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lundi 24 juin 2019

Assurance-chômage la réforme qui réussit à hérisser même la CFDT

"Tout est problématique dans la réforme de l'assurance chômage," déplorent les réformistes de la CFDT

"On va passer d’un système d’indemnisation à un système d’accroissement de la pauvreté", met en garde Laurent Berger
Laurent Berger au siège de la CFDT, à Paris, jeudi:
il cire merveilleusement ses chaussures. Lui-même ?

Le secrétaire général de la CFDT dénonce le contenu de la réforme de l’assurance chômage dévoilée mardi. Et elle avait réussi à mettre en fureur le réformiste lors de sa présentation à Matignon.  A chaud, il s’était indigné contre un projet "profondément injuste". Deux jours plus tard, il a convoqué Libé au siège du syndicat pour revenir sur cette réforme qu’il jugeait toujours "extrêmement dure".

Votre colère concernant cette réforme est-elle toujours intacte ?

C’est une vraie colère. Quand j’étais conseiller en insertion professionnelle, j’ai trop vu de gens précaires pour feindre. Là, si je suis particulièrement en colère, c’est que
cette réforme n’a qu’un objectif budgétaire. L’essentiel des 3,5 milliards d’économie va se faire sur le dos des chômeurs. Elle repose sur l’idée fausse que s’ils le voulaient vraiment, les chômeurs retrouveraient du boulot. Or, toutes les études montrent que les abus ne dépassent jamais 15% des demandeurs d’emploi. On fait quoi pour les 85% d’autres? On fait payer à tous les conditions d’indemnisation.

Qu’est-ce qui pose problème dans cette réforme ?

Tout, à l’exception des dispositifs d’accompagnement, est problématique. Prenons les conditions d’accès à l’assurance chômage : elles passent à six mois au lieu de quatre auparavant. C’est une mesure purement budgétaire qui va toucher les jeunes et les contrats courts. Ça représente 240.000 personnes qui n’auront pas droit à l’indemnisation. Ils sont en train de créer des trappes à pauvreté. On va passer d’un système d’indemnisation chômage à un système d’accroissement de la pauvreté.

Quelle réforme auriez-vous souhaité ?

Mais il n’y avait pas besoin d’une réforme de l’assurance chômage, on l’avait faite en 2016 ! On avait alors fait 800 millions d’économies. On a toujours respecté nos engagements de gestionnaires, mais jamais en tapant sur les chômeurs.

Le gouvernement a aussi introduit le bonus-malus que vous défendiez depuis longtemps. Mais seulement dans sept secteurs d’activité. 

Vous êtes-vous senti trompé ?

En l’état, le dispositif est totalement insuffisant. On réclamait une mesure de responsabilité des entreprises mais le patronat a refusé de négocier. Donc on a dit au ministère du Travail : c’est bonus-malus pour tout le monde. Or, il ne va concerner que 34% des contrats courts. Dans son livre Révolution, Emmanuel Macron promet le "bonus-malus pour tout le monde" et "pas de dégressivité". La promesse n’a pas été respectée.

Aujourd’hui, cette mesure est pourtant présentée comme celle qui équilibre la réforme…

Au Pôle Emploi de Clichy-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 17 avril 2018.
Le gouvernement met en avant la nécessaire transition écologique et la justice sociale. Or, les premières mesures après le discours de politique générale, ce sont ces mesures injustes sur l’assurance chômage. Donc oui, c’est difficile pour nous de combattre ce double discours…
Comment contester cette réforme désormais ?

Dans les conclusions du grand débat, 53% des gens pensaient que pour réduire les dépenses publiques, il fallait toucher aux allocations sociales. Donc, je ne vais pas faire rêver à un grand soir. D’autres le feront, pas moi. On va organiser, le 25 juin, un rassemblement devant le ministère du Travail avec l’Unsa, la CFTC, la CGC, la Fage et des associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. C’est symbolique, c’est pour dire : on n’est pas dupe. A chaque fois qu’une décision sera injuste, la CFDT sera là pour le dire. Et, selon les sujets, on se mobilisera. Mais la mobilisation revêt des formes différentes, selon la capacité de construire le rapport de forces.

A aucun moment vous n’avez envisagé une action commune avec, notamment, la CGT ?

La CGT va manifester devant l’Unédic, qui gère le système d’assurance chômage, le 26 juin. Elle se trompe de cible. Rappelons quand même qu’ils n’ont jamais signé un accord sur l’assurance chômage et ont toujours considéré que c’était à l’Etat de faire. Eh bien voilà, c’est la fin de l’histoire : l’Etat gère. Et il le fait comme il l’entend… et c’est moins en faveur des demandeurs d’emplois que les compromis passés entre partenaires sociaux.

Il n’y a donc plus de marge de manœuvre ?

Dans une agence Pôle Emploi à Montpellier (Hérault).Hélas, je ne crois pas. Il y aura un décret dans l’été. Je pourrais vous dire qu’on va mettre demain 3 millions de personnes dans les rues, mais ça ne serait pas vrai, ne rêvons pas. Vous n’avez jamais assisté à des dîners avec des amis où certains parlent de "celui qui abuse" ? C’est tellement ancré. C’est pour ça qu’on n’arrive pas à mobiliser sur cette question des chômeurs. C’est dangereux, je suis persuadé qu’une société s’élève quand elle s’occupe de ceux qui sont le plus en difficulté et leur permet de s’en sortir. 

Que faire, alors ?

Il faut incarner davantage. On veut rendre visibles les demandeurs d’emploi, parce que cette réforme n’est pas du tout à hauteur de femmes et d’hommes. Nous voulons permettre aux chômeurs de s’exprimer. Cela peut avoir de la puissance de dire "voilà ce que cette réforme va produire". C’est aussi un des engagements du "Pacte du pouvoir de vivre" que nous défendons : évaluer les politiques publiques à l’aune de leur effet sur les 10% les plus pauvres de notre pays. Nous ne sommes pas découragés.

Pour les précaires, ça reste difficile de se mobiliser. Les syndicats en font-ils suffisamment ?

La CFDT a en son sein beaucoup de chômeurs. Mais nous n’organisons pas spécifiquement les demandeurs d’emploi car le chômage est, normalement, une situation passagère. Dans les accords successifs de l’assurance chômage, la CFDT a toujours porté la voix des plus précaires.

Et pour les travailleurs précaires justement, les abonnés aux CDD ?

Nous nous en occupons de plus en plus dans les entreprises. Avec la mise en place du comité social et économique, la nouvelle instance représentative du personnel, les salariés de la sous-traitance peuvent compter dans l’effectif des entreprises. Dans les boîtes, les élus portent désormais les préoccupations de ces travailleurs du nettoyage, du gardiennage. D’autres équipes syndicales font du gros boulot sur la titularisation des intérimaires, en allant parfois en justice. Si le syndicalisme ne s’intéresse pas encore plus à ces publics précaires, il sera en faute, il perdra une partie de sa raison d’être.

Cet individualisme rampant n’offre-t-il pas un boulevard au gouvernement pour faire exploser la protection sociale ?

Quand le consentement à la solidarité recule, c’est l’individualisme qui progresse. Et ça offre un boulevard à tous ceux qui pensent que la protection sociale devrait être un filet minimal de sécurité. C’est l’inverse de la philosophie de 1945, à savoir l’idée que chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Si la protection sociale est en danger, cela veut dire que sur la réforme des retraites vos inquiétudes sont grandes ?

Le 7 mars 2018, à Paris, sur le stand de Pôle Emploi au Forum Emploi Senior.
Non, parce que sur ce dossier il y a eu une concertation. Si le gouvernement a la même logique à l’égard de nos propositions que sur ce précédent dossier, c’est-à-dire d’en avoir rien à faire, évidemment, nous serons en opposition. Mais nous ne serons pas de ceux qui diront que tout est à jeter et qu’il faut déjà faire des mobilisations sur une réforme dont on ne connaît même pas le début.

Une des dernières grandes mobilisations syndicales portait sur les retraites. C’était en 2010…

C’est aussi le dernier grand échec syndical. La réforme est passée malgré la mobilisation, et il y a eu beaucoup de perte pour le syndicalisme. Par contre, en 2013, sans aller dans la rue, nous avons obtenu l’instauration du compte de la pénibilité. La mobilisation syndicale ne se résume pas à des cortèges.

Cette réforme a-t-elle été prise par des gens hors sol ?

En tout cas elle est hors réalité quotidienne vécue par ceux qui subissent la précarité. Chaque semaine, je vais au moins une fois sur le terrain [en souliers vernis] pour discuter avec les militants dans les entreprises. Un certain nombre d’éditorialistes mais aussi d’acteurs politiques devraient le faire plus souvent.

A force, face à ces réformes qui se font sans prendre en compte l’avis des syndicats, vous n’êtes pas déçu ?

Les militants d’entreprise ne choisissent pas leur patron. C’est la même chose avec un gouvernement… C’est vrai que cela faisait au moins cinq ou six ans que je n’avais pas autant eu les nerfs. Mardi, j’avais la boule au ventre, car je sais qui sont les chômeurs qui seront touchés, je les connais. Evidemment, on est tenté de se dire que face à des gens qui ne comprennent pas les réalités, cela ne sert à rien de se battre. Mais on a choisi d’être militants. Parfois on prend des coups, mais on doit continuer de se battre. Et tant qu’on pourra discuter, on discutera. 

mercredi 8 octobre 2014

Rebsamen prend la fuite sous les sifflets des intermittents du Front de gauche

Conspué par des "chômeurs", Rebsamen quitte un salon de l'emploi

Les manifestants scandaient "Rebsamen'à rien"...

Le ministre du Travail a dû renoncer jeudi à sa visite du salon de l'emploi à Paris, rejeté par des intermittents et précaires.
"Il a commencé sa visite des stands mais n'a pas pu avancer, hué par une trentaine d'intermittents du spectacle et de précaires", a témoigné une exposante du  salon "Paris ["pari" pour l'emploi], place de la Concorde. 

Le cordon de sécurité a "essayé d'exfiltrer" le ministre.
Les manifestants du Front de gauche scandaient "Rebsamen'à rien" et portaient de petits écriteaux dont plusieurs vilipendaient le MEDEF, a-t-elle ajouté. "Il y avait entre 25 et 30 personnes, avec des pancartes. Elles ont surgi en faisant beaucoup de bruit, ont entouré les stands sur lesquels passait le ministre", a raconté un autre témoin.

Rebsamen a préféré se retirer, pour ne pas perturber le salon

Interrogé, l'entourage du ministre a indiqué que Frère Rebsamen "regrette que cette intrusion l'ait privé du dialogue avec les recruteurs et les demandeurs d'emploi"... "Il a préféré partir pour ne pas perturber le bon déroulement du forum", a-t-on encore raconté.

Peu après l'incident, la Coordination des intermittents et précaires (CIP) d'Ile-de-France a annoncé qu'elle occupe le salon pour demander notamment l'abrogation de la nouvelle convention d'assurance chômage, entrée en vigueur le 1er juillet et qui durcit, entre autres, le régime des  techniciens intermittents, alors que ce sont davantage les comédiens qui souffrent du chômage entre deux engagements.

Le ministre s'en est retourné en sacrifiant la visite prévue des stands sur l'insertion dans l'emploi des personnes handicapées, selon le ministère.

samedi 9 août 2014

CSG progressive: Jérôme Guedj (PS) convoque François Hollande et Jean-Marc Ayrault

"On ne lâche [plus] rien" ! menacent les "frondeurs"...

Depuis le recul des "frondeurs" sur le Pacte de responsabilité, 
comment être crédible après le camouflet des Sages ? 
Guedj et Germain, époux Hidalgo,
une proche de M. Aubry, en sous main
En se faisant retoquer un pan du volet social du pacte de responsabilité -l'article premier- concernant les travailleurs modestes, le gouvernement est contraint de chercher de nouvelles mesures pour les plus précaires. Pour qu’elles soient opérationnelles au plus vite, Bercy voudrait intégrer de nouvelles mesures fiscales au collectif budgétaire de la rentrée. Objectif: une baisse progressive des cotisations des salariés touchant entre un et 1,3 SMIC et une hausse d'autant (et plus au passage) pour les autres...

Parmi les pistes aussitôt envisagées, notamment par les "frondeurs" de l’aile gauche du PS, est revenue sur la table la CSG progressive, que de nombreux élus socialistes demandent depuis des mois en dépit des réticences de Bercy et de la censure qu’a connue le gouvernement Jospin qui souhaitait déjà faire cette réforme. C'est dire que la gauche est non seulement aux abois, mais démunie.

Invité de la matinale de RTL ce vendredi 8 août, l’ex-député PS "frondeur" Jérôme Guedj a relancé l’idée, convoquant François Hollande et Jean-Marc Ayrault pour appuyer son argumentation.  Comme le souhaitait Jean-Marc Ayrault avant de laisser la place à Matignon à Manuel Valls, le président du Conseil général de l’Essonne souhaite une vraie réforme fiscale d’ampleur.

"Je plaide depuis des mois pour une réforme fiscale qui ne serait pas une juxtaposition de mesures catégorielles mais qui permettrait de réintroduire plus de justice, plus de progressivité", explique le député-suppléant de l’ancien ministre François Lamy, un autre vassal de Martine Aubry. Il ajoute :
"Je continue de penser qu’une CSG progressive - c’était un des engagements de campagne de François Hollande c’est un chantier compliqué mais il faut l’engager. Jean-Marc Ayrault en novembre dernier avait dit qu’il fallait travailler à cette réforme fiscale et à cette CSG progressive."
Parmi ses 60 engagements de campagne, François Hollande prônait en effet, dans le 14e d’entre eux, une fiscalité "plus équitable par une grande réforme permettant la fusion à terme de l’impôt sur le revenu et de la CSG". Ce qui supposait une CSG progressive à laquelle l’actuel ministre des Finances, Michel Sapin, alors ministre du Travail, s’était dit plutôt favorable.

Depuis leur "Appel des 100" pour un nouveau "contrat de majorité", les députés PS dits "frondeurs" ne cessent de réclamer cette réforme fiscale. Un sujet qui, début juillet lors de l’examen des budgets rectificatifs, divisait encore la majorité. Premier de nombreux  rounds, à la rentrée.

mercredi 7 mai 2014

Le Français dépend toujours plus de sa famille

La solidarité nationale n’aide pas tous les Français équitablement

Il peut s’agir d’un soutien moral, matériel et/ou financier.
"Pouvoir mobiliser l’aide de ses proches en cas de besoin est un élément important de la qualité de la vie", écrit l’INSEE (Institut national de la statistique), dans une étude publiée mercredi. 
Engagé dans une processus de banalisation de l’abandon de certains Français sur le bord de la route socialiste, l’INSEE montre que 40% des personnes de plus de 16 ans ont reçu un soutien de la part de la famille, qu’il soit moral (35%), matériel (11%) et/ou financier (10%). Et l’assistance des proches ne cesse de se répandre depuis 2011.

Aide financière aux jeunes


Sans surprise, l’étude montre que 
“ce sont les moins de 30 ans qui reçoivent le plus souvent le soutien de leurs proches (54% contre 37% pour les personnes de 30 ans ou plus)”. Une situation qui est particulièrement vraie en ce qui concerne l’aide financière (22% contre seulement 7% pour les plus de 30 ans) et qui s’explique par leur statut d’étudiant ou de jeune précaire, alternant périodes d’activité et de chômage.

Les chômeurs et les plus de 75 ans doivent également être soutenus

Au-delà de 75 ans, la proportion de personnes bénéficiant d’un soutien repart à la hausse
(39% contre 29% pour les 60-74). Il est davantage moral (38%), que financier (moins de 10%) ou matériel (11%).
Autre catégorie de personnes bénéficiant d’une aide des proches: celle de ceux en recherche d’un emploi. Elles arrivent juste après les étudiants et les apprentis. Il y a deux ans, 51% déclaraient en avoir bénéficié. Là encore, ce soutien est avant tout moral (44%), même si 22% déclarent avoir reçu une aide financière et/ou 16% une aide matérielle.


mercredi 2 janvier 2013

Ces journalistes vertueux qui nient leurs privilèges fiscaux

"Parlez-nous de la niche fiscale des journalistes, monsieur Cohen "

Un article [commenté] de Laura Orosemane pour Rue89


Les journalistes qui fustigent les niches fiscales protègent-ils la leur ?



Ce mercredi matin sur France Inter, un auditeur de la matinale de Patrick Cohen [accusé de sympathies à gauche pendant la présidentielle] a fait resurgir ce serpent de mer que sont les avantages fiscaux accordés à la profession [des journalistes].


Originaire de Loire-Atlantique, Claude ne s’est pas démonté [!] et a interpellé directement l’animateur radio [ça relève presque de l'attaque frontale...]:
« J’aimerais beaucoup que monsieur Cohen nous parle des niches fiscales des journalistes. J’aimerais, par équité, que vous en parliez autant que les niches fiscales des restaurateurs. »

LE 7/9 DE PATRICK COHEN : ÉCOUTEZ À PARTIR DE 108 MIN

Journalistes, hôtesses de l’air, brodeurs

En cause : l’« allocation pour frais d’emploi ». Une somme de 7 650 euros que les journalistes ont le droit de déduire de leurs revenus lors de leur déclaration d’impôts.  Réponse de Patrick Cohen :
« Ce n’est pas du même coût et au même niveau. Cette déduction de 7 600 euros n’a pas été révisée depuis quinze ans. »
Un rien embarrassé, l’animateur a promis d’en parler plus tard à l’antenne.
De fait, l’allocation n’est pas une niche fiscale ou en tout cas, elle ne l’est plus. Mise en place dans les années 30, cet avantage permettait aux journalistes – comme à une centaine d’autres professions [la belle excuse] dont les hôtesses de l’air et les brodeurs du département de l’Aisne – de bénéficier d’une déduction fiscale de 30% de leurs revenus.  
Une mesure qui se justifiait dans le contexte de l’après-guerre, lorsque les maisons d’édition ne pouvaient pas payer les frais professionnels des journalistes, pour redynamiser le secteur. [Combien de corporations l'auraient alors méritée au même titre et encore aujourd'hui ?]
« Une déduction corporatiste coûteuse »
NICHES COÛTEUSES
Le coût des niches fiscales s’élèvera à 70,8 milliards d’euros prévus pour 2013. Sur les 464 dispositifs d’abattement qui existent, autant de frais pour l’Etat, les plus coûteux restent les TVA réduites.
En tête du classement, on retrouve la TVA pour les travaux de rénovations à 7% (coût : 5,3 milliards) puis la TVA réduite pour la restauration à 5,5% (coût : 3,2 milliards en 2013).
Et enfin le Crédit d’impôt recherche (3,35 milliards), l’abattement de 10% sur les retraites (3,28 milliards) et la prime pour l’emploi (2,46 milliards).
En 1996, le gouvernement d’Alain Juppé décide de revenir sur l’existence de ces niches. Elles seront toutes supprimées, sauf une : celle des journalistes, justement. [Ce n'est pas pour autant une caste...]
Après plusieurs années de négociations, l’avantage sera maintenu mais sous une nouvelle forme : un abattement forfaitaire plus juste car il n’avantage pas excessivement [sic] les stars des médias qui touchent les plus « gros » salaires.
Une mesure plus juste mais qui reste décriée. En mai dernier, des internautes ont lancé une pétition.
« Stop aux privilèges fiscaux des journalistes », « Une déduction d’impôts corporatiste coûteuse pour les contribuables ! » , « Un privilège qui n’a plus de justifications ! » Le ton est donné.
De quoi mettre mal à l’aise les « privilégiés » concernés. [A la différence des autres niches] Le coût pour l’Etat d’une telle mesure fiscale est difficile à calculer [avec la meilleure volonté !] étant donné la disparité des salaires des 36 815 titulaires de la carte de presse en 2011. Sans parler des non-encartés qui peuvent aussi en bénéficier s’ils peuvent justifier qu’ils exercent bien la profession. [des encartés qui n'exercent pas ?... C'est comme les aéroports qui reçoivent des aides européennes au titre de terres agricoles ! ]
Par exemple, une journaliste en CDI à Rue89 qui gagne 2 100 euros par mois paie 900 euros d’impôts par an. Dans les mêmes conditions, célibataire et sans enfants, un salarié non-journaliste paiera plus du double, soit 2 000 euros d’impôts par an. [Mais elle touchera à vie: les non-encarté(e)s peuvent aussi en bénéficier. Ca rappelle la pension allouée aux parlementaires éliminés: Jack Lang et Julien Dray y ont-ils droit ?]
Interdit aux moins de 12 ans
et aux coeurs sensibles
Elle profite aux journalistes précaires [c'est trop mignon !]
Alors pourquoi maintenir cette déduction ? Car [c'est l'alibi] elle profite surtout aux journalistes précaires, pigistes ou en CDD, qui n’ont pas le soutien de leur rédaction et doivent éventuellement avancer leurs frais professionnels d’après le Syndicat national des journalistes (SNJ). [Il va falloir que la FSU défile et bloque les établissements pour ses précaires: elle le faisait quand ils s'appelaient "maîtres auxiliaires", mais le fera-t-elle désormais pour ses "vacataires" et "contractuels", maintenant que la gauche est aux manettes ?] 
[La presse vertueuse et militante fait un grosse consommation de précaires] Selon l’enquête 2011 de l’Observatoire des métiers de la presse, un journaliste sur cinq [jeune stagiaire, contractuel ou vacataire] est aujourd’hui dans cette situation. Et depuis les années 2000, la part de ces journalistes précaires est en constante augmentation au sein de la profession.
L’autre raison est plus pratique. L’annonce de sa suppression entraînera certainement une levée de bouclier des syndicats qui demanderont des compensations salariales – difficile en ces temps de vaches maigres pour la presse. [Les syndicats sont toujours là où il faut un peu plus de justice sociale !]
Sur Slate.fr, Vincent Glad propose une autre solution :
« Rayer de la liste des bénéficiaires (“journalistes, rédacteurs, photographes, directeurs de journaux et critiques dramatiques et musicaux”) les directeurs de journaux. »
[Tout fils de patron qu'il soit (père directeur d'agence bancaire et mère principale de collège), ce journaliste trentenaire, c'est de la bonne graine stalinienne de SNJ !]




A propos et pour information


L'appartement de Gérard Holz
à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) a été cambriolé le 29 décembre.

Les voleurs ne lui ont dérobé que pour 20.000 euros de bijoux. Les méchants sont des précaires, il ne faut pas leur en vouloir, Mr le juge !


mardi 10 juillet 2012

La conférence sociale de Hollande n'a de "grande" que la mise en scène

Les chômeurs, laissés pour compte de la "Grande" conférence sociale
Finis les " sommets spectacles ", a promis le gouvernement. Et pourtant !

300 acteurs sociaux convoqués, les media mobilisés et une couverture inversement proportionnelle aux mesures escomptées par les entrepreneurs. 

C'est Ben Hur (1959) sans William Wyler, mais Ayrault-zéro dans le rôle du héros... 
Ce lundi, le nouveau président de la République n’a prononcé que le discours d’ouverture de ce peplum. Avant de s’éclipser du Conseil économique social et environnemental (CESE), laissant ses ministres écouter les 300 invités et les "facilitateurs" synthétiser les sept tables rondes thématiques, prochaines tables de la loi sociale. 

Hollande se croit encore dans l'arène présidentielle
 
Pour Mariette Darrigrand, sémiologue et blogueuse sur Rue89 : " François Hollande continue de faire de l’antisarkozysme, comme pendant sa campagne. Avant, il y avait un homme qui décidait tout seul et très vite; là, les décisions se prendront ensemble et sur les cinq ans du mandat." L'un avait des convictions et de l'énergie, l'autre n'en a pas et ne sait décider seul.

Rappelons qu’étymologiquement, conférence veut dire “parler ensemble, précisément ce que Sarkozy n’a pas eu le temps de faire, puisque les réformes attendaient et que l'économie et les finances internationales ne souffraient pas les atermoiements que connaît maintenant le gouvernement Ayrault. 

L’Etat se dévalorise: l'exécutif se complaît en effet dans les rôles d'appoint. 
Il est devenu un acteur, un partenaire social comme les autres. 
Hollande aurait pu parler de “Grenelle de l’économie mais le terme aurait, selon lui, été trop galvaudé sous le précédent quinquennat. 
Le 3 février, le PS annonça pourtant un "Grenelle des quartiers populaires" pour début mars 2012. "François Hollande m'a chargé, aux côtés de Thierry Repentin, sénateur PS de Savoie, de piloter la mobilisation de l'électorat populaire et des associations de banlieue", a précisé M. Chibli, également maire-adjoint de Lavelanet (Ariège), dont le président du Sénat Jean-Pierre Bel fut longtemps maire. 

En avril 2012, le PS recommença
avec le député des Landes, Alain Vidalies, monsieur Emploi-Travail du candidat Hollande (aujourd'hui ministre délégué de Ayrault, chargé des ... Relations avec le Parlement), ne manifestèrent-ils pas un grand intérêt au " Grenelle de la pauvreté " proposé par Chérèque (CFDT) ? Juste encore un ? 

Rappelons aussi qu'à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, le candidat socialiste François Hollande promit qu'il "instaurerai(t) une "Conférence environnementale" à 5 collèges + 1, celui des parlementaires, doté d'un agenda environnemental qui déterminera chaque année des priorités, pour mettre le dialogue environnemental au niveau du dialogue social. Cette Conférence sera régionalisée, pour permettre une meilleure prise en compte de la diversité des territoires." 

Le logo de la Grande farce sociale 

On peut trouver heureux l’emprunt au vocabulaire religieux et ses séminaires : on s'extasie d'ailleurs que le gouvernement parle d’ " ateliers ", de " tables rondes "... et il faut bien admettre que la modalité de la rencontre prend le pas sur sa finalité ! 
Qui dira que le logo de la conférence est navrant de naïveté sur le fond et banal dans la forme, son objet étant totalement flou et le mot "rigueur" tabou. 

Vers un socialisme libéral ? 

 Si on remonte l’histoire du dialogue social à la française, il se peut qu'on comprenne ce qui se joue ces jours-ci au palais d’Iéna. Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail (IST ), rappelle qu’auparavant, quand l'Etat était l’Etat, il " convoquait " les partenaires sociaux (en 1936 et 1968 pour mettre fin à de grandes crises sociales) ou bien il les "consultait", quand par exemple Nicolas Sarkozy avait instauré les " sommets sociaux " à l’Elysée avec la réforme des retraites. 

La majorité socialiste se donne le beau rôle et manipule l'opinion d'autant plus facilement que les media évitent de rappeler que la gauche au pouvoir a souvent fait passer ses grandes lois sociales sans passer par un réel dialogue : ce fut le cas en mai 1981 comme en 1997. Jean Gandois, patron des patrons, avait eu l’impression de s’être fait " berner " par Lionel Jospin et Martine Aubry sur les 35 heures. Aujourd’hui, les syndicats n’accueillent donc pas cette conférence sans scepticisme, ni sans méfiance la proposition d’inscrire le dialogue social dans la Constitution. 

Hollande prétend inventer la " concertation " 

La seule innovation serait qu'elle s'inscrirait en rupture avec les pratiques socialistes du siècle passé. 
Hollande serait-il un libéral honteux, au sens où il laisserait les partenaires sociaux négocier entre eux, comme cela se passe en Espagne ou en Allemagne ? Ce serait un retour du socialisme au libéralisme, après sa période marxiste.

 Un Etat toujours en vigie 

 Le choix du CESE pour cette conférence relève du symbole
On ne se réunit pas dans un ministère, mais dans un lieu naturel d’échanges entre partenaires sociaux et la presse s'en esbaudit, perdant tout bêtement de vue qu'il fallait trouver à loger 300 personnes et que le Stade de France ne faisait pas vraiment l'affaire. 

 Mais les symboles peuvent être des rideaux de fumée 
Le président Hollande veut certes réhabiliter les corps intermédiaires, mais il a bien précisé l’ordre des " trois défis " qu’il veut gagner: 
1- les finances publiques ;
2- défi : l’industrie et la compétitivité ; 
3- le chômage et la précarité.

Fort bien, mais les chômeurs se plaignent justement de ne pas avoir été invités...
VOIR et ENTENDRE   les représentants de 15 à 20% de la population active exclus de la "grande" conférence. Chômeurs et Précaires ont tenté  d'accéder à la Conférence pour s'y faire voir et entendre, mais ils ont été refoulés.




Le renouveau sémantique n’est donc que poudre aux yeux destinée à faire avaler le fait que les caisses sont vides.

Jusqu’ici, l’Etat est toujours resté à l'initiative et à la manoeuvre
Or, donner à croire aux partenaires sociaux que l'Etat leur accorde davantage d’autonomie est du foutage de gueule, car on peut se demander s'ils en ont le désir et les capacités. 
On a vu par exemple que, malgré ses bonnes intentions, la loi de janvier 2007 sur la modernisation du dialogue social est restée lettre morte.

Continuer, le sachant,  à leurrer les uns et les autres, c'est du cynisme social  à la Hollande.