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dimanche 9 février 2020

Assemblée nationale: la tension monte autour d'un amendement sur les caisses de retraite

"Ponctionner ou non les réserves des caisses, vous ne pouvez pas décider ça par ordonnance", a tonné le député FI Eric Coquerel

Si ça leur chante, les régimes de retraite complémentaire pourront puiser dans leurs réserves financières 

Samedi, les députés de la commission spéciale retraites (chargée de dénicher des financements) présidée par Brigitte Bourguignon ont voté dans ce senspour aider à la transition vers le régime universel dans des conditions fixées par ordonnance : du provisoire destiné à durer. La majorité parlementaire a adopté l'amendement du gouvernement qui met Eric Coquerel et quelques autres en fureur. Le premier présenté par le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski - benêt de service - depuis le début des travaux de la commission spéciale lundi aura mis le feu à l'opposition. 

"Cet amendement vise durant la période de convergence de vingt ans (...) à permettre aux régimes d'affiliation de décider s'ils souhaitent utiliser leurs réserves financières, en finançant la prise en charge partielle des cotisations" des affiliés, a raconté le secrétaire d'Etat.

Seront menacés les régimes excédentaires, Agir-Arrco (la caisse complémentaire des salariés du privé), Ircantec (des salariés de droit public, dont les fonctionnaires), ainsi que les régimes autonomes bien gérés des experts comptables et encore des avocats, a-t-il ajouté.

Les avocats, notamment, mènent des actions depuis un mois contre la réforme des retraites, qui prévoit, selon le Conseil national des barreaux, de doubler leurs cotisations retraite (de 14 à 28%), quand les avocats gagnent moins de 40.000 euros par an, et leurs pensions, actuellement au minimum de 1.400 euros net, passeraient à 1.000 euros. Un exemple d'équité, selon les membres du gouvernement déployés dans les media pour dire que personne ne sera pénalisé...

"Je me prends un tombereau d'insultes. c'est une honte," chouine la présidente de commission.
"Vous avez toutes les professions libérales contre vous et comme ça vous nous glissez tranquillement" cet amendement, a protesté en commission Sébastien Jumel (PCF). 

"Ponctionner ou non les réserves des caisses, vous ne pouvez pas décider ça par ordonnance"
, a aussi contesté Eric Coquerel (LFI). 

Les Républicains, qui s'élèvent aussi contre "un recours abusif aux ordonnances", ont "une forte suspicion
sur une souplesse supplémentaire accordée aux différents régimes", selon Constance Le Grip (LR).

Le secrétaire d'Etat s'en est lavé les mains, passant la patate chaudeles réserves seraient utilisées si les régimes "le décidaient". Ce n'est plus le problème du gouvernement ! Il s'agit d'élargir l'habilitation à prendre une ordonnance "pour que cette option existe", sans "contraindre qui que ce soit". 

Le petit doigt sur la couture du pantalon, le chef de file des députés MoDem, en remplacement de Marc Fesneau entré au gouvernement, Patrick Mignola, un ex-Giscardien et ex-membre de plusieurs cabinets ministériels de François Léotard ou de François Bayrou (1995-2001), a aussi soutenu la proposition d'ordonnance, pour laisser le temps à la concertation avec les professions.

"Revenez quand vous êtes prêts !", avait raillé plus tôt Boris Vallaud (PS)  -
dans l'esprit de la critique de Bernard Cazeneuve (PS) qui a jugé que le projet n'est qu'"un brouillon", Monsieur Belkacem dénonçant également un recours aux ordonnances,  et demandant avec ironie "que le gouvernement cesse de faire de l'obstruction parlementaire".
La commission spéciale, qui se réunit également ce dimanche, doit encore examiner quelque 16.000 amendements déposés par l'opposition sur le projet de réforme des retraites, faute de pouvoir faire bouger les lignes. 

La tension est montée samedi, du fait d'une femme sous l'emprise de ses nerfs

Alors qu'Eric Coquerel voulait davantage s'exprimer, la présidente de la commission Brigitte Bourguignon (LREM) a fait obstruction, le faisant taire en assurant qu'"il n'y a pas deux poids-deux mesures" sur les temps de parole. 

Et, criaillant au crime de lèse-majesté, la sexagénaire d'enchaîner : "Je vais dénoncer vos méthodes parce que ça fait cinq jours que je me fais pourrir mon téléphone, mon Twitter, mon Facebook, mes mails par des gens de votre formation politique" qui critiquent la discipline en commission, a-t-elle accusé. "Je me prends un tombereau d'insultes, c'est une honte", a ajouté Brigitte Bourguignon, sur le ton de la pintade. Interloqué par l'état dans lequel la présidente se mettait, Coquerel a répondu : "Pour ma part je ne vous ai pas pourrie sur internet".

mercredi 21 novembre 2018

Les Gilets jaunes déchirent la majorité

CNews et BFMTV assurent que le mouvement s'essouffle, mais l'Elysée s'inquiète néanmoins l'embarras de ses troupes 

Les 
"Gilets jaunes" créent les premières fissures dans la majorité

Certaines voix dissonantes se font entendre dans la majorité, tandis que Castaner fait le matamore en montrant les muscles derrière les grilles de son ministère, mardi, face au mouvement des "gilets jaunes", dont les effectifs, jusqu'ici dispersés, se sont concentrés sur les points les plus stratégiquesdonnant l'impression d'être en nombre inférieur depuis les actions de samedi, mais mieux organisés, menant toujours des opérations de blocage et de filtragesur les autoroutes ou des dépôts pétroliers, qui préoccupent l'Elysée.

Au quatrième jour de mobilisation, le gouvernement a nettement durci sa ligne depuis dimanche, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner l'accusant mardi  le  mouvement de "dérive totale". 
Pourtant, dans la majorité, des sensibilités différentes se font parallèlement entendre.

Le Drian et son "interprétation de l'événement"

Le ministre des Affaires étrangères a lâché une critique remarquée, lundi soir, en allant un peu plus loin que la ligne gouvernementale. Le vétéran de l'équipe, Jean-Yves Le Drian s'est exprimé sur le sujet sur Europe 1,  préconisant de mettre en place "des dispositifs de vigilance, voire d'observations" sur les "mesures d'accompagnement" voulues par l'exécutif.

L'ancien ministre de la Défense de Hollande, qui s'était impliqué en 2013 lors de la colère des "bonnets rouges", propose notamment de "rendre publiques ces observations que nous pouvons faire" et même d'installer "un observatoire de ces inégalités, qui permet ensuite d’y remédier". "Il faut une traçabilité des mesures et des conséquences", a-t-il ainsi insisté, tout en précisant qu'il s’agit là de son "interprétation de l’événement".

Le socialiste Jean-Yves Le Drian, qui a entretenu des relations difficiles avec les écologistes dans sa région, avait également appelé à "faire attention" à ce que les mesures envisagées pour "décarborner" l'économie française ne se fassent "pas au détriment de certaines catégories sociales [...] car il peut y avoir des distorsions dans les conséquences de la transition écologique pour certaines personnes, qui le vivent très mal car elles ont toutes les conséquences et pas les avantages".

La députée LREM Brigitte Bourguignon "accepte la main tendue de Laurent Berger" (CFDT)

Cette autre socialiste, contrairement au premier ministre Edouard Philippe,  députée de La République en marche, qui entend incarner un "pôle social" dans la majorité macronienne, était interrogée lundi sur la réponse d'Edouard Philippe à la CFDT de Laurent Berger, qui proposait d'organiser une conférence sur la transition écologique.

Or, la présidente de la commission des Affaires sociales a pris le contre-pied de l'Edouard. "Moi, j'accepte la main tendue de Laurent Berger. Je ne suis que moi-même, parlementaire, mais je pense qu'avec les parlementaires de la majorité, nous aurions plutôt intérêt à accepter cette main tendue, ce dialogue renoué avec les corps intermédiaires - il me semble important de renouer ce dialogue", a-t-elle déclaré sur France Info.

"Je ne crois pas que les 'gilets jaunes' veulent une grande conférence avec les organisations politiques et syndicales", avait estimé Edouard Philippe, dimanche sur France 2. En réaction, Laurent Berger avait pris acte de la "fin de non recevoir, en tout cas au moins temporaire", pointant au passage "la verticalité du pouvoir". 

"Je crois fermement à cette proposition, je pense qu'on a toujours eu intérêt dans ce pays à dialoguer", a objecté Brigitte Bourguignon. 
On ne peut pas dire aux gens je vous écoute et je vous entends mais je ne changerai pas de cap, ce discours n'existe pas en politique!

La réponse n'est "pas la bonne" oppose un député LREM au chef du gouvernement

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Autre dissonance, celle d'un élu du PS dans la précédente législature, comme Brigitte Bourguignon. Le député LREM de l'Hérault Patrick Vignal s'est monté encore plus alarmant. "On ne peut pas dire aux gens je vous écoute et je vous entends mais je ne changerai pas de cap, ce discours n'existe pas en politique!", a-t-il déclaré lundi dans un entretien avec le Midi Libre, en estimant que la réponse de l'exécutif n'était pas "la bonne". "On ne peut pas mettre dos à dos la France des ronds-points et la France des avenues", a-t-il ajouté. Un message répété mardi matin à l'antenne de BFMTV. 


Mardi, en fin de matinée, Edouard Philippe a voulu réduire au silence à ces contestations

Il a appelé à "la cohérence" et la "constance" de la majorité, rapporte un journaliste de LCP. Devant les députés LREM, le chef de gouvernement a soutenu son ministre de l'Intérieur. Se sentant probablement plus désavoué et isolé qu'il n'y paraît dans la presse, l'Edouard s'est notamment plaint de la trop grande discrétion des élus dans les media pour défendre la politique de l'exécutif.


Le premier ministre se défend de vouloir "chinter les corps intermédiaires." 

Environ 27.000 "gilets jaunes" ont encore manifesté lundi, au troisième jour.