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jeudi 21 novembre 2019

Grève du 5 décembre : Buzyn dénonce "des revendications très corporatistes" des syndicats

La ministre remue le couteau de la polémique dans la plaie sociale ouverte

Les syndicats rejettent la réforme "parce qu'ils ne veulent pas la disparition d'un régime extrêmement avantageux"


Ces propos polémiques de 
la ministre de la Santé révèlent une fébrilité grandissante parmi les membres du gouvernement, jeudi matin sur Franceinfo, à deux semaines de la grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites que le pouvoir macronien veut imposer par décrets.

Alors que la grève du 5 décembre contre la réforme des retraites s'annonce très suivie, voire reconductible dans certains secteurs, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a perdu son éternel sourire de Joconde pour s'en prendre aux syndicats, dont la CFDT, réformiste qui menace de se joindre aux autres. 

"Ce sera une mobilisation importante, nous le savons", a répondu la ministre. 
Cette grève interprofessionnelle est prévue par la CGT, FO, la FSU et Solidaires aux côtés de plusieurs syndicats de la RATP et de la SNCF, d'Air France ou encore du Conseil national des barreaux, qui représente les avocats.

Le gouvernement en tiendra-t-il compte ? 
La ministre n'a manifesté aucun signe d'ouverture:  "Nous verrons", a répondu Buzyn, rappelant que des discussions étaient en cours avec les organisations syndicales sur le futur système universel de retraites à points voulu par Macron en lieu et place des 42 régimes existants. 
Or, le système par points n’est pas une garantie contre la baisse des pensions, puisque leur montant dépend de la valeur accordée au point.

"Ils ne veulent même pas d'une réforme par points, 
Ou plus, du fait du flou entretenu
Buzyn désigne les syndicats à la la vindicte populaire. "Les Français doivent quand même réaliser que ce sont aujourd'hui des syndicats qui défendent des régimes spéciaux extrêmement déficitaires qui sont payés par nos impôts et donc ce sont des revendications très corporatistes", a estimé Buzyn, plus populiste que jamais. "Ce sont des gens qui ne connaissent pas la réforme et qui juste ne veulent pas d'une réforme parce qu'ils ne veulent pas la disparition d'un régime extrêmement avantageux", a-t-elle polémiqué.

La poudre aux yeux gouvernementale plus égalitariste qu'égalitaire 
Interrogée pour savoir si les cheminots sont du niveaux des employées de GAD, selon Macron, et ne connaissent pas la réforme, la ministre s'est esclaffée : "ils ne veulent même pas d'une réforme par points". "Ils ne veulent pas de réforme qui vise à l'universalité, c'est-à-dire que tous les Français soient traités pareil"
En vérité, tous perdants, sauf ceux et celles qui peuvent financer une mutuelle complémentaire privée, de celles qui ne redistribuent d'ailleurs que 60% de ce qu'elles collectent. 

Le gouvernement souhaite "que nous ayons un seul système de retraite unique pour chacun d'entre nous et là, avant même d'avoir un texte de loi [il serait tant en effet de savoir de quoi on parle depuis dix-huit mois], ces régimes spéciaux font grève parce qu'ils veulent garder évidemment leurs avantages acquis" a répété Buzyn en boucle. "Ils ne disent pas 'on n'est pas d'accord avec votre réforme', ils disent 'nous n'en voulons aucune'", a-t-elle caricaturé.
Syndicat réformiste favorable à un système universel à points, la CFDT, a appelé de ses vœux une réforme des retraites systémique qui soit "porteuse de progrès". Mais son patron, Laurent Berger, voit venir une réforme paramétrique et conteste le constat pessimiste sur l'aggravation du déficit des régimes de retraite d'ici 2025 et réfute toute réforme paramétrique sur la durée de cotisation ou l'âge-pivot.
"C'est une réforme porteuse de progrès et
à la condition qu'elle soit juste que soutient la CFDT" a affirmé Laurent Berger à l'issue de la réunion du bureau national de la confédération, qui s'est tenue ce jeudi. Partisane d’un système universel par points pour les retraites, la CFDT a mis la pression sur le gouvernement. Le syndicat réclame "qu'il se positionne clairement et rapidement sur le projet de réforme des retraites qui est en cours de préparation". "Nous demandons au président de la République qu'il applique son programme en mettant en oeuvre une réforme systémique sans réforme paramétrique qui serait inutile, anxiogène et source d'inégalité" a insisté Laurent Berger.
La date d'application de la réforme reste également indéterminée.
Dans cette future réforme des retraites, "tous ceux qui ont acquis des droits jusqu'à la mise en œuvre de la réforme (...), et qui sont entrés dans un système, auront leurs droits totalement préservés", a par ailleurs assuré Buzyn. La réforme des retraites "ne touche pas les retraités actuels, ni ceux qui sont à moins de 5 ans de la retraite", explique-t-elle. Cette réforme a pour but de défendre "les jeunes qui entrent dans la vie active aujourd'hui, qui vont avoir des parcours beaucoup plus diversifiés et qui ne vont pas avoir de statut pérenne toute leur vie", a-t-elle raconté. C'est pour cela qu'"il faut leur assurer un système de retraite qui leur garantisse une retraite correcte". Et on ne sait toujours pas quel système !
"Si le gouvernement veut s'en tenir à une réforme paramétrique, la CFDT s'y oppose," a déclaré Laurent Berger. "Il est grand temps que le gouvernement sorte de son 'ambiguïté. (...) On a besoin de clarté et de lisibilité", a-t-il souligné, dénonçant la "construction politique" que constitue le retour à l'équilibre financier du régime en 2025.
"Nous allons décider de la génération à laquelle" cette réforme "va s'appliquer", lâche Agnès Buzyn, visiblement dans le brouillard, alors que la "clause du grand-père" - qui signifierait que la réforme ne s'applique qu'à ceux qui ne sont pas encore entrés dans la vie active - est rejetée par Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux retraites et porteur de la réforme en cours. "Si on fait la 'clause du grand-père' pour une profession, il faut la faire pour tout le monde, question d’équité; ça veut dire que l’on renonce à la réforme." (phrase issue d’un entretien publié dans Le Parisien, le 6 novembre). Il défend l’instauration d’un "régime universel" et on n'en sait guère plus.
Dans le rapport de Jean-Paul Delevoye, il était prévu que la réforme s'applique à ceux nés après 1963, mais la ministre n'a pas écarté la possibilité que ça puisse "être décalé dans le temps". A quel point ? 

En fait, Delevoye et Buzyn évoquent des mesures qui ne sont pas arbitrées.
Mais ils sont à fond pour la réforme que décidera Macron, quelle qu'elle soit! 
Quant aux députés de la majorité, n'en parlons même pas...

lundi 4 novembre 2019

Conditions d'accès à l'assurance-chômage : la réforme est-elle une trappe à chômeurs ?

Inquiétudes grandissantes face aux durcissements des règles d'accès à l'assurance chômage

Les premières mesures de la réforme de l'assurance-chômage sont entrées en vigueur vendredi 1er novembre

Résultat de recherche d'images pour "trappe à chomage"Une réforme visant avant tout à réaliser plus d'un milliard d'euros d'économies par an (3,4 milliards d'économies sur trois ans) est-elle faite pour les éclopés du marché du travail ? Les conditions d'éligibilité aux allocations sont notablement durcies par une série de mesures qui attirent tout particulièrement les critiques.

Laurent Berger dénonce une réforme "indigne" et se dit prêt à débattre avec Muriel Pénicaud, la mère-porteuse de cette nouvelle réforme Macron.

"Tuerie", "punition", réforme qui va "créer des drames" et des "trappes à pauvreté". Depuis l'annonce du contenu de la réforme en juin, traduite dans deux décrets publiés en juillet, Laurent Berger ne décolère pas.
Le secrétaire général de la CFDT, syndicat réformiste, n'a pas eu de mots assez durs ces derniers temps pour qualifier cette réforme scélérate, et encore vendredi matin sur Franceinfo. "Cette réforme va faire beaucoup de mal aux demandeurs d'emploi. Beaucoup beaucoup de mal aux chômeurs indemnisés", a-t-il répété sur la radio publique. "C'est 1,4 million de personnes qui vont être très directement concernées", a-t-il précisé.

Les mesures assurant le durcissement des conditions d'accès à l'assurance chômage sont les premières mises en vigueur dès ce 1er novembre. Il faudra désormais avoir travaillé six mois sur les 24 derniers mois, au lieu de quatre sur 28 auparavant, et la dégressivité des allocations pour les hauts revenus au bout de six mois. Selon les chiffres de l'UNEDIC, 850.000 demandeurs d'emploi vont perdre 200 euros net par mois à partir de l'an prochain, dans deux mois.

"Ça fait 100% de perdants", a calculé le responsable syndical, qui accuse la ministre du Travail Muriel Pénicaud d'avoir fait cette réforme non pas pour aider au retour à l'emploi mais "pour faire des économies sur le dos des demandeurs d'emploi" . 

Ces règles "se sont mises en place suite à l'échec d'une négociation dans un cadre où il était quasi-impossible, pour l'ensemble des acteurs sociaux, patronat ou syndicats, d'aller vers un accord", a dénoncé L. Berger. "Elles ont été mises en place par décret, et il n'y a pas de possibilité d'intervention sur les décrets lorsqu'ils sont légaux. Ça n'empêche pas de continuer à dire que cette réforme est injuste et indigne", a-t-il insisté.
"On est dans un pays où quand on tape sur les plus fragiles, ce n'est pas ce qui fait le plus réagir. J'en suis presque malade au sens imagé . Ma colère n'est pas feinte", a ajouté Laurent Berger.

"Je viens de ce secteur, de l'accompagnement des demandeurs d'emploi. Je suis prêt à débattre avec Mme Pénicaud sur ce que ça veut dire concrètement, y compris sur ses allégations selon lesquelles les demandeurs d'emploi n'ont qu'à retrouver un travail. C'est plus compliqué que cela", a-t-il insisté.

"Nous nous battons contre la précarité, on investit un milliard d'euros pour l'insertion par l'économique des plus vulnérables, on est en train de former des jeunes pour qu'ils aient un emploi, on est en train de former des demandeurs d'emploi comme on l'a jamais fait, on rajoute des postes à Pôle emploi pour que les personnes soient mieux accompagnées", s'est justifiée jeudi sur LCI la ministre du Travail. "Notre but, c'est l'emploi, plus d'emploi, moins de précarité" , a-t-elle ajouté.

Eric Heyer, est sceptique : à bien des égards, les mesures gouvernementales ne vont rien régler, sinon à la frange.

VOIR et ENTENDRE le directeur du département analyse et prévision de l'OFCEdans Ecorama :



Michel Sapin, l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande, taclait une "réforme injuste et brutale"

"Là, c'est vraiment la première réforme depuis très longtemps qui est aussi brutale, aussi injuste et qui va créer plus de pauvres. C'est une réforme qui tape sur les plus faibles," s'est-il indigné au micro d'Europe 1 vendredi 1er novembre.



Interrogé sur les échecs des négociations avec les partenaires sociaux, Michel Sapin a estimé que cet échec était "voulu par le président de la République".
Macron "avait créé toutes les conditions pour qu'il ne puisse pas y avoir d'accord. Il ne pouvait pas y avoir d'accord de la part du patronat et il ne pouvait pas y avoir d'accord de la part des organisations syndicales", affirme Michel Sapin qui pointe "un échec organisé, c'est un échec voulu. Et c'est un échec qui donnait toute liberté ensuite au gouvernement de prendre des mesures que jamais les partenaires sociaux n'auraient pu négocier ou n'auraient voulu négocier".

Matthieu Orphelin, ancien membre de la majorité présidentielle LREM, s'est déclaré samedi sur Europe 1, "très inquiet"

Résultat de recherche d'images pour "trappe à chomage"

"Il faut que le gouvernement entende", a tonné e député du Maine-et-Loire, un ancien membre de la majorité présidentielle. Il est en effet monté à nouveau au créneau samedi, cette fois contre le durcissement des règles d'accès. "Je suis très inquiet par le durcissement des conditions d'éligibilité", a ainsi déclaré sur Europe 1 le député dissident du Maine-et-Loire.
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"C'est assez paradoxal par ailleurs, au moment où le gouvernement met en place une stratégie de lutte contre la pauvreté, j'ai peur que ce durcissement soit une trappe à pauvreté", a déclaré le député. "Je crois qu'il faut que le gouvernement entende les inquiétudes des acteurs comme Laurent Berger de la CFDT (...) Il faut que le gouvernement entende les alertes des acteurs sur ce sujet". Et de répéter : "j'ai beaucoup d'inquiétudes". 


lundi 24 juin 2019

Assurance-chômage la réforme qui réussit à hérisser même la CFDT

"Tout est problématique dans la réforme de l'assurance chômage," déplorent les réformistes de la CFDT

"On va passer d’un système d’indemnisation à un système d’accroissement de la pauvreté", met en garde Laurent Berger
Laurent Berger au siège de la CFDT, à Paris, jeudi:
il cire merveilleusement ses chaussures. Lui-même ?

Le secrétaire général de la CFDT dénonce le contenu de la réforme de l’assurance chômage dévoilée mardi. Et elle avait réussi à mettre en fureur le réformiste lors de sa présentation à Matignon.  A chaud, il s’était indigné contre un projet "profondément injuste". Deux jours plus tard, il a convoqué Libé au siège du syndicat pour revenir sur cette réforme qu’il jugeait toujours "extrêmement dure".

Votre colère concernant cette réforme est-elle toujours intacte ?

C’est une vraie colère. Quand j’étais conseiller en insertion professionnelle, j’ai trop vu de gens précaires pour feindre. Là, si je suis particulièrement en colère, c’est que
cette réforme n’a qu’un objectif budgétaire. L’essentiel des 3,5 milliards d’économie va se faire sur le dos des chômeurs. Elle repose sur l’idée fausse que s’ils le voulaient vraiment, les chômeurs retrouveraient du boulot. Or, toutes les études montrent que les abus ne dépassent jamais 15% des demandeurs d’emploi. On fait quoi pour les 85% d’autres? On fait payer à tous les conditions d’indemnisation.

Qu’est-ce qui pose problème dans cette réforme ?

Tout, à l’exception des dispositifs d’accompagnement, est problématique. Prenons les conditions d’accès à l’assurance chômage : elles passent à six mois au lieu de quatre auparavant. C’est une mesure purement budgétaire qui va toucher les jeunes et les contrats courts. Ça représente 240.000 personnes qui n’auront pas droit à l’indemnisation. Ils sont en train de créer des trappes à pauvreté. On va passer d’un système d’indemnisation chômage à un système d’accroissement de la pauvreté.

Quelle réforme auriez-vous souhaité ?

Mais il n’y avait pas besoin d’une réforme de l’assurance chômage, on l’avait faite en 2016 ! On avait alors fait 800 millions d’économies. On a toujours respecté nos engagements de gestionnaires, mais jamais en tapant sur les chômeurs.

Le gouvernement a aussi introduit le bonus-malus que vous défendiez depuis longtemps. Mais seulement dans sept secteurs d’activité. 

Vous êtes-vous senti trompé ?

En l’état, le dispositif est totalement insuffisant. On réclamait une mesure de responsabilité des entreprises mais le patronat a refusé de négocier. Donc on a dit au ministère du Travail : c’est bonus-malus pour tout le monde. Or, il ne va concerner que 34% des contrats courts. Dans son livre Révolution, Emmanuel Macron promet le "bonus-malus pour tout le monde" et "pas de dégressivité". La promesse n’a pas été respectée.

Aujourd’hui, cette mesure est pourtant présentée comme celle qui équilibre la réforme…

Au Pôle Emploi de Clichy-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 17 avril 2018.
Le gouvernement met en avant la nécessaire transition écologique et la justice sociale. Or, les premières mesures après le discours de politique générale, ce sont ces mesures injustes sur l’assurance chômage. Donc oui, c’est difficile pour nous de combattre ce double discours…
Comment contester cette réforme désormais ?

Dans les conclusions du grand débat, 53% des gens pensaient que pour réduire les dépenses publiques, il fallait toucher aux allocations sociales. Donc, je ne vais pas faire rêver à un grand soir. D’autres le feront, pas moi. On va organiser, le 25 juin, un rassemblement devant le ministère du Travail avec l’Unsa, la CFTC, la CGC, la Fage et des associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. C’est symbolique, c’est pour dire : on n’est pas dupe. A chaque fois qu’une décision sera injuste, la CFDT sera là pour le dire. Et, selon les sujets, on se mobilisera. Mais la mobilisation revêt des formes différentes, selon la capacité de construire le rapport de forces.

A aucun moment vous n’avez envisagé une action commune avec, notamment, la CGT ?

La CGT va manifester devant l’Unédic, qui gère le système d’assurance chômage, le 26 juin. Elle se trompe de cible. Rappelons quand même qu’ils n’ont jamais signé un accord sur l’assurance chômage et ont toujours considéré que c’était à l’Etat de faire. Eh bien voilà, c’est la fin de l’histoire : l’Etat gère. Et il le fait comme il l’entend… et c’est moins en faveur des demandeurs d’emplois que les compromis passés entre partenaires sociaux.

Il n’y a donc plus de marge de manœuvre ?

Dans une agence Pôle Emploi à Montpellier (Hérault).Hélas, je ne crois pas. Il y aura un décret dans l’été. Je pourrais vous dire qu’on va mettre demain 3 millions de personnes dans les rues, mais ça ne serait pas vrai, ne rêvons pas. Vous n’avez jamais assisté à des dîners avec des amis où certains parlent de "celui qui abuse" ? C’est tellement ancré. C’est pour ça qu’on n’arrive pas à mobiliser sur cette question des chômeurs. C’est dangereux, je suis persuadé qu’une société s’élève quand elle s’occupe de ceux qui sont le plus en difficulté et leur permet de s’en sortir. 

Que faire, alors ?

Il faut incarner davantage. On veut rendre visibles les demandeurs d’emploi, parce que cette réforme n’est pas du tout à hauteur de femmes et d’hommes. Nous voulons permettre aux chômeurs de s’exprimer. Cela peut avoir de la puissance de dire "voilà ce que cette réforme va produire". C’est aussi un des engagements du "Pacte du pouvoir de vivre" que nous défendons : évaluer les politiques publiques à l’aune de leur effet sur les 10% les plus pauvres de notre pays. Nous ne sommes pas découragés.

Pour les précaires, ça reste difficile de se mobiliser. Les syndicats en font-ils suffisamment ?

La CFDT a en son sein beaucoup de chômeurs. Mais nous n’organisons pas spécifiquement les demandeurs d’emploi car le chômage est, normalement, une situation passagère. Dans les accords successifs de l’assurance chômage, la CFDT a toujours porté la voix des plus précaires.

Et pour les travailleurs précaires justement, les abonnés aux CDD ?

Nous nous en occupons de plus en plus dans les entreprises. Avec la mise en place du comité social et économique, la nouvelle instance représentative du personnel, les salariés de la sous-traitance peuvent compter dans l’effectif des entreprises. Dans les boîtes, les élus portent désormais les préoccupations de ces travailleurs du nettoyage, du gardiennage. D’autres équipes syndicales font du gros boulot sur la titularisation des intérimaires, en allant parfois en justice. Si le syndicalisme ne s’intéresse pas encore plus à ces publics précaires, il sera en faute, il perdra une partie de sa raison d’être.

Cet individualisme rampant n’offre-t-il pas un boulevard au gouvernement pour faire exploser la protection sociale ?

Quand le consentement à la solidarité recule, c’est l’individualisme qui progresse. Et ça offre un boulevard à tous ceux qui pensent que la protection sociale devrait être un filet minimal de sécurité. C’est l’inverse de la philosophie de 1945, à savoir l’idée que chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

Si la protection sociale est en danger, cela veut dire que sur la réforme des retraites vos inquiétudes sont grandes ?

Le 7 mars 2018, à Paris, sur le stand de Pôle Emploi au Forum Emploi Senior.
Non, parce que sur ce dossier il y a eu une concertation. Si le gouvernement a la même logique à l’égard de nos propositions que sur ce précédent dossier, c’est-à-dire d’en avoir rien à faire, évidemment, nous serons en opposition. Mais nous ne serons pas de ceux qui diront que tout est à jeter et qu’il faut déjà faire des mobilisations sur une réforme dont on ne connaît même pas le début.

Une des dernières grandes mobilisations syndicales portait sur les retraites. C’était en 2010…

C’est aussi le dernier grand échec syndical. La réforme est passée malgré la mobilisation, et il y a eu beaucoup de perte pour le syndicalisme. Par contre, en 2013, sans aller dans la rue, nous avons obtenu l’instauration du compte de la pénibilité. La mobilisation syndicale ne se résume pas à des cortèges.

Cette réforme a-t-elle été prise par des gens hors sol ?

En tout cas elle est hors réalité quotidienne vécue par ceux qui subissent la précarité. Chaque semaine, je vais au moins une fois sur le terrain [en souliers vernis] pour discuter avec les militants dans les entreprises. Un certain nombre d’éditorialistes mais aussi d’acteurs politiques devraient le faire plus souvent.

A force, face à ces réformes qui se font sans prendre en compte l’avis des syndicats, vous n’êtes pas déçu ?

Les militants d’entreprise ne choisissent pas leur patron. C’est la même chose avec un gouvernement… C’est vrai que cela faisait au moins cinq ou six ans que je n’avais pas autant eu les nerfs. Mardi, j’avais la boule au ventre, car je sais qui sont les chômeurs qui seront touchés, je les connais. Evidemment, on est tenté de se dire que face à des gens qui ne comprennent pas les réalités, cela ne sert à rien de se battre. Mais on a choisi d’être militants. Parfois on prend des coups, mais on doit continuer de se battre. Et tant qu’on pourra discuter, on discutera. 

mercredi 21 novembre 2018

Les Gilets jaunes déchirent la majorité

CNews et BFMTV assurent que le mouvement s'essouffle, mais l'Elysée s'inquiète néanmoins l'embarras de ses troupes 

Les 
"Gilets jaunes" créent les premières fissures dans la majorité

Certaines voix dissonantes se font entendre dans la majorité, tandis que Castaner fait le matamore en montrant les muscles derrière les grilles de son ministère, mardi, face au mouvement des "gilets jaunes", dont les effectifs, jusqu'ici dispersés, se sont concentrés sur les points les plus stratégiquesdonnant l'impression d'être en nombre inférieur depuis les actions de samedi, mais mieux organisés, menant toujours des opérations de blocage et de filtragesur les autoroutes ou des dépôts pétroliers, qui préoccupent l'Elysée.

Au quatrième jour de mobilisation, le gouvernement a nettement durci sa ligne depuis dimanche, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner l'accusant mardi  le  mouvement de "dérive totale". 
Pourtant, dans la majorité, des sensibilités différentes se font parallèlement entendre.

Le Drian et son "interprétation de l'événement"

Le ministre des Affaires étrangères a lâché une critique remarquée, lundi soir, en allant un peu plus loin que la ligne gouvernementale. Le vétéran de l'équipe, Jean-Yves Le Drian s'est exprimé sur le sujet sur Europe 1,  préconisant de mettre en place "des dispositifs de vigilance, voire d'observations" sur les "mesures d'accompagnement" voulues par l'exécutif.

L'ancien ministre de la Défense de Hollande, qui s'était impliqué en 2013 lors de la colère des "bonnets rouges", propose notamment de "rendre publiques ces observations que nous pouvons faire" et même d'installer "un observatoire de ces inégalités, qui permet ensuite d’y remédier". "Il faut une traçabilité des mesures et des conséquences", a-t-il ainsi insisté, tout en précisant qu'il s’agit là de son "interprétation de l’événement".

Le socialiste Jean-Yves Le Drian, qui a entretenu des relations difficiles avec les écologistes dans sa région, avait également appelé à "faire attention" à ce que les mesures envisagées pour "décarborner" l'économie française ne se fassent "pas au détriment de certaines catégories sociales [...] car il peut y avoir des distorsions dans les conséquences de la transition écologique pour certaines personnes, qui le vivent très mal car elles ont toutes les conséquences et pas les avantages".

La députée LREM Brigitte Bourguignon "accepte la main tendue de Laurent Berger" (CFDT)

Cette autre socialiste, contrairement au premier ministre Edouard Philippe,  députée de La République en marche, qui entend incarner un "pôle social" dans la majorité macronienne, était interrogée lundi sur la réponse d'Edouard Philippe à la CFDT de Laurent Berger, qui proposait d'organiser une conférence sur la transition écologique.

Or, la présidente de la commission des Affaires sociales a pris le contre-pied de l'Edouard. "Moi, j'accepte la main tendue de Laurent Berger. Je ne suis que moi-même, parlementaire, mais je pense qu'avec les parlementaires de la majorité, nous aurions plutôt intérêt à accepter cette main tendue, ce dialogue renoué avec les corps intermédiaires - il me semble important de renouer ce dialogue", a-t-elle déclaré sur France Info.

"Je ne crois pas que les 'gilets jaunes' veulent une grande conférence avec les organisations politiques et syndicales", avait estimé Edouard Philippe, dimanche sur France 2. En réaction, Laurent Berger avait pris acte de la "fin de non recevoir, en tout cas au moins temporaire", pointant au passage "la verticalité du pouvoir". 

"Je crois fermement à cette proposition, je pense qu'on a toujours eu intérêt dans ce pays à dialoguer", a objecté Brigitte Bourguignon. 
On ne peut pas dire aux gens je vous écoute et je vous entends mais je ne changerai pas de cap, ce discours n'existe pas en politique!

La réponse n'est "pas la bonne" oppose un député LREM au chef du gouvernement

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Autre dissonance, celle d'un élu du PS dans la précédente législature, comme Brigitte Bourguignon. Le député LREM de l'Hérault Patrick Vignal s'est monté encore plus alarmant. "On ne peut pas dire aux gens je vous écoute et je vous entends mais je ne changerai pas de cap, ce discours n'existe pas en politique!", a-t-il déclaré lundi dans un entretien avec le Midi Libre, en estimant que la réponse de l'exécutif n'était pas "la bonne". "On ne peut pas mettre dos à dos la France des ronds-points et la France des avenues", a-t-il ajouté. Un message répété mardi matin à l'antenne de BFMTV. 


Mardi, en fin de matinée, Edouard Philippe a voulu réduire au silence à ces contestations

Il a appelé à "la cohérence" et la "constance" de la majorité, rapporte un journaliste de LCP. Devant les députés LREM, le chef de gouvernement a soutenu son ministre de l'Intérieur. Se sentant probablement plus désavoué et isolé qu'il n'y paraît dans la presse, l'Edouard s'est notamment plaint de la trop grande discrétion des élus dans les media pour défendre la politique de l'exécutif.


Le premier ministre se défend de vouloir "chinter les corps intermédiaires." 

Environ 27.000 "gilets jaunes" ont encore manifesté lundi, au troisième jour.

jeudi 5 avril 2018

"La dette de la SNCF n'est pas celle des cheminots", assure la CFDT

Laurent Berger nie que la dette de la SNCF a profité aux cheminots

Le leader de la CFDT a milité pour que l'ardoise de la compagnie soit effacée par ...l'Etat

Traduire, supportée par les contribuables : la dette de la SNCF est-elle celle des Français ?
La dette de la SNCF avoisine 50 milliards d’euros.Au lendemain du premier épisode de grève reconductible - étalée sur trois mois - et "scandée" - deux jours différents par semaine - pour nuire au maximum à la SNCF et à leurs concitoyens, les syndicats dresse un bilan, après la première période de désorganisation (de dimanche soir à mercredi matin, et avant samedi soir à mardi matin prochains).  

Le leader de la CFDT Laurent Berger a d'abord tenu à assurer les amateurs de BFMTV et RMC, ce jeudi, que si son organisation participe à cette grève scélérate, elle ne se "réjouit pas" pour autant des perturbations occasionnées par le mouvement de contestation des cheminots à la réforme Macron, alors que se tient jeudi au ministère des Transports une réunion entre la direction et les syndicats de la SNCF, au lendemain des deux premiers jours de grève contre la réforme ferroviaire, que le candidat Macron n'avait pas proposée aux électeurs de la présidentielle

Proche du PS, L. Berger a rappelé que son syndicat a fait "des propositions très précises" au gouvernement de Macron
Et de citer celle sur l'ouverture prochaine du rail à la concurrence. "Nous voulons savoir comment seront traités les cheminots demain", a-t-il également déclaré, faisant allusion au "sac-à-dos social" des cheminots qui partiraient à la concurrence, mais non sans biscuits (rien à voir avec le sandwich SNCF à la tranche de jambon épaisse comme une feuille de cigarette). 

La dette doit être payée par les Français, a-t-il soutenu sur la chaîne privée

Le principal sujet de l'heure  reste la dette abyssale de la compagnie ferroviaire. Or, la facture que la CFDT tend aux Français s'élève à 54,5 milliards d'euros. 
Jeudi 5 avril au matin sur France Inter, le premier ministre Edouard Philippe a estimé nécessaires des "contreparties" à une reprise d’une partie de cette dette. 
"Je ne veux pas dire aux Français qu’(ils) vont payer cette dette et la reprendre alors qu’ils n’ont aucun élément leur permettant de penser qu’à l’avenir, on ne va pas tomber dans 3 milliards (d’euros) de déficit" supplémentaires chaque année, s'est justifié le premier ministre.

La CGT dénonce un "chantage"
" 'Acceptez ce qu’on vous propose et on parlera de la dette après', c’est proprement scandaleux", a réagi le patron de la CGT, Philippe Martinez. "C’est le gouvernement qui s’entête, qui recherche l’épreuve de force et qui refuse la discussion", a-t-il accusé.

A en croire le syndicaliste socialiste, Michel Sapin et Hollande n'auraient pas sacrifié la SNCF au sauvetage d'Alstom

La CFDT a la mémoire courte : il ne connaît pas "Les Fourberies de Sapin" ?

"La dette, ce n'est pas celle des cheminots, pas celle des usagers", a affirmé Berger. 
Il met en cause une succession floue de politiques publiques hasardeuses ayant conduit à cette situation, sans évoquer l'achat de 15 rames de TGV et d'une vingtaine de locomotives à Alstom, à l'occasion de la création de la ligne Bordeaux-Marseille, peu circulée, mais surtout à huit mois de la présidentielle de 2017, pour satisfaire l'électorat de Belfort et sa région et pour soutenir une éventuelle candidature de Hollande  à sa propre succession. En vain pour le PS et inutilement pour le capitaine de pédalo.

Pour la CFDT, la solution est donc on ne peut plus simple. 
"Comme en Allemagne, comme ailleurs, la dette doit être reprise par l’Etat," décide-t-il. Une option qui n'est pas totalement exclue par le gouvernement, selon Laurent Berger.  


Berger fait du Hollande : "ça ne coûte rien; c'est l'Etat qui paye !..."

VOIR et ENTENDRE les propos de Hollande dont on nous dit qu'il ne les a pas prononcés ou qu'ils sont sortis de leur contexte :

jeudi 16 juin 2016

Loi Travail: Philippe Martinez réclame la "suspension du débat parlementaire"

La CGT met en cause le gouvernement dans les débordements intervenus au cours de la manifestation du 14 juin

Martinez (CGT) appelle à "suspendre le débat parlementaire de manière à ce que la situation se calme".


















Le secrétaire général de la CGT a une fois encore taclé le gouvernement. Il l'accuse "d'essayer de noyer le poisson" en "culpabilisant la CGT" après les débordements dans le cadre des manifestations contre la loi Travail. Invité de RTL ce jeudi, Philippe Martinez a estimé que la solution pour "que la situation se calme" serait que "le gouvernement suspende le débat parlementaire".

Le secrétaire général du syndicat est revenu sur les violences au cours de la manifestation de mardi dernier.
Il accuse "la préfecture" d'avoir donné l'ordre "de foncer sur les manifestants, alors que nos services d'ordre essayaient de dégager les casseurs". "Un syndicat loin d'être proche de la CGT avait expliqué que les CRS ont des ordres de ne pas intervenir sur les casseurs", a expliqué Philippe Martinez.

"Nous irons voir la ministre du Travail"
En mai dernier, sur France Info, Jean-Claude Delage, le secrétaire général du syndicat Alliance Police Nationale, avait mis en cause les consignes de l'Etat. "On ne peut pas nous laisser attendre une heure, face à des casseurs qui détruisent des vitrines", avait-il dénoncé. Ce jeudi, Philippe Martinez a rebondi sur cette observation, affirmant, au risque de simplification, que "dans la manifestation, c'est la CGT; dehors, ce sont les casseurs" et dénonce un "nouveau procès d'intention contre la CGT".



Proche du PCF, le secrétaire général de la CGT a d'ailleurs confirmé au micro de RTL que les manifestations du 23 et 28 juin seront bien maintenues. 
Mercredi, Manuel Valls, puis François Hollande ont fait savoir qu'il pourrait y avoir des interdictions si les violences se poursuivaient pendant les défilés contre le projet de réforme du code du travail. 
"Malgré ces attaques violentes du gouvernement, nous irons voir demain la ministre du Travail" Myriam El-Khomri, a par ailleurs indiqué Philippe Martinez, afin de "trouver des solutions". 

"Le gouvernement peut suspendre le débat parlementaire de manière à ce que la situation se calme", a estimé la CGT. 

La CFDT, proche du PS, prend le parti du pouvoir

"Il faut arrêter ce bras-de-fer," martèle la CFDT.
Sans surprise, son secrétaire général est intervenu dans l'affrontement pour appeler à l'apaisement, sur France Info ce jeudi. Mais il a taclé le gouvernement et la CGT. "Je pense qu'il faut arrêter ce bras-de-fer, qui consiste à montrer les muscles de chaque côté", a dénoncé Laurent Berger, qui estime que le pays est "totalement hystérisé". "Je tiens à la liberté de manifester, mais il faut que ça se fasse dans des conditions correctes", a-t-il tenté de se justifier.

Les "images à l'hôpital Necker" sont "totalement inacceptables", a expliqué le secrétaire général de la CFDT. Laurent Berger a ainsi appelé à la responsabilité des services d'ordre, qui "doivent s'assurer que les casseurs soient en dehors du cortège".
Les media ont retenu de la 9e journée de manifestation nationale contre la loi Travail que, dans le 15e arrondissement de Paris, l'hôpital Necker, spécialisé dans les soins pour enfants malades, a été dégradé", à la marge" (sic) du cortège. "Quinze baies vitrées ont été fracturées", confirme l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP) à France TV Info, et une plainte va être déposée. Les dégâts infligés à l'hôpital Necker sont attribués à une "horde" de "casseurs", pour ne pas dire des activistes anarcho-révolutionnaires, proches du NPA du trotskiste Olivier Besancenot et motivés par la subversion et le chaos.


Vers 15h30, des tirs de projectiles se sont mêlés aux gaz lacrymogènes. De la casse, des blessés et, plus rare, des canons à eau.
Le bilan des affrontements entre extrême gauche et forces de l'ordre s'élève à au moins 26 blessés et 21 interpellations.

Bernard Cazeneuve n'a pas hésité à exploiter une coïncidence.

C'est dans ce centre hospitalier qu'a été hospitalisé le jeune fils du couple de fonctionnaires de police assassiné lundi soir par un djihadiste à Magnanville. 
A l'antenne de France 2, Bernard Cazeneuve l'a ostensiblement souligné, appelant la "horde de manifestants violents" et "les sauvageons" à "retrouver un peu d'humanité, de tolérance, en respect de ce petit enfant". Certains, Arrêt sur images en tête, suspecte une récupération politique, voyant dans cet orphelin un "prétexte providentiel" pour la communication gouvernementale.
Et Laurent Berger s'est montré pessimiste sur la rencontre de vendredi entre Philippe Martinez et Myriam El-Khomri. 
"On est tous passés voir Myriam El-Khomri", a-t-il affirmé. "Il faut arrêter de réclamer les discussions quand on n'était pas là quand elles ont eu lieu", lui a répliqué le représentant de la CFDT.