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dimanche 22 mai 2016

Nuit debout: leur gourou leur fait avaler son projet

Frédéric Lordon dévoile son projet pour 'Nuit debout' 

Ils palabrent la nuit, pensant refaire le monde, sans savoir qu'ils sont encadrés et qu'une éminence grise a pris possession de leurs esprits
F. Lordon à Nuit debout, place de la République après la manif 
contre le projet de loi travail-El Khomri, le 31 Mars 2016

Contrairement à ce que ses animateurs veulent faire croire, le mouvement Nuit debout dispose d'un vrai projet politique, dévoilé la semaine passée par l'économiste souverainiste Frédéric Lordon. 
Membre des "Economistes atterrés", un collectif de chercheurs, universitaires et experts en économie de gauche, regroupés, avec d'autres citoyens non économistes, qui anime et entretient l'agitation de la réflexion collective et l'expression publique des économistes qui "ne se résignent pas à la domination de l'orthodoxie néo-libérale", Lordon est présent, mais rarement physiquement, en sous couche place de la République, à Paris. Or, chacune de ses interventions est très écoutée. Celui qui revendique le caractère "politique" de Nuit debout et fustige les media qui voudraient que le rassemblement se contente d’une " animation citoyenne" est l’auteur d'ouvrages qui s’attaquent à la finance dérégulée et mondialisée
Cet économiste manipulateur se comporte en maître-à-penser de Nuit debout, renouvelant le genre ancien du culte de la personnalité. On n’avait pas vu cela depuis les années Mao et révolution culturelle. Pour la troisième fois seulement, le guide Lordon est apparu à ses disciples à la Bourse du travail et, preuve qu’il n’est pas un Nuit debout comme les autres, il exige d'avoir droit à une chaise pour pouvoir répandre sa parole sur les fidèles assis et hostiles à toute hiérarchie.


Vite une chaire  chaise pour Lordon ! 
La règle commune applicable à la base informe est de parler debout à Nuit debout, mais l’universitaire bénéficie d'un traitement de faveur dû à son rang, privilège assumé: "Je suis le représentant du courant l’université assise". La 'Télé de gauche Paris' ne pouvait manquer l'événement et rediffuse. A Nuit debout, tous sont égaux, mais Lordon est plus égal que d'autres, dirait Coluche. Rassemblés aux pieds du guide, les disciples reconnus, manipulateurs délégués de Nuit debout, les éléments les plus actifs et militants, permanents de la place de la République assurant la continuité auprès des intermittents et des passants. 

En 11 minutes, Lordon révèle Nuit debout. 

Dans un premier temps, Lordon désigne l’ennemi, dénonçant  la secte malfaisante de la presse et des media. 

Il ne cible pas les "journalistes de terrain, jeunes et précarisés" en qui se reconnait Nuit debout, mais la "chefferie éditocratique" soumise aux actionnaires socialistes, les patrons de presse multimillionnaires qui tiennent la presse. De "Le Monde", "Ouest-France" ou Rue89, à "La Voix du Nord", en passant par Canal + ou LVMH (Le Point, Le Parisien), la quasi-totalité des media généralistes est désormais serrée dans une vingtaine de mains. La plupart appartiennent à de riches industriels qui ont fait fortune dans des domaines bien éloignés de la presse (transports, bâtiment, luxe, télécommunications…), un milieu masculin où seules deux femmes sont aujourd'hui propriétaires d'un groupe de presse, et pour ne pas nommer les faiseurs d'opinion,  le patron de Free, Xavier Niel, ou son allié, le banquier Matthieu Pigasse, le très gourmand Patrick Drahi, propriétaire à crédit d'Altice, un consortium multinational (basé au Luxembourg) d'opérateurs de télécommunications ou de câblo-opérateurs (SFR-Numéricable) et d'entreprises de media (Libération, NextRadioTV (BFMTV), Groupe l'Express (Studio Ciné Live, L'Express, L'Expansion, L'Étudiant...), Pierre Bergé (maison de haute couture Yves Saint Laurent, journal Le Monde, conjointement avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, également à la tête du magazine L'Obs), successeurs de Hersant, Amaury ou Dassault et nouveaux magnats d'une presse toute acquise -à des degrés divers- au pouvoir socialiste, militante aussi mal-aimée que Hollande à 14% dans les sondages, "chefferie éditocratique" qui "confisque la parole autorisée". 

Autre changement que Hollande n'a pas non plus apporté, des media comme contre-pouvoir. Il a favorisé la constitution d'empires de presse mais, comme tout ce qu'il a fait ou laissé faire, ils sont aussi fragiles que serviles.


Lordon recadre ses troupes 

La "chefferie éditocratique" veut cantonner Nuit debout au débat aseptisé dans un cadre démocratique, afin d’imposer  "le citoyennisme intransitif, qui débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne clive rien, et est conçu pour que rien n’en sorte". Lordon tranche, il faut refuser cette démocratie "all inclusive".

Pour l’économiste atterré, l’horizontalité de Nuit debout est une illusion, car les individus rassemblés dans un groupe tendent toujours à recréer un pouvoir qui les dépasse et auquel ils sont soumis. Nuit debout serait déjà en train de "recréer des institutions", car elle organise des assemblées générales (AG) et des commissions. Le fait qu’un mouvement soit horizontal ne dit d’ailleurs rien du bien-fondé de sa cause, explique-t-il, donnant l’exemple de La Manif pour tous.
Frédéric Lordon propose de garder à l’esprit l’idéal du "communisme de la raison"
, pour permettre de travailler à des institutions plus justes.

Radicalisation de Nuit debout: on ne débat pas, on combat. 
 Pour devenir le Podemos français, le mouvement 
doit repenser sa stratégie et s'étendre à tout le pays.
Pour Lordon, le débat démocratique, c’est l’impasse qu’entendent imposer "la secte malfaisante, la secte de l’oligarchie néolibérale intégrée", celle des "media organiques de l’ordre social". 
Et Lordon tente de justifier l’intimidation physique infligée à Alain Finkielkraut, l’ennemi suprême: "Nous voilà sommés d’être inclusifs, violence du capital et violence identitaire raciste, violence dont Finkielkraut est peut-être le propagateur le plus notoire". Et de réitérer le refus de la confrontation avec l’ennemi désigné : "Ces media nous demandent d’accueillir Finkielkraut et bien non ! Pas d’animation citoyenne all inclusive comme le voudraient Laurent Joffrin et Najat Vallaud Belkacem !

Et de conclure par des propos menaçants. 
"Nous ne sommes pas ici pour être amis avec tout le monde, et nous n’apportons pas la paix; nous n’avons aucun projet d’unanimité démocratique". Lordon n'est pas transparent, il est limpide. 
Il va jusqu'à préciser ensuite comment Nuit debout doit désormais mener le combat, hors du champ démocratique. D’abord, en dépassant le cadre revendicatif traditionnel des luttes sociales, qui n’est pas révolutionnaire : "Revendiquer est une nécessité, parfois même vitale", mais de portée limitée, "ceci n’aura pas de sens tant que nous ne mettrons pas en question les structures du néolibéralisme".

VOIR et ENTENDRE Frédéric Lordon, intello affecté mais haineux qui n'a jamais pointé en usine et orateur démagogue lisant ses notes, au meeting contre la Loi Travail - Convergence des Luttes à Tolbiac le 30 mars 2016:




On a noté les réactions puériles de l'assistance.

En vérité, Lordon veut
casser le cadre dans lequel évolue les rapports de forces entre partenaires sociaux : "S’il n’y a plus d’alternative dans le cadre, il y a toujours possibilité de refaire le cadre. C’est de la politique, pas du revendicatif. On chasse les gardiens du cadre". 
Une fois l'objectif assigné, Lordon passe à la méthode, celle "des grains de sable" qui grippent le système: "Il faut mettre des grains de sable partout," lance-t-il, illustrant cette stratégie à l’aide d’exemples concrets : "C’est débouler dans une réunion d’Anne Hidalgo, c’est débouler dans la conférence d’une association d’étudiants à l’ESCP qui invite Florian Philippot". Et de scander : "C’est faire dérailler le cours normal des choses, les harceler, leur ôter toute tranquillité !" 
Et Lordon de compléter le cours de méthodologie :  la stratégie des "grains de sable" permettra d’opérer "la jonction", soit la coagulation du "militantisme de centre-ville, des classes ouvrières et de la jeunesse ségrégée des quartiers", et "cette force sera irrésistible". 
Constituée, elle se lancera à l’assaut du "cadre à refaire", notamment "les traités assassins, les traités européens et le TAFTA". Lordon fait dans le prophétique, qui ne cache pas à ses ouailles que "La nuit debout, la grève générale, la république sociale, c’est loin".

Pour Frédéric Lordon,
les traités européens ont ôté aux Etats de la zone euro toute souveraineté économique en les privant de la maîtrise de la politique monétaire et en plaçant leurs politiques budgétaires sous la surveillance des institutions européennes et des marchés financiers. Selon lui, l’Union européenne ne peut être transformée en profondeur car, en l’absence de peuple européen, la souveraineté populaire ne peut s’y exercer.
Dans un livre de 2014,
il propose un changement radical qui implique le  défaut de l’Etat sur sa dette, la sortie de la monnaie unique, la prise de contrôle des banques en faillite par la puissance publique et la régulation des échanges avec l’étranger.


Pour retrouver la souveraineté populaire, il faut donc
 revenir aux Etats, selon ce
directeur de recherche au CNRS.
Un point de vue qui ne fait pas l’unanimité dans la gauche critique où le plus grand nombre demeure ttachés à l’idéal européen et internationaliste.
Le "souverainisme" appartient au vocabulaire de la droite mais, pour F. Lordon, la gauche doit se l'approprier et définir une protection des économies nationales qui ne soit pas fondée sur un repli sur soi. Le souverainisme de gauche est un souverainisme solidaire, puisqu’il prône la régularisation de tous les sans-papiers en Europe. La cohérence socio-politique du raisonnement semble prise en défaut.

Nuit debout a reçu sa feuille de route, tracée par un homme sorti de l'ombre
 
La semaine dernière, le rideau Nuit debout s’est déchiré. En réalité, l’événement initié par François Ruffin (réalisateur du film Merci Patron ! critiquant Bernard Arnault et présenté comme déclencheur spolié du mouvement Nuit debout en avril 2016) et ses camarades dispose d’un penseur qui montre le chemin, établit la feuille de route et fournit le prêt-à-penser des objectifs et de la méthode. 

Nuit debout est tout sauf un mouvement spontané, généré par des citoyens vigilants  


Des professionnels de la politique l'ont bel et bien récupéré, repensé et recadré. Révisons notre petit Lénine illustré. Là où il y a organisation, il y a direction. Là où il y a direction, il y a guide. Et ce guide, c’est Frédéric Lordon, dont les interventions savamment mises en scène le hissent au-dessus du bruit médiatique. Dans "Que faire ?", Lénine affirmait la bonne méthode :
" Or, j'affirme :
qu’il ne saurait y avoir de mouvement révolutionnaire solide sans une organisation de dirigeants stable et qui assure la continuité du travail;
que plus nombreuse est la masse entraînée spontanément dans la lutte, formant la base du mouvement et y participant et plus impérieuse est la nécessité d’avoir une telle organisation, plus cette organisation doit être solide (sinon, il sera plus facile aux démagogues d'entraîner les couches arriérées de la masse);
qu’ une telle organisation doit se composer principalement d’hommes ayant pour profession l’activité révolutionnaire;
que, dans un pays autocratique, plus nous restreindrons l’effectif de cette organisation au point de n’y accepter que des révolutionnaires professionnels ayant fait l’apprentissage de la lutte contre la police politique, plus il sera difficile de “se saisir” d’une telle organisation; 
d’autant plus nombreux seront les ouvriers et les éléments des autres classes sociales qui pourront participer au mouvement et y militer de façon active."
Lénine considère également que cette organisation militante ne doit pas être passive et simplement constater les luttes et les soutenir; elle doit avoir une position d'avant-garde, fondée sur le marxisme en tant que science.

A Nuit debout, tout le monde parle, mais c'est Lordon qu'on entend 
Lénine rejette la conception anti-organisation des économistes
Emmanuel Todd, qui s’inquiétait de l’avenir du mouvement "Pas de révolution sans organisation", peut se rassurer. Nuit debout n'est pas livrée à elle-même. Elle est aussi déterminée, active et menaçante mais, si elle s'inspire des Indignés d'Espagne, assembléistes, peut-on garantir pour autant qu'elle est non violente ? 
Une relecture de Lordon livre les clés de mouvement.
Le sous-texte de son intervention, applaudie à tout rompre, est empreint de visions qui ont peu à voir avec la gauche de Jaurès ou Blum. Refus du débat démocratique organisé. Haine de l’Europe du libre-échange. Promotion du populisme souverainiste. Négation de la liberté de la presse. Rejet de l’autre à raison de sa différence de pensée. Appel à des perturbations de réunions publiques… Est-ce vraiment un programme politique destiné à libérer les opprimés ? A réconcilier les Français ? A libérer les consciences ?

S'il se trouve des radicaux - et il n'en manque pas -  pour passer à l'acte selon les préceptes de Lordon, quelle sera l'étendue des dégâts à déplorer ? La Nuit debout de Lordon est bien loin de la vision idyllique que certains politologues tentent d’imposer, à l’image de Gaël Brustier déclarant dans Le Figaro : "Il y a plutôt une forme de joie de vivre Place de la République… qui tranche justement avec la hantise du déclin commune à nos sociétés"
Cet éclairage fait honneur à la politologie contemporaine. Ainsi, quand Lordon déclare : "Nous n’apportons pas la paix" , il est le Lénine de Nuit debout. Nuit debout, c’est fun. La politologie de rue est devenue un sport de combat, celui de la lutte des classes. Innovant ?

lundi 21 décembre 2015

Espagne: les conservateurs remportent les élections législatives, bien que donnés battus par les media français

Le Parti populaire a toutefois perdu sa majorité absolue

Pour gouverner ces quatre prochaines années, le parti de Rajoy devra s'allier à d'autres.

Le Parti populaire (PP, conservateurs) du Président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy (ci-contre) a remporté les élections législatives de dimanche 20 décembre, obtenant 28,7% des suffrages, selon les résultats définitifs communiqués lundi matin par le ministère de l'Intérieur.

Le PP obtient ainsi 123 des 350 sièges du Congrès des députés (la chambre basse des Cortes Generales, le Parlement espagnol), contre les socialistes (PSOE), qui ne font élire que 90 députés avec 22% des suffrages, soit le pire résultat de son histoire, 69 pour le parti anti-austérité Podemos et ses partenaires (20%), qui effectuent une percée, et 40 pour les centristes de Ciudadanos. La majorité absolue se situe à 176 sièges: pour gouverner ces quatre prochaines années, le PP devra donc s'allier avec d'autres partis.

RFI penche clairement du côté de l'extrême gauche pourtant arrivée 3e.
"Ce dimanche 20 décembre, les Espagnols ont infligé un sévère avertissement aux formations traditionnelles du pays. Si le Parti populaire (droite) arrive en tête des législatives avec 123 sièges, il se situe loin de sa majorité absolue précédente. De leur côté, les socialistes, deuxièmes, avec 91 sièges sont talonnés par Podemos, qui gagne 69 sièges. Même avec le soutien des 40 députés de la nouvelle formation libérale Ciudadanos, le conservateur Mariano Rajoy aura du mal à former un gouvernement.163 votes ne suffiraient pas à la droite et au centre. A gauche, une alliance PSOE-Podemos n’obtiendrait que 159 sièges.
Pour le visionnaire Slate, en revanche, "la stratégie hégémonique de Podemos -
RFI choisit le leader du parti Podemos, 
Pablo Iglesias, pourtant arrivé 3e
"un parti dont la stratégie, trop politique, "hors sol", selon Fabien Escalona, est en panne de fraîcheur" - semble avoir marqué le pas. Même si son score sera sans doute important, prévoyait-il, son discours a perdu en originalité et s’est coupé des mobilisations concrètes auxquelles il offrait un débouché." Ainsi, la lecture de la presse est-elle riche d'enseignements sur les préférences politiques personnelles de ses experts et décrypteurs maispour ce qui est de l'information, il est préférable d'arriver après coup, avec la police...

Plusieurs majorités possibles

Mariano Rajoy a confirmé qu'il va tenter de former un gouvernement
 
et qu'il faudra poursuivre les réformes économiques. Il n'a pas caché que les jours à venir seront difficiles et que des alliances devront être scellées.

La Constitution espagnole ne prévoit pas de délai précis pour la formation d'un gouvernement après des élections, mais le Parti populaire dispose de deux mois et plusieurs configurations sont possibles: un accord de centre droit entre le PP et Ciudadanos, un gouvernement PP minoritaire, mais aussi une alliance de centre gauche entre le PSOE et Podemos ou de nouvelles élections. La possibilité d'une grande coalition entre le PP et les socialistes a en revanche été vigoureusement exclue par les deux partis lors de la campagne électorale.

Les négociations pourraient prendre de longues semaines. Les petits partis régionaux de Catalogne, du Pays basque et des Iles Canaries pourraient donc jouer un rôle important dans les rudes négociations qui s’ouvrent dès lundi.

Le  bipartisme mis en cause

Le parti socialiste espagnol, grand perdant.
Le site révolutionnaire français Mediapart titre sur son coude-à-coude avec l'extrême gauche: "L’Espagne sans majorité, Podemos à deux doigts de battre les socialistes"...

Le coup d'éclat de Podemos oriente en effet  l'équilibre des forces vers la gauche
 à la chambre basse. "Le PP sera le premier à essayer de former une coalition, mais le bloc de gauche a plus de chances, parce qu'il additionne plus de sièges", a déclaré Ignacio Jurado, professeur de Sciences politiques à l'Université de York. Savoir néanmoins si ce "bloc" est consistant...

"La nouvelle formation politique issue des Indignados [les Indignés] fait une entrée fracassante au parlement avec 69 députés. De quoi bousculer le traditionnel bipartisme espagnol," écrit le magazine Marianne, proche de François Bayrou (MoDem). Comme pour le chef de file Podemos (parti né en 2014), Pablo Iglesias (37 ans, communiste, anti-libéral et anti-mondialisation), pour qui le résultat de dimanche montrerait que le système politique bipartisan, en vigueur depuis la fin de la dictature franquiste il y a quarante ans, aurait vécu.
"Aujourd'hui est un jour historique pour l'Espagne (...). Nous entamons une nouvelle ère politique dans notre pays", s'est-il réjoui devant ses partisans: "L'Espagne ne sera plus jamais la même".
"Le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias [poing levé] a dépassé la barre des 20 % dimanche, en particulier grâce à un très bon score en Catalogne. Cela n’a pas suffi à devancer les socialistes du PSOE. Arrivé en tête, le PP de Mariano Rajoy [60 ans] aura toutes les peines du monde à trouver une majorité et rester au pouvoir. L’Espagne entre dans une période d’incertitude politique", se réjouit Mediapart.

"Une nouvelle Espagne est née qui met fin au système de l'alternance" entre le PP et le PSOE [de Pedro Sanchez, 43 ans et un physique de star de telenovela, ci-contre], a salué Pablo Iglesias. En Espagne comme en France, on croirait entendre Marine Le Pen; savoir donc quelles voix se sont portées sur Podemos... Le leader de Podemos exige d’ores et déjà une réforme constitutionnelle pour garantir les droits au logement, à la santé et à l'éducation. 

Mais ce que les électeurs ont semblé ignorer, c'est que
les cadres de Podemos, formés au Venezuela par Hugo Chavez, se disputent avec  les têtes d'affiches sur le programme politique jugé trop consensuel, voire populiste. Quand l’idéologue Juan-Carlos Monedero a claqué la porte, le parti a commencé à connaître ses premiers scandales. Pour l’opinion publique, Podemos se transforme en parti politique classique, plutôt marqué à l’extrême gauche. Une perception renforcée par l’arrivée simultanée des cousins de Syriza au pouvoir à Athènes (Pablo Iglesias et Alexis Tsipras ne boudent jamais une opération de com’ ensemble). De leader dans les sondages en début d’année, Podemos est ainsi passé troisième dans les intentions de vote.

Sanchez (PSOE), Iglesias (Podemos), 
Rivera (Ciudadanos)
et Soraya Sáenz de Santamaría (PP)
L'autre parti citoyen émergeant qui a décidé d’incarner la Troisième voie, cette fois au centre-droit, est Ciudadanos qui a fait campagne sur le réformisme plutôt que la révolution promise par Podemos. Né en 2006 à Barcelone avec Ciutadans pour contrer l’indépendantisme catalan, Ciudadanos est mené par un autre jeune homme, Albert Rivera, avocat de 36 ans aux allures de gendre idéal. "Il participe, lui aussi, au renouvellement d’une classe politique jugée corrompue et responsable du chômage, tout en rassurant ceux qui voient déjà comme un bon pas les résultats de Mariano Rajoy en matière de politique macro-économique", analyse l’historien Christophe Barret, sur le site Atlantico. Là où Podemos a su s’insérer dans l’espace historique du PSOE, Ciudadanos capte la frange la plus modérée de l’électorat du PP.

samedi 12 avril 2014

Paris: marche rouge de l'extrême gauche contre l'austérité

L'extrême gauche refuse de faire des efforts pour la France

Pour 
réclamer une inflexion de la politique de François Hollande,
Photo militante en contre-plongée:
qu'ont-ils à cacher?
des milliers de personnes -probablement un million, voire plus !- ont manifesté samedi à 14h00 à Paris, à l'appel notamment des partis partenaires du Front de gauche (PCF, PG), mais aussi de sa nébuleuse d'associations parasites, réseaux militants, collectifs radicaux (18e et 20e arrondissements de Paris) et groupuscules anti-républicains, tels le Front syndical de classe, les Indignés (de la République), RESF (Réseau école sans frontières), l'UNSP (Union Nationale des Sans Papiers) ou le Front Populaire Tunisie.
A leurs yeux, plus rien ne va plus: Hollande a viré à la social-démocratie , si ce n'est au social-libéralisme avant les municipales et, la déculottée venue, a placé à Matignon un  premier ministre-épouvantail qu'ils situent à l'extrême gauche du PS, Valls, cible de  toutes les soupçons de trahison.

"Hollande ça suffit", proclamait une banderole recouvrant la statue de la place de la République, point de départ de cette nouvelle marche "contre l'austérité, pour l'égalité et le partage des richesses" qui devait rallier la place de la Nation, à deux pas.

En tête de cortège, les leaders du Front de gauche, Pierre Laurent (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), entouraient leur invité d'honneur, le Grec Alexis Tsipras, candidat de la gauche européenne à la présidence de la Commission européenne !

L'extrême gauche n'assume pas son extrêmisme

Elle qui était révolutionnaire, ne l'est plus officiellement. Elle était devenue "gauche radicale" pour la présidentielle de 2012; elle est désormais qualifiée de "gauche de la gauche." Affadie, déconsidérée et complexée, l'extrême gauche ne connaît plus d'extrémistes que de droite, dont le premier: Valls ! 

Outre le FG, les révolutionnaires intellos du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), ainsi qu'un collectif d'associations et plusieurs fédérations syndicales ont appelé à cette manifestation, la première démonstration de force de la gauche de la gauche depuis la débâcle du PS aux municipales et la nomination de Manuel Valls à Matignon. Une défaite électorale imputée pour beaucoup au tournant social-démocrate du chef de l'Etat symbolisé par son Pacte de responsabilité.
Au milieu de la foule, sous le ciel bleu, un manifestant masqué brandissait une pancarte "Envoyons Vallser l'austérité" (cf. photo ci-dessus).

Officiellement, il est convenu d'affirmer que ni EELV, ni l'aile gauche du Parti socialiste ne sont associés à cette marche, mais un membre du Bureau national du PS, l'économiste Liêm Hoang Ngoc, co-fondateur d'ATTAC, proche de Montebourg, d'Henri Emmanuelli et de Benoît Hamon, était pourtant visible et identifiable au tout premier rang (cf. photo ci-dessus).
"Hollande s'est trompé de Premier ministre et nous impose un virage qui n'a pas été discuté; il y a un grand trouble dans l'aile gauche du PS, il nous faut un congrès extraordinaire pour clarifier la ligne politique", a assuré devant les journalistes cet eurodéputé sortant socialiste qui prône d'une part la fusion de la cotisation sociale et de l’impôt sur le revenu en une contribution sociale généralisée (CSG), d’autre part la création d’une CSG entreprise, assise sur l’ensemble de la valeur ajoutée (salaires + profits), en remplacement de la cotisation patronale.

Une marée de drapeaux rouges du PCF recouvrait la place de la République et des banderoles déclinant 
"quand on est de gauche, on taxe la finance"
"quand on est de gauche, on est du côté des salariés"
ou encore "quand on est de gauche, en Europe c'est l'humain d'abord".

Cette marche rouge internationale intervient alors que le Front de gauche lance tout juste sa campagne pour les élections européennes du 25 mai.