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lundi 21 décembre 2015

Espagne: les conservateurs remportent les élections législatives, bien que donnés battus par les media français

Le Parti populaire a toutefois perdu sa majorité absolue

Pour gouverner ces quatre prochaines années, le parti de Rajoy devra s'allier à d'autres.

Le Parti populaire (PP, conservateurs) du Président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy (ci-contre) a remporté les élections législatives de dimanche 20 décembre, obtenant 28,7% des suffrages, selon les résultats définitifs communiqués lundi matin par le ministère de l'Intérieur.

Le PP obtient ainsi 123 des 350 sièges du Congrès des députés (la chambre basse des Cortes Generales, le Parlement espagnol), contre les socialistes (PSOE), qui ne font élire que 90 députés avec 22% des suffrages, soit le pire résultat de son histoire, 69 pour le parti anti-austérité Podemos et ses partenaires (20%), qui effectuent une percée, et 40 pour les centristes de Ciudadanos. La majorité absolue se situe à 176 sièges: pour gouverner ces quatre prochaines années, le PP devra donc s'allier avec d'autres partis.

RFI penche clairement du côté de l'extrême gauche pourtant arrivée 3e.
"Ce dimanche 20 décembre, les Espagnols ont infligé un sévère avertissement aux formations traditionnelles du pays. Si le Parti populaire (droite) arrive en tête des législatives avec 123 sièges, il se situe loin de sa majorité absolue précédente. De leur côté, les socialistes, deuxièmes, avec 91 sièges sont talonnés par Podemos, qui gagne 69 sièges. Même avec le soutien des 40 députés de la nouvelle formation libérale Ciudadanos, le conservateur Mariano Rajoy aura du mal à former un gouvernement.163 votes ne suffiraient pas à la droite et au centre. A gauche, une alliance PSOE-Podemos n’obtiendrait que 159 sièges.
Pour le visionnaire Slate, en revanche, "la stratégie hégémonique de Podemos -
RFI choisit le leader du parti Podemos, 
Pablo Iglesias, pourtant arrivé 3e
"un parti dont la stratégie, trop politique, "hors sol", selon Fabien Escalona, est en panne de fraîcheur" - semble avoir marqué le pas. Même si son score sera sans doute important, prévoyait-il, son discours a perdu en originalité et s’est coupé des mobilisations concrètes auxquelles il offrait un débouché." Ainsi, la lecture de la presse est-elle riche d'enseignements sur les préférences politiques personnelles de ses experts et décrypteurs maispour ce qui est de l'information, il est préférable d'arriver après coup, avec la police...

Plusieurs majorités possibles

Mariano Rajoy a confirmé qu'il va tenter de former un gouvernement
 
et qu'il faudra poursuivre les réformes économiques. Il n'a pas caché que les jours à venir seront difficiles et que des alliances devront être scellées.

La Constitution espagnole ne prévoit pas de délai précis pour la formation d'un gouvernement après des élections, mais le Parti populaire dispose de deux mois et plusieurs configurations sont possibles: un accord de centre droit entre le PP et Ciudadanos, un gouvernement PP minoritaire, mais aussi une alliance de centre gauche entre le PSOE et Podemos ou de nouvelles élections. La possibilité d'une grande coalition entre le PP et les socialistes a en revanche été vigoureusement exclue par les deux partis lors de la campagne électorale.

Les négociations pourraient prendre de longues semaines. Les petits partis régionaux de Catalogne, du Pays basque et des Iles Canaries pourraient donc jouer un rôle important dans les rudes négociations qui s’ouvrent dès lundi.

Le  bipartisme mis en cause

Le parti socialiste espagnol, grand perdant.
Le site révolutionnaire français Mediapart titre sur son coude-à-coude avec l'extrême gauche: "L’Espagne sans majorité, Podemos à deux doigts de battre les socialistes"...

Le coup d'éclat de Podemos oriente en effet  l'équilibre des forces vers la gauche
 à la chambre basse. "Le PP sera le premier à essayer de former une coalition, mais le bloc de gauche a plus de chances, parce qu'il additionne plus de sièges", a déclaré Ignacio Jurado, professeur de Sciences politiques à l'Université de York. Savoir néanmoins si ce "bloc" est consistant...

"La nouvelle formation politique issue des Indignados [les Indignés] fait une entrée fracassante au parlement avec 69 députés. De quoi bousculer le traditionnel bipartisme espagnol," écrit le magazine Marianne, proche de François Bayrou (MoDem). Comme pour le chef de file Podemos (parti né en 2014), Pablo Iglesias (37 ans, communiste, anti-libéral et anti-mondialisation), pour qui le résultat de dimanche montrerait que le système politique bipartisan, en vigueur depuis la fin de la dictature franquiste il y a quarante ans, aurait vécu.
"Aujourd'hui est un jour historique pour l'Espagne (...). Nous entamons une nouvelle ère politique dans notre pays", s'est-il réjoui devant ses partisans: "L'Espagne ne sera plus jamais la même".
"Le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias [poing levé] a dépassé la barre des 20 % dimanche, en particulier grâce à un très bon score en Catalogne. Cela n’a pas suffi à devancer les socialistes du PSOE. Arrivé en tête, le PP de Mariano Rajoy [60 ans] aura toutes les peines du monde à trouver une majorité et rester au pouvoir. L’Espagne entre dans une période d’incertitude politique", se réjouit Mediapart.

"Une nouvelle Espagne est née qui met fin au système de l'alternance" entre le PP et le PSOE [de Pedro Sanchez, 43 ans et un physique de star de telenovela, ci-contre], a salué Pablo Iglesias. En Espagne comme en France, on croirait entendre Marine Le Pen; savoir donc quelles voix se sont portées sur Podemos... Le leader de Podemos exige d’ores et déjà une réforme constitutionnelle pour garantir les droits au logement, à la santé et à l'éducation. 

Mais ce que les électeurs ont semblé ignorer, c'est que
les cadres de Podemos, formés au Venezuela par Hugo Chavez, se disputent avec  les têtes d'affiches sur le programme politique jugé trop consensuel, voire populiste. Quand l’idéologue Juan-Carlos Monedero a claqué la porte, le parti a commencé à connaître ses premiers scandales. Pour l’opinion publique, Podemos se transforme en parti politique classique, plutôt marqué à l’extrême gauche. Une perception renforcée par l’arrivée simultanée des cousins de Syriza au pouvoir à Athènes (Pablo Iglesias et Alexis Tsipras ne boudent jamais une opération de com’ ensemble). De leader dans les sondages en début d’année, Podemos est ainsi passé troisième dans les intentions de vote.

Sanchez (PSOE), Iglesias (Podemos), 
Rivera (Ciudadanos)
et Soraya Sáenz de Santamaría (PP)
L'autre parti citoyen émergeant qui a décidé d’incarner la Troisième voie, cette fois au centre-droit, est Ciudadanos qui a fait campagne sur le réformisme plutôt que la révolution promise par Podemos. Né en 2006 à Barcelone avec Ciutadans pour contrer l’indépendantisme catalan, Ciudadanos est mené par un autre jeune homme, Albert Rivera, avocat de 36 ans aux allures de gendre idéal. "Il participe, lui aussi, au renouvellement d’une classe politique jugée corrompue et responsable du chômage, tout en rassurant ceux qui voient déjà comme un bon pas les résultats de Mariano Rajoy en matière de politique macro-économique", analyse l’historien Christophe Barret, sur le site Atlantico. Là où Podemos a su s’insérer dans l’espace historique du PSOE, Ciudadanos capte la frange la plus modérée de l’électorat du PP.

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