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lundi 17 décembre 2012

Jérôme Cahuzac, un ministre proche des lobbies pharmaceutiques

En plein débat sur la loi Evin, cet as de la fiscalité travaillait avec les labos pharmaceutiques


Accusé de fraude fiscale par Mediapart, le ministre délégué au Budget a travaillé pour l'industrie pharmaceutique avant de travailler pour Hollande au gouvernement Z-Ayrault.
Lien PaSiDupes : Mediapart met Cahuzac au défi de porter plainte



La naissance d'une légende

En pleine campagne pour les législatives de 1997, on dit qu'un jeune homme sauva une femme victime d'un malaise à quelques mètres de lui, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, alors qu'il distribuait des tracts socialistes. Comme le lui impose son serment d'Hippocrate, l'homme se porta immédiatement au secours de la bonne dame,  et le médecin la ranima sous les yeux émerveillés du tout-Villeneuve. " Pour le pékin moyen, il est instantanément devenu le bon docteur Cahuzac", persiflent deux anciens proches du député.

Pourtant, la carrière médicale intermittente et tortueuse de Jérôme Cahuzac ne sera pas celle d'un médecin de campagne "normal"


Coopté en 1988 au cabinet du ministre de la Santé par la volonté de Guy Carcassonne, un juriste local, membre du cabinet de Michel Rocard, le chirurgien passe pour un héraut de la loi Évin, intraitable face aux lobbys de l'alcool et du tabac. On raconte que pour devenir conseiller technique au cabinet de Claude Évin, ministre des Affaires sociales des deux gouvernements Rocard de 1988 à 1991, il aurait quitté son poste de chef de de clinique à la faculté de médecine, une fonction dont on n'a pas la preuve qu'il l'ait jamais occupée: il l'aurait rêvée, mais jamais décrochée et en aurait nourri une amertume tenace.


Mais son autre casquette est encore plus mystérieuse.
 

Conseiller technique pour le médicament, il est à l'interface du ministère avec la très autarcique Direction de la pharmacie et du médicament (DPHM).

Déjà, en 1989, l'empereur castrais du médicament, dans le Tarn voisin, Pierre Fabre, n'avait pas eu à se plaindre de l'action du jeune conseiller technique. Épinglé par la Cour des Comptes, son Maxepa aurait bénéficié  d'un traitement maison, grâce à Jérôme Cahuzac, sur consigne du ministre Claude Évin, ex-député de Loire-Atlantique, comme ...Jean-Marc Ayrault. Soit un prix de vente trois fois supérieur à ses concurrents ! À l'époque et en échange, " Le Canard enchaîné " avait évoqué la promesse de Fabre d'implanter une usine dans la circonscription… de Claude Évin. Un "conflit d'intérêts" qui ne fut pas démenti, mais resta impuni.


En 1991, Mitterrand renvoya Rocard 

Entraînant  dans sa chute Claude Évin et ses camarades. " Jérôme a mal vécu cette fin. Il cherchait à rebondir ", se souvient une ancienne collaboratrice. D'autant que la période coïncide pour le conseiller avec un contrôle fiscal carabiné.

Cahuzac Conseil
Pour rebondir, Jérôme Cahuzac, qui aurait déjà effectué du temps d'Évin quelques discrets extras dans une clinique de chirurgie esthétique, se lance avec sa femme d'alors dans la chirurgie capillaire. De nombreux députés solidaires aideront à l'équilibre budgétaire de la clinique Cahuzac en y faisant restaurer leur chevelure. Bernard Cazeneuve et Pierre Moscovici sont-ils du nombre ?
Proche de Bernard Charles, le député maire de Cahors - notoire courroie de transmission de Pierre Fabre à l'Assemblée -, Jérôme Cahuzac ne coupe pas non plus les ponts avec les labos. Au début des années 1990, c'est en jet privé  qu'il se rend avec Michel Rocard à la villa Carla, la tanière de l'industriel à Castres, pour un dîner avec Jacques Limouzy (député UDR de Castres) et Philippe Douste-Blazy (ministre de la Santé, 1993-1995).



Puis, en 1993, il dépose les statuts de Cahuzac Conseil, une société qui travaillera exclusivement pour l'industrie pharmaceutique. En privé, Jérôme Cahuzac reconnaît avoir gagné beaucoup d'argent en officiant comme " conseiller purement technique " de la plupart des labos.Lien PaSiDupes : "Mediapart: le gestionnaire de fortune de Cahuzac en sait long"


Quelle que soit la sincérité des conseils apportés par Jérôme Cahuzac aux laboratoires, il est peu probable qu'il ait pu échapper totalement à une stratégie de lobbying bien rodée : repérer les jeunes pousses prometteuses dans les cabinets ministériels, tisser des liens d'amitié et financiers avec elles dans l'espoir qu'un jour ces personnalités, parvenues aux responsabilités, seront dans les meilleures dispositions à leur égard. Une pratique de plus en plus questionnée dans la perspective de l'encadrement des conflits d'intérêt.

Ce parcours professionnel n'empêchera pas le député Cahuzac de défendre un amendement imposant une taxation supplémentaire sur les bénéfices des labos, en 1998. 


L'industrie pharmaceutique ne se montrera pas rancunière

 Lien PaSiDupes


Ayrault et son gouvernement soutiennent le ministre,
mais Pascal Durand d'EE-LV soutient le journal


Député du Lot-et-Garonne, Cahuzac n'aura aucun mal à attirer Fabre et Upsa (un labo agenais) pour financer les associations sportives de Villeneuve-sur-Lot. Cette générosité déclenchera l'ire de la droite, qui accusera publiquement le député de bénéficier des " largesses des labos ". " Cahuzac n'était pas notre favori, nous avions nos propres relais avec les parlementaires agenais ", assure un ancien cadre d'Upsa. Faux !

Un ex-élu de droite lot-et-garonnais se souvient de s'être fait intimer l'ordre, par Upsa, de faire cesser ces accusations.
Selon cet élu, le laboratoire ne lui avait pas caché de placer de grands espoirs dans Jérôme Cahuzac.

lundi 3 décembre 2012

Ayrault a-t-il conclu un deal avec Mittal pour sa circonscription

Le Premier ministre nie tout conflit d'intérêts

Une révélation de Mediapart  du magazine  Le Point

Usine de fer blanc ArcellorMittal
sur la circonscription de Ayraul
t
Le premier ministre n'aurait pas été totalement désintéressé dans sa gestion du dossier Florange"

En toute discrétion, Jean-Marc Ayrault a négocié avec Mittal la garantie du maintien de l'activité d'un autre site du groupe [...] qui se trouve dans [s]a circonscription "
affirme Hervé Gattegno, rédacteur en chef du Point,  ce lundi 3 novembre, dans sa chronique diffusée sur RMC.
Lien Le Point : " Ayrault-Mittal, l'accord secret "

Le journaliste n'a pas auto-censuré l'information

Qu'on le condamne ou l'en loue, Le Point révèle que le premier ministre a, selon lui, négocié un accord qui "n'a pas été rendu public", concernant "l'usine de Basse-Indre, tout près de Nantes, qui fabrique des emballages métalliques", "on se demande bien pourquoi..."
L'usine Arcelor Packaging International (44) est spécialisée dans la fabrication d'acier plat pour emballages alimentaires, activité aussi présente à Florange.


En négociant avec Mittal,Jean-Marc Ayrault a visiblement pensé davantage aux 600 salariés de sa circonscription qu'à ceux de Moselle. Le député PS de la 10e circonscription, Michel Liebgott, soutient-il le gouvernement en connaissance de cause ? Et l'ex-députée, Aurélie Filippetti, va-t-elle conserver tout le respect que doit une ministre à son chef du gouvernement ? 


Matignon a confirmé à 13 heures que "l’ensemble de ses centres industriels en France", et "notamment Dunkerque, Fos et Basse-Indre" ont  bien bénéficié des engagements pris par le groupe ArcelorMittal.

Mais Ayrault assure "qu'aucun de ces sites n’a été privilégié par rapport à celui de Florange".
Interrogé par Ouest-France, le délégué syndical CGT du site de Basse-Indre, Frédéric Gautier, relativise maintenant les difficultés supposées du site, bien que l'usine Mittal y a   connu une période de chômage partiel en 2011 à cause de la baisse des commandes. "Nous avons connu du chômage partiel en tout début d’année mais nous sommes maintenant revenus à un travail en quatre équipes, la charge normale du site." "Nos commandes sont garanties aussi pour 2013 à un niveau normal", ajoute . 

La gauche  régional sert les rangs autour du baron socialiste

Frédéric Gautier, délégué CGT de l'usine de Basse-Indre et représentant au CCE d'Arcelor-Mittal pour la zone Atlantique et Lorraine, multiplie les déclarations pour trouver étonnant que le Premier ministre ait voulu obtenir quelque garantie que ce soit. " Les gros contrats sont signés", a-t-il précisé.
Selon le délégué CGT,  "Basse-Indre est l'entreprise dans le secteur du packaging qui a le meilleur coût ajouté en France".
Frédéric Gautier précise que la société emploie 546 personnes en CDI et 150 sous-traitants présents quasiment en permanence sur le site.

Ouest-France, "même si les salariés de Basse-Indre sont solidaires de leurs collègues de Florange, leur situation localement s’inscrit aux antipodes."


L'UMP Valérie Rosso-Debord a demandé des éclaircissements à Ayrault 


Lundi, la déléguée générale adjointe de l'UMP écrit: "après le cafouillage de la non nationalisation de ce week-end, il se murmure qu'il y aurait eu avec Mittal un accord secret sur le dos des ouvriers mosellans". "Jean-Marc Ayrault aurait obtenu un investissement de 180 millions d'euros de Mittal et au passage, il a envoyé un camouflet à son ministre du Redressement productif, tout en négociant directement avec Mittal la garantie du maintien de l'activité d'un autre site du groupe: l'usine de Basse-Indre", ajoute l'ex-députée de Meurthe-et-Moselle.

"La question est posée: cette usine basée tout près de Nantes, dans la circonscription de Jean-Marc Ayrault, a-t-elle fait l'objet d'un marchandage au détriment du site de Florange ?", interroge-t-elle.

Le Premier ministre de Hollande dément farouchement
Jean-Marc Ayrault est actuellement affirmatif: "aucun des sites" d'ArcelorMittal"n'a été privilégié par rapport au site de Florange".