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mercredi 26 décembre 2012

Cahuzac, interface entre le pouvoir et plusieurs laboratoires pharmaceutiques

Le lobbying du député Cahuzac auprès du pouvoir
Le soupçon de fraude fiscale n’est pas le seul dossier  embarrassant Jérôme Cahuzac

Prince de Bercy
Médecin de formation, voire chirurgien auto-proclamé,  Cahuzac a longtemps été abouché à l’industrie pharmaceutique. Pour s'enrichir, il a donc monté sa propre société, Cahuzac Conseil,  en 1993.

Bien que surtout lucrative dans les années 1990, cette officine est toujours   officiellement active dans le " conseil pour les affaires et autres conseils de gestion ". Mais elle n’a pas été dissoute et, selon le greffe du tribunal de commerce, le ministre du Budget de Ayrault en est toujours le "gérant ".


A l'origine de la révélation, le divorce conflictuel du docteur J. Cahuzac

Son épouse était son associée dans une clinique privée de chirurgie esthétique des beaux quartiers de Paris. Les détectives privés mandatés par Patricia Cahuzac pour récolter des informations sur la vie privée de son mari l’ont photographié en compagnie " d’amies " plus ou moins régulières, parmi lesquelles une femme politique en vue

Mais surtout, lors de leurs investigations, ils ont croisé d’autres enquêteurs privés travaillant sur le patrimoine du ministre pour le compte d’un cabinet d’avocats d’affaires. Ils vérifiaient en fait le dossier établi par l’inspecteur du fisc, Remy Garnier, sur le patrimoine de Jérôme Cahuzac, dossier qui mentionnait le présumé compte en Suisse jusqu'en 2008.



Jérôme Cahuzac était un député profiteur de son mandat électif
La révélation du pot aux roses par Mediapart a obligé Jérôme Cahuzac à publier son copieux patrimoine  et à le justifier en rendant publiques des rémunérations dont il a bénéficié pour " conseils " de la part de trois laboratoires pharmaceutiques, dont le laboratoire Fabre, déjà pointé, et a maintenant l’Américain Pfizer. 


Y a-t-il eu conflits d’intérêts ?


Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole, nous assurera du contraire...

Mais quelle a été l'activité du député et quels furent ses clients ? L’entourage du ministre a expliqué que cette société fait " du conseil pour des laboratoires pharmaceutiques en matière de politique du médicament et de refonte de la gamme de leurs produits ". Sans plus de détail. 


L’un des clients de Cahuzac conseil était le laboratoire Pfizer.
" C’est vrai qu’il y a eu un contrat de passé entre Cahuzac Conseil et Pfizer, au cours des années 1993 à 1995. Il a travaillé pour le groupe Pfizer en donnant des conseils en matière de politique du médicament ", nous indique la direction de la communication du laboratoire. Mais sur quels dossiers précisément, et pour quels montants ? Pfizer reste évasif sur le sujet.
Une des hypothèses est que Jérôme Cahuzac aurait joué un rôle pour que le médicament anticholestérol de la classe dite des statines, le Tahor, fabriqué par Pfizer, soit bien accueilli par les pouvoirs publics français, c'est-à-dire par le ministère de la Santé.

De 1993 à 1995, les ministres de la Santé étaient
:
Gouvernement Édith Cresson : Bruno Durieux (1992-1993) et député CDS du Nord (1986-1990)

Gouvernement Pierre Bérégovoy : Bernard Kouchner (cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde)

Gouvernement Édouard Balladur : Simone Veil

Gouvernement Édouard Balladur : Philippe Douste-Blazy (député-maire de Lourdes, puis de Toulouse, à 150 km de Villeneuve-sur-Lot)

Gouvernement Alain Juppé : Élisabeth Hubert (Loire Atlantique)



Le grand manitou de la communication des laboratoires, Daniel Vial, fréquentait alors Jérôme Cahuzac. 

" Oui, c’est vrai, on se voyait parfois dans mon agence, à PR International. Il a travaillé sur certains dossiers avec nous, peut-être les statines… mais c’était à titre amical ", nous garantit Daniel Vial. 

Lorsqu’il a effectué ses contrats pour Pfizer, Jérôme Cahuzac avait quitté le poste de responsable du médicament au cabinet du ministre des Affaires de la Santé, Claude Evin (de 1988 à 1991). 
Mais, sous le gouvernement Jospinen 1998-1999, alors qu’il était député et rapporteur du Budget de la Santé pour le PS, apparaissent dans les comptes de sa société deux factures d’un montant global de 250000 F, sans que l’on sache qui les a payées. Interrogé, l’entourage du ministre n’a pas répondu.

Ministres (ou secrétaires d'Etat) de la Santé du gouvernement Lionel Jospin
:

1997-1998 et 1998-1999 : Bernard Kouchner (député européen, 1994-1997)
1999-2001 : Dominique Gillot (2011, sénatrice du Val-d'Oise).


Conflits d'intérêts ou retour d'ascenseur ?
En septembre, ce même Jérôme Cahuzac a accordé un privilège fiscal exorbitant  à Anticor dont le but est de combattre la ...corruption et de ...réhabiliter la politique et dont le président est le juge Eric Halphen (candidat de Jean-Pierre Chevènement, Pôle républicain, à la législative de 2002) (Anticor : L’officine de R. Avrillier reçoit un cadeau de J. Cahuzac (PS) 
Ce privilège démontre plus que la sollicitude du pouvoir à l’égard d’une organisation qui compte deux Ministres dans ses fondateurs : Christiane Taubira et Cécile Duflot.

Dans le même temps, sur France Info, Me Karsenti accuse l’Élysée d'avoir commandé pour 9 millions d'euros de sondages. Or, le témoin de la radio militante d'Etat est celui d'Anticor, envoyé par le militant écologiste et ex-élu proche d'André Vallini, Raymond Arvrillier: Anticor et R. Avrillier sont une seule et même officine. 

Mieux, avec " Anticor " c’est Christine Taubira, marraine de l'association et ministre de la Justice, qui porte plainte et mène l’enquête !


lundi 17 décembre 2012

Jérôme Cahuzac, un ministre proche des lobbies pharmaceutiques

En plein débat sur la loi Evin, cet as de la fiscalité travaillait avec les labos pharmaceutiques


Accusé de fraude fiscale par Mediapart, le ministre délégué au Budget a travaillé pour l'industrie pharmaceutique avant de travailler pour Hollande au gouvernement Z-Ayrault.
Lien PaSiDupes : Mediapart met Cahuzac au défi de porter plainte



La naissance d'une légende

En pleine campagne pour les législatives de 1997, on dit qu'un jeune homme sauva une femme victime d'un malaise à quelques mètres de lui, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, alors qu'il distribuait des tracts socialistes. Comme le lui impose son serment d'Hippocrate, l'homme se porta immédiatement au secours de la bonne dame,  et le médecin la ranima sous les yeux émerveillés du tout-Villeneuve. " Pour le pékin moyen, il est instantanément devenu le bon docteur Cahuzac", persiflent deux anciens proches du député.

Pourtant, la carrière médicale intermittente et tortueuse de Jérôme Cahuzac ne sera pas celle d'un médecin de campagne "normal"


Coopté en 1988 au cabinet du ministre de la Santé par la volonté de Guy Carcassonne, un juriste local, membre du cabinet de Michel Rocard, le chirurgien passe pour un héraut de la loi Évin, intraitable face aux lobbys de l'alcool et du tabac. On raconte que pour devenir conseiller technique au cabinet de Claude Évin, ministre des Affaires sociales des deux gouvernements Rocard de 1988 à 1991, il aurait quitté son poste de chef de de clinique à la faculté de médecine, une fonction dont on n'a pas la preuve qu'il l'ait jamais occupée: il l'aurait rêvée, mais jamais décrochée et en aurait nourri une amertume tenace.


Mais son autre casquette est encore plus mystérieuse.
 

Conseiller technique pour le médicament, il est à l'interface du ministère avec la très autarcique Direction de la pharmacie et du médicament (DPHM).

Déjà, en 1989, l'empereur castrais du médicament, dans le Tarn voisin, Pierre Fabre, n'avait pas eu à se plaindre de l'action du jeune conseiller technique. Épinglé par la Cour des Comptes, son Maxepa aurait bénéficié  d'un traitement maison, grâce à Jérôme Cahuzac, sur consigne du ministre Claude Évin, ex-député de Loire-Atlantique, comme ...Jean-Marc Ayrault. Soit un prix de vente trois fois supérieur à ses concurrents ! À l'époque et en échange, " Le Canard enchaîné " avait évoqué la promesse de Fabre d'implanter une usine dans la circonscription… de Claude Évin. Un "conflit d'intérêts" qui ne fut pas démenti, mais resta impuni.


En 1991, Mitterrand renvoya Rocard 

Entraînant  dans sa chute Claude Évin et ses camarades. " Jérôme a mal vécu cette fin. Il cherchait à rebondir ", se souvient une ancienne collaboratrice. D'autant que la période coïncide pour le conseiller avec un contrôle fiscal carabiné.

Cahuzac Conseil
Pour rebondir, Jérôme Cahuzac, qui aurait déjà effectué du temps d'Évin quelques discrets extras dans une clinique de chirurgie esthétique, se lance avec sa femme d'alors dans la chirurgie capillaire. De nombreux députés solidaires aideront à l'équilibre budgétaire de la clinique Cahuzac en y faisant restaurer leur chevelure. Bernard Cazeneuve et Pierre Moscovici sont-ils du nombre ?
Proche de Bernard Charles, le député maire de Cahors - notoire courroie de transmission de Pierre Fabre à l'Assemblée -, Jérôme Cahuzac ne coupe pas non plus les ponts avec les labos. Au début des années 1990, c'est en jet privé  qu'il se rend avec Michel Rocard à la villa Carla, la tanière de l'industriel à Castres, pour un dîner avec Jacques Limouzy (député UDR de Castres) et Philippe Douste-Blazy (ministre de la Santé, 1993-1995).



Puis, en 1993, il dépose les statuts de Cahuzac Conseil, une société qui travaillera exclusivement pour l'industrie pharmaceutique. En privé, Jérôme Cahuzac reconnaît avoir gagné beaucoup d'argent en officiant comme " conseiller purement technique " de la plupart des labos.Lien PaSiDupes : "Mediapart: le gestionnaire de fortune de Cahuzac en sait long"


Quelle que soit la sincérité des conseils apportés par Jérôme Cahuzac aux laboratoires, il est peu probable qu'il ait pu échapper totalement à une stratégie de lobbying bien rodée : repérer les jeunes pousses prometteuses dans les cabinets ministériels, tisser des liens d'amitié et financiers avec elles dans l'espoir qu'un jour ces personnalités, parvenues aux responsabilités, seront dans les meilleures dispositions à leur égard. Une pratique de plus en plus questionnée dans la perspective de l'encadrement des conflits d'intérêt.

Ce parcours professionnel n'empêchera pas le député Cahuzac de défendre un amendement imposant une taxation supplémentaire sur les bénéfices des labos, en 1998. 


L'industrie pharmaceutique ne se montrera pas rancunière

 Lien PaSiDupes


Ayrault et son gouvernement soutiennent le ministre,
mais Pascal Durand d'EE-LV soutient le journal


Député du Lot-et-Garonne, Cahuzac n'aura aucun mal à attirer Fabre et Upsa (un labo agenais) pour financer les associations sportives de Villeneuve-sur-Lot. Cette générosité déclenchera l'ire de la droite, qui accusera publiquement le député de bénéficier des " largesses des labos ". " Cahuzac n'était pas notre favori, nous avions nos propres relais avec les parlementaires agenais ", assure un ancien cadre d'Upsa. Faux !

Un ex-élu de droite lot-et-garonnais se souvient de s'être fait intimer l'ordre, par Upsa, de faire cesser ces accusations.
Selon cet élu, le laboratoire ne lui avait pas caché de placer de grands espoirs dans Jérôme Cahuzac.