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lundi 15 avril 2019

L'abattement fiscal des journalistes est-il équitable ou discriminant ?

Faut-il supprimer l'avantage fiscal les journalistes ?


L'Assemblée a adopté un article limitant le bénéfice de l’abattement fiscal des journalistes à ceux gagnant moins de ...6.000 euros nets par mois !
 

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Août 1789-Avril 2019 : Macron peut faire de son allocution du 15 avril
une nouvelle "nuit d'abolition des privilèges"
Encore un petit effort, mesdames et messieurs les parlementaires ! Ce seuil reste extrêmement indécent, à la limite de la provocation: le fixer à 2.000 euros nets aurait été tout aussi insupportable. Quelle autre profession s'accommoderait sans honte d'un tel niveau de discrimination ? Pour beaucoup, pas seulement parmi les Gilets Jaunes, réclament sa suppression totale.

1. Très peu de professions en profitent

Cette mesure date de 1934, rappelle Le Parisien: les terribles "années 30", que Macron évoque volontiers pour faire peur aux Français. Les journalistes faisaient partie d'une liste de 110 professions à bénéficier d'un abattement sur leurs revenus, de 30% dans leur cas. Des métiers pour beaucoup disparus. C'était une déduction de 30 % des revenus bruts, pour les titulaires de la carte de presse.

En 1996, le premier ministre Alain Juppé choisit de supprimer cette exonération. Les journalistes contre-attaquent : une manifestation réunit 2.000 professionnels à Paris et une dizaine de titres de presse lancèrent une opération “homme invisible”, relata Libération. L'Association des journalistes parlementaires s'était enflammée, affirmant que cela "aboutirait à augmenter de façon importante, jusqu'à 35% l'impôt sur le revenu" des journalistes, selon les chiffres du ministère des Finances. "Il serait paradoxal qu'au moment où le gouvernement annonce son intention de réduire la pression fiscale sur les salariés, argumenta le communiqué, les journalistes soient les seuls à ne pas bénéficier de telles mesures". Il fallait déjà rappeler aux geignards qu'il s'agissait d'un privilège archaïque.
La véhémence corporatiste des journalistes suscita la sidération des honnêtes gens. Ainsi, Michel Péricard, président du groupe RPR à l'Assemblée nationale, ne supporta pas que des journalistes fassent pression sur les parlementaires pour s'opposer à la suppression de leur abattement fiscal professionnel de 30%. "C'est inadmissible, c'est une atteinte à la Constitution, qui interdit d'exercer des pressions sur les parlementaires", a dit Michel Péricard au cours d'un point de presse. Exprimant son "indignation devant les menaces" exercées, il a affirmé: "Des poursuites vont être engagées contre ceux - nous avons la liste et les noms - qui se sont crus autorisés à faire cela." Il évoqua ceux qui travaillent dans l'audiovisuel public et qui seraient tentés par des actions de représailles, qualifiant ces menaces "d'atteinte inadmissible et donc de faute professionnelle grave qui doit entraîner des licenciements". Le député des Yvelines avait le matin même demandé à Philippe Séguin "d'user de son autorité en la matière".
Pourquoi cette charge brutale contre les journalistes ? s'interrogea Libération. Après une première journée d'action le 18 septembre dernier, l'intersyndicale des journalistes SNJ, CFDT, CGT, CFTC, FO et CGC avait appelé à une grève nationale le 15 octobre, pour faire obstacle à une mesure de justice fiscale une mesure fiscale correspondant à une diminution du revenu annuel équivalent à un mois de salaire, un treizième mois que la pénibilité de la profession ne justifie nullement.
Certaines rédactions radicales, notamment dans la presse départementale comme dans l'Aude, l'Eure-et-Loir et la Dordogne, ont envisagé la mise en oeuvre d'une opération "homme invisible" contre les parlementaires qui voteraient cette mesure. Avec une dizaine de titres régionaux, la rédaction de Var-Matin avait choisi le boycottage photographique. Quant aux journalistes de La Montagne, ils avaient publié un éditorial intitulé "L'information sous contrôle fiscal" se livrant à un chantage sur la fragilisation des entreprises qui auraient été placées "en situation de dépendance par rapport au double pouvoir politique et financier".Le SNJ-CGT condamna comme "honteuses" et "scandaleuses" les dénonciations des détracteurs des nantis, appelant "la profession et les autres syndicats à y réagir immédiatement"...
Dans un courrier adressé mercredi au Premier ministre Alain Juppé, le député RPR du Rhône Marc Fraysse a proposé de compenser la suppression de l'abattement par une "hausse des salaires" financée par une réduction des charges sociales des entreprises de presse. Mardi, le ministre de la Culture Philippe Douste-Blazy avait pour sa part évoqué la nécessité d'une "table ronde sur les aides à la presse pour élaborer un véritable plan de sauvetage de la presse écrite". Quel rapport entre un abattement fiscal individuel et un sauvetage de la presse écrite ? 

L'Intersyndicale des journalistes (SNJ, CFDT, CGT, CFTC, FO, CGC) resta déterminée à ne pas céder tant que le gouvernement se limiterait à proposer des aides conjoncturelles à la presse. François Boissarie, premier secrétaire général du Syndicat national des journalistes (SNJ), précisa que ce genre d'initiative "constituerait un hold-up sur le mouvement, nierait les syndicats de journalistes et profiterait encore une fois aux organisations patronales, qui bénéficient déjà d'un régime fiscal privilégié"... Quant aux travailleurs, apprécièrent-ils la lutte insensée des syndicats pour leurs avantages acquis, si inéquitables soient-ils encore.
La gauche populiste rétablit finalement cet abattement en 1998.
Il fut rétabli sous une forme allégée - fixé à 7.650 euros pour tous. "Un avantage fiscal conséquent, selon l’association de critique des media, Acrimed. Prenons l'exemple d'un journaliste célibataire gagnant 2.500 euros par mois. Sans cet avantage fiscal, il payerait 2.534 euros d'impôt sur le revenu. Avec, il ne paye que 1.477 euros”. D’autant "qu’avec un revenu mensuel brut moyen de 3.200 euros, un journaliste ferait partie des 15 % de Français les mieux lotis, voire les plus riches".

2. Un abattement qui n’est plus vraiment justifié

Officiellement, cet abattement fiscal est censé financer les frais professionnels importants de cette profession. A l’époque de sa création, "la profession avait des frais professionnels très élevés, pour l'habillement, la location de bureaux... les rédactions étaient déjà bien structurées mais les journalistes fonctionnaient plus individuellement", explique François Boissarie, ancien secrétaire du Syndicat national des journalistes, cité par LCI
Difficile de justifier ce type d'avantage aujourd’hui, la plupart des journalistes étant sédentaires. Sans compter que ces frais "ne peuvent donner lieu à aucune vérification de la part de l'administration", précise le Syndicat National des Journalistes (SNJ). "Tout le monde admet que l’argument des frais professionnels ne tient plus”, soutient également Eric Brunet, essayiste et chroniqueur dans Valeurs Actuelles et pour BFM TV depuis rentrée 2018. Quand un journaliste fait une note de frais pour écrire un article, "il est remboursé par l’organe de presse qui l’emploie. Les titulaires de la carte de presse cumulent donc les remboursements effectués par leur entreprise et la ristourne fiscale octroyée par l’Etat", dénonce-t-il encore.

3. L'abattement fiscal ne bénéficie pas qu'aux bas revenus de la profession

Selon les données issues de la Commission nationale de la carte de presse, la profession connaît une forte précarité, surtout dans les premières années d’exercice, mais ni plus ni moins que dans la plupart des professions. 73,7% des journalistes sont en CDI, 18,7% sont pigistes et 3,2% sont en CDD. Chez les 26-34 ans, ils sont encore 33,7% de pigistes, mais seulement 8,5% en CDD. Les moins de 26 ans sont les plus précaires : 41,5% sont pigistes et 36,6% en CDD. Depuis que l'abattement a été fixé à 7.650 euros plutôt qu'à 30%, la niche profite mécaniquement beaucoup plus aux revenus les plus précaires de la profession : "Il s'agit des pigistes, des CDD, de tous ceux qui n’ont pas une rédaction derrière eux qui rembourse leurs frais, et qui représentent un quart de la profession", justifie François Boissarie, SNJ.
Ces odieux arguments corporatistes méprisent les réalités actuelles : selon les chiffres du deuxième trimestre publiés par l’Insee le 14 août 2018, le taux de chômage des 15-24 ans s’établit à 20,1%, son plus bas niveau pourtant depuis 2009. 

4. Ce privilège ne coûte "presque" rien à l'Etat...

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Ces dernières années, le coût de cette "allocation" pour frais d’emplois a été estimé "entre 50 et 70 millions d’euros par an". La prime Macron à deux millions de Français, mise en place pour répondre à la crise sociale incarnée par les Gilets jaunes, s'élève à 450 euros en moyenne, défiscalisés... 

Elle coûte plutôt "40 millions par an à l'Etat", minimisent certains. Par comparaison,  "la niche [sociale]  "Scellier outre-mer" (réductions d'impôt pour la construction ou la réhabilitation de logements dans les DOM), qui touche 43.700 ménages, a coûté, en 2012, 355 millions d'euros”, conclut ainsi Le Monde. 

Mais cette disposition peut aussi être considérée comme un doublon de la subvention de l'Etat avec une aide indirecte aux patrons de presse, leur permettant d’embaucher leurs salariés moins cher. Et si cette aide est préservée, c’est aussi "une forme de soutien au secteur de la presse écrite, de nature à encourager la pluralité et la liberté de la presse", admet le député LREM Joël Giraud, un ex-administrateur des PTT et rapporteur général du budget, sans le moindre embarras.

A la presse détenue par huit hommes d'affaires multi-millionnaires, l'Etat français a versé 1,8 milliard d'euros pris aux contribuables en 2010.

dimanche 7 octobre 2018

Deux Français sur trois estiment que chaque citoyen devrait payer l'impôt sur le revenu

66% des Français estiment que tous devraient payer l'impôt sur le revenu

Les Français plébiscitent un changement en profondeur du système fiscal, dans le sens envisagé par le pouvoir 

Une majorité de sondés souhaiterait même que l'ensemble des Français payent l'impôt sur le revenu, alors que moins d'un sur deux y est soumis... : le secteur du sondage commercial est bien rodé !

Quels que soient leur âge, leur profession ou leurs sympathies politiques, le sujet réalise la quasi-unanimité des Français, une exception qui peut surprendre.

Cette réforme est même jugée urgente par 90% des personnes interrogées début octobre par l'IFOP pour le compte du groupe Union centriste du Sénat, proche du parti présidentiel... 50 parlementaires UDI-UC ( (43 membres, 6 apparentés et 1 rattachée). Le 4 juillet 2017, le groupe choisit de reprendre le nom d'"Union centriste" et adopta une motion initiée par Michel Mercier (MoDem) "plaçant le groupe dans la majorité présidentielled'Emmanuel Macron.

La question de la diminution des niches fiscales est à peine plus clivante. Plus de trois Français sur quatre souhaitent voir leur nombre réduit. Une volonté particulièrement marquée chez les plus de 65 ans.

82% des Français jugent illégitimes les droits de succession

Le principe de l'impôt sur le ­revenu n'est, lui, pas remis en question ; 66% des sondés estiment même que chaque citoyen devrait le payer, ne serait-ce que symboliquement. 

La concentration de l'impôt sur les catégories moyennes et supérieures est aussi une injustice largement critiquée par les sondés. 

L'Ifop a cependant noté de grandes disparités sur ce sujet selon les générations. 
Les moins de 35 ans sont moins sensibles à l'imposition des classes moyennes et supérieures (64%) que les plus âgés (80%).


La taxation de l'héritage, en revanche, met tout le monde d'accord. Ce sont 82% des Français qui estiment illégitimes les droits de succession.


Enfin, le principe d'une augmentation de la TVA visant à faire participer les importations au financement de la protection ne recueille l'adhésion que de 39% des personnes interrogées. 

Signe que le projet de TVA sociale porté par Nicolas Sarkozy ne convainc toujours pas.

jeudi 7 novembre 2013

Ce ras-le-bol fiscal qui conduit les Français à frauder

Un Français sur deux matraqués par le fisc: l'injustice crée de la fraude 

Les contribuables sont de plus en plus nombreux à se laisser tenter par des paiements en espèce et par du travail au noir
Qui n'a pas eu ce dialogue avec un commerçant entré en résistance face à la carte bleue tendue
"Vous n’avez pas d’espèces?" "Non, désolé, je n’ai pas 120 euros sur moi". Mais le petit commerçant est prêt à rendre service: "Vous avez un distributeur de billets pas loin. Si vous me payez en liquide, je vous fais une ristourne de 20 euros. Vous savez, l’Etat nous prend 20%, c’est beaucoup," explique-t-il, confus. 

Le client hésite, puis  se rend à la banque du coin de la rue. 5 minutes plus tard, la facture est payée: 100 euros… sans ticket de caisse. Au bout du compte, le fisc a perdu au change et avec lui la dette publique et l'emploi.

Jusqu'ici ce couple de cadres déclarait la femme de ménage.

Depuis le 1er janvier 2013, comme tous les contribuables, ils sont soumis au nouveau plafonnement unique des "niches fiscales". Pas plus de 10.000 euros: deux fois moins qu’en 2012, alors ils ont fait leurs comptes. Ils doivent expliquer à Rosaria que s’ils la gardent aux nouvelles conditions que la gauche sociale leur faits, leur facture va s’alourdir:   "Vous comprenez qu’on ne puisse plus vous faire travailler autant". Rosaria leur fait alors une proposition: "Vous me licenciez, je touche le chômage et je continue à venir mais vous me payez au noir. Tout le monde est gagnant." Marché conclu. Une fois cassée, la niche fiscale tant décriée produit des effets pervers: Rosaria n'est plus déclarée et ne cotise plus pour sa retraite. Les Français les plus défavorisés découvrent mais un peu tard que les niches dites fiscales étaient souvent des "niches sociale" qu'ils vont regretter...

Votre gouttière est rouillée et percée de plusieurs trous : il faut remplacer. Cela coûte cher: 3.000 euros. La mine dépitée du propriétaire inspire instantanément la solution adaptée. "Je vous fais une ristourne de 20% et vous me payez cash!" Après discussion et libéré des contraintes administrative  et fiscale, le professionnel ajoutera, pour le même prix, une reprise d’une fente du mur de façade. Les trois ouvriers mèneront les travaux à bien en trois heures. Tout le monde est apparemment gagnant: les jours de gel ou de neige, ces salariés travaillent en fait au noir. Mais leur rémunération est alors prise en charge par la caisse d’indemnisation du BTP pour "intempéries"… Le salarié n'est indemnisé que des 3/4 de son salaire et l'employeur n'est que partiellement remboursé de ses cotisations pour être versées en indemnités à son personnel. Le législateur a voulu intégrer dans son fonctionnement la notion de ...solidarité nationale permettant à la profession toute entière de supporter les contraintes climatiques par compensation des risques. Seul le salarié peut espérer récupérer son salaire.

Le nombre d'heures de travail déclarées à domicile a chuté de 8%

Ces trois cas de figures illustrent la façon dont les Français réagissent aux rigueurs de l’impôt. Les syndicats ont voulu l'opacité sur les chiffres concernant ce manque à gagner grandissant pour les caisses de l’Etat et de la Sécurité sociale. 

Aujourd'hui, certains media de gauche commencent à dénoncer cet état de fait qu'ils ont couvert jusqu'en mai 2012. "Tous organismes et services confondus, les montants de fraudes détectées au cours de l’année 2012 sont en augmentation de près de 20% s’élevant à 4,629 milliards d’euros contre 3,864 en 2011", rapportent les auteurs d'une étude de la Délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF) . Dans Les Echos, Jean-Baptiste Besson, expert en fiscalité, déclare que "la Caisse nationale des URSSAF constate depuis le début de l'année une chute du nombre d'heures déclarées de travail à domicile (près de 8 % en un an)". 

Il y a néanmoins des indices qui ne trompent pas. Ainsi, comme le rapporte à juste titre dans Les Echos, Jean-Baptiste Besson, expert en fiscalité, "la Caisse nationale des URSSAF constate depuis le début de l'année une chute du nombre d'heures déclarées de travail à domicile (près de 8 % en un an)".


La surfiscalisation par la gauche détruit le lien de solidarité

Pour cet ancien collaborateur parlementaire anonymé qui a fait ses premières armes à la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, aucun doute n’est permis: "les ménages ont adopté une stratégie d'éviction : renonciation à employer quelqu'un officiellement ou volonté de réduire le volume d'heures déclarées, quitte à faire exécuter le complément au noir."

Autre signal clair de cette
montée en puissance de la fraude: "Depuis quelques mois, la Banque de France se trouve dans l'obligation de réimprimer de manière notable des billets de 20 et 50 euros. Les distributeurs de billets doivent être plus régulièrement réapprovisionnés" assure Jean-Baptiste Besson. Et si les Français tirent davantage d’espèces, c’est, indubitablement, parce qu’on leur suggère plus souvent de payer au noir, histoire de faire des économies sur le dos d’un Etat jugé confiscateur.

Forte en sémantique de la manipulation de masse, la gauche est défaillante en psychologie sociale.


mardi 1 octobre 2013

La méthode Hollande à l’épreuve du pouvoir

Le double visage du socialisme français

Le double visage du socialisme français
François Hollande est imprégné de la méthode mitterrandienne vieille de trente ans et, malgré le passage  à l'ère du numérique et de la globalisation,  il croit toujours en la vertu du temps: pourtant, le changement s'opère jusqu'ici sans celui qui prétend l'incarner: le présent se rebelle et le bouscule. Comment Hollande pourrait-il donc préparer l'avenir?

Le poids  de l'impréparation

D'entrée, son amateurisme a déconsidéré le président par défaut.
Et il a confirmé le sentiment d'inadaptation à la tâche par la constitution d'un gouvernement chaotique d'apprentis, une ligne fluctuante et une accumulation de cbavures et de reculades.

La Syrie et le cafouillage sans précédent sur la "pause fiscale viennent de faire ressurgir l’image d’un président à deux visages. 
L’un dans la posture: déterminé, voire martial, dès qu’il s’agit de conduire les affaires extérieures du pays, voire de s'ingérer, notamment en Afrique, mais posture faussée par son suivisme en Syrie. L’autre dans l'ambiguïté: frileux et indécis sur la scène nationale. Le gouvernement était connu pour ses "couacs " de communication, François Hollande pour sa méthode de l’ajustement politique permanent. Or, le mal se révèle plus profond qu'il n'y paraissait dès lors qu'il aborde le dossier des impôts :  à défaut de boussole et de ligne politique ferme, le ­président navigue au gré des injonctions parlementaires et des pressions syndicales qu' il favorise par le "dialogue", au point que le gouvernement désorienté peine à montrer la direction. Chaque note vire au couac . La dissonance est devenue continue.

C
es deux visages trouvent-ils à s’accorder?
Les analystes du hollandisme balbutiant ont de belles bagarres de préau devant eux… Certains veulent voir en Hollande un joueur de poker qui cacherait habilement son jeu. D'autres discerneraient en lui la personnalité tourmentée du schizophrène aux visages contradictoires et irréconciliables dissimulés derrière une bonhomie rigolarde.

Les débats se sont déplacés

Pour qui cherche à voir au travers du brouillard de la rentrée politique, 2013 ne ressemble pas à celle de 2012. La majorité reste éruptive, mais les débats qui l’agitent se sont déplacés. Que reste-t-il des velléités de changement? Où sont les injonctions pour une "autre politique"? Que sont devenus les députés contestataires de l’objectif de réduction des déficits ?  Disparues, ou presque, les accusations sur l'héritage?  A la gauche du PS, Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann viennent de lancer un nouvel appel à la rebellion, mais ils sont seuls. Les ministres à fibre sociale, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ont fini par se convertir à la realpolitik de l’offre, renonçant aux anathèmes sur la banque et les entrepreneurs. Idem de la majorité des parlementaires socialistes élus sur l'idéologie anti-libérale. Le sociétal avait redynamisé leurs restes soixante-huitards, mais les ors et la moquette les ont renvoyés à leur embourgeoisement douillet. 

Encroûtés dans des années d'opposition systématique, la gauche socialo-écolo au pouvoir depuis dix-huit mois cherche toujours la méthode. 
"Il y a eu un virage", admet Thierry Mandon, le porte-parole du groupe à l’Assemblée. "La question chez les députés n’est plus de savoir s’il faut ou pas prendre ce virage mais comment on amende cette trajectoire pour la rendre supportable". Répondre aux problèmes de chômage et de pouvoir d’achat des électeurs, plutôt que réorienter la politique économique, telle est la nouvelle ligne de débat.

Retour de la gauche à la réalité 

Ce virage doit beaucoup aux erreurs du président débutant.  
Dès sa campagne présidentielle, le chef de l’Etat affichait son ambition. "Je veux installer la gauche durablement au pouvoir", disait-il, mais l’aggiornamento idéologique, social-démocrate, s'est heurté aux épreuves du pouvoir. L'exécutif clame d'autant plus fort son attachement à la social-démocratie que la réalité l'en éloigne chaque jour davantage.

Histoire de France pour les Nuls
et Hollande, capitaine de pédalo,
(cours de rattrapage, Mougins 2007)
Sans rire, son conseiller Bernard Poignant parle de François Hollande comme d’un homme baigné d’histoire (de petites histoires?), notamment de la gauche. Ce prisme expliquerait sa détermination sur la Syrie : guerre d’Espagne, Munich, François Hollande ne voulant pas ajouter à la liste des renoncements socialistes. 
Mais à considérer son intervention militaire au Mali, il serait plutôt du genre Guy Mollet (SFIO) qui, en octobre 1956, engagea la France dans une opération militaire en Egypte avec le Royaume-Uni et Israël ("opération Mousquetaire"), pour la restitution de leurs droits aux actionnaires du canal de Suez nationalisé par Nasser. G. Mollet, président socialiste du Conseil mit aussi en place le rationnement de l'essence en novembre 1956 et toléra les procédés français discutables durant la "bataille d'Alger" e réaction aux atrocités commises par le FLN marxisant et autorisa la saisie l'édition du journal Le Monde qui publia un rapport accablant le 21 juillet 1957.

l’intérieur, l'Histoire guiderait aussi l’action du président
Pour l'installer au pouvoir, il était convaincu de la nécessité d’ancrer la gauche dans la réalité. Il a réussi à tracer sa route, malgré une duplicité qui ne trompa que la base, mais a retrouvé le bas-côté. Pour parvenir à ses fins, il se garde à gauche en accablant la finance et l'entreprise et se garde à droite en effaçant les rêves keynésiens. Pour se rallier des électeurs, il fait des promesses - toutes prioritaires - aux jeunes ou aux professeurs. Puis, après avoir gravement alourdi l'impôt et creusé la dette publique, il annonce la diminution de l'un, et la réduction de l'autre, dans un avenir incertain. Au tiers de son mandat, il se décide à donner des gages et promet une transition énergétique à effet retard. Aux coups de barre désordonnés, il ajoute un virement de bord en faveur de l'entreprise, d'abord, après l'avoir sévèrement taxée, et de l'environnement, ensuite, après avoir méprisé ses turbulents alliés Verts.

La versatilité de l'amateur désempare les acteurs économiques
Comme il y a dix jours sur TF1  : "L’avenir de la France passe par une économie forte. Il faut des entreprises." Mais il prend soin d'introduire un grossier distinguo qui vise à ménager tout le monde, au risque de fragiliser son souci de "cohérence". Qu'on ne se méprenne donc pas, aider les entreprises ne signifie pas aider les patrons, précise-t-il, à l’adresse de ces socialistes nostalgiques de la lutte des classes. "Nous n’aidons pas les entreprises pour aider les entreprises mais pour leur donner plus de marges et de capacités d’investir et de créer des emplois", se justifie-t-il. "Je ne suis pas le président des patrons, je suis le président des entreprises." La sémantique pour entourlouper,  la pédagogie pour convaincre: le changement est-il à ce point   contre-nature au PS qu'il faille user du verbe et du mensonge pour s'engager dans l'action ?

Vider le mot réforme de son caractère anxiogène

Pour se faire élire à gauche et mener une politique de droite, il lui faut placer un coin libéral dans l'idéologie de gauche. Les méandres de sa gouvernance l'obligent à convaincre qu’il y a quelqu'un aux commandes et à rassurer les Français en recherche d'emploi, de pouvoir d'achat et de sécurité qu'il matraque d'impôts. 
La réforme n’est pas synonyme de perte d’acquis sociaux, mais les niches qui sautent, pour plus d'équité promise, sont en vérité plus sensiblement sociales que fiscales, dans la réalité quotidienne des familles. Lien PaSiDupes 2011: "Niches fiscales et sociales, dans le même panier des critiques socialistes"

François Hollande peinera de plus en plus à faire croire que sa politique ne se fait pas contre les entreprises et leurs salariés. Il se fixe des objectifs comme autant de berceuses rassurantes sur la durée d'un quinquennat mais, il est déjà largement entamé et ils restent flous et à échéances sans cesse reculées. L’objectif d’inversion de la
courbe du chômage à la fin 2013 est là pour convaincre, mais personne n'y croit plus, à seulement trois mois désormais de la date fatidique. Pas plus qu'aux emplois d'avenir qui ont calé au démarrage et n'en sont qu'à 55.179 signés au 9 septembre, encore loin des 100.000 escomptés fin 2013.

Si peu fiable, est-il la meilleure personne pour vider le mot réforme de son caractère anxiogène? 
La réforme se veut synonyme d’avancées sociales, notamment avec celle de la retraite: or, elle n’est pas censée permettre des économies, même qu'elle coûte ! Alors, ses promoteurs vantent des avantages supposés: donner de nouveaux droits, en matière de pénibilité, notamment, mais aussi en faisant perdurer les avantages acquis des plus socialement virulents. Les routiers et les fonctionnaires des entreprises publiques, tels SNCF, RATP et nos grands ports, à 100%, La Poste (patron de O'Besancenot à 77%) ou EDF (84%), comme les journalistes, et pas seulement ceux du service public veillent donc, l'arme au pied (Radio France et France télévisions restent à 100% publics, pour plus d'indépendance?...). La presse menace déjà de retrouver insolence et pugnacité. 
La réforme oui, dans les mots et l'apparence, mais la réforme tellement pesée et sous-pesée, ajustée aux intérêts sectoriels, catégoriels et corporatistes qu’elle en devient incolore. Pour mener son dessein historique, François Hollande n’a d'ailleurs pas trouvé mieux que de sacrifier la réforme aux syndicats, dont la CGT ou le SNJ, associations et lobbies divers.

Une politique à double fond 

La duplicité du chef de l’Etat produit une politique à double fond. Celle que l’on voit, louvoyante et tâtonnante, ajustée en permanence en fonction des réactions des uns et des autres, dont au premier chef les co-gestionnaires de sa politique, les experts désignés et les interlocuteurs privilégiés qui, sous couvert de concertation, impriment leurs marques discordantes. Sorte de paravent entre l'opinion qui gronde et un exécutif aussi flexible que le roseau de la fable face au chêne que Hollande prétend incarner. Après un énième psychodrame, la constitution de la Ve République assure à Hollande la docilité des écologistes qui viennent de ranger leur ultimatum au composteur et de déclarer qu’ils étaient faits pour durer au pouvoir. Municipales obligent !

Pour des raisons de paresse, Hollande 
croit aux vertus du temps et rechigne à intervenir. Cette indécision du Gros tout mou est validée par les anciens de l’école mitterrandienne. Sauf que les temps ont changé en trente ans, que le laxisme de Lionel Jospin a marqué la génération montante et que le présent se rebelle. 

L'intermède Hollande s’inscrira-t-il dans la durée si le pays reste en crise ? 
François Hollande s'inquiète à juste titre du jugement de l'Histoire, mais le choix du présent que les événements lui imposent dans l'urgence ne lui laisse d'autre espoir de renouer avec la croissance qu'un redressement économique international  ou la chance, ce qui revient au même.
Le risque serait que le changement se fasse, mais sans Hollande.