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samedi 2 juillet 2016

Mort de Michel Rocard, laissant la "deuxième gauche" orpheline

Poil à gratter de Mitterrand, Michel Rocard, son ancien premier ministre, est mort

Rocard avait rêvé de moderniser un Parti socialiste déjà "rétrograde"

Mort le samedi 2 juillet à l’âge de 85 ans, il laisse aujourd'hui, au Parti socialiste, dans les ministères, dans les think tank de la gauche qui rêvent de la refonder, quantité de ses disciples, nourris par cette "deuxième gauche" sociale-démocrate, réaliste et redistributrice qu’il avait fini par incarner.

Derrière une apparente simplicité, Michel Rocard, né le 23 août 1930 à Courbevoie, fut un homme politique paradoxal et compliqué. Longtemps l’homme politique le plus populaire de France, il était spontané voire impulsif, sincère voire naïf, maladroit mais volontiers calculateur; apôtre d’un "parler vrai " parfois dévastateur, mais capable de manier sans broncher la langue "de madrier", selon l’expression d’un de ses anciens conseillers; orateur parfois obscur, mais, en dehors des tribunes, d’un abord simple et direct. 
Et surtout obsédé par l’idée d’être écouté, reconnu, respecté. Ce dernier trait de sa personnalité ne peut pas être dissocié des relations difficiles, mélange d’admiration et de frustration, qu’il avait avec son père. Yves Rocard était un scientifique de haut niveau. Quand, à 17 ans, Michel décida de faire Sciences-Po, il cessa d’être pris au sérieux par son père et il tenta toute sa vie, parfois inconsciemment, de reconquérir son estime. Yves était conservateur. Le jeune Michel fut progressiste, mais intégra l’influence paternelle, en étant très vite proche d’un socialisme humaniste, plus que du marxisme. 

Le parcours de Michel Rocard, meilleur ennemi de Mitterrand

Michel Rocard s’engage dans la mouvance de la SFIO (ancêtre du PS) dès 1949

et devient six ans plus tard secrétaire national de l’Association des étudiants socialistes. Déjà la SFIO bat de l’aile, empêtrée dans les compromissions de la IVe République et les mensonges de la guerre d’Algérie. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris – où il milite à l’UNEF et combat un dénommé… Jean-Marie Le Pen –, Michel Rocard sort de l’Ecole nationale d’administration dans la promotion 'Dix-huit juin', en 1958. 
Il intègre alors l’inspection des finances. La même année, il quitte la SFIO, découragé, comme tant d’autres, par la politique de Guy Mollet. C’est là qu’il participe à l’organisation d’un parti de gauche, le Parti socialiste autonome (PSA), dont le titre de gloire principal est d’avoir refusé d’accueillir dans ses rangs… François Mitterrand. 
Le petit parti deviendra le PSU en 1960. L’histoire de Michel Rocard se confond alors avec celle de toute une génération qui, transitant au PSU, à l’UNEF ou ailleurs, lutte contre la guerre d’Algérie. Après la fin du conflit, Michel Rocard, qui a pris un pseudonyme, Georges Servet, pour que ses activités militantes soient compatibles avec son statut de haut fonctionnaire, commence, déjà, à se ranger dans une gauche "moderniste". 
Dès 1966 lors d’un meeting à Grenoble, 'Georges Servet' affirme à la tribune, que "la visée à long terme du socialisme n’est pas nécessairement la nationalisation". La déclaration rompt avec la culture dominante dans la gauche de l’époque. Pour la première fois, le pseudo de Michel Rocard apparaît dans un titre du journal Le Monde.

Une longue incompréhension réciproque avec Mitterrand 
Michel Rocard et François Mitterrand, eux, ne se connaissent encore que de réputation. Ils se rencontrent lors des négociations pour les législatives de 1967 (Rocard est lui-même candidat sans succès, dans les Yvelines). C’est le début d’une longue incompréhension entre le terrien de province amoureux des arbres et l’urbain qui sera maire de Conflans-Sainte-Honorine (1974) mais qui trouvera longtemps l’évasion sur un bateau à voile, au large de la Bretagne. 
Michel Rocard prend la tête du PSU en juin 1967. Ce petit parti, débordant de militants brillants, devait réveiller et rénover la gauche. Il sera, selon son expression, un "laboratoire terrifiant" où l’on s’épuise dans des débats stériles et sans fin. Après avoir mis le général de Gaulle en ballottage en 1965, Mitterrand est l’homme qui monte à gauche. Mais Michel Rocard ne veut toujours pas travailler avec lui.

Arrive Mai 68. Rocard est au premier rang des manifestations avec les dirigeants gauchistes, alors que Mitterrand et ses amis courent derrière le mouvement, sans le rattraper. Pour Michel Rocard, c’est une victoire fatale : après Mai, il s’enferre avec le PSU dans un gauchisme débridé. 
Pourtant, 1969 marque aussi la véritable découverte de son personnage par le grand public. Candidat du PSU à la présidentielle provoquée par le départ anticipé du général de Gaulle, Michel Rocard fait 3,66 % des voix. C’est peu, mais la SFIO dépasse à peine 5 %. Le PSU continue pourtant son existence groupusculaire. 

Au congrès d’Epinay de juin 1971, lorsque François Mitterrand lance le PS dans l’aventure de l’union de la gauche, Rocard n'adhère pas à cette nouvelle stratégie. Il perd son mandat de député et attend 1974 pour soutenir la candidature de Mitterrand à la présidentielle et rejoindre le PS. Venu de l’extrême gauche, il passe directement à la 'droite' du PS en incarnant désormais une "deuxième gauche", souvent d’origine chrétienne, plus décentralisatrice, préférant la recherche du consensus à l’affrontement, l’autonomie de la "société civile" au tout Etat. En septembre 1975, Michel Rocard entre au secrétariat national du PS. En 1977, il est élu maire de Conflans-Sainte-Honorine.

Au congrès de Nantes, la même année, il prononce un discours resté célèbre, sur les "deux cultures" qui structurent la gauche. 
La rupture entre socialistes et communistes fait perdre à la gauche les législatives de 1978. Michel Rocard, lui, récupère son fauteuil de député des Yvelines. Mais au soir du second tour, à la télévision, il exprime en quelques mots, la déception et l’amertume de la gauche, et aussi sa foi dans l’avenir. La déclaration respire la spontanéité. En fait, elle a été répétée à l’avance et Rocard, à partir de là, conservera longtemps la faveur des media et des sondages. 

En 1979, au congrès de Metz, allié à Pierre Mauroy, il passe dans l’opposition à François Mitterrand. 
Le premier secrétaire (Mitterrand) et ses alliés prônent la "rupture avec le capitalisme", Michel Rocard n’y croit pas. En 1980, il décide de s’appuyer sur sa popularité et de presser le mouvement. Le 19 octobre, depuis sa mairie de Conflans, il annonce sa candidature, mais seulement si Mitterrand n’est pas lui-même candidat. Sa déclaration est malhabile, mal filmée. Lorsque, le 8 novembre, François Mitterrand se déclare, Rocard, mortifié, ne peut que se retirer. 

Rocard, premier ministre de l'"ouverture"
Avril 1985. Après la victoire de 1981 et un passage au ministère du Plan, Michel Rocard est à l’Agriculture. Le 3 avril, le scrutin proportionnel est adopté pour les législatives de 1986. Dans la nuit du 3 au 4, il présente sa démission. Il justifie sa décision par son opposition à ce mode de scrutin qui va amener pour la première fois le Front National à l’Assemblée. Il a aussi l’échéance de 1988 en tête. 
En mars 1988, François Mitterrand, annonce sa candidature à sa propre succession, sonnant la fin de la "récréation Rocard". Une fois réélu, pourtant, Mitterrand envoie à Matignon celui des socialistes qu’il juge le plus "en situation ", quoi qu’il en pense sur le fond. Michel Rocard est le premier ministre de l’" ouverture". Ses gouvernements intègrent des membres de la société civile, voire quelques transfuges de l’opposition. Pendant la campagne, François Mitterrand a affirmé qu’il n’est "pas sain" qu’un seul parti ait la majorité. Les électeurs l’ont si bien suivi que Michel Rocard ne dispose à l’Assemblée nationale que d’une majorité relative, qui le conduit à un jeu de bascule permanent, pour s’appuyer soit sur le PC, soit sur une partie des centristes.
Dans des conditions très inconfortables, le premier ministre, entravé par François Mitterrand, mène pourtant à bien un certain nombre de réformes, parfois tambour battant comme pour la création du Revenu minimum d’insertion (RMI) qui entrera en vigueur dès le 1er décembre 1988. Il ramène la paix civile en Nouvelle-Calédonie et institue la Contribution sociale généralisée (CSG)… 
A  son cabinet, le jeune Manuel Valls entame son parcours politique et il se placera désormais dans le sillage de Rocard qui l'emploiera comme conseiller en charge des affaires étudiantes. Aujourd'hui premier ministre, Manuel Valls a nommé conseiller en charge du pôle énergie, transport, environnement, logement, auprès de lui à Matignon, un polytechnicien de 40 ans en 2014,  Loïc Rocard). 

"Nous ne pouvons héberger toute la misère du monde"

"La France doit rester une terre d'asile politique...mais pas plus", ajouta-t-il. La gauche nie (Kouchner, pour qui, en avril 2015, les "salauds" sont les autres) ou instrumentalise (Sapin) - en fonction des besoins de l'actualité - que Michel Rocard a prononcé cette sentence le 3 décembre 1989, au Soir 3:

VOIR et ENTENDRE donc l'archive que conserve l'INA à disposition des manipulateurs :

Le temps creuse le fossé entre le président et son premier ministre. La première guerre du Golfe lui donne un sursis. Mais le 15 mai 1991, un mercredi, Michel Rocard se retrouve congédié en quelques minutes. 

Les illusions perdues
Les échecs de ses successeurs, Edith Cresson, puis Pierre Beregovoy le laissent espérer que son destin politique n’est pas encore joué. En avril 1993, Rocard réclame un "big bang" du PS, dont il devient premier secrétaire après le désastre des législatives. Le 29 mai 1994, il annonce que "rien", cette fois, ne l’empêchera d’être candidat à la présidentielle de 1995, où on sait que François Mitterrand ne se représentera pas. 
Mais aux Européennes de juin, alors que le président de la République a laissé Bernard Tapie conduire une liste radicale de gauche, le PS, dont les candidats sont menés par le premier secrétaire, s’effondre à 14,5 % des suffrages. Michel Rocard est débarqué, sans ménagement. C’est la fin de ses espérances. Il abandonne à l’automne la mairie de Conflans, après presque de vingt ans de mandat. Il ne sera jamais président de la République. 

Le monde a changé malgré lui. 
Il n’aime pas l’évolution des media, le règne de la dérision et le déclin du pouvoir politique. "La profession politique ne bénéficie plus du respect qu’on avait pour elle du temps où elle passait pour efficace, c’est-à-dire du temps du plein-emploi, avait-­il confié au Monde (Le Monde2 du 7 mars 2004). Aujourd’hui, on nous insulte, on nous veut pauvre et on nous moque (…) Ce qui fait que ne viendront plus que les ratés de leur profession." Il ne s’y résout pas cependant.

La victoire de Ségolène Royal aux primaires socialistes, en 2006, l’accable. Un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, il tente en vain de la convaincre de se désister… en sa faveur. Puis, quelques jours plus tard, se prononce dans Le Monde pour un accord "Royal/Bayrou", afin de battre Nicolas Sarkozy. 

Le 7 février 2013, Rocard exprime ses réserves sur le projet de loi autorisant le mariage entre personnes du même sexe, estimant que le PACS "aurait pu suffire".

Sarkozy l'aide à ne pas vieillir
Le 30 juin 2007, à 77 ans, victime d’une hémorragie cérébrale en Inde, il est transporté dans un état grave à l’hôpital de Calcutta. Une fois rétabli, il continue de fumer, boit vin blanc et rouge au déjeuner, dévore des dizaines de livres. Michel Rocard n’ignore pas, cependant, qu’il lui faut peu à peu décrocher. Il démissionne du Parlement européen en janvier 2009, sous les ovations des députés. 
Il s’installe sur les Champs-Elysées, dans un immeuble hausmannien, "non loin de l’Arc de Triomphe", floute Le Monde, en fait les locaux cossus de la Fondation
Terra Nova, un think tank proche du PS. Et… continue à travailler. "Je suis déclaré guéri du cancer depuis un mois. Epargnez-moi vos commisérations, mais j’ai trois mois de retard dans mon travail, donc je bosse", lâche d’emblée l’ancien premier ministre âgé de 85 ans, de retour d'une "croisière dans l’Arctique," selon Le Monde, occultant l'attachement de Rocard à la mission que Sarkozy lui a confié.

Nicolas Sarkozy qui pratique l'ouverture s’est voulu le "DRH" du PS. Il lui confie dès le printemps 2009 une série de responsabilités : un rapport sur la taxe carbone, la co-présidence avec Alain Juppé d’une commission chargée de réfléchir à la mise en œuvre d’un grand emprunt national et le nomme ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Le voici sur la banquise, à 80 ans. 

Michel Rocard ne cachait pas, cependant, que son voyage le plus difficile restait son arrivée dans le grand âge. Lui qui vivait avec sa quatrième épouse dans une maison remplie de chiens et chats et avait encore réuni 300 personnes pour fêter son anniversaire, il constatait : "La vie active s’arrête à 60 ans; on devient caduc à 65 et les gens pensent que l’on sucre les fraises à 70. Il faut s’habituer à être moins attendu, à n’avoir plus d’avenir, quoi !" 

Intellectuellement, pourtant il en aurait remontré à beaucoup. Le 9 octobre 2015, François Hollande avait remis à un Rocard, frêle et souriant, la grand-croix de la Légion d’Honneur. Ces derniers mois, avant que la maladie ne l’affaiblisse trop, chaque fois qu’on allait lui rendre visite, on le trouvait encore au travail, son bureau encombré de livres dont il recommandait volontiers la lecture. Presqu’à chaque fois, on l’a entendu faire cette recommandation, en raccompagnant son visiteur à la porte : "N’oubliez pas : chaque nouveau quart d’heure est tout bénéfice…" 
Michel Rocard en 11 dates23 août 1930 : naissance à Courbevoie (Hauts-de-Seine)1949 : adhère à la SFIO

1958 : adhère au Parti socialiste autonome (PSA), qui devient le Parti socialiste unifié (PSU)1974 : rejoint le Parti socialiste 
1977 : élu maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines)
La même année, il devient député des Yvelines.  1983-1985 : Ministre de l’Agriculture
1988-1991 : Premier ministre
1993-1994 : premier secrétaire du Parti socialiste 1994-2009: Député européen1969 : candidat du PSU à l’élection présidentielle, où il recueille 3,61 % des suffrages.
2 juillet 2016 : mort à l’âge de 85 ans

mardi 31 mars 2015

Départements rayés de la carte socialiste au 29 mars 2015

Les vociférations et anathèmes du premier ministre n'ont eu aucun impact sur l'électorat 

Valls a réussi à vider 3 départements, plus sûrement que le Mali 

les Yvelines, le Var et la Haute-Savoie - de tous ses élus de gauche au conseil départemental...

En juin dernier, Manuel Valls clamait sa peur de voir "la gauche disparaître" en France. Il est lucide quand il veut, car ses prédictions alarmistes ont en fait été satisfaites au-delà de ses craintes. C'est pourquoi il a annulé tous ses engagements européens en Allemagne: le conseil des ministres franco-allemand à Berlin et la rencontre avec Mario Draghi, président de la BCE, à Francfort. Tout ça pour recréer du lien avec les parlementaires socialistes et tenter de se rallier les crève-la-faim écologistes (EELV) en mal de maroquin -bio ou non-, les J.V. Placé, de F. de Rugy (au ton mielleux devant les micros qui se tendaient vers lui ce matin), B. Pompili (toute aussi doucereuse) et même E. Cosse (ex-Act Up), qui raille depuis peu la moquette derrière les premiers quémandeurs.   

25 départements perdus : le PS s'est fait atomiser façon SFIO. La gauche française a déjà connu une situation de quasi implosion et de rupture entre son leader politique et l'appareil et si François Hollande souhaite endosser les habits de François Mitterrand, il s'est taillé un costard sur mesures avec la défaite sa défaite historique des élections départementales de mars 2015. Avec la montée de l'extrême droite, sa performance répète l'éclatement de la gauche de Guy Mollet dans les années 1950. 
C'est au point que le président tunisien l'a salué du nom de Mitterrand la semaine dernière, lors de son show médiatique de Tunis, la marche de réprobation des casseurs islamistes du Bardo, le musée de la capitale.

Dans les Yvelines, les 44 sièges reviennent tous à l'UMP, à l'UDI et aux divers droite.


Il n'y aura pas d'opposition au conseil départemental. Les scores de l'UMP atteignent même des sommets dans plusieurs cantons. A Verneuil-sur-Seine, la droite l'emporte avec 76,68% des suffrages face au FN. 74,71% à Aubergenville, toujours face à l'extrême droite. Au Chesnay, la gauche est laminée par l'UMP qui gagne le canton avec 76,34% des voix. 
A Rambouillet, Christine Boutin (67,25%) gagne son duel face au FN, bien que la gauche les dits si proches.
Le Parti socialiste et ses alliés ont perdu les onze sièges qu'ils occupaient avant le scrutin de dimanche.

Même scénario en Haute-Savoie où le département sera bleu horizon: la droite sera seule face à elle-même pendant toute la mandature. 
L'UMP et ses alliés font un grand chelem en remportant les 34 sièges du conseil départemental. Dans plusieurs cantons, l'UMP dépasse ou frôle les 70% des suffrages. Le PS n'était d'ailleurs présent au second tour que dans trois cantons. Dans la précédente assemblée, la gauche occupait trois sièges.
Lien EDA

Dans le Var, la situation est légèrement différente. Si là encore la gauche n'a obtenu aucun siège, la droite trouvera une opposition face à elle puisque le Front national a remporté trois cantons: La Seyne-sur-Mer, Garéoult et Fréjus. A Brignoles, Laurent Lopez, qui était le seul conseiller départemental du FN lors de la précédente mandature, a été battu par l'union de la droite (52,88%).
La gauche a dû lâcher les 10 qu'elle détenait lors du précédent scrutin.
Lien EDA

vendredi 14 février 2014

Centrafrique : rallonge de 400 soldats français, l'UE en annonce 1.000

Nos militaires seront-ils bientôt tous engagés à l'étranger?

Les socialistes sont décidément très portés sur la guerre

Guy Mollet (SFIO) avait envoyé des troupes sur le canal de Suez en 1956, histoire de préserver les intérêts marchands des grandes compagnies occidentales. La même année, c'est ce même socialiste qui envoie le contingent en Algérie, après avoir refusé toute solution négociée et engagé une politique répressive: pouvoirs spéciaux incluant notamment la création d'une procédure de justice militaire de "traduction directe" sans instruction et la légalisation des camps d'internement créés en 1955. 
François Hollande entretient la tradition guerrière socialiste
Non seulement il reste plus de 1400 militaires en Afghanistan, après le 31 décembre 2012, mais le président Hollande annonce une intervention militaire au Mali, le 11 janvier 2013, puis menace d'une autre, punitive, en Syrie, sans passer par un accord de l'ONU. Bien que critiqué pour son côté "va-t-en-guerre" et pour s'être fait "piégé" sur la scène internationale, il lance en décembre 2013, l'opération Sangaris en République centrafricaine. Tout cet interventionnisme en 18 mois.

Quatre cents soldats français supplémentaires iront bientôt grossir les rangs de l'opération Sangaris

La "gauche molle" a décidé de "muscler" ses effectifs, portant le nombre de soldats français à 2.000 hommes en Centrafrique, un renfort  déclaré "modeste" par son premier-ministre, Jean-Marc Ayrault, ce vendredi.
L'Union européenne envisagerait de déployer un millier de soldats, soit 500 de plus que ceux toujours attendus, a annoncé vendredi soir la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, s'adressant au Conseil de sécurité, alors que les Nations Unies insistent sur la nécessité d'un déploiement rapide de forces plus imposantes. Cette force européenne "sera sur le terrain très, très vite", a-t-elle affirmé, tout en restant dans le flou sur la date. Selon des diplomates européens, il est prévu que la force européenne se déploie à Bangui à partir du mois de mars, dans encore une quinzaine de jours. Rappelons que la deuxième guerre civile de Centrafrique a démarré fin 2012 avec une nouvelle série d'attaques de rebelles. 
La décision française de renforcer ses effectifs, prise à l'issue d'un conseil de défense restreint à l'Elysée, répond au chaos centrafricain.
Amnesty International dénonce en effet "un nettoyage ethnique", sans préciser qui sont les génocidaires... S'il était permis, nous révélerions à cet ONG ce que chacun sait. Les agresseurs sont les rebelles de la Seleka, une coalition musulmane minoritaire dans une République centrafricaine  à 80 % chrétienne. Et voilà pourquoi l'organisation -supranationale et sans aucune légitimité - fait de la rétention d'information ou tait certains détails de l'histoire...

Les rebelles musulmans continuent d'ensanglanter le pays

"Cet effort supplémentaire de 400 hommes" depuis les débuts de l'opération Sangaris, le 5 décembre, comprend le déploiement anticipé de forces de combat et de gendarmes français qui participeront ensuite à l'opération militaire de l'Union européenne dès son déploiement". Selon une source du ministère de la Défense, il s'agira d'éléments de combat d'infanterie, d'éléments pour la logistique, mais aussi d'hélicoptères pour renforcer la mobilité de Sangaris. 

Amnesty International ne connaît que les victimes musulmanes
L'organisation a dénoncé mercredi un nettoyage ethnique et un exode des musulmans. Ils sont présentés comme les victimes des anti-balaka, milices chrétiennes, qui se sont refugiées à Bangui et ses environs, sous la protection des forces militaires concentrées sur Bangui et son aéroport. Ainsi, un charnier de 13 cadavres, a été découvert de jeudi à proximité de la capitale Bangui, dans un camp abandonné des ex-Séléka, coalition rebelle musulmane

Le 22 août, suite au refus de la population civile du village de Bohong de subir les persécutions de la Seleka, le village subit de violentes représailles entraînant des dizaines de morts, des viols et des pillages, visant spécifiquement la population chrétienne. 
Réfugiés chrétiens:
aéroport de Bangui
Un millier d'habitants avaient dû quitter le village pour un exode vers l'aéroport de Bangui où ils cherchent la sécurité.
Il est par conséquent insupportable de choisir ses morts dignes de considération. Il ne s'agit donc pas de mettre dans la balance les morts des uns et des autres, mais de rétablir la vérité que certains travaillent à occulter. La présence des 1.600 militaires français de la force Sangaris et de 5.000 soldats africains de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) n'a pas permis de rompre le cycle des violences qui a fait plus de 2.000 morts et un million de déplacés, soit un quart de la population.
Selon le ministère de la Défense, "la force française a intensifié cette dernière semaine son action en province" pour tenter d'éloigner le spectre de la partition entre chrétiens et musulmans qui menace le pays et qui pourrait profiter aux extrémistes musulmants, minoritaires. Fabius appelle le Conseil de sécurité à "accélérer le déploiement d'une opération de maintien de la paix".

Ban Ki-moon parle d'instaurer "la coopération la plus forte possible"
 
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, semble avoir reçu le message ce vendredi. Se déclarant "très inquiet par le cycle de la vengeance et des représailles" entre chrétiens et musulmans, il a lancé devant le Conseil de sécurité un appel  à une action commune. "Nous devons agir ensemble et maintenant, nous devons agir de manière décisive pour éviter le pire", a-t-il martelé. Evoquant les efforts militaires déployés sur le terrain par la France, l'Union européenne (UE) et l'Union africaine (UA), il a vu dans la crise centrafricaine une occasion d'instaurer "la coopération la plus forte possible entre les Nations unies, l'UA et l'UE". Mardi, le Conseil de sécurité se réunira une nouvelle fois sur ce dossier.

La chef de la diplomatie de l'UE,
Catherine Ashton, a promis que l'UE "travaillera avec (lui) pour assurer une opération internationale bien coordonnée si le Conseil décide qu'une opération de maintien de la paix de l'ONU est la meilleure solution. "Nous avons plus de 500 hommes", a précisé la diplomate européenne à la presse après s’être exprimée devant le Conseil de sécurité de l’ONU, ajoutant que l’UE "envisage le double de ce chiffre".

Troupes françaises de l'opération
Sangaris, le 1er février 2014
A elle seule, la France s'est engagée à deux fois plus. De son côté, elle presse également l’Union européenne d' "accélérer le déploiement de la mission EUFOR, y compris la force de gendarmerie européenne". Evoquant à Nancy le nouvel apport français, le Premier ministre a déclaré: "Ca doit être complété par un soutien plus important des Européens et un engagement plus fort au niveau humanitaire".

Une telle opération, qui verrait les 6.000 soldats des forces africaines,  la MISCA, passer sous casque bleu, nécessitera une nouvelle résolution de l'ONU. Or, l'Union africaine est pour l'instant réticente à passer le relais aux Nations unies. 

Pourvu que Vigipirate ne vienne pas exiger le rapatriement de nos troupes...

vendredi 17 janvier 2014

"Pacte de responsabilité": loin d'être embarrassée, la droite se félicite que la gauche applique son programme

Des responsables UMP démentent les commentaires de la presse inféodée

France Info désinforme depuis mardi
 
Emmanuel Cugny s'est montré soupçonneux dans sa chronique d'hier jeudi
"La politique de l'offre que défend le Président de la République" - bien que socialiste- pour relancer l'économie sera-t-elle efficace
? s'interroge-t-il, tout en se disant "dans l'euphorie de la conférence de presse présidentielle." Et de s'inquiéter de savoir si la baisse de charges promise par Hollande aux entreprises permettra réellement de créer des emplois ? Après l'effet d'annonce, les patrons doivent  attendre de voir les détails, mais applaudissent au virage présidentiel à 180 degrés. 

Mais qu'est-ce exactement qu'une politique de l'offre C'est partir du principe que la fabrication d'un bien trouve toujours un débouché, un acquéreur, et que l'offre crée la demande, explique Cugny, qui "n'ose pas dire trop fort" que  ce principe est clairement libéral. Il fut développé par Jean-Baptiste SAY, économiste français du XIXème siècle, que Laurence Parisot prenait souvent comme exemple lorsqu'elle était patronne des patrons. C'est dire qu'elle sent le soufre à gauche qui ne jure que par l'économiste britannique Keynes, défenseur lui, de la politique de la demande. La relance par la demande publique (grands investissements, travaux... initiés par l'Etat, donc financés par les deniers publics...) Un nouveau virage crée des remous au sein même de la majorité. 

Cela nous ramène au fameux "choc de compétitivité" de Louis Gallois
, pressenti pour succéder un jour à Ayrault. Les entreprises françaises ont du mal à vendre leurs produits, notamment à l'étranger, parce qu'elles se positionnent (en France) sur le milieu, voire le bas de gamme. Les Allemands, eux, exportent très facilement leurs machines outils, car réputées de qualité et solide. Pourquoi ? C'est la deuxième explication : la compétitivité prix, c'est-à- dire le coût du travail. En résumé, il est difficile pour la France de vendre des produits bas de gamme rendus plus chers par le poids des charges. Il faut donc baisser le coût du travail pour redonner de la vigueur à nos produits.


La baisse de charges, c'est ce que le Président s'est 
 finalement résolu à préconiser mardi. Mais l'économiste proche du PS soupçonne le patronat de ne pas rééllement vouloir jouer le jeu. "Consommateurs et salariés sont en droit de s'interroger", assure-t-il, bien que le MEDEF ait initié cette offre de pacte et comme s'il n'avait pas intérêt à la relance de l'activité des entreprises. "Les entreprises vont-elles investir, créer de l'emploi ?" s'inquiète le journaliste.

La "tentation" - ou la priorité - 
pour beaucoup d'entreprises sera grande non pas tant d'augmenter les salaires que de reconstituer leurs marges qui sont aujourd'hui à un niveau historiquement bas. Elles vont remettre un peu de carburant dans les caisses pour éviter de licencier:  freiner l'hémorragie d'emplois sans pour autant en créer à la hauteur des attentes.  Or, inciter les entreprises à produire de meilleure qualité pour vendre mieux passe par l'investissement et la formation.
Cugny considère que Hollande a fait le boulot en prenant un risque économique et politique, mais que chacun doit prendre ses "responsabilités" à travers le "pacte" du même nom. 

Yannick Falt est, lui, politiquement vicieux  



La majorité exhibe sa nouvelle carte d'identité sociale-démocrate en se disant toujours de gauche ce qui fait s'étrangler Jean-Luc Mélenchon qui a dénoncé "le plus violent coup de barre à droite d'un gouvernement de gauche depuis Guy Mollet". La politique de l'offre et les allègements de charges aux entreprises font même grincer des dents l'aile gauche du PS.

Mais Ayrault se justifie par une contre-vérité sur France Inter

"Nous sommes dans la cohérence de ce que François Hollande a engagé depuis qu'il est président de la République. Ma priorité et celle du gouvernement c'est de gagner la bataille de la croissance, de l'emploi et en même temps de sauver le modèle français et républicain. Ce n'est pas seulement la redistribution, la solidarité, la sécurité sociale, la retraite, c'est aussi la qualité des droits, des valeurs. Pour cela, il faut faire des réformes, être courageux. Le président de la République a choisi de parler vrai sur la situation. Il s'agit de mobiliser les entreprises, les salariés et les forces politiques."

Vincent Peillon est monté au créneau pour prétendre que Hollande ne renie pas ses engagements de campagne, lui qui s'était fait le chantre de la lutte contre la finance. Non, François Hollande n'a pas oublié sa gauche, estime  le ministre de l'Education mettant le doigt précisément sur les incohérences de l'exécutif
 sur RTL. "Vous ne pensez pas que c'est une politique de gauche de donner la priorité à l'école, ce n'est pas une politique de gauche lorsque l'on fait la réforme fiscale, de d'abord s'attaquer au patrimoine, aux grandes fortunes. Vous ne pensez pas que la garantie loyer c'est une mesure de gauche, vous ne pensez pas que la loi sur la consommation et l'action de groupe ce sont des mesures de gauche. Donc c'est une action de gauche et cela n'empêche pas, et elle a besoin du soutien économique."

Et ce serait la droite qui serait embarrassée, voire divisée !
Les avis sont partagés depuis mercredi 15 janvier. 

Les franchement incrédules sont au centre
Le centriste Hervé Morin a dit sur RFI NE pas croire du tout à l'inflexion de François Hollande. "Je n'y crois pas. François Hollande est le dos au mur, il a grosso modo effondré l'économie française en décourageant l'investissement, l'initiative, le risque, l'épargne dans l'entreprise. Il tire sa dernière cartouche. Il s'est renié sur tout et a tenu tous les discours depuis deux ans."

Dans le camp des circonspects, Nathalie Kosciusko-Morizet
, la candidate UMP à la mairie de Paris, s'est exprimée sur Radio Classique-LCI. "On aurait envie d'y croire mais cela nécessiterait de baisser les impôts et les charges. Pour baisser les impôts et les charges il faut réduire très sévèrement les dépenses. Or, le président de la République fait exactement le contraire depuis 18 mois. Quand il a annoncé un choc de simplification en mars dernier, tout le monde a dit que cela serait bien et on l'attend toujours. Là, c'est un peu pareil, parole, parole, parole."

Le filloniste
Eric Woerth met le pouvoir au défi sur iTélé.
"Je suis d'accord que le président de la République se réveille, au bout de 20 mois: tant mieux. On facilite la vie de l'entreprise parce qu'on pense qu'elle crée plus d'emplois que l'administration. On est d'accord puisqu'au cœur des propositions de l'UMP il y a la baisse des charges des entreprises."


Le chroniqueur serait-il sourd d'une oreille ?


" S'il y a une politique qui redonne confiance aux entreprises, je la soutiendrai "
, affirme François Fillon. N'en déplaise aux manipulateurs de la presse, peut-on être plus clair?  

Premier ministre pendant cinq ans, il affirme ce mercredi soir sur TF1 qu'il pourrait suivre cette politique prônée par le chef de l'Etat, "mais sans croire qu'il puisse vraiment l'appliquer", insinue Y. Falt. 

E
n fait, le chroniqueur doute bien davantage de la gauche
"C'était couru d'avance, le programme très social-démocrate de François Hollande donne des sueurs froides à gauche." "Son vote, il l'aura quand Ayrault engagera la responsabilité du gouvernement. Ce qui n'empêchera pas les uns et les autres de s'exprimer librement". Voilà en une formule comment un élu socialiste anonyme aurait résumé la situation : une partie du PS a déjà la gueule de bois depuis la conférence de presse présidentielle, commente Falt.

"La cacophonie dans les rangs de la gauche qui pollue l'action gouvernementale" depuis le début du quinquennat n'est pas près de s'arrêter en 2014, reconnaît le journaliste, après avoir pointé l'UMP. 

Il distingue trois chapelles au bureau national du Parti socialiste
Tout d'abord ceux qui sont dans la ligne du parti et qui soutiennent le président positionné au centre. Combien de temps Hollande pourra-t-il compter sur cette majorité qui tient toujours. 
Une deuxième chapelle, celle des aubrystes, circonspecte, est d'accord avec les orientations du chef de l'Etat, mais exige de réelles contreparties pour les 30 milliards concédés aux patrons.
Le troisième groupe, l'aile gauche du parti, associée aux amis de Benoit Hamon, retrousse les babines : "Le président a été précis sur les cadeaux aux entreprises, mais il est resté flou sur ce qui reviendra aux salariés", se plaint Emmanuel Maurel. Le chef de file du courant socialiste Maintenant la gauche ne comprend pas les chiffres alignés par François Hollande, et s'interroge : "Où trouve-t-on tout cet argent, il ne le sait pas lui-même". La gauche du PS annonce déjà un soutien à reculons.

Et puis il y a, hors de la majorité, le Front de gauche en première ligne. A l'Est, Jean-Luc Mélenchon flingue: "on n'a jamais vu ça depuis Guy Mollet". Le leader du Front de Gauche fait référence à l'ancien président du Conseil, sous la IVème République, dont la particularité était de tenir des discours super musclés à gauche, et une fois au pouvoir, de gouverner de manière très modérée, en passant des compromis avec la droite. Vous transposez le mollétisme aujourd'hui : cela donne le Bourget, quand le candidat Hollande désigne son adversaire, la finance. Et une fois élu, le président Hollande se fait le chantre de l'entreprise, qu'il veut soulager de ses charges, en dialoguant directement avec Pierre Gattaz, le patron du Medef, le chantre également de la politique de l'offre, de la baisse des dépenses publiques, ou comment trouver 53 milliards alors que nous sommes déjà à l'os. 

La gauche de la gauche s'étrangle. Pierre Laurent, le leader du PCF, dénonce "un pacte d'irresponsabilité sociale". Si elle se mobilise comme elle le promet dès le début février, ce sera pour faire du bruit. Que peuvent donc faire les élus communistes, mis à part gronder, alors qu'ils ont besoin des nombreux accords passés avec l'hégémonique PS pour sauver leurs têtes aux municipales ?

Tour de force de Y. Falt

A la fois "le chef de l'Etat a certes semé le trouble à droite" avec "des propositions que saluent des personnalités telles que François Fillon, Jean-Pierre Raffarin ou Bruno le Maire", excusez-le du peu ! 

Hollande, soupçonné dans son camp de faire les yeux doux aux centristes et maintenant aux entrepreneurs, n'aura le soutien inconditionnel de sa majorité que
si les premiers résultats de sa politique se font rapidement sentir
Le chef de l'Etat a réfuté l'argument du tournant : "Moi, j'accélère".
Michel Sapin, ministre du travail et ami du président depuis l'ENA, a brièvement résumé la prestation à la sortie de la conférence de presse: "C'était le même que d'habitude, mais boosté par les difficultés qu'il traverse". S'il met les gaz de son scooter, son quinquennat va plus que jamais pouvoir se jouer en 2014...

mardi 1 octobre 2013

La méthode Hollande à l’épreuve du pouvoir

Le double visage du socialisme français

Le double visage du socialisme français
François Hollande est imprégné de la méthode mitterrandienne vieille de trente ans et, malgré le passage  à l'ère du numérique et de la globalisation,  il croit toujours en la vertu du temps: pourtant, le changement s'opère jusqu'ici sans celui qui prétend l'incarner: le présent se rebelle et le bouscule. Comment Hollande pourrait-il donc préparer l'avenir?

Le poids  de l'impréparation

D'entrée, son amateurisme a déconsidéré le président par défaut.
Et il a confirmé le sentiment d'inadaptation à la tâche par la constitution d'un gouvernement chaotique d'apprentis, une ligne fluctuante et une accumulation de cbavures et de reculades.

La Syrie et le cafouillage sans précédent sur la "pause fiscale viennent de faire ressurgir l’image d’un président à deux visages. 
L’un dans la posture: déterminé, voire martial, dès qu’il s’agit de conduire les affaires extérieures du pays, voire de s'ingérer, notamment en Afrique, mais posture faussée par son suivisme en Syrie. L’autre dans l'ambiguïté: frileux et indécis sur la scène nationale. Le gouvernement était connu pour ses "couacs " de communication, François Hollande pour sa méthode de l’ajustement politique permanent. Or, le mal se révèle plus profond qu'il n'y paraissait dès lors qu'il aborde le dossier des impôts :  à défaut de boussole et de ligne politique ferme, le ­président navigue au gré des injonctions parlementaires et des pressions syndicales qu' il favorise par le "dialogue", au point que le gouvernement désorienté peine à montrer la direction. Chaque note vire au couac . La dissonance est devenue continue.

C
es deux visages trouvent-ils à s’accorder?
Les analystes du hollandisme balbutiant ont de belles bagarres de préau devant eux… Certains veulent voir en Hollande un joueur de poker qui cacherait habilement son jeu. D'autres discerneraient en lui la personnalité tourmentée du schizophrène aux visages contradictoires et irréconciliables dissimulés derrière une bonhomie rigolarde.

Les débats se sont déplacés

Pour qui cherche à voir au travers du brouillard de la rentrée politique, 2013 ne ressemble pas à celle de 2012. La majorité reste éruptive, mais les débats qui l’agitent se sont déplacés. Que reste-t-il des velléités de changement? Où sont les injonctions pour une "autre politique"? Que sont devenus les députés contestataires de l’objectif de réduction des déficits ?  Disparues, ou presque, les accusations sur l'héritage?  A la gauche du PS, Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann viennent de lancer un nouvel appel à la rebellion, mais ils sont seuls. Les ministres à fibre sociale, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ont fini par se convertir à la realpolitik de l’offre, renonçant aux anathèmes sur la banque et les entrepreneurs. Idem de la majorité des parlementaires socialistes élus sur l'idéologie anti-libérale. Le sociétal avait redynamisé leurs restes soixante-huitards, mais les ors et la moquette les ont renvoyés à leur embourgeoisement douillet. 

Encroûtés dans des années d'opposition systématique, la gauche socialo-écolo au pouvoir depuis dix-huit mois cherche toujours la méthode. 
"Il y a eu un virage", admet Thierry Mandon, le porte-parole du groupe à l’Assemblée. "La question chez les députés n’est plus de savoir s’il faut ou pas prendre ce virage mais comment on amende cette trajectoire pour la rendre supportable". Répondre aux problèmes de chômage et de pouvoir d’achat des électeurs, plutôt que réorienter la politique économique, telle est la nouvelle ligne de débat.

Retour de la gauche à la réalité 

Ce virage doit beaucoup aux erreurs du président débutant.  
Dès sa campagne présidentielle, le chef de l’Etat affichait son ambition. "Je veux installer la gauche durablement au pouvoir", disait-il, mais l’aggiornamento idéologique, social-démocrate, s'est heurté aux épreuves du pouvoir. L'exécutif clame d'autant plus fort son attachement à la social-démocratie que la réalité l'en éloigne chaque jour davantage.

Histoire de France pour les Nuls
et Hollande, capitaine de pédalo,
(cours de rattrapage, Mougins 2007)
Sans rire, son conseiller Bernard Poignant parle de François Hollande comme d’un homme baigné d’histoire (de petites histoires?), notamment de la gauche. Ce prisme expliquerait sa détermination sur la Syrie : guerre d’Espagne, Munich, François Hollande ne voulant pas ajouter à la liste des renoncements socialistes. 
Mais à considérer son intervention militaire au Mali, il serait plutôt du genre Guy Mollet (SFIO) qui, en octobre 1956, engagea la France dans une opération militaire en Egypte avec le Royaume-Uni et Israël ("opération Mousquetaire"), pour la restitution de leurs droits aux actionnaires du canal de Suez nationalisé par Nasser. G. Mollet, président socialiste du Conseil mit aussi en place le rationnement de l'essence en novembre 1956 et toléra les procédés français discutables durant la "bataille d'Alger" e réaction aux atrocités commises par le FLN marxisant et autorisa la saisie l'édition du journal Le Monde qui publia un rapport accablant le 21 juillet 1957.

l’intérieur, l'Histoire guiderait aussi l’action du président
Pour l'installer au pouvoir, il était convaincu de la nécessité d’ancrer la gauche dans la réalité. Il a réussi à tracer sa route, malgré une duplicité qui ne trompa que la base, mais a retrouvé le bas-côté. Pour parvenir à ses fins, il se garde à gauche en accablant la finance et l'entreprise et se garde à droite en effaçant les rêves keynésiens. Pour se rallier des électeurs, il fait des promesses - toutes prioritaires - aux jeunes ou aux professeurs. Puis, après avoir gravement alourdi l'impôt et creusé la dette publique, il annonce la diminution de l'un, et la réduction de l'autre, dans un avenir incertain. Au tiers de son mandat, il se décide à donner des gages et promet une transition énergétique à effet retard. Aux coups de barre désordonnés, il ajoute un virement de bord en faveur de l'entreprise, d'abord, après l'avoir sévèrement taxée, et de l'environnement, ensuite, après avoir méprisé ses turbulents alliés Verts.

La versatilité de l'amateur désempare les acteurs économiques
Comme il y a dix jours sur TF1  : "L’avenir de la France passe par une économie forte. Il faut des entreprises." Mais il prend soin d'introduire un grossier distinguo qui vise à ménager tout le monde, au risque de fragiliser son souci de "cohérence". Qu'on ne se méprenne donc pas, aider les entreprises ne signifie pas aider les patrons, précise-t-il, à l’adresse de ces socialistes nostalgiques de la lutte des classes. "Nous n’aidons pas les entreprises pour aider les entreprises mais pour leur donner plus de marges et de capacités d’investir et de créer des emplois", se justifie-t-il. "Je ne suis pas le président des patrons, je suis le président des entreprises." La sémantique pour entourlouper,  la pédagogie pour convaincre: le changement est-il à ce point   contre-nature au PS qu'il faille user du verbe et du mensonge pour s'engager dans l'action ?

Vider le mot réforme de son caractère anxiogène

Pour se faire élire à gauche et mener une politique de droite, il lui faut placer un coin libéral dans l'idéologie de gauche. Les méandres de sa gouvernance l'obligent à convaincre qu’il y a quelqu'un aux commandes et à rassurer les Français en recherche d'emploi, de pouvoir d'achat et de sécurité qu'il matraque d'impôts. 
La réforme n’est pas synonyme de perte d’acquis sociaux, mais les niches qui sautent, pour plus d'équité promise, sont en vérité plus sensiblement sociales que fiscales, dans la réalité quotidienne des familles. Lien PaSiDupes 2011: "Niches fiscales et sociales, dans le même panier des critiques socialistes"

François Hollande peinera de plus en plus à faire croire que sa politique ne se fait pas contre les entreprises et leurs salariés. Il se fixe des objectifs comme autant de berceuses rassurantes sur la durée d'un quinquennat mais, il est déjà largement entamé et ils restent flous et à échéances sans cesse reculées. L’objectif d’inversion de la
courbe du chômage à la fin 2013 est là pour convaincre, mais personne n'y croit plus, à seulement trois mois désormais de la date fatidique. Pas plus qu'aux emplois d'avenir qui ont calé au démarrage et n'en sont qu'à 55.179 signés au 9 septembre, encore loin des 100.000 escomptés fin 2013.

Si peu fiable, est-il la meilleure personne pour vider le mot réforme de son caractère anxiogène? 
La réforme se veut synonyme d’avancées sociales, notamment avec celle de la retraite: or, elle n’est pas censée permettre des économies, même qu'elle coûte ! Alors, ses promoteurs vantent des avantages supposés: donner de nouveaux droits, en matière de pénibilité, notamment, mais aussi en faisant perdurer les avantages acquis des plus socialement virulents. Les routiers et les fonctionnaires des entreprises publiques, tels SNCF, RATP et nos grands ports, à 100%, La Poste (patron de O'Besancenot à 77%) ou EDF (84%), comme les journalistes, et pas seulement ceux du service public veillent donc, l'arme au pied (Radio France et France télévisions restent à 100% publics, pour plus d'indépendance?...). La presse menace déjà de retrouver insolence et pugnacité. 
La réforme oui, dans les mots et l'apparence, mais la réforme tellement pesée et sous-pesée, ajustée aux intérêts sectoriels, catégoriels et corporatistes qu’elle en devient incolore. Pour mener son dessein historique, François Hollande n’a d'ailleurs pas trouvé mieux que de sacrifier la réforme aux syndicats, dont la CGT ou le SNJ, associations et lobbies divers.

Une politique à double fond 

La duplicité du chef de l’Etat produit une politique à double fond. Celle que l’on voit, louvoyante et tâtonnante, ajustée en permanence en fonction des réactions des uns et des autres, dont au premier chef les co-gestionnaires de sa politique, les experts désignés et les interlocuteurs privilégiés qui, sous couvert de concertation, impriment leurs marques discordantes. Sorte de paravent entre l'opinion qui gronde et un exécutif aussi flexible que le roseau de la fable face au chêne que Hollande prétend incarner. Après un énième psychodrame, la constitution de la Ve République assure à Hollande la docilité des écologistes qui viennent de ranger leur ultimatum au composteur et de déclarer qu’ils étaient faits pour durer au pouvoir. Municipales obligent !

Pour des raisons de paresse, Hollande 
croit aux vertus du temps et rechigne à intervenir. Cette indécision du Gros tout mou est validée par les anciens de l’école mitterrandienne. Sauf que les temps ont changé en trente ans, que le laxisme de Lionel Jospin a marqué la génération montante et que le présent se rebelle. 

L'intermède Hollande s’inscrira-t-il dans la durée si le pays reste en crise ? 
François Hollande s'inquiète à juste titre du jugement de l'Histoire, mais le choix du présent que les événements lui imposent dans l'urgence ne lui laisse d'autre espoir de renouer avec la croissance qu'un redressement économique international  ou la chance, ce qui revient au même.
Le risque serait que le changement se fasse, mais sans Hollande.