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jeudi 6 août 2015

Loi Macron: le Conseil constitutionnel l'ampute, mais Valls promulgue le grand corps malade

Amputée, la loi Macron  a été promulguée 

Censuré de 18 dispositions clés, le texte a néanmoins été publié vendredi au Journal officiel


Après perfusions de trois recours à l'article 49-3 de la Constitution,  qui permet de court-circuiter le vote des élus du peuple, et ébranlé par deux motions de censure, le Conseil constitutionnel avait été saisi par 120 députés et sénateurs sur ce texte  de 308 articles, un fourre-tout à la PrévertAprès avoir examiné 19 articles de la loi controversée, il a signé mercredi soir le certificat d'aptitude physique du texte à relancer la croissance et l'activité. Il n'a pas fallu plus de 24 heures au gouvernement pour publier,dans l'urgence, ce texte traumatisé.

Le Conseil constitutionnel a  une nouvelle fois censuré un texte gouvernemental.
Les Sages ont  retoqué plusieurs articles importants dont celui réformant la justice prud'homale et le plafonnement des indemnités en cas de licenciement sans cause réelle ou sérieuse: un  sanglant désaveu du pouvoir socialiste, accusé de social-libéralisme au moment où il s'évertue à se donner des airs de social-démocrates. 

Cette fois, plusieurs dispositions importantes censé doper la croissanceLa loi Macron a accroché toutes les haies jusqu'à la dernière mais a fini sa course. Le gouvernement a tutoyé du pied mais franchi les obstacles de l'article consacré à l'ouverture des magasins 12 dimanches par an et tous les dimanches dans les nouvelles zones touristiques internationales (ZTI), et  celui dédié à l'ouverture des lignes d'autocar interurbaines à la concurrence

Le Premier ministre Manuel Valls se déclare satisfait de l'arbitrage des Sages

Une fois les décrets d'application pris par le gouvernement, elles pourront donc entrer en vigueur telles que prévuesAinsi, le Conseil a notamment validé la quasi-totalité des articles relatifs à la réforme des professions réglementées du droit, comme les notaires, huissiers de justice, etc. La loi Macron conserve également des dispositions sur la réforme du passage du permis de conduire (alors que la conduite accompagnée est actuellement dénoncée, suite à la mort de quatre des quatorze adolescents entassés dans un véhicule utilitaire conduit par un mineur sans permis), du financement et de l'encadrement de la vie des entreprises, de la banque, ou encore la lutte contre la fraude aux travailleurs détachés ne sont pas remis en question.

Valls ne mentionne pas les rejets par le Conseil constitutionnel des articles, en partie ou en totalité, parmi ceux contestés par les parlementaires.
Le Conseil constitutionnel a censuré cinq articles, en partie ou en totalité, parmi ceux contestés par les parlementaires.

-> La réforme de la justice prud'homale

Le plus important concerne la réforme de la justice prud'homale et le plafonnement des indemnités en cas de licenciement sans cause réelle ou sérieuse, que la loi voulait variable selon la taille de l'entreprise et l'ancienneté du salarié. S'il a validé le critère d'ancienneté, le Conseil constitutionnel a rejeté celui lié à la taille de l'entreprise, jugeant qu'"il devait retenir des critères présentant un lien avec le préjudice subi par le salarié".

-> La communication sur l'alcool

Surtout, le Conseil a débusqué et censuré en tout ou partie 18 articles "adoptés selon une procédure contraire à la Constitution", c'est-à-dire considérés comme des "cavaliers législatifs", en d'autre termes, une foule de dispositions sournoises n'ayant rien à voir avec l'objet du projet de loi. Retoqué donc l'article visant à assouplir la communication sur l'alcool et remettant en cause la loi Evin (1991), selon les autorités sanitaires et plusieurs associations. 

Il affirmait que "ne sont pas considérés comme une publicité ou une propagande (...) les contenus, images, représentations (...) relatifs à une région de production, à une toponymie, (...) à un terroir, à un itinéraire, à une zone de production, au savoir-faire, à l'histoire ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique (...)".

-> L'enfouissement des déchets radioactifs

Censuré aussi le projet Cigéo d'enfouissement des déchets radioactifs à Bure (Meuse) que le gouvernement souhaitait entériner, "pour clarifier la totalité des coûts" de la filière nucléaire, comme l'expliquait  mi-juillet le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron: un prétexte jugé fallacieux. 

Les écologistes avaient, eux, dénoncé "un coup de force". Cette décision des Sages a été saluée par Denis Baupin, député EELV de Paris.

-> La réforme des chambres de commerce

Le Conseil a également censuré les articles relatifs à la réforme des chambres de commerce et des métiers, estimant là encore qu'il s'agissait d'un "cavalier législatif".

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron qui ne craint pas l'amalgame
Il est allé dire que "la décision du Conseil Constitutionnel valide la procédure parlementaire suivie pour l’examen de ce texte." 
Ce projet de loi tentaculaire a en effet connu un parcours mouvementé au Parlement, le gouvernement ayant recours à l'article 49-3 pour le faire passer sans vote, face à l'opposition des "frondeurs" du parti socialiste, de l'opposition de droite et, sur certaines de ces mesures, des écologistes. 

"Des articles substantiels ont été censurés par le Conseil Constitutionnel", s'est félicité, Vincent Capo-Canellas, président de la Commission du Sénat chargée d'examiner la loi Macron. "C'est une victoire du droit", a ajouté le sénateur UDI par communiqué. 
"Modifier la loi est maintenant une nécessité".
Le hussard Valls promet de revenir à la charge.

vendredi 19 juin 2015

Gouvernement: Valls ne maîtrise plus ses femmes sur l'alcool et le travail dominical

Les femmes ministres défient le petit coq

Le Premier ministre a dû mettre les pendules à l'heure avec Taubira

"Il y a les 35 heures, mais le temps effectif est de 39 heures," a-t-il indiqué à la grosse aiguille.
Sa ministre de la Justice rêve en effet à voix haute. "J'estime que l'idéal, c'est que les gens puissent travailler 32 heures dans une semaine," a déclaré Christiane Taubira vendredi à RMC et BFMTV. 

La ministre de la Justice a clairement fait savoir qu'elle est opposé au travail dominical. 
"Je rêve d'un monde où on ne travaille pas le dimanche, où le samedi et le dimanche on ne travaille pas. Je rêve d'un monde où on peut travailler 32 heures", a lancé Christiane Taubira, avant d'expliquer ce que les Français pourraient faire de ce temps de travail en moins. "Aller au musée, à la plage, parler à ses voisins, avoir du temps pour se consacrer aux autres dans des associations, aller au musée, avoir le temps, quand c'est possible, d'aller sur la plage, de déambuler, de marcher, de parler à ses voisins, d'aller en librairie, au cinéma, au théâtre, etc. Voilà la société dont on peut rêver".

Manuel Valls l'a aussitôt reprise de volée depuis le salon du Bourget.
"Les Français, ce qu'ils veulent, c'est du boulot", a estimé le démagogue de Matignon, parlant au nom de la population, malgré ses quelque 36% de satisfaits et un chômage à 10,6% en mars 2015 et 5.590.600 chômeurs, en incluant l’outre-mer que Hollande est allé couvrir de cadeaux. 
Valls a renvoyé sa garde des Sceaux dans les cordes, déclarant en un français d'un médiocre niveau : "vous savez, aujourd'hui, il y a un temps de travail qui existe. Il y a les 35 heures mais le temps effectif est de 39 heures." Et de conclure : "soyons pragmatiques, sortons des dogmes, engageons-nous pour la croissance et le travail pour notre pays. C'est mon action".
VOIR et ENTENDRE Valls réagir et dénoncer... les colères, propos qui blessent et "les comportements qui consistent à crier" (sic):


Le conseiller politique de Nicolas Sarkozy et député les Républicains (LR) de la Haute-Marne,
Luc Chatel, a réagi ce vendredi matin sur le plateau de Parlement Hebdo. "C'est le retour des vieux démons de la gauche. C'est à dire penser que le travail se partage et qu'on va le répartir entre les Français. Ça fait 20 ans que cette théorie a échoué sur le plan économique et qu'elle a bloqué les consciences: on a perdu l'envie de travailler", a-t-il regretté. 

Un argument repris plus tard par le sénateur LR des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi: "Quand toutes les entreprises seront en faillite, les Français ‘flâneront'?", a-t-il raillé.

Marisol Touraine l'a également bravé

La ministre de la Santé n'a pas réussi à garder intacte la loi Evin et Marisol Touraine rend responsable le premier ministre qui soutient la loi Macron. Les députés de la commission spéciale de l'Assemblée nationale, chargée d'examiner le projet de loi Macron, ont voté mardi à une très large majorité un amendement gouvernemental négocié durant la nuit avec les parlementaires. Seuls deux députés socialistes ont voté contre (François Brottes et Dominique Lefebvre) et le rapporteur général du projet de loi, Richard Ferrand, s'est abstenu.

"C'est un coup dur porté à la santé publique, estime Marisol Touraine
Et glou et glou, ...
Un artiste photographe, une agence de tourisme ou un journaliste, voire un président de la République, pourra bientôt faire référence aux paysages de l'oenotourisme ("made in France"), aux savoir-faire des métiers de la viticulture, sans restrictions de publicité de l'alcool instaurées par la loi Evin il y a près d'un quart de siècle.

Intrônisation de la dinde à Vinexpo
Pour Marisol Touraine, la loi Macron sert à détricoter la loi Evin. La ministère de la santé avait appelé les députés à "ne pas changer la loi", soutenue par son collègue Stéphane Le Foll, ministre intermittent de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement. 
Marisol Touraine se dit en colère contre Manuel Valls et "regrette que la loi Macron serve à détricoter la loi Evin. Je veux rappeler que la loi Evin permet depuis 30 ans d'encadrer, et non pas d'interdire, la publicité pour l'alcool. Il ne fallait pas y toucher."
Le vin ne réjouit le coeur de l'homme,
s'il n'est pas catalan
L'amendement contesté libérera de facto la possibilité de faire de la publicité pour l'alcool "et ce, quasiment sans limite", avait mis en garde Claude Evin, père de la loi de 1991. Les alcoologues avaient déjà lancé un cri d'alarme lors de la précédente tentative. Si l'amendement était voté, écrivaient-ils, au président de la République, "c'est l'ensemble de la population, et notamment les jeunes [priorité du président tant qu'il avait été en campagne], qui serait exposée à une promotion sans limite en faveur de la consommation d'alcool".


L'une comme l'autre a dû subir la loi des machos.


Vinexpo: Hollande ne sait plus ce qu'il dit

Premier dommage collatéral de l'assouplissement de la loi Evin par la loi Macron

Le  président de la République ne parle pas la même langue que nous

Hollande, en état d'ivresse à Bordeaux
Dimanche 14 juin 2015, François Hollande s'est rendu à Bordeaux pour inaugurer le salon Vinexpo. Comme de bien entendu, le président français a fait le tour des stands et dégusté différents vins, mais sans conscience de ses capacités limitées dans ce domaine comme dans les autres. 
A la fin de sa tournée et plusieurs verres d'alcool, il a eu des velléités de discours, comme prévu. François Hollande était serein, mais peu lucide et autant dire carrément pompette: il avait du mal à articuler certains mots, comme l'a signalé Bertrand Chameroy dans l'émission "Touche pas à mon poste !" sur D8.
VOIR et ENTENDRE le président socialiste:

Le gouvernement a précisément choisi d'assouplir la loi qui réglemente strictement la promotion de l'alcool 



Dans l'entourage de Marisol Touraine, on reconnaît avoir perdu la bataille.

Les députés ont modifié
dans la nuit de mercredi à jeudi la loi Evin en refusant de revenir sur un amendement du Sénat distinguant information et publicité sur l'alcool, contre l'avis du gouvernement. Lors de l'examen en commission en seconde lecture du projet de loi Macron, les députés n'ont pas suivi le gouvernement qui avait demandé la suppression de cet amendement du sénateur Gérard César (Les Républicains, ex-UMP) adopté début mai par la Haute Assemblée.

Le vin comme rince-bouche...
La ministre de la Santé, Marisol Touraine tout comme le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll avaient appelé lundi les députés à "ne pas changer la loi" Evin encadrant la publicité pour l'alcool.

C'est l'une des très nombreuses mesures de la loi Macron, sur laquelle Manuel Valls a engagé mardi la responsabilité du gouvernement en
violant les "consciences" (?) de sa propre majorité socialiste à l'Assemblée par le biais de l'article 49.3. La loi Evin sera en effet assouplie par un amendement du gouvernement visant à la... "clarifier": sémantique fallacieuse socialiste ! Une satisfaction pour les filières viticoles et une défaite pour les professionnels de santé.

L'exécutif cherche ainsi à clore une bataille interne qui a éclaté la semaine dernière, après l'adoption par les députés d'un amendement sénatorial sur la distinction ténue entre information et promotion de l'alcool. Les professionnels de santé étaient montés au créneau, ainsi que la ministre de la Santé Marisol Touraine: instantané ci-dessus, au grand dam de Valls, visiblement inquiet de se donner à l'opposition le spectacle des divisions de la majoritéjusqu'au coeur de son gouvernement. Touraine en "colère" dénonce "un coup dur".

La dinde, ci-contre, était de la virée...

lundi 15 juin 2015

Loi Macron: Valls a décidé de recourir à l'article 49-3 dès mardi ou mercredi

Hollande engagera la responsabilité de son gouvernement

Les godillots socialistes traîneront-ils la semelle? 

Le petit homme en perd son latin
Les députés, qui devaient examiner en seconde lecture la loi Macron, n'auront plus rien à faire: Hollande et Valls balaieront le millier d'amendements déposés d'un revers de manche. Le Premier ministre, Manuel Valls, vient en effet de décider de recourir dès demain à l'article 49-3. En demandant à sa majorité de lui accorder sa confiance, il fera adopter le texte en bloc, sans que plus personne ne sache ce qu'il contient vraiment. Pour justifier sa décision d'aller vite sur ce deuxième texte en quelques semaines, l'exécutif a reculé devant les députés qui avaient déposé plus d'un millier d'amendements, manifestant ainsi leur désapprobation.
C'est donc par la force et sans vote à l'Assemblée nationale que François Hollande et Manuel Valls vont à nouveau faire adopter le projet de loi Macron sur la croissance et l'activité.

De son côté, par la voix de Christian Jacob, président du groupe Les Républicains,  l'opposition a annoncé qu'elle déposerait une motion de censure du gouvernement. Quant aux 10 députés du Front de gauche, ils battent le rappel pour qu'une "motion de censure de gauche" soit également déposée. Il faudrait qu'au moins 58 parlementaires (un dizième) la signent pour qu'elle ait une chance d'être débattue.

Le texte a été adopté en commission paritaire jeudi et arrive en seconde lecture après avoir été déjà profondément modifié par le Sénat. Il avait été mis à l'ordre du jour de l'Assemblée à partir de mardi à 21h30 pour une semaine de débats avant un vote solennel le 24 juin. 
En février, la décision de recourir à cette procédure avait été prise à la dernière minute, juste avant le vote solennel. Cette fois, la décision coupe court à une semaine de débats. "Nous avons déjà des centaines d'heures de débat sur ce texte", observe ce lundi matin sur RTL le président du groupe socialiste à l'Assemblée, l'illustre démocrate Bruno Le Roux, alors que le texte controversé a suscité un nombre énorme d'amendements. "Il faut éviter les jeux de posture et faire en sorte que la loi Macron puisse s'appliquer le plus rapidement possible dans la vie des Français. Moi j'en serais satisfait".  

Le Roux émet pourtant lui-même des réserves sur l'amendement qui modifierait la loi Evin sur l'alcool et qui mériterait, selon lui, qu'une mission parlementaire resserrée se charge rapidement de le réécrire.

Contourner le vote négatif d'une quarantaine de frondeurs

Depuis quelques jours, le gouvernement préparait les conditions d'une accélération de la procédure et  contourner le risque d'un vote négatif d'une quarantaine de députés de gauche qui font toujours un blocage sur une autre question, celle du travail du dimanche. Le texte sera alors considéré comme adopté, sauf si l'opposition réussissait à faire voter une motion de censure, ce qui est exclu.

Le président de la commission spéciale qui a examiné le projet de loi, François Brottes (PS), estimait à l'issue des débats jeudi que le travail de celle-ci a été " extrêmement ciselé" et "qu'il n'y avait plus beaucoup de questions en suspens ". "Il faut montrer aux Français que ça va vite. Peut-on se permettre une semaine ou deux de débats alors que les Français pensent que la loi est déjà adoptée ?" raconte-t-il autour de lui et dans l'entourage de Manuel Valls, où l'on "assume parfaitement le 49-3".

"Il faudrait qu'on ait la possibilité de se prononcer, on ne l'avait pas eue en première lecture", déplorait également , Aurélie Filipetti (PS), l'ancienne ministre incapable de la Culture, aux dires de Fleur Pellerin. "Après le passage au Sénat qui avait encore renforcé, aggravé, tous les problèmes sociaux posés par ce ce texte, le travail en commission n'a pas permis de rétablir un équilibre suffisant", déplorait la députée de Moselle sur France Inter ce lundi. 

Le plafonnement des indemnités aux Prud'hommes fâche largement les frondeurs, plus encore que le travail dominical. "Ça n'a aucun sens. On remplace un plancher d'indemnisation par un plafond. Les salariés vont se retrouver extrêmement lésés" Et de faire remarquer que "les petites entreprises ne sont pas forcément des TPE indépendantes: beaucoup de filiales de très grandes entreprises s'organisent en petites unités pour échapper à un certain nombre de réglementations qui protègent les salariés".

Vent debout lui-aussi contre ce plafonnement, le député des Yvelines Benoît Hamon (PS) avait déposé un amendement pour supprimer cet article de la loi Macron.


Dimanche à midi, Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, mère des enfants du président, déminait déjà le sujet. "C'est prévu dans la Constitution, donc ce n'est pas un échec. Ça serait une procédure totalement illégale, je vous dirais que c'est un problème", a-t-elle argumenté sur France 3, en réponse à la question sur le recours au 49.3 comme échec de la majorité gouvernementale. Son ministère est directement intéressée au texte : "J'ai intégré (au texte) aussi une ou deux actions auxquelles je tiens, a précisé la ministre qui a utilisé la loi Macron comme un fourre-tout. C'est par exemple le permis unique pour permettre à la fois d'accélérer l'équipement du pays tout en protégeant l'environnement et ne pas attendre des recours pendant cinq ou six ans". Tout à l'avenant; cette loi est un inventaire à la Prévert.

 

jeudi 11 juin 2015

Favorable aux salles de shoot, Marisol Touraine "en pétard" contre les élus de régions viticoles


Marisol Touraine "regrette que la loi Macron serve à détricoter la loi Evin" !
La loi Macron, plus fourre-tout que prévu

Les salles de shoot,
c'est pas pour les alcoolos
La ministre de la Santé a regretté que "la loi Macron serve à détricoter la loi Evin". Elle a laissé éclater sa "colère" après la modification par les députés  d'une disposition contrôlant la publicité pour l'alcool.

"Le vote de cette nuit est un coup dur porté à la santé publique. Je regrette que la loi Macron serve à détricoter la loi Evin", a déclaré la ministre à son arrivée au congrès de la Mutualité française à Nantes, en ajoutant son souhait que "la suite du débat parlementaire permette de rétablir la loi Evin". 


Le gouvernement ne contrôle plus rien 

Occupé à sauver le footballeur catalan de Matignon, l'exécutif s'est fait déborder à l'Assemblée. On savait le premier ministre envahi par l'ivresse du pouvoir qui conduit au fossé, comme ce fut le cas avec sa virée familiale à Berlin en jet gouvernementale aux frais de la princesse pour la finale de la Ligue des champions qui opposait la Juventus au Barça. 

Marisol Touraine a soutenu que "la loi Evin permet depuis 30 ans d'encadrer, et non pas d'interdire, la publicité pour l'alcool". "Cet équilibre entre les intérêts de santé publique et les intérêts économiques fonctionnait bien. Il ne fallait pas y toucher", a-t-elle estimé, en évoquant les "50.000 personnes qui meurent chaque année des conséquences d'une consommation excessive d'alcool", en dépit de la loi Evin.

La ministre Marisol Touraine n'a pas dissimulé son échec en souhaitant, lors du congrès de la Mutualité française à Nantes, que "la suite du débat parlementaire permette de rétablir la loi Evin". Lors d'une nouvelle lecture du projet de loi Macron en commissiondans la nuit de mercredi à jeudi, pour glisser subrepticement un renforcement du contrôle, les députés ont en effet modifié la loi Evin (1991), en refusant de revenir sur un amendement du Sénat distinguant information et publicité sur l'alcool. Le gouvernement avait demandé la suppression de cet amendement du sénateur Gérard César (Les Républicains, ex-UMP de Gironde).

A force d'ajouts et de retraits, souvent de nuit,
personne ne sait plus ce que contient ce flacon Macron.

lundi 17 décembre 2012

Jérôme Cahuzac, un ministre proche des lobbies pharmaceutiques

En plein débat sur la loi Evin, cet as de la fiscalité travaillait avec les labos pharmaceutiques


Accusé de fraude fiscale par Mediapart, le ministre délégué au Budget a travaillé pour l'industrie pharmaceutique avant de travailler pour Hollande au gouvernement Z-Ayrault.
Lien PaSiDupes : Mediapart met Cahuzac au défi de porter plainte



La naissance d'une légende

En pleine campagne pour les législatives de 1997, on dit qu'un jeune homme sauva une femme victime d'un malaise à quelques mètres de lui, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, alors qu'il distribuait des tracts socialistes. Comme le lui impose son serment d'Hippocrate, l'homme se porta immédiatement au secours de la bonne dame,  et le médecin la ranima sous les yeux émerveillés du tout-Villeneuve. " Pour le pékin moyen, il est instantanément devenu le bon docteur Cahuzac", persiflent deux anciens proches du député.

Pourtant, la carrière médicale intermittente et tortueuse de Jérôme Cahuzac ne sera pas celle d'un médecin de campagne "normal"


Coopté en 1988 au cabinet du ministre de la Santé par la volonté de Guy Carcassonne, un juriste local, membre du cabinet de Michel Rocard, le chirurgien passe pour un héraut de la loi Évin, intraitable face aux lobbys de l'alcool et du tabac. On raconte que pour devenir conseiller technique au cabinet de Claude Évin, ministre des Affaires sociales des deux gouvernements Rocard de 1988 à 1991, il aurait quitté son poste de chef de de clinique à la faculté de médecine, une fonction dont on n'a pas la preuve qu'il l'ait jamais occupée: il l'aurait rêvée, mais jamais décrochée et en aurait nourri une amertume tenace.


Mais son autre casquette est encore plus mystérieuse.
 

Conseiller technique pour le médicament, il est à l'interface du ministère avec la très autarcique Direction de la pharmacie et du médicament (DPHM).

Déjà, en 1989, l'empereur castrais du médicament, dans le Tarn voisin, Pierre Fabre, n'avait pas eu à se plaindre de l'action du jeune conseiller technique. Épinglé par la Cour des Comptes, son Maxepa aurait bénéficié  d'un traitement maison, grâce à Jérôme Cahuzac, sur consigne du ministre Claude Évin, ex-député de Loire-Atlantique, comme ...Jean-Marc Ayrault. Soit un prix de vente trois fois supérieur à ses concurrents ! À l'époque et en échange, " Le Canard enchaîné " avait évoqué la promesse de Fabre d'implanter une usine dans la circonscription… de Claude Évin. Un "conflit d'intérêts" qui ne fut pas démenti, mais resta impuni.


En 1991, Mitterrand renvoya Rocard 

Entraînant  dans sa chute Claude Évin et ses camarades. " Jérôme a mal vécu cette fin. Il cherchait à rebondir ", se souvient une ancienne collaboratrice. D'autant que la période coïncide pour le conseiller avec un contrôle fiscal carabiné.

Cahuzac Conseil
Pour rebondir, Jérôme Cahuzac, qui aurait déjà effectué du temps d'Évin quelques discrets extras dans une clinique de chirurgie esthétique, se lance avec sa femme d'alors dans la chirurgie capillaire. De nombreux députés solidaires aideront à l'équilibre budgétaire de la clinique Cahuzac en y faisant restaurer leur chevelure. Bernard Cazeneuve et Pierre Moscovici sont-ils du nombre ?
Proche de Bernard Charles, le député maire de Cahors - notoire courroie de transmission de Pierre Fabre à l'Assemblée -, Jérôme Cahuzac ne coupe pas non plus les ponts avec les labos. Au début des années 1990, c'est en jet privé  qu'il se rend avec Michel Rocard à la villa Carla, la tanière de l'industriel à Castres, pour un dîner avec Jacques Limouzy (député UDR de Castres) et Philippe Douste-Blazy (ministre de la Santé, 1993-1995).



Puis, en 1993, il dépose les statuts de Cahuzac Conseil, une société qui travaillera exclusivement pour l'industrie pharmaceutique. En privé, Jérôme Cahuzac reconnaît avoir gagné beaucoup d'argent en officiant comme " conseiller purement technique " de la plupart des labos.Lien PaSiDupes : "Mediapart: le gestionnaire de fortune de Cahuzac en sait long"


Quelle que soit la sincérité des conseils apportés par Jérôme Cahuzac aux laboratoires, il est peu probable qu'il ait pu échapper totalement à une stratégie de lobbying bien rodée : repérer les jeunes pousses prometteuses dans les cabinets ministériels, tisser des liens d'amitié et financiers avec elles dans l'espoir qu'un jour ces personnalités, parvenues aux responsabilités, seront dans les meilleures dispositions à leur égard. Une pratique de plus en plus questionnée dans la perspective de l'encadrement des conflits d'intérêt.

Ce parcours professionnel n'empêchera pas le député Cahuzac de défendre un amendement imposant une taxation supplémentaire sur les bénéfices des labos, en 1998. 


L'industrie pharmaceutique ne se montrera pas rancunière

 Lien PaSiDupes


Ayrault et son gouvernement soutiennent le ministre,
mais Pascal Durand d'EE-LV soutient le journal


Député du Lot-et-Garonne, Cahuzac n'aura aucun mal à attirer Fabre et Upsa (un labo agenais) pour financer les associations sportives de Villeneuve-sur-Lot. Cette générosité déclenchera l'ire de la droite, qui accusera publiquement le député de bénéficier des " largesses des labos ". " Cahuzac n'était pas notre favori, nous avions nos propres relais avec les parlementaires agenais ", assure un ancien cadre d'Upsa. Faux !

Un ex-élu de droite lot-et-garonnais se souvient de s'être fait intimer l'ordre, par Upsa, de faire cesser ces accusations.
Selon cet élu, le laboratoire ne lui avait pas caché de placer de grands espoirs dans Jérôme Cahuzac.

dimanche 18 mars 2012

Jérôme Cahuzac, la droiture antithétique de François Hollande

Cahuzac, le mec bien qui dit tout haut ce que fait le "sale mec" Hollande

Cahuzac, le vertueux qui fait tache au PS
Brillant mais nerveux, chirurgien esthétique mais rocardien, le président de la commission des Finances ronge son frein depuis dix ans pour devenir ministre.

Au sein de l'équipe de campagne de François Hollande, Jérôme Cahuzac est responsable du « pôle budget, finances, fiscalité ». Voilà pour le rôle officiel. Mais ce député de 59 ans a une autre fonction : il est celui qui fait éclater la vérité (ou trahit l'inconscient socialiste). Atteint d'une forme d'incontinence rare en politique, il ne peut pas s'empêcher de dire ce qu'il pense vraiment. Faut que ça sorte.

Il a commencé par un acte manqué.
Début septembre, muni de la procuration de François Hollande, il vote par erreur en faveur du plan de rigueur du gouvernement.

Quelques semaines plus tard, il dit tout haut ce que les socialistes admettaient tout bas : « Le projet socialiste est une chose, le projet du candidat en sera une autre. » Et il insiste :
« François Hollande puisera dans ce programme mais ne pourra réaliser la totalité de ce programme car tout simplement les moyens du pays ne le permettent pas. »
Les 60 000 postes dans l'Education nationale ? Il est le premier à déclarer, l'air de rien, que les « créations » promises par François Hollande seront en fait des redéploiements.

« La permission d'aller pisser »

Son court-circuitage par Hollande sur un plateau de télévision a été la goutte qui a fait déborder le vase.
C'est « l'épisode 75% » du lundi 27 février. François Hollande venait d'annoncer, sur TF1, sa volonté de taxer à 75% les revenus supérieurs à un million d'euros par jour an. Invité au même moment sur France 2, Cahuzac est invité à fournir des précisions. Or, le candidat ne l'a pas informé de sa dernière improvisation et voici comment il réagit à cette annonce:

« Vous m'interrogez sur une déclaration que pour ma part je n'ai pas entendue. [...] J'attends de voir un peu ce qu'il en est vraiment. »

Pris de court et blessé de ne pas avoir été associé, Cahuzac se refuse à faire semblant de savoir : « Hollande ne va quand même pas demander à Cahuzac la permission d'aller pisser ! », s'époumone un autre chef de pôle, anonyme ou inventé par Rue 89. Mais Cahuzac ne renie pas sa franchise atypique au PS.

En politique, c'est pour l'austère Jospin qu'il a le plus de respect.
En littérature, plutôt que le stalinien Jean-Paul Sartre et co-fondateur de Libération, il place Camus, « l'écrivain de la vérité », au-dessus de tout. Certains sont passionnés par la justice ou l'égalité. Cahuzac, lui, se flatte de respecter la vérité.


Mai 68 ? « Une fête plus qu'un événement politique »

Ça ne l'empêche pas de se livrer à des propos sibyllins, des phrases tarabiscotées, des tournures à double sens, des ellipses et des réécritures du passé. Mais rien qui puisse entamer la douce illusion du « parler vrai ». C'est Rue 89, site avatar du journal Libération qui l'écrit...

On ne fait pas plus rocardien comme thème. Et c'est la filiation dans laquelle Cahuzac s'inscrit. Mais quand on lui demande pourquoi, il fait des mystères.
En réalité, il est tombé dans le rocardisme en sortant de chez ses parents : Guy Carcassonne était leur voisin de palier. Cahuzac est entré au PS en le suivant à la section socialiste du Ve arrondissement de Paris. On est en 1977. Il a 25 ans.

Pour lui, Mai 68 a été « plus une fête qu'un événement politique ». « Le lycée tournait en coopérative, on a appris l'autonomie », se souvient son copain de classe Daniel Scherman. Ils écoutent les Beatles et Brassens, n'ont pas de vocation affirmée. Cahuzac fera médecine « pour être utile ».


Charasse et les cigarettes Chevignon

Devenu chirurgien, il confie à ses amis sa satisfaction de « sauver vraiment des gens ». Mais ses camarades socialistes l'entendent regretter de ne pas avoir « fait Sciences-Po ». Armé de « quelques notes sur la santé publique », il s'invite dans la préparation de la candidature de Michel Rocard à la présidentielle de 1988.

Finalement, Rocard sera Premier ministre. Il choisit Guy Carcassonne comme conseiller. Qui suggère le nom de Cahuzac quand se forme le cabinet de Claude Evin. Le ministre de la Santé conserve un bon souvenir de ce chirurgien « volontaire » au « caractère entier ».

Il le charge de déminer une histoire de lait maternisé et de mener un bras de fer avec les laboratoires d'analyses médicales, avant de lui confier la préparation de la loi alcool-tabac. Il faut batailler ferme contre Charasse qui, comme ministre du Budget, avait la tutelle de la Seita.

« Quand on a finalement obtenu gain de cause, il s'est vengé en profitant d'une faille de la loi : la Seita a lancé les cigarettes Chevignon », se souvient Jean-René Brunetière, à l'époque directeur de cabinet d'Evin.


« C'est lui que je veux comme adversaire »

Dans ces circonstances, Cahuzac lui apparaît comme « un mousquetaire, un type qui fonctionne plus à l'instinct qu'au raisonnement sophistiqué ». Ses collègues l'entendent encore marteler : « L'escalier, pas l'ascenseur ! » L'un deux, Bruno Varet :
« Il a découvert que la politique l'amusait beaucoup plus que la chirurgie. »

Mais le gouvernement tombe.
Cahuzac traverse « une période de vache enragée », selon ses amis. Lui parle de « changement de vie qui ne regarde que [lui] ». Il finit par monter (avec sa femme) une clinique spécialisée dans les implants capillaires. Et quand Jospin se lance à la conquête de l'Elysée en 1995, Cahuzac se rend au QG et donne des coups de main sur les sujets de santé publique.

Ce candidat réunit les qualités qu'il aimerait posséder : « Droit, honnête, totalement sincère, très engagé, très volontaire, avec une vraie capacité de décision ». Il l'admire. Ils deviendront partenaires de tennis (« C'est moi qui gagnais. Mais lui s'est fait mal à l'épaule, moi au genou, et on n'a plus le temps. »)

Cahuzac a aussi pratiqué la course, le vélo, la chasse sous-marine, le golf, la boxe... Mais en 1996, il veut relever un autre type de défi : devenir député. « Ce qu'on peut faire sans être élu, je l'avais déjà fait. »

Il est parachuté dans le Lot-et-Garonne.
Un dîner chez Gérard Gouzes, maire de Marmande et parrain du PS départemental, tient lieu de cérémonie d'adoubement. Michel Gonelle, le maire RPR de Villeneuve-sur-Lot, est présent : « Il est bien, ce petit. Gérard, c'est lui que je veux comme adversaire. »


Le juge Bruguière en voiture blindée

Le « beau Jérôme » peut remercier la droite :
• aux législatives de 1997, il bénéficie de la « vague rose » et, dit-on, « de voix du RPR, qui avaient un vieux compte à régler avec le candidat UDF » ;
• en 2001, il devient maire de Villeneuve à la faveur d'une triangulaire, comme beaucoup d'autres ;
• s'il perd son siège de député en 2002, il le regagne en 2007 face « au pire candidat que l'on ait jamais eu », rigole-t-on à l'UMP : le juge Bruguière. « En voiture blindée, avec ses gardes du corps, il voyait 200 personnes tous les soirs. Qui repartaient avec la certitude qu'elles ne voteraient pas pour lui » ;
• en 2010, Sarkozy fait nommer un socialiste, Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, ce qui libère la présidence de la commission des Finances à l'Assemblée nationale. Cahuzac lui succède.

Ses qualités d'orateur impressionnent. Tout dans la tête, jamais de notes. « Si vous allez au Louvre avec lui, il peut remplacer les conférenciers », jure un ami. Il travaille beaucoup et tient à ce que ça sache. Il est jugé brillant, honnête, rugueux, hautain, arrogant, fier, castagneur, méprisant, quand tant de socialistes sont arrogants, mais paresseux.

L'UMP Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des Finances, loue sa compétence : « Mais il est d'une spontanéité excessive : mon orgueil est blessé, je le montre à la télévision ; un jeune m'énerve, je vais le boxer. »


« Le tribunal a reconnu ma bonne foi »

Ses proches rapportent qu'il se voit déjà ministre du Budget. Il y a dix ans, il s'imaginait ministre de la Santé. « Il faut avoir une énorme humilité pour être ministre », avertit Michel Sapin, l'ami de 35 ans de François Hollande. « On est parfois rappelé à l'ordre par le dernier des sous-fifres de l'Elysée. Il y a peu de postes où l'on est autant soumis à l'autorité. »

A Solférino, on trouve qu'il « fait passer Manuel Valls pour un dangereux gauchiste ». Son adjointe aux Affaires sociales, Marie-Françoise Béghin, le trouve pourtant « vraiment de gauche et très humain » : « Villeneuve a été une des premières villes à parrainer des enfants menacés d'expulsion. »

A Paris, il a « employé quelqu'un qui n'avait pas ses papiers ». Ses ennemis ont cru le tenir. Ils étaient sûrs qu'il serait « coffré pour esclavage moderne ». A l'automne 2007, il est finalement jugé coupable de travail clandestin; mais dispensé de peine et d'inscription au casier judiciaire.
« J'ai dit la vérité. J'ai voulu aider quelqu'un. Le tribunal a reconnu ma bonne foi. » Il faut bien dire qu'il est alors député-maire de Villeneuve-sur-Lot...

Ses proches n'ont pas compris les sacrifices financiers puis familiaux faits au nom de sa carrière. Est-ce que l'engagement politique en vaut vraiment la peine ? « C'est une question qu'on peut se poser tous les jours », élude-t-il. On insiste. Il serre les mâchoires. « On ne va quand même pas céder le pas à la médiocrité. »
(d'après Rue 89)

Ce Jérôme Cahuzac est un cas au PS et pour Rue89 un extra-terrestre.