièmes, avec 91 sièges sont talonnés par Podemos, qui gagne 69 sièges. Même avec le soutien des 40 députés de la nouvelle formation libérale Ciudadanos, le conservateur Mariano Rajoy aura du mal à former un gouvernement." 163 votes ne suffiraient pas à la droite et au centre. A gauche, une alliance PSOE-Podemos n’obtiendrait que 159 sièges.
Pour le visionnaire Slate, en revanche, "la stratégie hégémonique de Podemos -
RFI choisit le leader du parti Podemos,
Pablo Iglesias, pourtant arrivé 3e
|
"un parti dont la stratégie, trop politique, "hors sol", selon Fabien Escalona, est en panne de fraîcheur" - semble avoir marqué le pas. Même si son score sera sans doute important, prévoyait-il, son discours a perdu en originalité et s’est coupé des mobilisations concrètes auxquelles il offrait un débouché." Ainsi, la lecture de la presse est-elle riche d'enseignements sur les préférences politiques personnelles de ses experts et décrypteurs mais, pour ce qui est de l'information, il est préférable d'arriver après coup, avec la police...
Plusieurs majorités possibles
Mariano Rajoy a confirmé qu'il va tenter de former un gouvernement
et qu'il faudra poursuivre les réformes économiques. Il n'a pas caché que les jours à venir seront difficiles et que des alliances devront être scellées.
La Constitution espagnole ne prévoit pas de délai précis pour la formation d'un gouvernement après des élections, mais le Parti populaire dispose de deux mois et plusieurs configurations sont possibles: un accord de centre droit entre le PP et Ciudadanos, un gouvernement PP minoritaire, mais aussi une alliance de centre gauche entre le PSOE et Podemos ou de nouvelles élections. La possibilité d'une grande coalition entre le PP et les socialistes a en revanche été vigoureusement exclue par les deux partis lors de la campagne électorale.
Les négociations pourraient prendre de longues semaines. Les petits partis régionaux de Catalogne, du Pays basque et des Iles Canaries pourraient donc jouer un rôle important dans les rudes négociations qui s’ouvrent dès lundi.
Le bipartisme mis en cause
Le parti socialiste espagnol, grand perdant. Le site révolutionnaire français Mediapart titre sur son coude-à-coude avec l'extrême gauche: "L’Espagne sans majorité, Podemos à deux doigts de battre les socialistes"...
Le coup d'éclat de Podemos oriente en effet l'équilibre des forces vers la gauche à la chambre basse. "Le PP sera le premier à essayer de former une coalition, mais le bloc de gauche a plus de chances, parce qu'il additionne plus de sièges", a déclaré Ignacio Jurado, professeur de Sciences politiques à l'Université de York. Savoir néanmoins si ce "bloc" est consistant...
"Aujourd'hui est un jour historique pour l'Espagne (...). Nous entamons une nouvelle ère politique dans notre pays", s'est-il réjoui devant ses partisans: "L'Espagne ne sera plus jamais la même".
"Le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias [poing levé] a dépassé la barre des 20 % dimanche, en particulier grâce à un très bon score en Catalogne. Cela n’a pas suffi à devancer les socialistes du PSOE. Arrivé en tête, le PP de Mariano Rajoy [60 ans] aura toutes les peines du monde à trouver une majorité et rester au pouvoir. L’Espagne entre dans une période d’incertitude politique", se réjouit Mediapart.
"Une nouvelle Espagne est née qui met fin au système de l'alternance" entre le PP et le PSOE [de Pedro Sanchez, 43 ans et un physique de star de telenovela, ci-contre], a salué Pablo Iglesias. En Espagne comme en France, on croirait entendre Marine Le Pen; savoir donc quelles voix se sont portées sur Podemos... Le leader de Podemos exige d’ores et déjà une réforme constitutionnelle pour garantir les droits au logement, à la santé et à l'éducation.
Mais ce que les électeurs ont semblé ignorer, c'est que les cadres de Podemos, formés au Venezuela par Hugo Chavez, se disputent avec les têtes d'affiches sur le programme politique jugé trop consensuel, voire populiste. Quand l’idéologue Juan-Carlos Monedero a claqué la porte, le parti a commencé à connaître ses premiers scandales. Pour l’opinion publique, Podemos se transforme en parti politique classique, plutôt marqué à l’extrême gauche. Une perception renforcée par l’arrivée simultanée des cousins de Syriza au pouvoir à Athènes (Pablo Iglesias et Alexis Tsipras ne boudent jamais une opération de com’ ensemble). De leader dans les sondages en début d’année, Podemos est ainsi passé troisième dans les intentions de vote.
Sanchez (PSOE), Iglesias (Podemos),
Rivera (Ciudadanos)
et Soraya Sáenz de Santamaría (PP)
|
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Vous pouvez ENTRER un COMMENTAIRE (il sera modéré):